Roman Roi est en grande partie autobiographique, truffé d'éclats de souvenirs personnels ou familiaux.

A propos de vieillards : il y avait à la villa Cimbrone un vieux jardinier, comme il en erre entre les bosquets des Noces de Figaro : grand chapeau de paille, tablier bleu, brouette. Et ce vieux jardinier, apparemment, était fou d'amour pour Roman. Non, pas d'amour, d'ailleurs, de désir, plutôt, et qu'il exprimait de la façon la plus crue. Il guettait Roman à la croisée des allées, et si le garçon était seul, il faisait dans sa direction les gestes les plus significatifs, non sans soulever son tablier bleu.

Renaud Camus, Roman Roi (1983), p.197


Oui, la villa Cimbrone, à Ravello: c'est ça, oui. J'ai découvert depuis que Garbo y avait habité avec je ne sais plus qui.
Pourtant ça a l'air en mauvais état, non?
Ah, mais ce que vois là n'est pas la villa proprement dite, ça c'est seulement une espèce de casino dans le jardin. La villa elle-même, le bâtiment, n'a d'ailleurs pas beaucoup d'intérêt, c'est la situation qui est extraordinaire, à trois ou quatre cents mètres en surplomb direct, vertical sur la mer.» (Souvenir de la villa Cimbrone: un très vieil Italien bossu m'y poursuit, d'une allée à l'autre (j'ai vingt ans). Il ne cesse de se passer la main sur la braguette. Gravés dans la pierre, des vers de Keats demandent:
Oh moon of my delight that knows no wane!
The moon of heaven is rising once again :
How of hereafter rising shall she look
Through this same garden after us in vain?

Renaud Camus, Journal de Travers (journal de 1976 publié en 2007), p.1117