Véhesse

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Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

samedi 13 mai 2006

quid de cette ambition de tordre le coup au sens ?

Question de François Matton, dans l'un de ces messages où il mêlait si bien malice et questions de fond:

François Matton : Peu d'auteurs [...] nous apportent la jouissance - au-delà du sens, débarrassé de toute volonté de donner une opinion, de défendre des thèses, de chercher à convaincre, à s'expliquer, à séduire, à provoquer.

Ma réponse:
Cependant, il me semble que c'est une erreur (retour à la réflexion, abandon (provisoire) de la polémique) de donner à ces termes-là eux-mêmes une valeur d'absolu: même cette volonté-là est transitoire, abandonnée, reprise.

J'esquisserais la thèse qu'il y a tension entre cette volonté d'abandonner le sens (dans cette signification très particulière, qui signifie ici non pas "ce qui veut dire quelque chose", mais "ce qui affirme quelque chose" (débarrassé de toute volonté [...] de chercher à convaincre), le goût de la perte ("tout ce qui tombe") et l'instinct viscéral de résistance, une tension entre Barthes et Sidoine Apollinaire, si vous voulez.

J'ai souvent écrit que j'étais étonnée par l'étonnante immuabilité de l'œuvre: les premiers textes prévoyaient déjà le déploiement des futurs textes. Pour tout dire cela me dérangeait un peu, il me semble malgré tout normal de bouger un peu avec le temps, de mûrir, en quelque sorte. A la réflexion, l'œuvre n'est pas un roc. Je vois une évolution vers ce que j’appelerai « l’acceptation de devenir lyrique ». Ma thèse est, serait, que la peur d’être obscène en exposant ses sentiments a entraîné Renaud Camus vers plus de formalisme qu’il ne l’aurait réellement souhaité [ou qu'il s'est aperçu avec le temps que le formalisme n'était pas un remède au lyrisme ou même qu'il pouvait le soutenir (éclatante démonstration avec L'Inauguration, ne vous en déplaise) ou encore que finalement les sentiments n'étaient pas "l'ennemi" et que le plus grand défi était sans doute de réussir à les exprimer sans être obscène (je trouve à ce propos intéressant que la première expression de la douleur de la perte se soit exprimé par rapport à un chien, et non par rapport à des hommes: La Vie du chien Horla avant L'Inauguration, ou que l'une est permis d'exprimer l'autre, ou que etc).]

Quel rapport avec le sens (ie ici, je le rappelle, le désir d’avoir raison, d’affirmer), me direz vous ? L’une des façons d’échapper au sens (le fond) est d’accorder beaucoup d’importance à la forme, au style qui donne une forme (voir Salgas, fin du texte). Peu à peu, Renaud Camus s’est éloigné de cette dictature de la forme: «La forme pour la forme a perdu pour moi tout attrait.» (ici) , que l’on retrouve dans Outrepas (bas de la page 424): «se souvenir encore et encore que les contraintes formelles ne valent rien quand elles ne sont pas l’expression d’une nécessité sensible, ou poétique, ou bien les moyens d’une émotion à faire naître chez le lecteur».

Ce désir d’échapper au fond par la forme s’est donc trouvé relativisé au cours du temps et ce d'autant plus qu'est apparue l'urgence de résister au cours de l'histoire : ne pas résister, c'était se résigner, la résignation n'est pas une vertu très camusienne.

vendredi 12 mai 2006

En résumé

Réponse synthétique suite aux divers messages de F. Matton.

Non le journal n'est pas un simple exutoire et un projet secondaire (et nous avions là un exemple du fonctionnement de sa lecture et sa mémoire [celle de F. Matton], se souvenant de «Peut-être même le journal représente-t-il dans mon cas une sorte de soupape de sécurité» (et zappant le "peut-être") mais pas de «[...] mener une vie entièrement écrite. L'important pour moi n'est pas tant l'influence de la vie sur l'écriture que celle de l'écriture sur la vie.»); oui, il y a une différence entre souhaiter s'effacer soi-même et souhaiter que ne meurt pas ce qu'on aime ou qu'on a aimé et désirer se battre pour le défendre (et abandonner à son sort ce qu'on aime ou a aimé est peut-être très zen, mais absolument lâche); non L'Inauguration n'est pas du cabotinage (je crois que c'est à ce moment là que j'ai décidé de ne plus répondre, par peur d'être trop violente, ou plutôt, le temps que je digère mon étonnement et ma colère, tant de messages avaient été publiés que cela n'avait plus grand sens de répondre.)

mardi 2 mai 2006

Rapporter des commérages

Question de RP :
«Prenons maintenant l'exemple tiré de la page 215 de Rannoch Moor déjà cité : il est indiqué que l'assemblée générale de la Société s'est tenue en avril 2003 "bien sûr sans (lui)", RC, ce qui indique qu'il n'entend pas intervenir dans les débats de cette même Société. Pour ma part, je juge cette évidence très "morale" en effet (et prudente : une participation serait bien sûr ridicule). Mais alors, le même RC doit-il être rendu destinataire des compte-rendus (tronqués et déformés de surcroît) des débats internes de cette même assemblée ? Est-ce qu'un devoir de réserve ne s'impose pas, et à ceux qui participent à la réunion et à celui qui bénéficie de "fuites" pas tout à fait in-nocentes (si l'on admet l'obligation de réserve) et qui les rend publiques ? Est-ce que la publication n'est pas une forme de participation aux débats internes de la Société, ce qui est contraire à l'évidence « morale » de départ ?»

Henri Bès a bien sûr répondu en disant que tout cela était fort possible dans un journal.

Ma réponse :

Le problème ici, Henri, n'est pas le journal, ou pas d'abord le journal.

L'interrogation porte sur ceux qui éprouvent le besoin de répéter des paroles désagréables (sans répéter les paroles plus agréables, à moins que celles-ci aient été répétées et non retranscrites) à quelqu'un qui est susceptible d'en être blessé.

Je connais suffisamment RP, je crois, pour être à peu près sûre (voire totalement sûre) qu'il aurait pu dire devant RC tout ce qu'il a dit ce soir-là; il suffit pour s'en convaincre de lire ce forum. Seulement il aurait choisi pour cela la forme, le moment, et surtout, il aurait directement endossé la responsabilité de ses paroles. C'est le commérage qui est hautement déplaisant, la seule excuse ou explication que je peux lui trouver, ce serait que les personnes qui l'ont pratiqué (les rapporteurs, donc) n'étaient pas averties de la potentielle violence pelletienne, en d'autres termes, qu'elles n'auraient pas eu connaissance des échanges survenus ici et que donc, la découvrant sur le vif, elles en auraient été choquées et auraient éprouvé le besoin d'en parler, pour soulager leur surprise ou leur colère. L'autre explication, moins indulgente, serait qu'elles ont souhaité nuire à RP, ou faire plaisir à RC en le confirmant dans l'idée que RP était un sale type.

De mon point de vue, cela remet en cause la possiblitié de parler à tout camusien ailleurs qu'ici, de façon à ne pas prêter le dos à ce genre de poignardage. Un autre choix est de ne plus parler du tout.

Ensuite, effectivement, on peut se demander pourquoi RC prend la peine de retranscrire ces propos entre mille autres dans son journal: parce qu'on les lui a rapportés et que RP est un "personnage" camusien (il apparaît dans les journaux précédents), parce que ça l'amuse de mettre le rapporteur en difficulté, parce qu'il est blessé ou en colère et que le journal sert d'exutoire? A chaque lecteur sa lecture.

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