Véhesse

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Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

jeudi 24 mars 2005

Proposition de lobbying

Outrepas : quelles nouvelles, à quand la publication ?

Si le silence est si profond, c'est qu'il y a peu à dire : Fayard semble finalement accepter de publier mais ne donne pas de précision sur une date de publication. Il se tait.

Je relisais samedi la préface de Claude Durand à La Campagne de France :

Je me suis senti dans la situation d'un avocat ayant pignon sur rue, à la tête d'un cabinet réputé, à qui le plus mauvais innocent qui soit (n'a-t-il pas, par défi et amertume, annoncé littéralement ce qui l'attendait, tout en en sous-estimant grandement l'ampleur et la virulence?) vient demander d'assurer sa défense.
Douteux, le cas Camus? Toujours la liberté d'expression doit pouvoir être défendue à l'excès et au bénéfice du doute.
En quelques secondes ou une nuit —mais je crois bien que ce fut en quelques secondes—, j'ai accepté d'aider Renaud Camus à bénéficier de cette liberté-là, dont beaucoup de gens —journalistes, écrivains, avocats...— font singulièrement litière, ces temps-ci.
Malgré ces explications sincères, peut-être désarmantes et en tout cas désarmées, je suis sûr et certain de ne pas avoir été compris par les procureurs —et par les investigateurs enquêtant sur commission rogatoire délivrée par eux—, car, aux yeux de certaines de nos nouvelles élites, fascinées par la notoriété, l'influence, l'argent et les commodités du pouvoir, la simple générosité est une faute, la gratuité une marque d'imbécillité, la défense d'un ennemi une trahison plus grave encore que ce qui peut être reproché à ce dernier.


Je me disais cette chose toute simple : peut-être que nous, lecteurs, n'avons-nous pas suffisamment fait savoir à Claude Durand notre reconnaissance pour avoir accepté de publier et de soutenir Renaud Camus, peut-être devrions-nous le lui faire savoir, et lui faire savoir du même coup que nous attendons le prochain journal, que nous nous inquiétons de ces délais inexpliqués et que nous comptons sur lui.
Si nous n'avons pas peur d'en faire trop, nous pourrions ajouter qu'il est notre seul recours, à nous, lecteurs, qu'il est la seule personne qui puisse nous permettre d'avoir enfin accès à ce journal.

Monsieur Claude Durand
Fayard
75 rue des Saints-Pères
75278 Paris cedex 06

[edit le 25/08/08] J'ai finalement envoyé une lettre au domicile de Claude Durand, quelques jours plus tard : saurai-je jamais si elle a été lue, si elle a servi à quelque chose? En avril, Durand décidait de publier Outrepas et Renaud Camus me le dédicaçait : cela est-il lié?

mercredi 23 mars 2005

Reflet et transparence

La thématique du reflet et de la transparence dans Passage rappelle l'incipit de Passage de Milan :

Depuis des années que l'abbé l'observait au moment des pages brunissantes, renonçant lentement à fermer ses volets, avant de s'installer près de sa lampe à contempler le passage des vitres de la transparence à la réflection, il ne se passait pas de jour qu'un de ces résidus d'objet n'eût été déplacé, n'eût disparu, ou qu'un nouveau n'eût apparu, ou un ancien réapparu, après une absence d'une semaine, d'un mois parfois; comment savoir ou distinguer?

dimanche 20 mars 2005

Un je-ne-sais-quoi de roussellien

En ce qui concerne le côté silésien de ma parenté, ma mère avait en outre une tante ou grand-tante qui était devenue célèbre en Allemagne : Friedericke Kempner, connue comme le «rossignol silésien». Une femme fortunée, qui vivait dans son domaine en Silésie et traitait des affaires de l'humanité sous une forme poétique, écrivant des poèmes involontairement comiques, passionnés, sentimentaux sur telle ou telle situation. Elle devint célèbre, et lorsqu'elle publia un recueil de ses poèmes, la famille se sentit si embarrassée qu'elle achetat toute l'édition. Lorsqu'on lui annonça que l'ouvrage était épuisé, la tante en fut tellement stimulée qu'elle publia une nouvelle édition augmentée; avec pour conséquence qu'un journaliste critique de théâtre portant le même nom et résidant à Berlin s'en trouva si mal à l'aise qu'il fut obligé de se débarrasser de ce ridicule nom de Kempner et pris dorénavant celui de Kerr —Alfred Kerr! [...] Ce qui était caractéristique, c'était des poèmes comme «La charmeuse de serpents»: elle entre en scène avec un serpent gigantesque, jusqu'au jour où elle est avalée par un boa constrictor sous les yeux des spectateurs. Elle se prénommait Elfriede ou quelque chose comme ça. «Elle est morte», ainsi finit le poème, «mais elle est entière». Une consolation. Plus tard, quand je fis plus ample connaissance du bibliophile Gershom Scholem, et que j'appris qu'en dehors de la Kabbale, il s'intéressait aux idioties littéraires, je lui dis: «Ah, j'ai aussi dans ma famille une idiote de ce genre, Friedericke Kempner, une tante ou grand-tante.» Alors il répliqua: «C'est une parente à toi? Procure-moi un livre d'elle elle manque à ma collection!» [...]
Finalement, j'ai appris que c'était réellement une noble femme et que, par exemple, elle avait réussi à faire supprimer l'isolement cellulaire. Elle trouvait cela absolument inhumain et elle avait développé toute une propagande contre ce traitement, par des tracts poétiques, partie en vers, partie en prose. Comme elle ne lâchait pas prise, elle obtint finalement une audience de Guillaume Ier, et l'isolement cellulaire disparut du code d'application des peines.»

