Vivant

Il est vrai que ce pauvre garçon est mort à vingt-cinq ans. Ce doit être bien contrariant, quand les soirs et les lacs sont si beaux. Je suis extrêmement satisfait de n'être pas mort à vingt-cinq ans (Renaud Camus, Parti pris, p.284)

Et il n'y avait rien de plus joyeux que de traverser ce grand baquet de lumière verte jeté sur vous par le printemps. C'était l'un de ces moments où n'être pas mort paraît une chance inouïe. (p.216)

Il est vrai que ce pauvre garçon est mort à vingt-cinq ans. Ce doit être bien contrariant, quand les soirs et les lacs sont si beaux. Je suis extrêmement satisfait de n'être pas mort à vingt-cinq ans (ni à trente-cinq, ni même à cinquante-cinq, for that matter: l'histoire est désastreuse, certes, mais du plus grand intérêt, je trouve; et on n'y comprend rien si on n'est pas vivant). (p.284)

Les Beatles étaient bien élevés

[...] une notice placardée près de la porte apprend aux voyageurs que ces héros [les Beatles] donnèrent à Karlstad leur premier concert hors de Grande-Bretagne et descendirent dans cet hôtel: «Le directeur fut si impressionné par leurs bonnes manières que deux ans plus tard il acheta des actions de Northern Songs (he bought stocks in Northern Songs).»

Renaud Camus, Parti pris, p.352

Bouveresse répond au Nouvel Obs à propos de philosophie

D'autre part, je trouve particulièrement inquiétante la tendance que l'on a aujourd'hui de plus en plus à oublier que la célébrité médiatique et la célébrité tout court ne constituent pas une preuve suffisante de la qualité et de l'importance, et n'en sont pas non plus une condition nécessaire. Le fait d'être inconnu ou peu connu n'a jamais constitué et ne constituera jamais par lui-même un argument sérieux à utiliser contre un intellectuel. Enfin, je remarque que votre journal se contentait jusqu'à présent d'ignorer ostensiblement à peu près tout ce qu'écrivent les philosophes qui, en France, se rattachent de près ou de loin à la tradition analytique en philosophie. Je ne pensais pas, je vous l'avoue, en être réduit à penser un jour, comme cela a été le cas lorsque j'ai lu votre article, que c'était peut-être, tout compte fait, encore ce qui pouvait leur arriver de plus supportable.

Jacques Bouveresse, "Poussée de nationalisme philosophique à la rue d’Ulm", article publié sur le blog des éditions Agone

Comment naissent les opinions? Juan Asensio, un cas d'école

Ce n'est pas le plus important de Parti pris (j'en suis dans ma lecture au moment de la lettre à Otchakovsky-Laurens, c'est vous dire si d'autres événements sont plus douloureux et engagent davantage l'avenir), mais la citation que je mets en ligne ici me permet de répondre aux questions de quelques lecteurs.

Rappel du contexte (car c'est une histoire de longue haleine) :

Dans le journal 2007 paru en 2010, Une chance pour le temps, Renaud Camus raconte la façon dont Juan Asensio prend à parti les intervenants de SLRC (société des lecteurs de Renaud Camus).

Bien évidemment, en 2010, la lecture de ce récit rend Juan Asensio furieux, et il écrit alors un de ces billets furibonds dont il a le secret (sans avouer bien sûr que ce qui provoque sa fureur, ce sont ces quelques lignes de Camus que j'ai mises en ligne afin d'éclairer le billet d'Asensio (je suis trop bonne)).

Aujourd'hui, en juin 2011, le journal 2010 nous fait part de la réaction de Renaud Camus à la lecture du billet d'Asensio (au passage, on reconnaîtra le mécanisme d'auto-alimentation du journal, mécanisme identifié par Catherine Rannoux.

Dimanche de Pâques, 4 avril, onze heures vingt, le soir. Comment naissent les opinions? J'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas de question plus intéressante (elle est un autre titre possible pour Du sens). Et, à cet égard, le cas Juan Asensio est fascinant, décidément, à cause de son exceptionnelle pureté — toutes les délicatesses et tergiversations qui embrouillent un peu l'observation, en général, sont ici effacées, de sorte que c'est presque trop simple.

