Le principe du diphone revient à dire qu'on représente les syllabes dans la CONSÉCUTIVITÉ de leurs éléments. Je ne crains pas ce mot nouveau, vu que s'il existait, ce n'est pas seulement [ ] (1), c'est pour la linguistique elle-même qu'il ferait sentir ses effets bienfaisants.
Que les éléments qui forment un mot se suivent, c'est là une vérité qu'il vaudrait mieux ne pas considérer, en linguistique, comme une chose sans intérêt parce qu'évidente, mais qui donne d'avance au contraire le principe central de toute réflexion utile sur les mots. Dans un domaine infiniment spécial comme celui que nous avons à traiter, c'est toujours en vertu de la loi fondamentale du mot humain en général que peut se poser une question comme celle de la consécutivité ou non-consécutivité, et dès la première (2)
Peut-on donner TAE par ta + te, c'est-à-dire inviter le lecteur non plus à une juxtaposition dans la consécutivité, mais à une moyenne des impresions acoustiques hors du temps? hors de l'ordre dans le temps qu'ont les éléments? hors de l'ordre linéaire qui est observé si je donne TAE par TA—AE ou TA—E, mais ne l'est pas si je le donne par ta + te à amalgamer hors du temps comme je pourrais le faire pour deux couleurs simultanées.

(1) En blanc dans le texte
(2) Phrase inachevée dans le manuscrit
Saussure cité par Starobinski dans Les mots sous les mots, p.46

Ainsi le sens des mots perd son importance, c'est le son qui prime pour donner forme au mot caché. Le texte est le support d'autre chose, le sens n'est plus son premier but: il ne s'agit plus de raconter une histoire.
Si Saussure a raison, si réellement les anagrammes sous-tendent la littérature latine et ne sont pas issus simplement de son imagination, alors existait il y a deux mille ans une approche du texte qu'aujourd'hui on peine à ébaucher tant l'on est devenu tributaire de la narration...

LA LITTÉRATURE EST TRÈS EN RETARD: AUX PEINTRES ON NE DEMANDE PLUS GUÈRE, HEUREUSEMENT, CE QUE REPRÉSENTENT LEURS TABLEAUX, MAIS DES ÉCRIVAINS LA MAJORITÉ DÉSIRE ENCORE SAVOIR QUEL EST LE SUJET DE LEUR ROMAN, AND WHAT IT IS ABOUT: QU'UNE ŒUVRE N'AIT D'AUTRE SUJET QU'ELLE-MÊME, SA COMPOSITION, L'AGENCEMENT DE SES ÉLÉMENTS, LA DOXA L'ADMET DÉSORMAIS TANT BIEN QUE MAL POUR LES ARTISTES, MAIS ELLE SE REFUSE À L'ACCEPTER DÈS LORS QU'IL S'AGIT DE ROMANCIERS.*

* Bien sûr: c'est parce que le langage est par nature, intrinsèquement, représentatif et référentiel.
Renaud Camus, Été, p.122