Véhesse

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lundi 11 mai 2020

Dix astuces de plus pour paraître intelligent en réunion

Je suis tombée sur la première astuce et j'ai cliqué pour accéder à l'ensemble du billet. Je pensais que c'était un article sérieux car la première astuce est logique et concourt à bien travailler ensemble. Les astuces suivantes m'ont enchantée car elle m'ont rappelé un collègue précis.
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Si vous souhaitez réussir dans le monde des affaires, faire remarquer votre intelligence lors des réunions devra être votre priorité absolue.
Si vous avez plutôt tendance à rêvasser Seychelles, mojitos et Pringles, cela peut être compliqué .

Pour vous aider, conservez cette liste d'astuces dans votre sac: ainsi vous donnerez toujours l'impression de savoir de quoi parlent les autres même si ce n'est absolument pas le cas.

  • #1 - Si quelqu'un utilise un terme technique, demandez-lui de le définir «afin d'être sûr de tous parler de la même chose».



Si quelqu'un utilise un terme technique, interrompez-le et dites: «je pense que certains ici ne savent peut-être pas de quoi il s'agit, pourriez-vous le leur expliquer?» ou «il est possible que nous n'ayons pas tous la même définition de ce terme, pourriez-vous préciser dans quel sens vous l'utilisez?»
De cette façon vous donnerez l'impression d'aider chacun à travailler ensemble tout en comprenant enfin ce que signifie ce terme.

  • #2 - Transformez les expressions en acronyme.



A chaque fois que vous entendez une expression, transformez-la à la volée (ALV) en acronyme et utilisez cet acronyme de façon répétée.
Cela fonctionne au mieux avec des expressions de trois mots, par exemple «point de contact» (PDC), «cauchemar des relations publiques» (CRP) ou «système de gestion des produits» (SGP).

  • #3 - Couvrez votre ordinateur portable de posts-it.



Nous sommes bien d'accord que personne ne paraît plus occupé que celui dont le portable est couvert de posts-it ?
Qu'y a-t-il sur ces posts-it? Que signifie ces listes de points et ces mots soulignés? Ils signifient que vous êtes important.

  • #4 - Invitez à la réunion des personnes qui n'ont rien à faire là.



Avez-vous déjà assisté à une réunion où l'on a dit à quelqu'un que l'on n'avait pas besoin de lui? C'est la chose la plus embarrassante du monde. C'est aussi un traitement jouissif à réserver à quelqu'un que vous n'aimez pas.
Une fois que tout le monde est arrivé, attendez le début de la réunion et désignez la personne du doigt. Faites-lui savoir qu'elle peut quitter la réunion parce qu'on n'a pas vraiment besoin d'elle. Cette démonstration de pouvoir fera de vous la personne la plus importante de la pièce pour le reste de la réunion.

  • #5 - Prenez soin d'ajouter une annexe démesurée et inutile à vos présentations.



La valeur d'une présentation est proportionnelle à la taille de son annexe, donc accompagnez les vôtres d'une tonne de diapositives inutiles sans le moindre rapport avec le sujet. Vous donnerez l'impression d'avoir vraiment creusé la question.

  • #6 - Demandez si l'on n'est pas en train d'amalgamer des problèmes qui n'ont rien à voir.



Quand quelqu'un demande si l'on n'est pas en train d'amalgamer deux problèmes, n'avez-vous pas aussitôt l'impression qu'il est beaucoup plus intelligent que vous? En tout cas c'est mon cas.
Je ne sais même pas ce que signifie amagalmer mais je sais qu'une fois que j'aurai posé la question, elle paraîtra fine et pertinente.

  • #7 - Transformez les noms en verbe.



Si vous cherchez désespérément quelque chose à dire, prenez un nom et faites-en un verbe. Utiliser les mots de façon inattendue et créative1 rendra votre présence intéressante.

  • #8 - Quel que soit le sujet, alternez tour à tour approbation et désapprobation.
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Personne ne doit être capable de prédire si vous allez être d'accord ou pas avec le sujet abordé. Vous savez, exactement comme le font les CEOs.
La façon la plus simple de les imiter est d'alterner au hasard l'approbation et la désapprobation. Vous paraîtrez très mystérieux et dans l'attente de votre point de vue tout le monde sera sur les charbons ardents.

