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Billets pour la catégorie Kråkmo : marginalia :

mardi 28 décembre 2010

Kråkmo, marginalia IV

  • Le Petit Broc

p. 29
Cette adresse nous avait d'ailleurs été recommandée par Renaud Camus quand nous cherchions un lieu où nous réunir pour la lecture suivie de L'Amour l'automne, et les garçons de café (propriétaires?) étaient pleins d'indulgence pour nos piles de livres au milieu des planches de charcuterie. (Et pas de musique, de musak.)
En leur honneur, nous avons surnommé notre groupe de lecteurs ou de lecture "Les Cruchons" (©Marie Borel).
Hélas, le Petit Broc a changé de propriétaire fin novembre (2010). Désormais plus de planche, et même début décembre un Petit Broc inaccessible, réservé à une soirée privée... Nous nous sommes repliés au Raspail vert. À suivre.

  • Le bonheur

Bof, rien de désastreux, et nous étions très heureux. Pierre a même dit:
«Je suis très heureux.»
Renaud Camus, Kråkmo, p.29

Je le note parce qu'il me semble que c'est la première fois que Pierre est cité ainsi sur ce sujet (et cela me plaît).

  • La doctrine Sevran

Lui [Philippe Besson], qui s'exprimait du haut d'une expérience médiatique beaucoup plus large que la mienne, d'autant qu'il est maintenant animateur lui-même, ou producteur, je ne sais comment il faut dire, et qu'en plus il se présentait, sans nul doute à juste titre, comme le dépositaire de la pensée de Sevran sur la question, disait qu'il ne fallait pas réagir, qu'à la télévision l'agresseur a toujours tort, que le média ne tolère pas le ton de la colère et de l'indignation, que la doctrine qu'il tenait de Sevran en la matière, c'est qu'il fallait toujours porter une chemise blanche, dire ce qu'on avait décidé de dire sans jamais se soucier de répondre aux questions et surtout, surtout, avoir toujours l'air serein et ne pas inaugurer de polémique.
Ibid., p.31

Je vais m'acheter des chemises blanches.
(Ce témoignage sur le fonctionnement de la télévision, la façon dont certaines choses "passent" ou "ne passent pas", est très intéressant. Il ne me convainc pas. Il me semble que les animateurs agressifs mettent les spectateurs de leur côté. Mon impression est celle "d'une prime au plus fort": les spectateurs rient du côté du pouvoir (je déteste la télévision dans tous ses jeux et débats: elle met en évidence le pire en l'homme.))

  • L'art de citer

Heureusement je me suis avisé à temps que ce que lisait l'animateur n'était pas du tout de moi, qu'il s'agissait d'une citation de Catherine Robbe-Grillet, La Jeune Mariée. D'évidence, ni Picouly ni ceux qui avaient préparé pour lui l'émission ne s'en étaient avisés. Reconnaissons-le, ce fut un moment assez jouissif. Picouly dut admettre qu'il y avait en effet des guillemets. Il s'est plus ou moins enferré en essayant de sauver la situation.

«Vous voulez dire que quand vous citez un texte, il n'est pas de vous?
— Oui, c'est exactement cela. Je veux dire que quand je cite un texte, il n'est pas de moi.»
Ibid., p.32-33

Lol.
Cela met tout de même en relief la façon dont les animateurs cherchent systématiquement à piéger Renaud Camus. (Mais peut-être tous leurs invités, ne soyons pas (trop vite) paranoïaques: peut-être est-ce le souhait de maintenir l'intérêt des spectateurs qui provoque ce genre de comportement (le côté «Du pain et des jeux», le jeu étant toujours cruel).)

  • De bonnes manières

Ce ne sont pas là, comme eût dit Jean Puyaubert, «de bonnes manières».
Ibid., p.34

J'aime beaucoup cette expression, je m'en sers (mentalement) souvent (surtout concernant certain blogueur).

  • Style

On m'avait dit ou j'avais lu pis que pendre de l'exposition "Le futurisme à Paris", et il est vrai, malgré le fameux article fondateur de Marinetti dans Le Figaro de 1909, qu'elle ne coïncide guère avec son titre. Mais c'est parce qu'elle le dépasse de tous côtés, non parce qu'elle faudrait à l'assumer.
Ibid., p.35

Plaisir de cette utilisation du verbe falloir. (cf. La dédicace de L'Inauguration de la salle des Vents: «Les mots me faillent».)

