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Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

jeudi 27 mars 2008

L'essence des amours

LE VŒU DES REGARDS

Je n'ai jamais très bien compris ce que faisait dans l'œuvre de Char cette pièce qui, malgré certaines inégalités, me semble l'un des plus beaux poèmes achriens qui soient (Allégeance):

«Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima.
Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?»

«Il cherche son pareil dans le vœu des regards» est une merveilleuse définition de la drague homosexuelle. Et surtout si l'homosexualité s'entend dans son sens étymologique étroit; nullement recherche du complémentaire (et donc de l'achèvement, de la complétude), mais du semblable: un art du double (ou du triple, ou du quadruple), une entreprise spéculaire (avec jeu de miroirs).

Il faudrait que quelqu'un nous donne maintenant une véritable anthologie de poésie achrienne.

Renaud Camus, Notes achriennes, (1982), p.221

Bien entendu, ce qui m'a retenue quand j'ai lu ces quelques lignes, c'est la suprise de découvrir que RC songeait déjà à une anthologie de poésie achrienne en 1982. Il ne songait pas alors, semble-t-il, à la compiler lui-même, ou il ne l'a pas avoué.
Il faut croire qu'il a perdu patience, ou qu'il a estimé que personne ne saurait la composer comme il souhaitait qu'elle le soit; toujours est-il que RC travaille à cette anthologie:

[...] et l' Anthologie de l'Amour des hommes s'augmente aussi de plusieurs strophes tous les matins.
Renaud Camus, Corée l'absente, (2007), p.187

Ce qui m'agace un peu, c'est ce jugement de "poème achrien" à propos du poème de Char. J'y vois la marque d'un certain dogmatisme camusien, prompt à qualifier d'achrien tout ce qui lui plaît, faisant montre dans le même mouvement d'une sorte de mépris pour l'amour hétérosexuel. (Et sans doute récuserait-il ce terme de mépris, malgré tout c'est ainsi que je lis: est-ce de la paranoïa/hystérie de ma part?)
Je ne vois pas en quoi ce poème serait davantage achrien que non achrien: parce qu'il y a échange de regards? Mais c'est toujours valable, il me semble. La seule chose finalement qui me paraîtrait peu "hétéro" dans ce poème, c'est l'infinie liberté que Char semble tout naturel d'accorder à son amour: nul esprit de possession. Cela est très particulier à Char et m'avait déjà frappée dans la biographie que lui a consacrée Laurent Greisalmer, L'éclair au front.

Mais quelques lignes plus loin et quelque livre plus tôt, Renaud Camus s'était à son habitude contredit, feuilletant son opinion sans même s'en apercevoir: la ligne de fracture entre les amours ne passe pas par une différence homosexuelles/hétérosexuelles, mais par la façon de considérer (regarder, voir?) l'objet de son amour:

«Comment n'aller pas croire niaisement à une essence irréductible de l'amour, indépendante de son objet, à se sentir si fraternel à Toulet qui songe à Zo, à Faustine, à Badoure, et si étranger à l'horrible Gore Vidal, pour qui «un cul est un cul», justement, et un coup un besoin? Ah non, un cul c'est un prénom, un coin de rue, une saison, un état du ciel, une province, «de la terre et des morts»! (Wow ce Jurançon 93 était fort de café.)»
Renaud Camus, p.501 de Journal d'un voyage en France citée p.242 de Chroniques achriennes.

vendredi 14 mars 2008

Obsession

LA LETTRE

Et juste au débouché, dans le centre, de la longue rue étroite et sombre qui la maison y conduit, un magasin n'a d'autre enseigne, allumée tout au long de la nuit, que la lettre fatale, initiale déchirante et narquoise.

Renaud Camus, Notes achriennes (1982), p.248

A priori, c'est W.

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