En ouvrant Septembre absolu au hasard je suis tombée sur ces lignes:

Lundi 30 mai, une heure du matin (le 31). J'enverrai demain à Paul le texte de Travers Coda. je ne sais pas trop qu'en penser. Il n'y a guère de renouvellement, par rapport aux autres volumes, et surtout à L'Amour l'Automne, mon favori[1]. Mais après tout c'est assez normal, puisqu'il s'agit d'une coda. De toute façon ce ne sera qu'une petite partie du volume, en quantité. Le plus grand nombre de pages ira à l'index. L'élément nouveau, original, c'est l'index.[2]

Au reste il était temps d'en finir. J'achève ce soir un travail, la série des Travers, inauguré il y a plus de trente ans. Et dans une certaine mesure j'achève aussi les Églogues, l'écriture églogale des Églogues — car le septième volume, Lecture, qui reste à écrire, s'il fait partie du monument, et lui est même indispensable, n'en relève pas stylistiquement. Il doit être rédigé sur un tout autre ton, et, bien sue tout entier consacré aux Églogues, et à leur rédaction, et à la vie de leur(s) auteur(s), il ne sera pas une Églogue lui-même. Je le vois tout à fait comme un hors-d'œuvre (au sens architectural de l'expression, not culinaire…)

Je ne suis pas mécontent d'avoir cela derrière moi. L'intertextualité permanente est tuante — pour le lecteur certe, mais avant cela pour l'auteur, les auteurs, qui ne peuvent pas écrire une ligne sans le contrôle de deux ou trois cents volumes, qu'il faut aller consulter à tout moment. Je pense n'avoir plus guère recours à la citation, désormais: la citation incorporée, je veux dire, assimilée, intégrée. Je vais enfin pourvoir être moi-même (sic).

Renaud Camus, Septembre absolu, p.231-232, Fayard

1/ Nostalgie en recopiant cela. Je n'aime pas "tout ce qui tombe", je pleure tout ce qui prend fin. J'ai beaucoup vécu, je vis encore beaucoup, parmi les Églogues, dans les Églogues.

2/ Fin de l'intertextualité et des trois cents volumes certes, mais il me semble que la citation incorporée est devenue partie intégrante du "lui-même" de Renaud Camus. J'en veux pour preuve les dernières mises à jours de Vaisseaux brûlés:

2-2-12-03-19-14-1-1-1-13-5. Dans la pénombre de la salle de café le patron dispose des tables et les chaises, ...... .........., .... ........ d’eau gazeuse ; ... .... .... ....... ... ....... ................. ...... ..... ..’... ............ ..... ... .... .... ..’........ .... rapports, vous pouvez ........ .... ..... ...... ........... ... ...... .. ...... .... ........... ......... ..... ..’....... ... ... ......... D’ailleurs tout est .. ............ : ... ........ ... .......... .. ......, ..... ... .......... .............. RIOV/VOIR .... ....... .... le musée même ..... ... .... ......... ..... ... ......, ..... ..’....... ......... ... ..... ......., Chronique ....... ... ... mort, par exemple, ... ..... Petits ........ .............. .. ... ............. ..’.... pierre, ..... ...... .... ......... ....... ... .... de France ferait ... ........ .... ......... ............ ... Sanctus Hilarius ... ..... .... ... ...... .... ..... .......... ... celles qui se ..... .......... ..... .... ..... .... ............. ....., .... ....... .......... ... ........ ..... ... ....., ... suis allé à ... ........., .. ....., ..... .... ........... ......... ... ......... ... ..... .... ..... ... ..’....... ... génie. Il dit ...’... ......... ... ..... ...’... ..’.... ........ ...... ..... ... ...... ..... ..... ...... ...... ........ ... ........... pas le sentiment ............., ...... .......... ........ .... ...... ........ ........ ... ...... ? ..’............ .. ....... .... ......... ... l’église. Quant à .... ......, ..... ...... ......... ... ..... .... ........... ... ........ ..’...... .... ... ........., ... ......, ma (entrai au ..........., né ....... ond’èsca). (..’.. ... ..’......... ....... ... ......

Renaud Camus, Vaisseaux brûlés, 2-2-12-03-19-14-1-1-1-13-5

Soit pour commencer, vous l'avez peut-être reconnu, l'incipit des Gommes. (La phrase suivante vient de Vidal à Cerisy, "Le souverain s'avarie", colloque sur Robbe-Grillet, logique). Je dirais plutôt que la citation incorporée manque déjà à Renaud Camus, ou que Renaud Camus est en manque de citations incorporées, et que donc il assouvit son vice dans les nouveaux paragraphes de Vaisseaux brûlés.

Notes

[1] Le mien aussi.

[2] Pas le temps d'étudier maintenant (et quoi qu'il en soit cela s'étudiera sur des années), mais je confirme: ce qui fascine, immédiatement, c'est l'index. On y revient, on s'en écarte, il attire et repousse.