  • La porte qui claque

Le moment le plus pénible, sans doute, c'est celui où, une porte s'étant ouverte, on attend le moment où elle va se fermer, et donc nécessairement claquer.
Ibid., p.36

C'est un homme qui a un voisin du-dessus fêtard, qui rentre tous les jours vers trois heures du matin et jette ses chaussures, l'une après l'autre, sur le plancher: «Bing!»... «Bang!»...
Au bout d'un mois de ce régime, l'homme n'y tenant plus va sonner chez son voisin:
— Ecoutez, je vous en prie, si vous pouviez poser vos chaussures quand vous rentrez... Vous me réveillez toutes les nuits, je n'en peux plus.
Le voisin n'est pas un mauvais bougre; il se confond en excuses et promet de faire attention.
La nuit suivante, «Bang!».
«Ah zut», se dit le voisin, et il pose avec douceur la seconde chaussure sur le plancher.
Il se met en pyjama, se brosse les dents, va pour se coucher quand on sonne à la porte. C'est le voisin du dessous, des cernes sous les yeux:
— Vous pourriez lancer la deuxième chaussure?

  • Chantelle

Nous fûmes à Chantelle, ô Cantilia, jeudi, ma mère et moi, et accomplîmes dûment le long détour qu'il faut s'imposer pour voir le village et son château-abbaye de l'autre rive de la Bouble, un endroit qui se nomme Deneuille-lès-Chantelle, et d'où la vue est en effet superbe.
Ibid., p.48

J'envisage un jour un relevé des apparitions de «Chantelle, ô Cantilia».

  • note pour moi-même (Églogues)

Un petit somme serait pourtant bien doux, dans le calme aimant de tes bras (comme disait Barthes citant Duparc citant lui-même Cazalis, dit Jean Lahor — sur quoi je vais faire une nouvelle tentative; mais je suis affreusement réveillé; seulement j'ai bien froid, d'avoir un peu mis mes affaires en ordre devrait aider un peu, pourtant, oui, mais le sont-elles? et n'ai-je pas commandé cinq exemplaires d'un Le Jour ni l'Heure plein de fautes?) (l'insomniaque, qui veut passionnément dormir, cherche non moins passionnément, malgré lui, des raisons de n'en rien faire — cinq mille six cents euros de découvert! et ce sans compter les onze mille du compte "Provisio"! et le menuisier qui a fini de poser hier la bibliothèque du bas, et qu'il va falloir payer sans délai! et l'assureur auquel j'ai promis de donner mille euros par mois! et pourquoi les contrats sur les Demeures de l'esprit (j'en ai encore signé un hier, à propos de la Scandinavie) ne prévoient-ils que 1% de droits d'auteur pour moi, jusqu'à quatre mille exemplaires vendus? 1%? ensuite on passe à 12, mais comme les ventes ne dépassent jamais quatre mille exemplaires...) (Claude Durand m'a dit la semaine dernière que La Grande Déculturation ne se vendait pas trop mal, qu'on avait fait deux nouveaux tirages, de sorte qu'on en était à présent à trois mille cinq cents exemplaires) (j'étais fait pour être Marc Lévy) (les éditions Bayol m'ont informé hier qu'il s'était vendu trois cent trente-neuf exemplaires de Théâtre ce soir) (ce salaud de Pierre s'est montré agréablement surpris par un chiffre aussi élevé — non, c'est vrai, trois cent trente-neuf exemplaires sans un seul article) (dormir?). Ibid., p.53

A l'origine, je ne voulais recopier que «comme disait Barthes citant Duparc citant lui-même Cazalis, dit Jean Lahor», c'est-à-dire ce qui m'est utile pour les Églogues (Cazalis et Lahor? De qui est La sorcière des Trois-Islets? Ah non, pas de Cazotte mais d'Eugénie Foa (encore une Eugénie), mais je découvre que si je pensais que ce conte était de Cazotte, c'est que le recueil contient une «Mademoiselle Cazotte» (qui boit un verre de sang pour sauver son père? à retrouver dans les Églogues), et que le titre complet est «La sorcière des Trois-Islets, ou Joséphine Tascher de la Pagerie» (une Eugénie racontant une Joséphine)); mais comme j'essaie de ne pas donner un fragment de phrase mais toujours une phrase entière, j'ai recopié plus d'une demi-page. (Heureusement que Renaud Camus (ou Fayard) ne formalise pas de ce copiage extensif).[1]

Qu'est-ce qu'une phrase? Je m'y perds, à la fois éberluée et émerveillée par la façon dont il est possible de rebondir de parenthèses en points d'interrogation. J'attends la prochaine majuscule. Est-ce que les phrases camusiennes étaient aussi longue "avant", avant par exemple l'exercice des paragraphes d'une seule phrase de neuf cent trente sept signes dans L'Amour l'Automne ou celui de L'inauguration de la salle des Vents, où la phrase pouvait se poursuivre sur des pages?
C'est une lecture qui m'est très naturelle, autant la phrase qui bégaie, pleine de trous et de mots manquants que la phrase surpeuplée, compactant parenthèses et incises, une idée en appelant une autre, puis reprise un peu plus haut: Heil dem Geist...

