Véhesse

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Billets pour la catégorie Des livres :

jeudi 27 novembre 2008

Le doigt coupé de la rue du bison, de François Caradec

Etrange livre, je ne pensais pas qu'on en écrirait encore des comme ça.

Le doigt n'a aucune importance. La rue du bison non plus. En cela c'est très moderne. Et le narrateur est flottant, instable, multiple.

Sinon... sinon c'est le Paris des années 50, et la langue verte des années 50, avec les obsessions des années 50. Je ne savais pas qu'on savait encore écrire comme ça (enfin, cela se perd, puisque François Caradec vient de mourir. Ce soir l'Oulipo lui rend hommage à la BNF (ou la TGB, je ne sais quel est le terme officiel)).

Des chiens et encore des chiens, de mémoire au moins cinq races, labrador, caniche, berger allemand, airedale, épagneul. Paris, les rues de Paris, les souvenirs, la statue de Chappe qu'on a fait fondre (je ne savais pas), la boutique du liège boulevard Montparnasse (est-elle encore là? J'y avais acheté un portefeuille), la rue Coëtlogon (un marin (c'est la rue de Paul Rivière)), toute cette géographie de Paris que je ne retrouve plus, mais peut-être ne lis-je pas les bons livres.
J'aimais Léo Mallet pour cela.

La fin, puis-je évoquer le dénouement? Peut-être pas. Les Lebensborn, ces haras à êtres humains, ce contrepoint très peu connu de l'utopie nazie... Je le connais à cause du Magasin des enfants, collectif sous la direction de Jacques Testard, qui a étudié à la fin des années 80 le désir d'enfant "à tout prix" sous les angles médical, juridique et psychanalytique.

C'est un livre qui n'a pas vraiment sa place dans notre époque. Il arrive trop tard, ou trop tôt, quand le recul n'est pas encore suffisamment grand pour que cinquante ans ne fassent aucune différence.
Ou c'est un livre terminé juste à temps, au moment où les derniers témoins de la période 1920-1945 sont en train de disparaître. Et puis c'est un livre destiné aux amoureux de François Caradec, puisqu'il y évoque ça et là des souvenirs — ceux qui savent devineront.


PS : je pense que cette écriture pourrait intéresser Didier Goux. Quant à moi, je vais me pencher sur la biographie de Raymond Roussel publié par François Caradec.

mercredi 19 novembre 2008

Guerre à Havard, de Nick McDonell

J'ai acheté ce livre d'abord parce qu'il était petit. J'essaie de ne plus acheter que des livres que je vais lire, je choisis donc des livres peu épais (c'est l'un des pires effets pervers du blogging: qui veut bloguer à propos de livres doit lire, qui lit ne blogue pas... à moins de choisir de tout petits livres).
J'ai hésité, car le ton de ce livre était atrocement banal, sans effet de manche. Puis je l'ai acheté parce que le ton en était sans effet de manche, atrocement banal.

Je ne le regrette pas. Il est constitué de chapitres très courts qui pourraient être des billets de blogs ou des éditoriaux. Ils ne leur manquent pour cela qu'une certaine ironie ou une volonté de démonstration.

J'ai rarement lu un livre aussi platement descriptif. Tout l'art de l'auteur réside dans le collage, l'apposition d'événements ou de scènes sans grand intérêt, à peine des événements, qui mis côte à côte ont encore moins de sens.

Tout cela se passe à Havard, parmi les futurs dirigeants politiques ou économiques ou médiatiques de la nation.
Rien ne se passe comme on n'aurait pu le prévoir.
Mais il y a longtemps que plus rien n'est prévisible.

L'auteur est très jeune, né en 1984. C'est son troisième livre. Je vais acheter les deux autres et je vais attendre les suivants.

Je mets en ligne le premier chapitre.

