Nous continuons notre lecture suivie de L'Amour l'Automne. La préparation de ces séances me stresse toujours un peu (Vais-je avoir trouvé suffisamment de liens, d'explications, pour alimenter la lecture?), mais je n'aurais jamais cru y trouver autant de plaisir. C'est vraiment une lecture à faire à plusieurs, chacun amenant ses connaissances et ses souvenirs selon un fonctionnement prévu et suscité par le texte lui-même: «Tout lecteur multiplie ou caviarde le texte des branchements non programmés de sa propre culture» (ici).

Je ne peux qu'encourager les personnes curieuses à nous rejoindre: il n'est pas nécessaire d'être camusien (lecteur de Renaud Camus), il n'est pas nécessaire d'être familiarisé avec les Églogues (puisque justement l'ambition de cette lecture est de montrer ce qui joue, ce qu'il est possible de comprendre, et tout ce qui nous échappe, mais il n'est pas important que cela nous échappe (cela fait partie du jeu), mais tout de même c'est agaçant, et cependant profondément amusant, insaisissable, drôle, rapide, etc.
Avouons que nous sommes un peu paresseux, et que souvent nous ne trouvons que deux éléments liants sur trois. Ainsi, nous parvenons à lire dix pages en quatre heures... (entrecoupées de nombre de digressions réjouissantes).


À l'attention de mes compagnons d'hier: Afin de répondre à un message sur le forum de la SLRC, je suis revenue à cette lettre de Renaud Camus, à laquelle je reviens toujours.

J'ai eu la surprise d'y trouver la phrase (voir la note) qui nous a arrêtés p.36 de L'Amour l'Automne:
«Je ne quittai Sils-Maria que le 20 septembre, retenu que j'étais par les inondations».
Dans le corps de la lettre on trouve l'absence d'explication suivante:
J'avoue ne pas voir très bien, aujourd'hui, pour quelle raison la phrase suivante, tirée je crois de la correspondance de Nietzsche, se trouve précisément là ; ni n'avoir le courage de feuilleter tous les Églogues pour éclaircir ce seul point. Je puis seulement garantir que cette recherche ne serait pas vaine et que, maniaques comme je nous connais, les "auteurs" ont eu les motifs les plus précis. Quinze pages plus haut se rencontre un écheveau assez proche, où figure également une phrase de Nietzsche. Celui-ci, auteur lui-même de mélodies, "devient fou", comme Wolf, ou "a des troubles mentaux" comme Duparc. La date 20 septembre, extrême fin de l'été, correspond bien en tout cas à la position de la phrase dans le livre, le deuxième des quatre Travers, très manifestement L'Été.
On constate une grande cohérence des thèmes entre tous les Églogues. Il faudrait avoir le temps de faire une lecture transversale des cinq volumes parus à ce jour.