Concernant Théâtre ce soir: voici donc une évaluation précise du noyau dur des lecteurs camusiens.

J'ai vérifié ensuite à quelle heure avait été écrit ce paragraphe, étant entendu que pendant qu'on écrit, on n'est plus au lit en train d'essayer de dormir: cinq heures du matin.

Notes

[1] Non, si je pensais que l'auteur était Cazotte, c'est qu'il était donné comme tel dans Échange:«pour ne rien dire du conte de Cazotte, La sorcière des Trois-Islets, où une toute jeune fille» (Échange, page 36)

samedi 18 décembre 2010

Kråkmo, marginalia III

  • calculer le montant de sa pension de retraite

Après la description du supplice du téléphone, voici la description de la méthode du calcul du montant de sa retraite. Nous l'avons tous vu traîner ici ou là, sur le web ou dans des magazines du gens Le Particulier ou Votre argent, mais elle prend un relief particulier à être ainsi exposée dans un livre d'écrivain. Jamais les générations futures — ou plus simplement les lecteurs contemporains étrangers — n'auraient pu imaginer une telle complexité sans ce témoignage, complexité qui tombera dans l'oubli quand elle sera abolie, remplacée par un système compréhensible (ça me paraît inéluctable). Finalement, c'est un peu l'équivalent du Traité d'arithmétique de Pierro della Francesca: qui se rendrait compte sans cela de la gymnastique calculatoire quotidienne qu'exigeait vivre dans un monde sans système métrique ni système monétaire unifié?

Je suis parvenu à avoir un entretien avec une personne pas plus aimable que cela de la C.R.A.M. (Caisse de Retraite de l'Assurance Maladie?) J'ai cru comprendre de son hâtif discours que j'avais le choix entre deux possibilités: faire calculer le montant de mon éventuelle retraite par ladite C.R.A.M., mais cette opération demandait, pour être menée à bien, entre quatre et six mois; ou bien faire moi-même le calcul, en m'adressant aux divers organismes auprès desquels j'avais cotisé au cours de mon existence. Le groupe Audiens, par exemple, me communiquerait un relevé de mes points actualisés (j'essaie de transcrire ce que j'ai noté précipitamment dans mon petit carnet). Il me faudrait alors additionner mes points Arrco et mes points Agirc, puis multiplier la somme des points Arrco par 1,1548 et la somme des points Agirc par 0,4132. À l'Ircantec la somme des point doit être multipliée par 0,43751. Je sais, ça n'a pas l'air de vouloir dire grand-chose. J'ai probablement mal compris,mal noté, mal transcrit. Mais j'ai bien vu que, laissé à mes propres moyens, je n'arriverais à rien.

J'ai essayé de joindre ces organismes ou société dont on me donnait le nom et le numéro de téléphone, le groupe Audiens et le groupe Médéric. Mais c'est là que le supplice du téléphone fonctionnait de la façon la plus efficace. Au bout de dix minutes ou un quart d'heure d'escarmouches avec la touche étoile, la touche dièse, et «si vous souhaitez un entretien avec nos agents, tapez 5», la bataille se terminait chaque fois par «toutes nos lignes sont occupées, veuillez rappeler ultérieurement».

Qui peut résister à cela, surtout en essayant de finir un roman dans les deux ou trois jours?

Et encore Audiens, Médéric, Arrco, Agirc et Ircantec (se croirait-on pas dans Roland furieux, ou bien dans Le Voyage d'Urien?) accepteraient-ils de lâcher le morceau, il resterait à régler la question de la complémentaire, cette fois auprès de certaine Sicaf dont toutes les lignes sont occupées d'emblée, pour plus de sûreté.

Renaud Camus, Kråkmo, p.18

Ce témoignage vous permettra peut-être de comprendre mon agacement quand je vois déplorer ici ou là que «Les Français ne savent pas ce qu'ils vont toucher à leur retraite», rapidement transformé en «Les Français ne s'intéressent pas à leur retraite»: oui, s'ils ne s'intéressent qu'à l'âge du départ à la retraite et au nombre de trimestres nécessaires pour toucher une retraite à taux plein (ce qui est déjà du jargon pour signifier: pour toucher la pension de retraite la plus élevée qu'ils puissent espérer en fonction de leurs années de travail), c'est peut-être parce que ce sont les seuls nombres immédiatement appréhendables par des gens normaux. Tout le reste est incompréhensible. (Ajoutons que les risques de fraude et de détournement de fonds sont bien plus grands dans un système aussi difficile à maîtriser et à contrôler.)
(Donc j'en profite pour proclamer une conviction: unification des régimes et transparence du calcul! Et sans doute financement des retraites par l'impôt et non plus les cotisations sociales (à voir).)