Dans le gymnase Hemenway de la faculté de droit de Harvard, il doit y avoir vingt-cinq tapis de course, constamment utilisés. Ce sont des machines remarquables, noires, brillantes, presque silencieuses : des outils de luxe au service de la santé et de la vanité. Chacun est doté d'un écran plat diffusant les meilleures chaînes du câble. Les coureurs sont eux-mêmes remarquables. Hemenway est considéré comme la meilleure salle de sport ouverte à la population non universitaire. Tout le monde est en forme. Aucun regard ne se croise, bien que l'endroit fourmille d'une énergie sexuelle alimentée par le balancement de queues-de-cheval humides. Les athlètes, vêtus de shorts moulants estampillés Harvard, de T-shirts « Sauvez le Darfour » ou de joggings aux couleurs des New York Knicks, semblent être des jeunes gens extrêmement sérieux, acquis à la cause de l'esprit sain dans un corps sain. Beaucoup, tandis qu'ils courent sur place, regardent les infos.
L'Info, c'est toujours l'Irak. Si l'on se tient au fond de la salle, près des courts de squash blancs aux normes olympiques, on peut observer cette élite courir sur place devant un des nombreux reportages : bombes artisanales explosant, reporters équipés de gilets pare-balles sur leurs chemises en coton ou l'éternel enfant en sang qu'on porte dans les bras. Si on revient le lendemain, on verra les mêmes personnes, courant au même endroit, regardant les mêmes horreurs. Sauf que ces horreurs empirent de jour en jour.
Bien sûr, tout le monde ne s'intéresse pas à la guerre. Pour chaque amateur de journal télévisé, il y a un amateur de sport et un amateur de série. Mais ceux qui regardent le JT sont les plus intéressants. Non que le sport ou les séries soient ennuyeux, mais en raison de l'analogie entre cette guerre malheureuse et le fait de courir sur place, dans la prestigieuse salle de sport de la plus prestigieuse université. Il est toujours difficile de savoir ce que les gens pensent des informations qu'ils regardent. Et ici, dans la plus prestigieuse salle de sport etc., savoir ce qu'ils pensent n'est pas seulement difficile mais crucial, parce que, parmi ces jeunes gens qui regardent les informations, certains espèrent en devenir un jour les acteurs - et parfois, à raison.
C'est du moins ainsi que ça se passait dans la promotion 2006 - ma promotion.

Guerre à Havard, de Nick McDonell, p.9 - Flammarion, 2008

dimanche 16 novembre 2008

Critique express

Nous sommes debout dans le métro 14, pas trop tassés. Ma voisine ouvre un Gallimard collection blanche, La meilleure part des hommes, de Tristan Garcia. Le titre à lui seul me fatigue déjà, avec son accroche marketing soigneusement calculée.

Elle en est au début, cinq millimètres de pages lues, à peu près. Machinalement, je lis quelques lignes par-dessus son épaule.
Je suis atterrée. Diminutifs ridicules utilisés à toutes les phrases (comme si l'auteur ne connaissait pas les pronoms personnels), situations du niveau des romans contenus dans les cahiers centraux de Femmes d'aujourd'hui et Bonne soirée que lisaient mes tantes vieilles filles en 1977 — modernisées grâce au sida...
C'est ça la collection blanche?

jeudi 13 novembre 2008

Course de poux

Lequel d'entre nous eut l'idée d'organiser des courses de poux? Je ne m'en souviens plus. Mais cela nous valut des instants fiévreux qui occupèrent nos esprits. Au cours de l'interminable journée, tandis que nous remplissions et poussions des wagonnets ou déchargions des tonnes de charbon, de songer à la récréation du soir, à nos vaillants coursiers à six pattes que nous faisions galoper ventre à terre (la table en guise de pouxodrome), nous procurait une lamentable exaltation. Très vite — il fallait s'y attendre — s'engagèrent des paris. Ce qui donna lieu à des situations tendues, dramatiques. Un tel jouait ses cigarettes et son chocolat, tel autre son tube d'aspirine, un troisième sa réserve de boîtes de conserve, sa flanelle... Rares étaient les parieurs qui restituaient les biens de ceux que la fortune avait dépouillés. Certes, ce n'était pas Macao, mais l'« enfer du jeu » gagna notre baraquement. Crémieux, après avoir perdu ses rations et tout son argent de camp, n'alla-t-il pas jusqu'à engager son manoir du Périgord ? Qu'il perdit également ! Le pou de Chaidron avait coiffé le sien au poteau (une allumette) d'une encolure ! Je vois encore Crémieux, livide, aussi livide que tous les poux réunis, arracher un morceau d'un sac de plâtre sur lequel il rédigea en bonne et due forme l'acte d'acquisition, signé de deux témoins, au profit de Chaidron ; il lui donnait la jouissance du manoir, « excepté les communs »...
Devant la rage et la passion des turfistes, nous décidâmes à une forte majorité de cesser les paris; du même coup cessèrent les galopades. Le cœur n'y était plus. Nos poux rentrèrent tous dans la clandestinité.