Hans Jonas, Souvenirs, p.26


A rapprocher de cette description de Raymond Roussel dans Roman Roi:

— C'est vraiment la plus grande surprise de mon existence, qui en a pourtant connu quelques-unes. Entendre parler de mon oncle Raymond Roussel, au milieu des Alares, en pleine guerre, et par la nouvelle reine de Caronie, c'est à peu près aussi vraisemblable que les situations de ses romans et de ses pièces de théâtre. Et vous me dites qu'il est illustre ?
— Il n'est peut-être pas illustre auprès d'un très large public, mais les écrivains français les plus importants aujourd'hui en parlent avec le plus grand respect, comme d'une espèce de génie.
— Oh, si ma mère entendait cela !
— Mais vous saviez bien qu'il écrivait ?
— Bien sûr, mais ce n'était que l'une de ses bizarreries. Il dépensait des fortunes pour faire publier ses poèmes dans les journaux, et ses livres à compte d'auteurs. Et il louait des théâtres pour y faire jouer ses pièces, dont personne ne voulait. Il payait lui-même les acteurs, les metteurs en scène, les décorateurs, la publicité. Nous étions obligés d'assister aux représentations, et j'avouerai à la Reine que c'était une épreuve, non pas tant à cause des pièces elles-mêmes, qui n'avaient ni queue ni tête mais qui étaient assez distrayantes pour des enfants, mais à cause du public. Mon oncle avait le don de mettre le public en fureur. Les noms d'oiseaux tombaient de toutes parts, et les menaces de voies de fait. Et le lendemain c'était encore pire, lorsqu'arrivaient les journaux. Nous tâchions de les lui cacher, mais il n'y avait rien à faire, il voulait savoir ce qu'on disait de lui. Et bien entendu ce n'était que des horreurs. Ça nous faisait de la peine parce que nous l'aimions beaucoup. Il adorait les enfants, et il était très généreux, très drôle; beaucoup plus drôle, à mon avis, dans la vie quotidienne que dans son œuvre, même…

Renaud Camus, Roman Roi, p.419

mercredi 16 mars 2005

Définition de la bathmologie

Tout discours est pris dans le jeu des degrés. On peut appeler ce jeu : bathmologie. Un néologisme n'est pas de trop, si l'on en vient à l'idée d'une science nouvelle : celle des échelonnements de langage. Cette science sera inouïe, car elle ébranlera les instances habituelles de l'expression, de la lecture et de l'écoute (« vérité », « réalité », « sincérité ») : son principe sera une secousse: elle enjambera, comme on saute une marche, toute expression.
Roland Barthes par Roland Barthes, p. 71.

exergue de Buena Vista Park de Renaud Camus


Dans Buena Vista Park, petit traité d'introduction à la bathmologie quotidienne, je citais déjà, il y a plus de vingt ans, le fragment "90" (ou 312, ou 231, ou 337, selon les systèmes de classement) :
« Gradation. Le peuple honore les personnes de grande naissance, les demi-habiles les méprisent disant que la naissance n'est pas un avantage de la personne mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple mais par la pensée de derrière. Les dévôts qui ont plus de zèle que de science les méprisent malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles, parce qu'ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne, mais les chrétiens parfaits les honorent par un(e) autre lumière supérieure.
Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre selon qu'on a de lumière. »
[...]
Dans les cinq niveaux alternés du fragment "90" des Pensées, Force en relève en fait six, parce que le troisième compte deux fois, dans son analyse, étant aussi le premier d'une série de trois, qui définit le registre religieux, chrétien, en l'occurrence, en tant qu'il suppose au registre mondain. Cet artifice, qui fait que 3 est aussi un nouveau 1, permet à Force une distinction très fine entre les niveaux de nombre pair et les niveaux de nombre impair, qui selon lui ne seraient pas du tout de même nature:
«Il y a une différence de nature entre les opinions du premier et du troisième degré d'une part, et les opinions du second degré d'autre part. Toute opinion du troisième degré peut constituer à son tour le premier degré d'un raisonnement d'ordre supérieur. Une opinion du second degré n'est qu'une étape intermédiaire et ne peut en aucun cas constituer un point de départ. Exprimant les choses de façon plus formelle, nous dirons que les opinions peuvent être représentées par la suite arithmétique des nombres entiers, 1 représentant la première opinion, 2 la seconde, etc. Toute triade commençant (et donc finissant) par un nombre impair constitue un raisonnement parfait dans son ordre. Dans le fragment 90, les triades 1, 2, 3 et 3, 4, 5 constituent des raisonnements parfaits. Mais une triade 2, 3, 4 est impossible parce qu'une opinion demi-habile, qui ne se définit que comme la négation d'une opinion antérieure, ne peut pas constituer le point de départ d'un raisonnement.
La loi des séries, ou raison des effets, est donc plus complexe qu'une simple loi d'alternance. La raison des effets est constituée par l'itération d'une structure ternaire, dont le dernier élément sert de premier élément à la structure suivante. Tout élément de rang impair représente une opinion du premier ou du troisième degré.Toute opinion de rang pair est une opinion du second degré.
Les éléments de rang impair sont dans la série des points de repos.»

Renaud Camus, Du sens, p.167 à 174, citant Pierre Force, Le problème herméneutique chez Pascal, p.239

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