  • pour le (mon) plaisir

(comme le monde est bien fait ! comme le monde est bien fait ! dommage qu'on soit si pressé...)
Ibid., p.23

  • citation de Toulet à propos des bruits entendus à l'hôtel

Il arrive toujours un moment où les bruits deviennent inexplicables. Mais que peuvent bien faire ces gens-là? Qu'est-ce qu'ils fabriquent?

Toulet, que cite son biographe Martinez, a très bien évoqué ce mystère:

«Ah, qui saura jamais à quoi le Monsieur d'en dessus, entre ses heures de bureau, emploie ses heures de loisir: et tout ce qu'il peut bien clouer, dès qu'il a un peu de tranquillité devant lui (la vôtre)? Est-ce un passionné de cordonnerie en chambre, un entomologiste? Construit-il des étagères en bois découpé; est-ce des chromolithographies qu'il suspend à ses cloisons ou des pointes qu'il enfonce dans la gorge osseuse de sa vieille maîtresse? Cruelle, cruelle énigme.»

En effet. Encore ne cité-je qu'un paragraphe sur quatre ou cinq. «Mais peu à peu des concurrences s'éveillent aux quatre coins de la maison.»
Ibid., p.24

  • Petit déjeuner à l'hôtel. Babybel cubiste

Vous seriez tenté d'expliquer que ce n'est pas là votre idée d'une assiette de fromage. Mais votre interlocutrice, cette fois, est une dame polonaise emphatiquement du genre martyr (on a l'impression qu'elle a pleuré toute la nuit depuis vingt ans, et l'on s'en voudrait d'ajouter à ses chagrins), à laquelle vous auriez le plus grand mal à faire comprendre vos vues car, d'évidence, elles ne correspondent à rien dans le registre des siennes. Comment, ces trois centimètres carrés de fromage blanc, et en plus cette petite citrouille plastifiée de rouge vif, comment, ce n'est pas pour vous du fromage? Mais alors, qu'est-ce qui en serait?
Ibid., p.27

  • La vie

Une complication supplémentaire est que je suis ici en partie l'invité de Fayard, qui un jour, peut-être, publiera ce journal. À cheval donné on ne regarde pas les dents. Et je ne suis même pas sûr que, après trois ou quatre jours de chevauchée épuisante sur un canasson rétif à l'échine raide, il soit de bon ton de se plaindre un peu. Il est vrai aussi que j'ai tendance à trouver tous les hôtels désagréables, tous ceux du moins que je puis me permettre de hanter, ou qu'on puisse se permettre pour moi; au point que la vie elle-même me paraît, dans l'ensemble, un hôtel assez mal tenu.
Ibid., p.28

jeudi 16 décembre 2010

Kråkmo, marginalia II

  • le supplice du téléphone

[...] de formidables praticiens du supplice du téléphone, c'est-à-dire du répondeur, du disque d'attente et du «si vous souhaitez connaître la date de votre prochain versement, tapez 5», etc. — une des pires calamités de la vie moderne, et l'une des mieux calculées pour répandre massivement la folie au sein de la population.

Renaud Camus, Kråkmo, p.17

Remords. Lorsque j'ai lu Au nom de Vancouver, j'ai été très impressionnée par la description du "supplice du téléphone": il y avait là la peinture de quelque chose de nouveau, de jamais peint auparavant, omniprésent dans nos vies; il y avait là l'équivalent de l'apparition du train ou des demoiselles du téléphone dans la littérature, il y avait là quelque chose des Temps modernes appliquée à notre époque.
Et puis il y avait "l'image du mur", l'obsession permettant de supporter le supplice, la folie luttant contre la folie.
J'avais l'intention de mettre ce passage en ligne et je ne l'ai pas fait. J'y vais de ce pas.

mercredi 15 décembre 2010

Kråkmo, marginalia I

Une personne m'ayant dit que le dernier journal était très gentil avec moi, j'ai pris peur et l'ai commencé avec retard. J'en suis aux alentours de la page deux cents.

