Véhesse

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Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

mardi 30 décembre 2008

François-Marie Banier

mise à jour le 15 juillet 2010.

lundi 1 décembre 2008

Je ne sais que penser.

J'ai une étrange impression, l'impression qu'on s'est joué de nous.

Reprenons : le Journal de Travers n'était pas, au moment de son écriture (de sa tenue) destinée à être publié. Il devait constituer la matière première destinée aux quatre Travers (qui n'étaient pas encore censés être quatre, puisque l'idée en naît durant le journal, nous assistons à son éclosion (p.1019)) selon des règles bien particulières exposées dans Rannoch Moor :

J'ai dépouillé dans le journal de l'époque ce qui concernait la troisième semaine du printemps (d'ailleurs sans y trouver grand chose qui m'inspire beaucoup). Il me reste à me livrer au même exercice pour les trois mois d'automne. Le Journal de Travers, pour lequel j'ai signé récemment un contrat avec Claude Durand, n'était manifestement pas, à l'origine, destiné à la publication. Il est extrêmement "factuel", les commentaires y sont rares — en cela il est assez semblable à Tricks, qu'il précède de deux années.
Renaud Camus, Rannoch Moor, p.549

Il faut donc supposer que le jeu des parenthèses, la course contre le temps, étaient entièrement des exercices littéraires que l'auteur s'imposait, à titre d'expérience ou d'exercices d'assouplissement je ne sais, pour comprendre charnellement ce qu'était l'écriture contre le temps, dans le temps, sur le temps.

Cependant des détails clochent. Comment imaginer par exemple le passage où Renaud Camus par jeu, en train de tenir son journal, écrit sur la peau d'un ami venu le déranger dans son travail? Si nous en avons la trace aujourd'hui, c'est bien que cela a été recopié ensuite dans un cahier.
Or cela n'est pas dit.
Mais cela va sans dire.
Cependant cela devrait être dit, car cela introduit un biais dans le journal qui se proclame si fort simple chronique, qui s'attache tant à décrire le temps de sa propre tenue.

Le plus étrange est la fin (on comprend que l'écriture du journal prendra fin le 19 mars 1977 à minuit: pas question cette fois de noter le 20 des événements de la veille qui resteraient à relater : cette fois, c'est le moment de l'acte d'écrire qui fait foi, et non les événements racontés):

Je viens de prendre un bain pour être prêt à sortir après le dîner[1], qui sans doute va avoir lieu assez rapidement. Je vais donc être interrompu ici, et je crains que l'interruption, là où elle va nécessairement se produire, n'entraîne, là encore, comme le bain, et puisque nous sommes au dernier jour de ce journal, un très fâcheux effet de sens. Tout effet de sens serait fâcheux, en l'occurrence, ou en tout cas trompeur, puisque l'interruption, elle n'aurait en fait aucune signification et, bien loin d'être voulue, ne serait due qu'au pur hasard.
Renaud Camus, Journal de Travers, p.1598

Nous voilà prévenus : il ne faut accorder aucune attention particulière aux derniers mots de ce journal. Et ces derniers mots, quels sont-ils?

Pour en revenir au garçon de Rochefort-Montagne, l'apprenti journaliste et poète, il s'est suicidé la semaine dernière.
Ibid, p.1601

Ce garçon était le fils d'une voisine. Quelques pages plus haut, la mère de Renaud Camus racontait l'histoire de ce jeune homme dont tout montrait qu'elle le pensait homosexuel. Cette histoire fut classiquement interrompu par d'autres récits. La fin de l'histoire concernant le jeune homme est aussi la fin du journal, dernière parenthèse qui se ferme.

Alors, sens ou pas sens ?
Cela donne tellement l'impression que les phrases de la page 1598 ont été écrits après. Mais le journal n'était pas destiné à être publié : ce ne serait donc qu'à son usage personnel que Renaud Camus aurait écrit cette dernière phrase après avoir écrit quelques pages plus haut qu'il ne fallait pas lui accorder de signification particulière?
Quelle étrange idée. Il écrit cette phrase dramatique clôturant 1600 pages de journal en pensant qu'il ne faut pas lui accorder de sens.
Est-ce crédible?
Le paradoxe, c'est que s'il n'avait pas prévenu qu'il ne fallait pas lui accorder de signification particulière, je ne lui aurait pas accordé de signification particulière.

Notes

[1] note du blogueur: pour aller draguer, alors qu'il est chez ses parents, qui considère son homosexualité avec horreur.

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