Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

Private joke ?

A lire la thèse d'Hermes sur Roussel, il me vient un soupçon : dans la mesure où Farid Tali est marocain, se pourrait-il que le titre d'Incomparable soit un jeu de mots faisant allusion à Impressions d'Afrique ?

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EF semble considérer que l'explication donnée par les livres eux-mêmes (la traduction française du prénom arabe "Farid" est "incomparable" (Incomparable p.78 ou Retour à Canossa p.75)) exclut tout autre. Je tendrais à penser pour ma part que la découverte du sens arabe du prénom Farid n'a pu qu'évoquer Roussel à Renaud Camus, le mot "incomparable" n'étant pas si courant.

La maison d'Espagne

Dans Journal de Travers, il y a une note de bas de page à l'érudition un peu folle qui m'intrigue.

À quoi serait préférable encore, au même niveau fantasmatique, une forme encore plus archaïque, par exemple le retour sur le trône du prétendant "légitime", à savoir le duc d'Anjou et de Ségovie, ou, à défaut, de son fils aîné. Les carlistes sont fous, et nient touts leurs principes d'hérédité en reportant leurs suffrages sur les Bourbon-Parme. En vertu des principes carlistes et bourboniens, la branche isabello-alphonsine est devenue légitime en 1936, à la mort du dernier descendant de Don Carlos, et cinq ans après qu'elle eut perdu le trône, Alphonse XIII devenant alors chef de la maison de Bourbon, non pas en tant que descendant d'Isabelle II, mais en tant que descendant (théoriquement) de son falot (et fascinant) mari, François de Paule. Ce que personne ou presque personne, ajouta-t-il tristement, ne semble bien comprendre...
Renaud Camus, Journal de Travers p.388


C'est exactement le discours tenu par Ahmed dans Théâtre ce soir. Est-ce une note de bas de page originale, c'est-à-dire existe-t-elle dans la version manuscrite du journal de 1976? Est-ce en la rencontrant que Renaud Camus a eu l'idée de faire de ce thème l'un des sujets du monologue d'Ahmed?

Ou à l'inverse a-t-elle été ajoutée au journal au moment de sa transcription informatique, parce que l'auteur qui travaillait à ce moment-là à Théâtre ce soir n'a pu s'empêcher d'ajouter ces précisions en relisant les lignes de 1976 concernant le roi Juan Carlos?


Dans le premier cas, nous aurions la trace de la genèse d'une idée.
Dans le second cas, l'auteur aurait dérogé au principe de stricte transcription (ce qu'il a déjà fait par ailleurs en écartelant le texte de mots-clé, y compris de mots anachroniques par rapport à 1976).

Qu'est-ce que la force ?

Parce que j'avais emporté avec moi à Venise, presqu'au hasard, un volume des oeuvres complètes, je suis pris d'une véritable frénésie nietzschéenne. Il n'est aucun philosophe et trés peu d'écrivains que je lise avec plus d'intérêt, de plaisir, d'excitation, de vivacité de l'attention. La forme de mon esprit est bien faite pour sa phrase, pour son style d'être et d'écrire, pour le déroulement de sa pensée. Néanmoins je suis loin d'adhérer à l'ensemble de sa philosophie, ou à ce que j'en connais, ou à ce que j'en comprends. En particulier je bute toujours sur la question morale, sur la nécessité prétendue d'aller au delà du bien et du mal. C'est un pas que je ne peux pas franchir. Et ce ne sont pas les arguments de Nietzsche qui me convaincront. Ainsi il compare l'homme fort à l'oiseau de proie, auquel il serait absurde de reprocher de ravir les petits agneaux. «Exiger de la force qu'elle ne se manifeste pas comme force, qu'elle ne soit pas une volonté de subjuguer, une volonté de terrasser, une volonté de dominer, une soif d'ennemis, de résistances et de triomphes, c'est aussi absurde qu'exiger de la faiblesse de se manifester comme force.» (Généalogie de la morale). Mais ce qui est surtout absurde là-dedans, à la fois un peu bête et un peu bas, il me semble, c'est la définition de la force. La force n'est pas une volonté de subjuguer, une volonté de dominer (cette quasi répétition de termes à peu près synoymes est d'ailleurs significative d'un emportement de caractère fantasmatique). La force, surtout au sens philosophique, est avant tout une force que l'homme fort exerce sur lui-même, et que justement il n'a pas besoin de manifester à l'extérieur, encore moins d'exercer à l'extérieur. On est fort pour n'avoir pas besoin de prouver sa force — et non pas pour subjuguer, mais pour amener les autres, ou au moins quelques-uns des autres, à la force. Mais je suppose que cette objection relèverait elle-même, et même par excellence, aux yeux de Nietzsche, de la moraline. De sorte qu'on tourne en rond. Ce qui ne m'empêche pas de rester sur mes positions.

Renaud Camus, Retour à Canossa, p.213

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