Je ne vais pas faire de compte rendu organisé, je ne vais pas faire de synthèse, je vais juste piquer des phrases et les commenter, du genre «C'est comme moi je...». Et faire les associations qui me chantent. Un exercice totalement égocentrique. Anti-littéraire? je ne sais pas, s'agissant d'un journal, qui m'a toujours paru être un tronc sur lequel enrouler nos réflexions et souvenirs, autour duquel faire vagabonder l'imagination. Une heure par jour, chronomètre en main (je parle de la présence au clavier, pas des heures de lecture, comptées à part, heureusement (sinon la lecture serait si atrocement hachée qu'elle en perdrait tout son charme)).

J'avais un peu peur que cela m'amène à recopier tout le livre, mais finalement, après un début très copieur, la pulsion s'est calmée. Je suis parvenue à la visite en Bretagne, peu après l'échec à l'Académie française, et je m'étonne de ce que j'ai pu lire chez les râleurs: quelle chose extraordinaire que lire de l'intérieur les impressions d'un candidat à l'Académie, quel reportage sur le vif. Je ne suis pas sûre que ce soit une très bonne idée pour la prochaine fois que Renaud Camus tentera le fauteuil, mais après tout, cela en fera peut-être rire certains (il n'aura pas la voix de Weyergans). Et le plus probable est que ce journal ne sera pas lu par les académiciens. Après tout, si Valéry Giscard d'Estaing ignorait l'"affaire"...

Si le fétichisme c'est aimer par morceaux, je suis définitivement fétichiste.

  • exergue

«J'ai replongé...
J'ai complétemet replongé au niveau charcuterie»
poursuivit sombrement Houellebecq.

Michel Houellebecq
La Carte et le Territoire
cité en exergue de Kråkmo par Renaud Camus

Le plus évident bien sûr est la référence aux orgies de jambon camusiennes quand le froid s'installe au château.
La deuxième référence concerne la plainte quant au manque d'humour des lecteurs, leur inébranlable premier degré (Au nom de Vancouver, p.433).
Ensuite vient la salutation à un auteur contemporain, et à ce titre, tellement camusien que j'en ai éprouvé un pincement au cœur la première fois que je l'ai entendu.
Sachant que le livre était en librairie le 8 septembre, il s'agit d'un exergue choisi tardivement. Ce n'est pas la première fois que Renaud Camus exprime son respect pour Houellebecq. «Ça existe», me semble que dit Marcheschi (mais est-ce bien ça?)

  • les devoirs familiaux

Cette sœur paraît avoir un caractère impossible et ne cesse de dire à Jeanne tout ce qu'elle peut trouver de plus désagréable. Néanmoins Jeanne refuse de rompre avec elle et supporte tout de sa part au motif que cette sœur, plus jeune qu'elle, est, dit-elle, «le seul héritage que j'ai reçu de nos parents». Ibid., p.12

En cela Jeanne se montre très proustienne et perpétue une règle française ancestrale: on ne rompt jamais complètement avec la famille.

Nos torts même font difficilement départir de ce qu’elles nous doivent ces natures dont ma grand'tante était le modèle, elle qui brouillée depuis des années avec une nièce à qui elle ne parlait jamais, ne modifia pas pour cela le testament où elle lui laissait toute sa fortune, parce que c’était sa plus proche parente et que cela «se devait».
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Pléiade (Clérac) t.I, p.92-93

  • Beidbeger

(porté aux nues par Beigbeder, tout de même...)
Kråkmo, p.13

porté aux nues par Beigbeder, tout de même ??? What? Je ne peux rêver pire recommandation (enfin si, sans doute, mais quand même). J'ai presque lu en son temps Dernier inventaire avant liquidation (un peu obligée, on me l'avait prêté avec confiance). Hum, je préfère San-Antonio. (Mais qu'est-ce que c'est que ce pseudo-argot et cet humour auto-satisfait à grosses ficelles dans une (sorte de) anthologie littéraire?)

  • du thé

Demain nous avons invité à prendre du thé et à tirer les rois les La Guéronnière, nos nouveaux voisins, petits-enfants et arrière-petits-enfants des Rigaud de jadis, ou plutôt de naguère.
Ibid., p.15

Comment ne pas penser à Larbaud et Amants, heureux amants: «De même qu' il convient de demander « du café » et non pas « un café »...
Cela me fait rire: à quelle heure ce (le) thé a-t-il été bu? Parce que prendre "du thé" n'indique rien, prendre "le thé" indique par défaut un moment entre quatre et cinq heures. Prendre le café indique une fin de repas (et l'apéritif l'inverse). Il ne s'agit plus de boisson (comme dirait Larbaud), mais d'heure approximative de rendez-vous. Le sens a sérieusement glissé.

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