J'ai déjà résumé l'histoire. M. Asensio me trouve toutes les qualités (littéraires, au moins) et juge que Rannoch Moor, en tout cas, est un livre somptueux. Puis voilà que Didier Goux, un habitué du forum des lecteurs (du temps que celui-ci vivait car, pour l'instant, il est mort), cherche querelle à ce critique et déclenche, ce faisant, une guerre à laquelle je ne prends pas part, malgré les appels des deux parties, mais qui ravage ledit forum pendant des semaines. Asensio s'y montre d'une prolixité, d'une insistance et d'une violence verbale insupportables et même odieuses, ce que je me picote de noter dans mon journal, de même que ma résolution de n'avoir plus jamais affaire à lui. Las — si je puis dire... —, ce journal paraît, M. Asensio y prend connaissance de mon opinion à son sujet dans cette affaire, et, depuis lors, non seulement il me poursuit de sa vindicte, mais, et c'est le point auquel je voulais en venir, il trouve désormais que je n'ai aucun talent. Toutes les occasions lui sont bonnes pour exprimer cette opinion parfaitement légitime, certes, et peut-être fondée, mais qui ne peut pas ne pas être revêtue d'une forte portée comique par son caractère de retournement total au regard de l'opinion asensienne précédente. Je suis un écrivain admirable, nous nous brouillons, je suis un écrivain minable : c'est aussi simple que cela.

Renaud Camus, Parti pris, p.135

En recopiant cette page, je me suis demandé si je n'allais nuire à Renaud Camus (c'est-à-dire provoquer par mon intervention une réaction de JA qui n'aurait pas eu lieu sans cela), mais je ne le pense pas: quoi qu'il arrive, que je copie ou pas, Asensio va répondre, et je ne peux m'empêcher de penser que cela amuse Renaud Camus — plus exactement que cela pique sa curiosité, car le sujet de l'expérience est extrêmement réactif —, même si cela l'agace également.
Simplement, puisque c'est moi qui ai copié, je vais en prendre pour mon grade: Asensio est relativement prévisible.

S'agissant de la prévisibilité d'Asensio, Camus pose une question difficile:

Je me demande s'il me trouverait de nouveau «somptueux» si moi je le jugeais d'un commerce charmant, pacifique, délicat, et styliste hors de pair.

Ibid, p.127

T'as d'beaux os, tu sais !

... (comme dirait Stéphane Martin, qui emploie le mot sexy en un sens dépourvu de toute connotation sexuelle, sémantiquement frère de mon glamoureux: «Nous préparons une exposition assez sexy» (ce sont des morceaux d'os calligraphiés)) !

Renaud Camus, Parti pris, p.94

Pressés

Les morts vont vite, et ils vont encore plus vite s'ils sont motorisés.

Carl Schmitt, Théorie du partisan, p.291 (Calmann-Lévy).

Modèle

Je suis comme Juan Asensio, je fais l'impasse sur les trivialités de la vie.

Renaud Camus, Parti pris, p.204

Ô temps, suspends ton vol

(si on trouve la vie trop courte et le temps trop rapide, on devrait s'accrocher à des affaires judiciaires: ça n'en finit pas...)

Renaud Camus, Parti pris, p.23

Professions de foi de deux collections

Je trouve ces jours-ci des définitions du travail et de la liberté qui servent, l'une à l'exergue d'une collection, l'autre à une sorte de postface.

Seuil, collection "Des Travaux"
La définition est en exergue et entre guillemets, mais aucune source n'est indiquée. J'aime beaucoup l'évocation du plaisir, si souvent oublié quand on parle de travail, alors qu'il en est en fait la seule motivation et le grand bonheur.
« Travail : ce qui est susceptible d'introduire une différence significative dans le champ du savoir, au prix d'une certaine peine pour l'auteur et le lecteur, et avec l'éventuelle récompense d'un certain plaisir, c'est-à-dire d'un accès à une autre figure de la vérité.»

Calman-Lévy, collection "Liberté de l'esprit"
La liberté est un de ces mots qu'aucun parti n'abandonne volontiers à ses adversaires. Aussi, sait-on moins que jamais ce qu'est la liberté dont tout le monde se réclame et que chacun revendique.

