Véhesse

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Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

mardi 28 décembre 2010

La sincérité, variations

Cazalis vu dans le précédent billet billet sur Kråkmo et une recherche pour retrouver la phrase illustrant cette photo m'ont menée à cette citation :

CETTE NOBLESSE D'ESPRIT ET DE CŒUR DONT ONT TÉMOIGNÉ TOUS SES AMIS, JAMMES, D'INDY, FAURÉ, JEAN CRAS ET CE JEAN LAHOR, INDIANISTE ET POÈTE, QUI SOUS SON VRAI NOM DE CAZALIS FUT ÉGALEMENT CELUI DE MALLARMÉ, A DICTÉ À DUPARC QUELQUES BELLES PENSÉES : « LA QUALITÉ ESSENTIELLE DE L'ART, LA PLUS BELLE MAIS AUSSI LA PLUS RARE, C'EST LA SINCÉRITÉ. »
Renaud Camus et Tony Duparc, Travers, p.250

qui dit l'inverse de Nabokov dans Feu pâle, repris dans Vaisseaux brûlés :

« Si un critique dit d'un écrivain qu'il est sincère, écrit Nabokov, on peut être certain que l'un ou l'autre est un imbécile et probablement les deux. »
Renaud Camus, Vaisseaux brûlés, §462



Cette façon de citer des opinions opposées et de les juxtaposer est une des techniques utilisées dans Est-ce que tu me souviens?

mercredi 22 décembre 2010

La gentillesse

Etre gentil me semble un idéal, montrer une certaine bienveillance, un certain sourire — ne pas être moqueur ou taquin, mon gros défaut (ce n'est même plus un défaut, c'est une déformation). J'oppose «les gentils» aux «méchants», convaincue qu'il faut résolument avantager les premiers tandis que la vie en société tend à favoriser les seconds, appelés communément «les cons» (par moi), afin d'obtenir plus vite une certaine tranquillité (ce qui n'est un calcul juste qu'à court terme).
Toujours est-il qu'il m'est arrivé ici ou là d'écrire dans des messages ou des commentaires: «X.? Il est gentil.» et d'éprouver la détresse de me voir répondre que j'étais condescendante.

J'ai donc été très réconfortée d'apprendre que Jacqueline de Romilly plaçait très haut la gentillesse et qu'elle l'avait identifiée comme l'une des qualités essentielles d'André Roussin, à qui elle succéda à l'Académie française:

Surtout, l’œuvre de Ménandre était toute pénétrée de ce que l’on appelait la philanthrôpia — traduisons : la bienveillance, l’amitié pour les êtres humains, la gentillesse.

Si j’ai plaqué cet accord grec en manière de prélude, ce n’est pas seulement pour le plaisir — qui existe, je le confesse — de marquer au passage les renouvellements constants de l’hellénisme. Je voulais avant tout me placer, pour aborder mon propos, dans cette perspective où les joies légères de la comédie peuvent plaire et revivre indéfiniment. Et je voulais aussi faire résonner dès le départ ce mot de gentillesse, qui pour moi doit donner le ton lorsqu’il s’agit d’André Roussin.

Cette gentillesse, chez lui, touchait aussitôt. Elle surgissait dans le sourire, discret et amusé, qui illuminait soudain ses yeux sombres d’une sorte de tendresse pétillante. Et ce n’était pas simple abord aimable. Il savait trouver des mots bienveillants et chaleureux : je l’ai un jour éprouvé personnellement et je ne l’oublierai jamais. Et puis, s’il y avait un service à rendre, pourquoi pas ? On cite, ici, tel geste de générosité envers un comédien débutant, là, telle marque de délicatesse envers la famille d’un confrère. Pourquoi pas, en effet? Sa bonté semblait être une forme de la bonne humeur. On avait dû, je crois, lui faire de nombreuses remarques à ce sujet ; car il s’est inquiété, une fois, de ce que le mot « gentil » pouvait avoir de protecteur et de légèrement méprisant. Pour moi, il exprime au contraire un éloge sans réserve. C’est un mot qui rayonne. Associée à l’intelligence, la gentillesse étonne et charme. Peut-être est-ce ce que ressentaient ceux que j’ai interrogés au sujet d’André Roussin et qui, après avoir marqué un temps d’arrêt comme s’ils cherchaient à définir l’indéfinissable, disaient finalement, avec ferveur : « C’était un homme... merveilleux. »

Jacqueline de Romilly, Discours de réception à l’Académie française, éloge d’André Roussin

«Sa bonté semblait être une forme de la bonne humeur.» Quelle phrase et surtout quel trait de caractère magnifiques.

