Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

apparence/transparence

Si vivre en camusien, c'est vivre à la manière de Renaud Camus, je déconseillerais l'expérience.

En effet, il y a une troublante contradiction entre le parti de défendre la forme, de poser une vie entière sous la contrainte de la forme, afin de vivre "en littérature", et la brutalité (j'espère que Renaud Camus me pardonnera ce mot, lui-même brutal, mais que j'écris sans désir de brutalité) des journaux. D'une part respecter la forme «Mais je vous en prie, mais bien sûr ça ne me dérange absolument pas», d'autre part «Mme X me dit que son fils va entrer aux Beaux-Arts, elle me demande ce que j'en pense, puis-je lui dire que cette école est une non-école? Non, bien sûr.» Et pourtant, c'est dit, puisque c'est écrit dans le journal...

Renaud Camus paie cette exigence de vérité dans ses journaux le prix fort. L'exemple absolu, bien sûr, c'est "l'affaire".
Mais au quotidien, il y a la solitude et le silence. Et il en est parfaitement conscient :

Les libraires de Lectoure ont mis Graal-Plieux en vitrine, malgré l'arrangement que je croyais avoir atteint avec eux, selon lequel ils auraient le livre en magasin s'ils le souhaitaient, pour le cas il leur serait demandé, mais ils ne l'afficheraient pas. La libraire, pour sa défense, dit ne comprendre absolument pas qu'on écrive des livres pour ensuite vouloir les cacher. Mais la plupart des gens de Lectoure qui liraient Graal n'auraient d'autre choix que de trouver ma vie haïssable, ou bien la leur. Par une pente toute naturelle ils choisiraient certainement la première possibilité. Et ils me haïraient dans la foulée. Me haïront.
Je dîne couramment avec des personnes qui me trouve un monsieur poli, raisonnablement cultivé et de bonnes manières, tout juste un peu éteint pour faire un invité pleinement appréciable; et les mêmes personnes seraient horrifiées si elles lisaient une ligne de ce que j'écris.

Renaud Camus, Retour à Canossa p94

Il me paraît donc que c'est une extraordinaire expérience de vouloir totalement écrire sa vie, il me semble également que ce n'est pas une expérience à tenter à la légère, car elle a un coût très lourd.

Spiritisme

Peu de temps après mon installation ici, des dames du village avaient organisé dans cette bibliothèque même une séance de spiritisme, pour savoir ce qu'avaient à dire les hôtes passés de ce château. Ils se montrèrent très peu bavards. Mais une dame décida qu'il ne fallait pas insister pour les faire parler, car il y avait entre ces murs «de mauvaises vibrations».

C'est peut-être vrai. Si je fais la somme de tout ce que m'a apporté cette demeure, je trouve très peu de bonheur, une accumulation sans nom de soucis, et pour ainsi dire nulle gaieté.

Renaud Camus, Retour à Canossa p114.

A titre d'encouragement, je me rappelle la réflexion d'une connaissance passionnée d'astrologie (mon Dieu, ce n'est plus avec Catherine M. qu'on va me confondre, mais avec Elizabeth Teissier), à qui j'avais demandé le thème astral d'une amie, en lui précisant que sa vie n'était qu'une accumulation de malheurs. Il m'avait répondu avec beaucoup d'assurance : «Impossible, personne n'a de la malchance toute sa vie.»

Mais bon.

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