Que tous les citoyens aient le droit de voter pour les coandidats de leur choix, que les journaux expriment des opinions cotnradictoires, que les chefs soient critiqués et non acclamés, voilà des faits simples, difficilement discutables, qui permettent, semble-t-il, de reconnaître les régimes politiques de liberté. Illusion, vous répondront de profonds penseurs. Il s'agit là de libertés formelles, plus apparentes que réelles dont ne profitent que les privilégiés? Qu'importe au chômeur, la multiplicité des opinions, des journaux, des partis? Qu'importe à l'ouvrier le droit d'exprimer sans danger ses désirs ou ses jugements? Le prolétaire est esclave du capitaliste, quel que soit le camouflage sous lequel le capitaliste essaie de dissimuler cet esclavage.

Les hommes profitent inégalement des libertés que laissent les démocraties bourgeoises, on le reconnaîtra avec regrets, mais sans réticences. On ne nie pas l'insuffisance des libertés formelles, on met en doute que l'on puisse parler de liberté réelle lorsque ces libertés formelles ont disparu. On dira que les sociétés ne sont pas libres qui interdisent de discuter l'essence de la liberté. Une classe, un parti, un pays, qui prétend au monopole de la liberté et entend que la définition de ce mot soit soustraite à toute controverse est certainement exclu du camp de la liberté.

L'esprit libre refuse les marchands de sommeil, pour reprendre l'expression d'Alain, comme les sociétés libres refusent une orthodoxie imposée par l'État. L'esprit libre n'est pas celui qui promène sur les choses et sur les êtres un regard indifférent. Il avoue franchement les valeurs qu'il respecte, il ne fait pas mystère de ses préférences , de ses affections et de son hostilité, mais il ne soumet pas les événements à une interprétation toute faite à l'avance. Il est assez sûr de sa volonté pour ne pas avoir besoin que le monde la confirme chaque jour. Il n'attend pas que l'Histoire ou quelque autre idole ancienne ou nouvelle lui donne raison.

On a reproché à la collection d'être «orientée». A coup sûr, elle est orientée si l'on entend par là que tous les auteurs appartiennent à une famille. Je ne songe pas, sous prétexte de libéralisme, à accueillir ceux qui refuseraient la discussion ou qui déformeraient les faits pour les plier à leur système.

Le fanatisme aveugle, mais le scepticisme n'est pas une condition de la liberté. Auguste Comte disait qu'il n'y a pas de grande intelligence sans générosité. Peut-être la suprême vertu, en notre siècle, serait-elle de regarder en face l'inhumanité sans perdre la foi dans les hommes.1

Raymon Aron
Les deux livres dans lesquels ont été puisées ces citations sont Alain de Libera, La querelle des universaux et Carl Schmitt, La notion de politique.


Note
1 : Ce texte inédit de Raymond Aron a été rédigé peu après la création de la collection «Liberté de l'esprit», en 1947. Nous remercions Mmes Raymond Aron et Dominique Schnapper d'avoir bien voulu nous autoriser à le publier.

La théologie

La théologie — croyez-en un vieil homme — est une belle science, à mon avis la plus belle de toutes. Elle peut donc et doit être pratiquée dans la joie. Un théologien sans joie, qu'il soit catholique ou évangélique, n'est pas théologien du tout.

Karl Barth dans Karl Barth et Urs von Balthasar, Dialogue, Labor et Fides (1968), p.57

Les maisons

Les histoires de maisons — maisons qu'on bâtit, maisons qu'on achète, maisons où l'on s'installe à l'âge adulte, ou même dans la vieillesse – sont souvent des histoires de maisons perdues. Combien d'établissements s'effectuent with a vengeance, ou du moins dans un esprit de revanche, serait-ce seulement sur le sort? Je demeure parce que j'ai été chassé. Je fonde parce que je ne guéris pas d'un manque. Je m'établis sur la perte.

Renaud Camus, Demeures de l'esprit - Suède. Incipit.