Le même jour que je lisais ces lignes, je tombai sur cette page de Kråkmo (et toujours ces coïncidences, ces "coups de bonheur", me font penser que je suis dans la bonne voie («Ils croient aux signes, ..., tous les signes de la cohérence échevelée du monde.»).

La politesse, on peut considérer que c'est une question d'éducation, mais la gentillesse, qu'elle soit positive ou négative, est-ce qu'elle ne devrait pas être naturelle?

Mme Marion, chez Fayard, se soucie beaucoup de ce journal et ne veut pas y paraître. Je lui affirme portant qu'elle n'a rien à en craindre et que je n'ai que du bien à dire d'elle. Mais ces propos ne la rassurent pas. Elle craint que les compliments écrits à son égard ne la fassent paraître que bonne fille, gentille, et on ne sait que trop ce que cela veut dire.

Or le sait-on justement? Gentil et gentille n'ont certes jamais été des qualificatifs péjoratifs dans mon esprit et sous ma plume, bien au contraire. Et que ne se souvient-on qu'en presque toutes les langues de l'Europe, gentil est précisément l'adjectif choisi pour désigner, du gentilhomme au gentleman, de la gentil'donna au gentiluomo, la noblesse, l'accomplissement et la maîtrise de soi, à la fois la naissance et la délicatesse, le raffinement des mœurs et des sentiments. ...

Hélas, il n'y a plus de gentilshommes. Et la gentillesse nous quitte avec eux, remplacée par la vertu idéologique comme eux-mêmes l'ont été par les experts, les "sachants", les "cadres moyens et supérieurs".

Renaud Camus, Kråkmo, p.296

Je suis heureuse de trouver cette remarque sur la politesse. Il me semble que la politesse n'a été inventée, quant au fond, que pour pallier un manque de cœur: est-il réellement nécessaire d'apprendre à tenir la porte ou de laisser sa place à une vieille dame, n'est-ce pas naturel? (Dans la forme, ou les formes, la politesse, ou plutôt le savoir-vivre, devient un snobisme (franchement, quelle importance l'ordre des verres?), mais aussi un jeu, une coutume, dont il est agréable de connaître et reconnaître les règles pour ce qu'elles sont: la vie théâtralisée gentiment mise en scène, une complicité entre gens "d'un même monde")).

jeudi 16 décembre 2010

Comme toute persécution un peu dégourdie

Je devais rappeler ce matin Mlle B. pour lui donner ces renseignements. Mais d'importantes et très pénibles fouilles dans mes papiers bancaires et dans toutes les archives ne me les ont pas livrés. Sur les conseils de Mlle B., j'ai donc entrepris de me les faire communiquer par téléphone. C'est là que mes vrais malheurs ont commencé. J'étais soutenu dans ma quête par l'image du mur, la possibilité du mur, le charme incomparable du mur — sans quoi je n'eusse pas tenu plus d'une demi-heure; tandis que j'ai bien dû endurer quatre heure de supplice, l'un dans l'autre. Certainement pareilles épreuves, inconnues de nos ancêtres et sans doute de nos parents, sont un des principaux instruments de l'asservissement, de l'imbécillisation, de la normalisation, de la castration, de la mise au pas des contemporains. Tel qui a supporté cela, qui y a consenti (comme je l'ai fait), n'est plus apte au moindre mouvement de révolte. Il supportera tout.

À l'agence du Crédit Lyonnais, encore, je n'ai eu que de la malchance, la responsable de mes petites affaires n'était pas dans sont bureau quand j'appelais: il me fallait chaque fois écouter de bout en bout tout son répondeur, rien que d'assez habituel, et j'ai fini par lui parler. Elle était d'ailleurs tout à fait aimable et, je dois le dire, celle que j'ai réussi à atteindre à la Sofinco l'était aussi, et même serviable. Mais quel cauchemar pour arriver jusqu'à elle! Aucun des sévices généralement associés aux plus laborieuses campagnes téléphoniques ne m'a été épargné: lignes occupées indéfiniment (ça, encore, ce n'est rien), interminables sonneries sans réponse, disque «toutes nos ligne sont occupées, veuillez rappeler ultérieurement». Non, la véritable horreur commence à «vous allez être mis en relation avec un de nos conseillers, l'attente est de... (suspense...) moins de huit minutes». Mais le pire du pire ce sont les prétendus efforts du système «pour écourter votre attente» ou «pour faciliter nos recherches: si vous appelez pour obtenir un crédit, tapez 1; si vous appelez pour changer la date de votre échéance, tapez 2; si vous appelez pour...»

