Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

Roman Roi, exergue p.48

La futilité, en Caronie, est un des
masques de la pudeur, certes, mais je
danse très mal.

Lazlo Zäck,
Le dîneur étoilé.

L'Elégie de Budapest

32 pages. Le premier texte de RC que je lis qui évoque la tristesse. (Bien sûr, il y a Corbeaux. Mais Corbeaux, c'est l'écœurement, l'accablement.) La tristesse, la mort, l'effacement, le temps perdu au sens le plus premier, cinquante ans disparus.

32 pages. Il me semble que le phrasé r-camusien présente quelques constantes :
- la tyrannie des virgules, qui scandent des phrases plutôt longues, et ralentissent la vitesse de lecture (ce qui permet de/oblige à mieux goûter les mots) : "Quand je me suis présenté le lundi devant la porte du musée du Mouvement ouvrier, au Château royal, à Buda, je l'ai trouvée close, parce qu'on était lundi".
- l'incise, conséquence logique des virgules, précise la pensée. Elle se combine souvent avec une inversion de la place des mots ou des expressions : "Depuis plusieurs lustres, en tout cas, bien décatie maintenant, l'avenue Staline est celle de la République populaire; il n'apparaît pas encore qu'on envisage de la faire redevenir Andrassy, comme devant".
- l'utilisation de mots inattendus :"décatie" ou "comme devant" dans l'exemple ci-dessus, ou "tristement" dans la phrase suivante: "D'excellentes gens, sans aucun doute, mais de vues tristement courtes, en certains domaines". L'effet produit est un effet de cocasserie le plus souvent, parfois de tristesse.

L'Élégie de Budapest est un collage de plusieurs thèmes, collage de thèmes au sein d'un même paragraphe, d'un bloc, sans transition, collage souvent rencontré chez RC, qui ici rend parfaitement l'étrangeté de cette ville pour le voyageur totalement seul et perdu : la mort, ce jardinier, (et les hopitaux, les médecins, les squelettes), les écrivains et des poètes, Shakespeare, Defoe (noté De Foe), Albert Camus, Schnitzler, et bien sûr Petöfi, les musées, les tableaux. Et puis la ville, l'errance, la disparition du goût, des styles. Le dépaysement profond dû à une langue qui ne ressemble à aucune autre et l'absence de traduction, de traducteur.

Et la tristesse devant tout ce gâchis : "Est-ce que nous pouvons imaginer ce que c'est que de perdre un demi-siècle, non pas pour un peuple (...), mais pour dix millions d'individus, pour dix millions de fois un individu, pour dix millions de fois quelqu'un?

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