Vers l'amont.

* C’est seulement quelques mois, ou même quelques années plus tard que se manifestèrent chez lui les premiers symptômes publics de la grave maladie cérébrale qui sans doute l’avait incité, ou contraint, à présenter à la reine sa démission ; et qui devait l’obliger, assez vite, à renoncer également à son mandat de député, et à vivre désormais dans la retraite. La tradition fait remonter de nombreuses variantes. The vegetation, as might be supposed, is scant, or at least dwarfish. Néanmoins ce n’est pas de ce mal-là qu’il est mort, longtemps après, mais d’un cancer ** du côlon.
Ibid, p.149

Proposition d'analyse :

C'est seulement quelques mois ou même quelques années plus tard que se manifestèrent chez lui les premiers symptômes publics de la grave maladie cérébrale qui sans doute l'avait incité, ou contraint, à présenter à la reine sa démission; et qui devait l'obliger, assez vite, à renoncer également à son mandat de député, et à vivre désormais dans la retraite.

maladie cérébrale => thème de la folie
reine => motif récurrent: les reines d'Angleterre (Mary, Victoria), les têtes couronnées (rois, reines, impératrices, souvent en exil).

La tradition fait remonter de nombreuses variantes.

La légende (voir Tristan, p.152.)
Il se retire à cause d'une maladie, il meurt d'une autre: les composantes de la légende selon Saussure, ce qui va permettre une mémoire instable, oublieuse, qui mélange les faits (la légende fait varier soit les noms, soit les événements).

The vegetation, as might be supposed, is scant, or at least dwarfish.

Poe, Le scarabée d'or ou The gold Bug.
A noter dans l'exergue de la nouvelle "Tout de travers" (traduction de Baudelaire de "All in the Wrong" : tout faux? l'erreur est partout?) Retenir également le nom de Legrand. "gold" permet de passer à monnaie, puis vers Marx ou Monet (quand ce n'est pas "mon nez" (camus)...)
Le scarabée d'or, c'est aussi une nouvelle analysée par Ricardou dans Pour une théorie du Nouveau Roman. (N'oublions pas la dette avouée, revendiquée, de Camus envers Ricardou, grand lecteur de Poe.)

Néanmoins ce n'est pas de ce mal-là qu'il est mort, longtemps après, mais d'un cancer ** du côlon.

«Le seul avantage que je vois au cancer du côlon, c'est que, du point de vue de mes Eglogues, il est impeccable» (Rannoch Moor, p.164).
cancer => crabe, (début de La chambre de Jacob: «Oh! a huge crab»), déplacement de travers (voir Le scarabée d'or), contient a,r,c, les lettres fondatrices à double titre: «arké c'est tout de même le commencement et le pouvoir, et tout le grand arc des apparentements idoines» (Rannoch Moor, p.663))
côlon => Colomb, indien.

Harold, Wilson concentre autour de lui tout ce qu'aurait pu inventer Renaud Camus dans une fiction pour faire tenir ensemble différents mots leitmotiv de ses Eglogues: son prénom, son nom, 1976, cancer (crabe), folie (maladie mentale), mort: ces mots sont fournis là par "la réalité" (réalité: toujours entre guillemets, disait Nabokov).
Evidemment, cela fonctionne aussi à l'inverse: c'est parce qu'Harold Wilson a démissionné que Renaud Camus a choisi Harold et Wilson... Oui et non: William Burke (amant américain de Renaud Camus durant les années 1970) s'appelait William indépendamment des Eglogues, et Poe a écrit une nouvelle sur le double intitulée William Wilson et c'est un Harold qui a écrit sur Crane, et il existe bien deux auteurs du nom de Crane, dont l'un s'appelle Stephen, tandis que le Harold biographe s'appelle Bloom, Bloom et Stephen appellent Shakespeare, soit un autre William...
Ici intervient la fascination des Eglogues: que le réel fournisse obligeamment du matériel, des phrases, qui prennent place sans effort dans la fiction. Il y a réellement (en tout cas pour moi) existence ou création d'un entre deux, la possibilité d'une vie entre les pages.


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