  • #9 - Dites «c'est évident» quand ça ne l'est pas .



Ceux qui ne sont jamais surpris par quoi que ce soit paraissent habités d'une sagesse immémoriale, non? Si vous ponctuez la réunion par des «oui, c'est évident», vous donnerez l'impression que vous aviez prévu depuis longtemps comment les choses allaient tourner et que vous avez plus d'expérience que quiconque dans la pièce.

  • #10 - A la fin de la réunion, demandez qui se charge d'envoyer un compte rendu.



Montrez à vos collègues que vous accordez de l'importance à ce qui s'est passé durant la réunion en en demandant un compte rendu par mail, mais rappelez-leur combien votre temps est précieux en suggérant qu'un autre doit s'en charger.



Note
1: je ne suis pas sûre que cela soit vrai en France depuis Ségolène: she killed the game.

mercredi 6 mai 2020

Procrastiner efficace

En 2009, Elena Bodnar a gagné l'IgNobel (le Nobel des trucs bizarres qui vous font rire avant de vous faire réfléchir) dans la catégorie santé publique avec un soutien-gorge pouvant se tranformer en deux masques.

En parcourant la liste de l'œil, je suis tombée sur cet article qui m'a intriguée (je souffre de procratination aiguë). C'est de John Perry, gagnant 2011 dans la catégorie littérature.

Traduction à la volée, comme d'habitude.

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« N'importe qui est capable d'abattre n'importe quelle quantité de travail, à condition que ce ne soit pas le travail qu'il serait censé être en train de faire à cet instant précis1
Robert Benchley in Chips off the Old Benchley, 1949

Cela fait des mois que j'ai l'intention de rédiger cet article. Pourquoi suis-je finalement en train de m'y mettre? Parce que j'ai enfin dégagé un peu de temps libre? Non. J'ai des copies à corriger, des livres à commander, une demande de bourse à examiner, des projets de thèses à lire. Si je travaille à cet article, c'est pour éviter de me mettre à toutes ces tâches. C'est l'essence de ce que j'appelle la procrastination structurée, une stratégie extraordinaire que j'ai découverte et qui transforme un procrastinateur en un personne efficace, respectée et admirée pour tout ce qu'elle est capable d'accomplir par unusage rationnel de son temps.
Tous les procrastinateurs remettent à plus tard ce qu'ils ont à faire. La procrastination structurée est l'art de mettre ce défaut à profit. L'idée-clé est que procrastiner ne signifie pas ne rien faire du tout. Il est rare qu'un procrastinateur ne fasse absolument rien; il effectue des tâches utiles à la marge, comme jardiner, tailler ses crayons ou dessiner le diagramme de la future réorganisation de ses dossiers quand il s'y mettra.
Pourquoi le procrastinateur s'attelle-t-il à ces tâches? Parce qu'elles sont un moyen de ne pas faire quelque chose de plus important. Si la seule tâche qui restait au procrastinateur était de tailler ses crayons, aucune force au monde ne parviendrait à l'y obliger. En revanche, le procrastinateur peut être amené à effectuer une tâche difficile et importante à point nommé à condition que cela lui évite de s'atteler à quelque chose de plus important encore.

La procrastination structurée consiste à organiser votre to-do-list de façon à exploiter ce constat. La liste que vous avez en tête est sans doute hiérarchisée par ordre d'importance. Les tâches qui paraissent les plus urgentes et les plus importantes apparaissent en tête. Mais il faut ajouter en dessous des tâches utiles. Effectuer ces tâches est une façon de ne pas s'occuper de celles plus haut dans la liste. Cette structure repensé de to-do-list transforme le procrastinateur en citoyen précieux. En fait, le procrastinateur peut même acquérir, comme c'est mon cas, la réputation d'abattre une grande quantité de travail.

Mon expérience la plus parfaite de procrastination structurée, je l'ai connue quand ma femme et moi étions chercheurs en résidence à Soto House, un dortoir de Stanford. Dans la soirée, confronté à des copies à corriger, des conférences à rédiger, des réunions à préparer, je quittais notre cottage proche du dortoir et j'allais dans la salle commune jouer au ping-pong avec les pensionnaires, ou discuter dans leur chambre, ou juste m'assoir là pour lire les journaux. J'acquis ainsi la réputation d'être un terrifique chercheur en résidence et l'un des rares professeurs du campus à passer du temps avec les lycéens et à les connaître. Quelle ironie: jouer au ping-pong pour ne rien faire de plus important et acquérir la réputation de Mr Chips.

