John Abbott, l'ami de William B., of Journal de Travers fame, répétait, sans en donner du tout l'exemple, qu'il fallait prendre the vicissitudes of travel with grace. Je l'avais surnommé Grace.

Renaud Camus, Une chance pour le temps, p.269

John, l'horrible John, est donc identifié. Il est l'auteur de multiples scènes, particulièrement durant le voyage en Grèce (été 1976). La drogue n'y est sans doute pas étrangère. L'entrée du 13 août (p.814 du Journal de Travers) s'intitule ironiquement « A PERFECT DAY ON THE BEACH », phrase qui aurait sa place dans les descriptions citées précédemment de Rannoch Moor ou de L'Amour l'Automne... (elle y apparaît peut-être, d'ailleurs, je n'ai pas cherché).

John :

John a eu une scène épouvantable avec le capitaine et toute sa clique au sujet de Tannou qu'ils voulaient faire mettre dans le chenil, conformément au règlement. Il a refusé de discuter, d'entendre parler du chenil, de le voir seulement; il s'est contenté de jouer les rombières américaines folles, genre Elsa Maxwell, de les agonir d'insultes, de s'arc-bouter absolument dans son refus, sans la moindre ouverture pour une négociation — et bien sûr il a gagné.

À table il se disputait à tue-tête avec Raoul, qui était un minable, qui ne s'intéressait qu'au cul, et qu'est-ce qu'il avait bien pu choper encore, comme vieille syph? J'ai eu le tort (I should have known better...) de faire remarquer que toute la table voisine restait l'oreille tendue, la fourchette levée; et lui, enchanté, a aussitôt parlé deux fois plus fort.

«Tu parles de ce que j'en ai à foutre de cette platée sinistre de sales petits-bourgeois français coincés! Mais ar-rrrrête de te soucier toujours de ce que pensent les autres! Mais quelle importance ça a, bon Dieu? Fais comme moi: la personne la plus importante de ma vie, c'est moi. Ce qui compte, c'est que je sois heureux et que je m'amuse. Tu ne vis pas la vie des autres, for Christ's sake! Si ce petit con de séminariste écoute tout ce qu'on dit, c'est que sa nana le fait chier, comme toutes les nanas. Il te regarde, il a sans doute envie de te faire une pipe. Moi j'ai envie de bouffer le cul du garçon. Sa petite ceinture orange me rend dingue.» (Elle retombait en franges le long de sa cuisse) Il en a fait grand compliment au garçon. Celui-ci a pris cela plutôt bien, et paraissait même assez flatté. Je m'étonne toujours que les gens ne lui donnent pas un grand coup de plateau sur la tête. Mais je ne devrais pas m'étonner, puisque je ne le fais pas non plus...)

Renaud Camus, Journal de Travers, p.855-856

De ces phrases (ajoutées à toutes les autres qui concernent John) je tire deux remarques qui n'ont rien de littéraire mais s'accordent au journal si celui-ci a pour ambition de nous faire partager une expérience de la vie:
1/ Je n'ai sans doute jamais été amoureuse car personne n'aurait réussi à me faire supporter la compagnie de John plus de quelques minutes;
2/ il est un peu ironique aujourd'hui de faire le compte de tout ce que Renaud Camus ne supporte pas quand on se dit qu'il a supporté cela (il était réellement très amoureux!!)