Une journée peu ordinaire, l'art dans le quotidien d'un hôpital psychiatrique

Ce livre est très mince, davantage une plaquette qu'un livre. Il raconte une expérience théâtrale en hôpital psychiatrique: l'écriture et la représentation d'une très courte scène destinée à être jouée devant les malades, leurs familles et le personnel de l'hôpital. Il présente également les réflexions des participants à cette expérience, conscients des enjeux de cette mise à distance de la maladie: le jeu permet d'atteindre une réalité plus complète de tous les acteurs (acteurs: non pas pas acteurs de théâtre mais acteurs de leur vie), réalité morcelée au quotidien. Par la transversalité cette expérience vise à rétablir une unité, et donc une dignité, de la personne humaine.

Les questions posées sont multiples mais simples à énoncer: comment prendre en compte le corps et l'esprit du malade découpés entre les différents soins et les différents intervenants, comment raconter la douleur et la tension à la fois des malades et des soignants, comment témoigner du danger d'une déshumanisation de l'être humain telle qu'ont pu l'anticiper Foucault et Huxley dans un monde soucieux de rentabilité et de normalisation?

Benoît Lepecq a relevé le défi d'écrire une pièce très courte de dix minutes, synthèse des témoignages de deux infirmières à propos de l'injection forcée à un patient refusant les soins. Il a choisi de jouer tous les personnages, un bonnet suffisant à basculer du malade à l'infirmier.

Ce travail théâtral est un travail à la source du théâtre, travail sur la catharsis et le tabou, qui prend le risque de dire ce que tout le monde sait mais que personne ne veut dire, ex-primer:
Après tout, n'est-ce pas risqué, en plein hôpital psychiatrique, de rendre compte d'une réalité connue de tous mais dont l'institution se méfie? On dira: «La fiction a bon dos. Elle nous présente un tableau caricatural. Très peu pour nous.» Ou encore: «Quelle issue veut-on apporter apporter à ce qui n'en a pas?» Il s'agit, le temps de dix éternelles ou fulgurantes minutes, d'opérer une sorte de catharsis: purger les passions que nous nous faison du tabou. C'est le rôle du théâtre. Il faut que quelque chose, crainte ou pitié, soit expurgée.

Benoît Lepecq, Une journée peu ordinaire, p.23
Et si cette pièce est avant tout destinée aux malades et aux soignants, elle est l'occasion d'une réflexion sur le théâtre, l'homme et la société.
Pour moi il y a quelque chose dans le travail que vous avez fait — toi et ces infirmières qui ont collecté des paroles liées à des moments extrêmement difficiles de leur travail où elles sont prises dans une injonction contradictoire — de l'ordre d'un concentré de ce que peut produire cet outil que tant de gens ont tant de mal à définir en permanence, et qui s'appelle le théâtre. […] Et quand un comédien incarne à la fois un individu et la collectivité, alors on comprend immédiatement ce qui se joue, et c'est une déchirure de l'être humain. Et ça se joue parce que cet outil qui s'appelle le théâtre permet — avec un bonnet comme symbole — de basculer d'une monde à l'autre en une fraction de seconde. […] La psychanalyse et le théâtre ont ceci de commun qu'ils nous montrent que nous ne sommes jamais protégés d'aucun des aspects de l'être humain, donc que nous en avons toutes les possibilités. […]

Nicolas Roméas, directeur de la revue Cassandre Horschamp, partenaire du Relais Mutualiste.
Propos recueillis par Benoît Lepecq suite à la projection du film Une journée peu ordinaire au Vent se lève le samedi 17 avril 2010. (Ibid, p.61 à 73)


Le livre présente d'autre part des photographies d'Alexandra Feneux et le travail sonore de Sylvie Gasteau et Jean-Christophe Bardot.
Il est à commander sur le site du Relais Mutualiste.

Une profonde amitié

N'oublions pas non plus qu'il y a dans le titre même de l'ouvrage un jeu de mots: Encomium moriae, mais cette Moria (Folie) rappelle aussi le nom de More.

Guy Bedouelle, "Le manteau de l'ironie - Pour le 5e centenaire de l'Eloge de la Folie, d'Érasme" in Revue Communio XXXVI, 3

Le bonheur

Ainsi plaide la Folie: pour être heureux, il est beaucoup plus «sage» de se bercer d'illusions.

