En chemin, je lisais, comme d'habitude, dans le métro, la relation des débats de Cerisy sur Robbe-Grillet, y trouvant des réflexions intéressantes de Lucien Dällenbach sur le nom de l'"auteur".
Renaud Camus, ''Journal de Travers, p.1377

Dällenbach fait une communication ayant pour titre Faux portraits de personnes. Je ne recopie pas tout, mais la conclusion:

L'auteur abymé
A l'inverse du récit traditionnel qui cherche à se naturaliser en se donnant un père illusoire, le récit robbe-grilletien proclame sa condition verbale en s'attaquant à l'idée même de paternité. Il ne lui suffit pas de suggérer que la formule «c'est moi le patron» ne peut être qu'ironique dans la bouche d'un scripteur; il lui faut encore user de conjontions-disjonctions et de variantes pour démontrer par l'absurde que toute représentation auctoriale est un leurre — et abymer — au sens cette fois de causer des dégâts — l'image classique de l'Auteur-Créateur. Ce faisant, l'écriture se révèle a-causale, bâtarde et parricide. Aussi bien n'est-il pas pour surprendre que le dieu Thot, qui en est l'inventeur, soit «à la fois son père, son fils et lui. Il ne se laisse pas assigner une place fixe dans le jeu des différences. Rusé, insaisissable, comploteur, farceur, comme Hermès, ce n'est ni un roi, ni un valet; une sorte de joker plutôt, un signifiant disponible, un carte neutre, donnant du jeu au jeu.» Les doubles du premier Robbe-Grillet ne disent pas autre chose — et ceux qui les suivront, en le disant plus nettement encore, délivreront en acte, cette leçon: plus un texte est désoriginé, plus il est pluriel et donne du «jeu au jeu».
Lucien Dällenbach, Faux portraits de personnes in Robbe-Grillet: colloque de Cerisy, tome 1, p.128, 1976

On retrouve ici les obsessions voilées de Renaud Camus pour la bâtardise, la paternité, le nom, l'origine (la preuve en est que RC se réjouit que Ristat se soit aperçu que la bâtardise était l'un des thèmes souterrains qui organisent Échange).