René de Obaldia, Exobiographie

mardi 11 novembre 2008

15 enquêtes policières, souvenirs

Bizarrement, A. a ramené d'Allemagne une soudaine passion pour Arsène Lupin. Elle vient de terminer les quatre que nous avons à la maison, j'exhume pour elle un livre de mon enfance, 15 enquêtes policières.
J'aimais beaucoup cette collection, elle est à mes yeux aussi mythique que les Contes et légendes blancs au dos rayé d'or.

C'est dans ce livre que j'ai lu pour la première fois Maurice Leblanc, Conan Doyle et La lettre volée d'Edgar Poe. Il m'en restais trois images, trois souvenirs-flash: celui d'un clochard aux pieds propres, celui d'un accusé décidant d'utiliser "un truc de la communale" et celui de l'enfant gagnant toujours au jeu de pair ou impair. Mes souvenirs avaient confondu les deux derniers, sans doute à cause de l'âge des enfants. Je ne me souvenais plus que la description du jeu de pair ou impair était de Poe.

» J'ai connu un enfant de huit ans, dont l'infaillibilité au jeu de pair ou impair faisait l'admiration universelle. Ce jeu est simple, on y joue avec des billes. L'un des joueurs tient dans sa main un certain nombre de ses billes, et demande à l'autre: «Pair ou non?» Si celui-ci devine juste, il gagne une bille; s'il se trompe, il en perd une. L'enfant dont je parle gagnait toutes les billes de l'école. Naturellement, il avait un mode de divination, lequel consistait dans la simple observation et dans l'appréciation de la finesse de ses adversaires. Supposons que son adversaire soit un parfait nigaud et, levant sa main fermée, lui demande: «Pair ou impair?» Notre écolier répond: «Impair!» a et il a perdu. Mais, à la seconde épreuve, il gagne, car il se dit en lui-même: « Le niais avait mis pair la première fois, et toute sa ruse ne va qu'à lui faire mettre impair à la seconde; je dirai donc impair. Il dit: «Impair», et il gagne.
» Maintenant, avec un adversaire un peu moins simple, il aurait raisonné ainsi: «Ce garçon voit que, dans le premier cas, j'ai dit «Impair», et que, dans le second, il se proposera — c'est la première idée qui se présentera à lui — une simple variation de pair à impair comme a fait le premier bêta; mais une seconde réflexion lui dira que c'est là un changement trop simple, et finalement il se décidera à mettre pair comme la première fois. Je dirai donc pair.» Il dit «Pair!» et il gagne.

Edgar Poe, La lettre volée

J'avais huit ou neuf ans, cela m'avait beaucoup impressionnée. Lors des longs voyages en voiture, je passais des heures à poursuivre le raisonnement: «mais il va penser que je vais penser qu'il n'a pas changé, donc il va changer, donc il faut que je réponde...» etc.
Plus tard, je fus très forte au "Menteur" (le jeu de cartes), tant pour ne pas me faire prendre que pour prendre les autres.

samedi 8 novembre 2008

Le français comme on l'aime, comme on le parle (mal, mais joyeusement)

J'ai un peu hésité à mettre un message sur la SLRC, mais comme je m'y sens de plus en plus tricard, j'y ai renoncé.

Je tiens donc à vous faire connaître ce contrepoint indispensable au Répertoire des délicatesses du français contemporain.

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