Guy Bedouelle, "Le manteau de l'ironie - Pour le 5e centenaire de l'Eloge de la Folie, d'Érasme". in Revue Communio XXXVI, 3

Renaud Camus - L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 15

*************** Cela d’autant plus, bien entendu, que ces États, et tout particulièrement dans l’hypothèse où ils coïncideraient (ou prétendraient coïncider) avec une supposée "nation", avec un peuple, une "ethnie", une "race" ****************, semblent bien, et nous serions les derniers à le déplorer, avoir fait leur temps.

Renaud Camus, L'Amour l'Automne, p.202

La valeur de cette phrase dépendra de ce que le lecteur connaîtra par ailleurs de l'œuvre camusienne. Il pourra la lire au premier degré, ou la prendre ironiquement, comme un pastiche de la position refusée par Renaud Camus, — ou encore poser que Renaud Camus est également capable de penser cela par instants, s'il considère la liberté acquise et non plus la saveur disparue des particularités dissoutes dans le métissage et l'absence de frontières.
La possibilité de lire ses différentes positions est un exemple appliquée de bathmologie.

Cela irait dans le sens du regret exprimé quelques pages plus haut:

Mais certes il leur arrive de déplorer, pour des raisons purement économiques et pratiques, [...] que le pays (l’île, le royaume) soit resté fidèle à sa traditionnelle livre sterling,... (AA, p.196)

Cependant, ce regret d'une fidélité aux traditions va «directement» à l'encontre de «leurs convictions profondes». La phrase rétablie dans sa continuité se présente ainsi:

Mais certes il leur arrive de déplorer, pour des raisons purement économiques et pratiques, [...]d’ailleurs directement contraires à leurs convictions profondes (pour autant, celles-ci, qu’il soit possible de les connaître sous plusieurs couches alternées de pudeurs, prudences, scrupules, soupçons, délicatesses et sens du ridicule), que le pays (l’île, le royaume) soit resté fidèle à sa traditionnelle livre sterling,... (AA, p.196)

Il devient difficile de déterminer, à la seule lecture de L'Amour l'Automne et sans référence extérieure, ce que pense l'auteur.

Je songe au projet de L'ombre gagne:

Il s'agissait de rendre à l'expression déconsidérée "roman d'idées" son sens plein, et de faire un "roman" où les idées seraient les seuls personnages : les bonnes, les gentilles, les monstrueuses, les idiotes, les banales, les inattendues, les révoltantes, etc., toutes, en un carrousel assez semblable, toute proportion de génie gardée, à Bouvard et Pécuchet auquel était d'ailleurs emprunté l'exergue [...] Et il n'y est pas d'idée qui ne rencontre son contraire rigoureux, [...].

extrait d'une interview donnée à Têtu en juillet 2000.


Dernière remarque, d'ordre syntaxique : notons l'importance des incises, dont le sens s'oppose directement:
- « nous serions les derniers à le déplorer » signifie « nous approuvons la disparition des États et des peuples »
- « d’ailleurs directement contraires à leurs convictions profondes » signifie « nous approuvons qu'un pays reste fidèle à ses traditions ».

Evidemment, cette construction symétrique dans la forme et opposée par le sens ne se remarque guère à six pages d'intervalle.

Plus modeste

Depuis ce jour-là le calendrier fut changé, on compta ainsi: «C’est le lendemain du jour où j’ai découpé moi-même les dindonneaux.» «C’est juste huit jours après que le directeur a découpé lui-même les dindonneaux.» Ainsi cette prosectomie donna-t-elle, comme la naissance du Christ ou l’Hégire, le point de départ d’un calendrier différent des autres, mais qui ne prit pas leur extension et n’égala pas leur durée.

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, p.1084, Pléiade (Clarac).

Le saut

L'eschaton, milieu entre Dieu et le monde, se dévoile d'en haut pour le théiste transcendant, et il se dévoile d'en bas pour l'athée matérialiste. De l'un et de l'autre lieu, il faut faire le saut. D'en haut, dans l'absurde; d'en bas, du règne de la nécessité dans le règne de la liberté.

Jacob Taubes, Escathologie occidentale, p.7 (éditions de l'éclat)
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