Les procrastinateurs ont souvent un mauvais réflexe. Ils essaient de réduire leurs engagements en supposant que s'ils n'ont plus que quelques tâches à effectuer, ils arrêteront de procrastiner et s'y attèleront. Mais cela va à l'encontre de la nature primordiale du procrastinateur et élimine leur source première de motivation. Les quelques tâches de leur liste seront par définition les plus importantes, et la seule façon de les éviter sera de ne rien faire du tout. Cette méthode amène à devenir une larve sur canapé, non une personne efficace.

Parvenu à ce point, vous vous demandez peut-être : «Que devient la tâche en haut de liste, celle que personne ne fait jamais?»
Je reconnais que se présente ici un potentiel problème.

L'astuce est de choisir le bon type de projet pour le haut de la liste. Le type idéal a deux caractéristiques: d'une part il paraît avoir une dealine précise (mais en réalité ce n'est pas le cas); d'autre part il paraît terriblement important (mais en fait non). Heureusement, la vie abonde de cette sorte de tâches. A l'université, une large majorité de tâches appartiennent à cette catégorie, et je suis persuadé que c'est le cas dans la plupart des vastes institutions.
Prenons par exemple ce qui se trouve en haut de ma liste aujourd'hui. Il s'agit de finir un article pour un volume de philosophie du langage. Il était à rendre il y a onze mois. J'ai abattu un énorme nombre de travaux afin d'éviter d'y travailler. Il y a quelques mois, rongé de remord, j'ai écrit une lettre à l'éditeur pour m'excuser d'être aussi en retard et l'assurer de mon intention de me mettre au travail. Ecrire cette lettre était bien sûr une façon de ne pas travailler à l'article. Il se trouva alors que je n'étais pas beaucoup plus en retard que tous les autres. Et dans quelle mesure cet article est-il important? Pas si important qu'à un moment donné quelque chose qui paraisse plus important ne surgisse. Alors je me mettrai à y travailler.

Autre exemple, cette commande de livres que je dois passer pour mes élèves. Je suis en train d'écrire en juin. En octobre, je dois donner un cours d'épistémologie. J'aurais déjà dû passer la commande à la librairie.
Il est facile de considérer que c'est une tâche importante avec une deadline urgente (pour vous, les non-procrastinateurs, je ferai remarquer qu'une deadline devient vraiment urgente lorsqu'elle est dépassée d'une ou deux semaines.) Je reçois des rappels quasi quotidiens de la secrétaire du département, des étudiants me demandent parfois ce qu'ils doivent lire, et le bon de commande se trouve en plein milieu de mon bureau, juste en dessous de l'emballage du sandwich que j'ai mangé mercredi dernier. Cette tâche est presque en haut de ma liste; elle me tracasse et me motive pour me consacrer à d'autres corvées utiles mais quelque peu moins importantes.
En réalité, la librairie est très occupée à traiter les commandes passées par les non-procrastinateurs. Si je donne la mienne mi-août, tout se passera bien. Il faut juste que je choisisse des livres réputés et connus publiés chez des éditeurs compétents. Entre aujourd'hui et disons le premier août, je vais prendre un autre engagement plus important en apparence. Alors ma psyché remplira le bon de commande avec plaisir afin d'éviter de s'atteler à cette nouvelle tâche.

Parvenu à ce point, le lecteur observateur peut se dire que la procrastination structurée exige une certaine capacité à s'auto-berner, puisque que l'on est perpétuellement en train de monter une pyramide de Ponzi contre soi-même.
Tout à fait. Il faut être capable d'identifier et de s'investir dans des tâches à l'importance surévaluée et aux deadlines illusoires tout en se faisant croire qu'elles sont importantes et urgentes. Ce n'est pas un problème, car pratiquement tous les procrastinateurs ont d'excellentes capacités à s'auto-berner. Et quoi de plus noble que d'utiliser un défaut de son caractère pour estomper les conséquences d'un autre défaut?



Note
1 : ce qui est exactement ce que je suis en train de faire en effectuant cette traduction.

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