De toute façon, votre cas ne semble jamais prévu et quoi qu'il en soit, votre appareil, lui aussi, a horreur de toutes ces requêtes de taper 5 ou de taper dièse. Sa mauvaise volonté est prévue, elle, et elle est même mise à l'épreuve — ça, c'était une nouveauté pour moi.

«Tapez étoile pour vérifier que votre installation est compatible avec la nôtre» (ou que «notre système peut prendre en compte votre appel»).

On se dit qu'on ne peut pas renoncer après pareil investissement en temps et en nerfs, qu'on ne peut pas être arrivé jusque-là, ou tout simplement avoir perdu deux heures, pour laisser tomber à ce stade, ce serait trop bête. D'ailleurs on progresse: tiens, voilà qu'on vous demande votre "numéro client à onze chiffres". Certes, vous ne l'avez pas, vous n'en avez pas la moindre idée, mais si vous l'aviez eu vous auriez sans doute bel et bien franchi une étape décisive. Re-fouilles, donc, cette fois avec la délicatesse d'une Gestapo vraiment très très fâchée. Té, le voilà, ce putain de "numéro client" — mais entre-temps, bien entendu, ça a sauté.

Puis sonnerie «occupé». Puis sonnerie simple, sans réponse. Puis «tous vos correspondants sont occupés pour le moment, veuillez rappeler ultérieurement». Il y a même eu (vers trois heures de l'après-midi):

«Ce service est actuellement fermé».

Est-ce qu'on se roule par terre la bave aux lèvres ou est-ce qu'on brise le vase de Daum sur le téléphone? «Pour vérifier que votre installation est bien compatible avec la nôtre, tapez étoile. Pour tout autre renseignement, tapez 5.» Tout autre renseignement est très précisément votre cas, mais cette passe dangereuse vous est déjà familière et vous savez d'amère expérience qu'il ne faut surtout pas taper 5, car 5 ne déclenche qu'un blanc total et définitif. Vous aimez encore mieux la musique qui s'entremêle à «la durée maximum d'attente est de... onze minutes». Vous coopérez même à la géhenne dont vous faites l'objet, comme le veut toute persécution un peu dégourdie, car la musique torturante qui vous est assénée, vous la mettez sur haut-parleur afin de ne pas être obligé de rester avec le récepteur à l'oreille et de pouvoir faire autre chose, pendant de temps (comme si vous en étiez capable...).

Renaud Camus, Au nom de Vancouver, p.422

J'aime bien "en temps et en nerfs", si discrètement assorti à "en temps et en heure".

lundi 13 décembre 2010

Le bouton indigné

Dans les vestes j'entre encore à peu près, à condition de ne pas m'y livrer à trop d'excentricités. Mais quant aux pantalons, c'est un vrai désastre. Quelle humiliation! Il faut deux ou trois minutes pour les boutonner, et encore un bouton a-t-il carrément sauté, indigné d'être soumis à pareilles pressions.

Renaud Camus, Kråkmo, p.115

Peut-être que je devrais commencer une anthologie du bouton. Le bouton a du potentiel, bouton de porte, bouton d'acné, bouton de rose...
Je me souviens d'un autre bouton, dont l'indignation causa la perte:

If metal is immortal, then somewhere
there lies the burnished button that I lost
upon my seventh birthday in a garden.
Find me that button and my soul will know
that every soul is saved and stored and treasured.

Vladimir Nabokov, « The Forgotten Poet » in Nabokov’s Dozen, p.36

Soit à peu près:

Si le métal est immortel, alors quelque part
là-bas gît le bouton poli que j'ai perdu
le jour de mes sept ans dans un jardin.
Retrouvez-moi ce bouton et mon âme saura
que chaque âme est sauvée et archivée et chérie.

