A Castelluzo, penché sur le capot, devant un garage, le plus beau mâle de l'île jusqu'à présent, blond qui dans l'âme serait brun, brun phénoménologiquement blond: châtain clair et cendré; massif, musclé, moustachu, mal rasé, dépoitraillé, velu jusqu'à la pomme d'Adam et proprement renversant sur une avenue béante plongeant vers le grand large désert, dans la manière horizontale de la dernière heure, dernière minute, dernière cendre du jour… Je n'ai pas pu démêler s'il était le garagiste ou bien un client. Lui n'a pas pu démêler de quel malaise était prise soudain ma pauvre automobile; ou peut-être que si.

Renaud Camus, Vigiles, p.176

Il y a longtemps que nous avons quitté les bords de la critique pour naviguer en réminiscence (mais peut-être est-cet le seul fond de la critique, parfois je le crois, sauf si cela jargonne vraiment trop, auquel cas c'est le monde des langages cryptés que nous abordons, un autre royaume de l'enfance).

Donc:
1/ ce texte m'évoque un ami que j'imagine si bien tomber ainsi en arrêt et tout oublier que cela ne peut que me faire rire;
2/ il est la négation de tous les "mon genre/pas mon genre", la justification de n'importe quel goût dans son renversement, tout goût s'inscrivant phénoménologiquement dans son contraire (quelle aisance dans nos voies);
3/ ce qui s'est passé reste obscur. Camus s'est-il arrêté en prétextant un problème mécanique? (Mais dans ce cas, pourquoi se demander s'il s'agit d'un client?) Ou le malaise de la voiture n'est-il qu'une transposition, ou encore n'est-il que rêvé, imaginé?