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La langue abstraite de la grande culture

266. Que l’on sous-estime les résultats de l’enseignement du lycée.

On cherche rarement la valeur du lycée dans les choses que l’on y apprend vraiment et dont il nous enrichit pour la vie, mais au contraire dans celles que l’on y enseigne et que l’écolier ne s’assimile qu’à contrecœur pour s’en débarrasser aussi vite qu’il le peut. Telle qu’elle est pratiquée partout – cela, tout esprit cultivé l’accordera –, la lecture des classiques est une routine monstrueuse : devant les jeunes gens qui ne sont mûrs sous aucun rapport pour l’entendre, elle est faite par des professeurs dont chaque parole, dont la figure même suffit à noyer un bon auteur sous la poussière. Mais là est justement la valeur que l’on méconnaît ordinairement, – c’est que ces professeurs parlent la langue abstraite de la grande culture, lourde et ardue à comprendre telle quelle, mais gymnastique supérieure du cerveau ; c’est que dans cette langue paraissent constamment des notions, des termes techniques, des méthodes, des allusions que ces jeunes gens n’entendent presque jamais dans la conversation de leurs familles ni dans la rue. Quand les écoliers ne feraient qu’entendre, leur intelligence s’en trouve automatiquement préadaptée à une forme scientifique de pensée. Il n’est pas possible de sortir de cette discipline en pur enfant de la nature, entièrement vierge d’abstraction.

Nietzsche,Humain, trop humain, § 266. Traduction de Robert Rovini. Gallimard, 1968

Encore de la littérature homosexuelle

Je me souviens d'un long moment passé chez W H Smith (librairie anglaise (note pour les non-Parisiens)) à chercher The Duffy Omnibus, de Dan Kavanagh (pseudonyme de Julian Barnes), habituellement classé parmi les romans policiers (il est édité en points Seuil en français).

Je fais faire une recherche via le logiciel de la maison, c'est long, je ne connais plus l'orthographe du nom, je ne me souviens plus du titre, j'insiste, j'empêche le libraire d'abandonner, je m'obstine, il finit par trouver, relève la tête, et me dit d'un drôle d'air : "— Il est en rayon. — Ah? Je ne l'ai pas vu".
Et il m'entraîne vers le rayon... littérature gay.
Je n'ai toujours pas compris pourquoi. Certes le détective privé de l'histoire est homosexuel. Mais est-ce que cela suffit à déplacer un livre de la catégorie "policier" vers la catégorie "littérature gay" (qui à moi (cela n'engage que moi) paraît aussi réductrice que la catégorie "littérature féminine")?

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