Projet pour une Révolution à New York
en fait : P.R.N.Y. (dans la marge). Mais Ralph
Sarkonak, l'enquêteur venu de Vancouver
(toi qui frémis au nom de        ), soupçonne que
S.T.O. pourrait bien vouloir dire Service du
Travail Obligatoire, et donc avoir quelque
chose à voir avec l'Occupation, la Collabora-
tion, le             (tout ça, quoi :
question sera donc de savoir
si : progression souterraine, salles
adjacentes à la galerie principale,
série de panneaux circulaires,
voûte irrégulière taillée dans le
roc, SEPT CERCLES CONCENTRIQUES
- cibles pour exercices de tir à
l'arc [...]

J.R.G. Le Camus & Antoine du Parc, l'Amour l'Automne, p.108

J'ai mis un moment à comprendre, puis j'ai eu envie de rire. Ce qui manque ici, pour parfaitement savourer la situation, c'est de savoir où, dans l'œuvre de Renaud Camus, Ralph Sarkonak a rencontré cette allusion au S.T.O. : pas trace dans Vaisseaux brûlés, en est-il question dans les journaux?
Pour moi, "S.T.O." apparaît dans Été.

Reprenons:
Ralph Sarkonak est un universitaire canadien qui a obtenu en 2004 une bourse pour étudier La Campagne de France.
Il a rencontré Renaud Camus à l'automne 2004 (cf. Corée l'absente), puis en avril 2005. Renaud Camus a accepté de répondre, par écrit et dans le détail (pour éviter de fastidieuses relectures et corrections), aux questions du professeur :

M. Sarkonak, sans malveillance particulière, sans doute, mais plutôt par désir de ne rien laisser dans l'ombre, a passé tout l'hiver, apparemment, à chercher dans mes livres tout ce qui pouvait être idéologiquement ambigu ou compromettant; et, cette matière-là l'intéressant seule, il l'isole, ce qui probablement fausse toutes les perspectives. Les questions comportent toutes des citations, ou bien elles font référence à des passages précis; mais ces citations et ces passages précis portant tous sur les mêmes sujets, quelqu'un qui ne lirait que cet entretien, ce très long entretien (rien que cette fois-ci nous avons produit cinquante mille signes) aurait l'impression que je ne me suis jamais soucié que des juifs, de l'immigration, de l'origine, des rapports ethniques, etc. Il m'a fallu satisfaire des curiosités telles que celles-ci:
«Page... le narrateur dit que sa grand-mère que sa grand-mère l'appelle volontiers "mon lupin", c'est-à-dire, n'est-ce pas, mon petit loup. Et dès la page suivante vous informez le lecteur que Winifred Wagner appelait Hitler familièrement "Wolf", c'est-à-dire Loup, bien sûr. Pourquoi ce rapprochement? Quel rapport y a-t-il entre petit loup et le loup?

Renaud Camus, Le Royaume de Sobrarbe (publié en 2008), p.197

La phrase citée contenant «mon lupin» peut être celle d' Été p.211. Mais je n'ai pas retrouvé dans les pages suivantes la phrase concernant Hitler : donc soit il s'agit d'un autre "lupin", ailleurs dans un autre livre, soit il s'agit d'une exagération mi-humoristique, mi-exaspérée de Renaud Camus.
La phrase contenant l'acronyme "S.T.O." apparaît dans le même chapitre d' Été, quelques pages plus haut:

Puis, becquets ajoutés aux becquets aux becquets, ceci : «Au cours de sa précautionneuse progression souterraine, Franck V. Francis découvre plusieurs salles adjacentes à la galerie principale, comportant une série de panneaux circulaires dressés verticalement, hauts de deux mètres environ (touchant presque à la voûte irrégulière taillée dans le roc) et portant chacun sept cercles concentriques tracés à la peinture rouge, qui lui paraissent être des cibles pour exercice de tir» (S.T.O. 233)

Jean-Renaud Camus et Denis Duvert, Été, p.199

Il est probable que ce soit au "S.T.O." apparaissant ici que fasse référence Sarkonak, puisque c'est cette phrase que reprend Camus dans L'Amour l'Automne. Cette fois-ci il la fait précéder d'un indice, en citant explicitement la référence de Projet d'une révolution à New York, de Robbe-Grillet.

Car "S.T.O.", c'est Souvenirs du triangle d'or, troisième livre de la trilogie grilletienne indispensable à la lecture des Travers: Projet pour une Révolution à New York, La Maison de rendez-vous, Souvenirs du triangle d'or (Ralph, Morgan, W, M, Macao, Boris, etc.).



En 2008, Renaud Camus est allé au Canada et a rencontré Ralph Sarkonak. Il faudra attendre le journal suivant pour avoir des précisions.

PS le 19 mai 2010 : Le journal 2008 aura pour titre Au nom de Vancouver.