Vladimir Nabokov, « Le Poète oublié », dans le recueil de nouvelles Mademoiselle O.



samedi 11 décembre 2010

Joseph Conrad et Stephen Crane

Un exercice de traduction, pour changer. Je reprends des suggestions et corrections de GC, qu'il soit remercié)

Conrad a laissé une évocation très brève, mais très émouvante, de sa dernière rencontre avec Crane, qu’il alla saluer, trois mois plus tard, dans un hôtel de Douvres, le matin même du jour où le jeune homme, dont la condition était déjà désespérée, s’embarquait pour le continent et pour la Forêt Noire — où l’attendait, en guise d’ultime planche de salut, une de ces maisons de repos qui toutes sont décrites en une seule, dans Tristan :

Weiss und geradlinig liegt es mit seinem langgestreckten Hauptgebaüde und seinem Seitenflügel inmitten des weiten Gartens, der mit Grotten, Laubengängen und kleinen Pavillons aus Baumrinde ergötzlich ausgestatelt ist und hinter seinen Schieferdächern ragen tanengrün, massig und weich zerklüftet die Berge himmelan. (Été 203, 264, 268)

Renaud Camus, L'Amour l'Automne, p.163

J'ai trouvé sur la toile cette note que je traduis au fil du texte. La rencontre à laquelle fait allusion Renaud Camus est dans l'avant-dernier paragraphe.

Feuillet sans dates. 1919

Ma rencontre avec Stephen Crane eut lieu grâce à l'entremise de M. Pawling, associé dans la maison d'édition de M. William Heinemann.

Un jour M. Pawling me dit: «Stephen Crane est arrivé en Angleterre. Je lui ai demandé s'il y avait quelqu'un qu'il souhaitait rencontrer et il a cité deux noms. L'un des deux était le vôtre.» A l'époque, je venais juste de finir, comme le reste du monde, La Conquête du courage. Le sujet de ce récit était la guerre, du point de vue des émotions individuelles d'un soldat. Cet individu (tout au long du livre il n'est pas nommé) était déjà intéressant en soi, mais en tournant l'une après l'autre les pages de ce petit livre qui avait recueilli sur le moment une reconnaissance aussi fracassante la personnalité de l'auteur m'avait intéressé davantage encore. La peinture d'un jeune homme simple et candide devenant pour les besoins de son pays une pièce d'un énorme machine à combattre était présentée avec un sérieux dans les desseins, un sens des enjeux tragique et une imagination dans la force d'expression qui m'avait frappé comme tout à fait inhabituels et dignes d'admiration.

Apparemment Stephen Crane avait conçu une impression favorable de la lecture du Nègre du Narcisse, un de mes livres lui aussi récemment publié. J'étais sincèrement heureux d'entendre cela.

Quand je revins en ville la fois suivante, nous nous rencontrâmes à déjeuner. Je vis un jeune homme de taille moyenne à la silhouette élancée, avec des yeux bleus très calmes et pénétrants, les yeux de quelqu'un qui non seulement a des visions mais est capable de les ruminer en vue d'un but déterminé.

Il avait en effet un pouvoir de vision extraordinaire, qu'il appliquait aux choses de cette terre et à notre mortelle humanité avec une force qui semblait atteindre, à travers les apparences et les formes de la vie, l'essence même de la vérité de la vie. Son ignorance de la vie en général — il n'en avait vu que très peu — ne faisait pas obstacle à sa saisie imaginative des faits, des événements et des hommes pittoresques.

Son attitude était très calme, sa personnalité intéressante dès le premier regard, et il parlait lentement avec une intonation qui, je pense, devait sonnait faux aux oreilles de certaines personnes, surtout américaines. Mais pas aux miennes. Quoi qu’il dît, il faisait entendre une note personnelle, et il s'exprimait avec une simplicité dépouillée qui était extrêmement engageante. Il connaissait très peu la littérature, celle de son pays ou de n'importe quel autre, mais dès qu’il avait la plume en main, il s’avérait, avec le langage, un artiste merveilleux. Puis son don parut au grand jour, et on vit alors que cela dépassait de loin la simple capacité à choisir heureusement ses mots. L'impressionnisme de ses phrases atteignait vraiment les profondeurs au-delà de la surface. Dans son écriture, il maîtrisait parfaitement ses effets. Je ne crois pas qu'il douta jamais de ce qu'il était capable de faire. Mais il me sembla souvent qu'il n'était qu'à moitié conscient de la qualité exceptionnelle de ses œuvres.

Son œuvre fut écourtée par une mort venue trop tôt. Ce fut une immense perte pour ses amis, mais sans doute pas autant que pour la littérature. Je pense qu'il a donné sa pleine mesure dans les quelques livres qu'il a eu le temps d'écrire. Qu'il n'y ait pas de malentendu: la perte fut immense, mais c'était la perte du ravissement que son art pouvait procurer, pas la perte d'une quelconque révélation encore à venir. En ce qui le concerne, qui peut dire ce qu'il gagna ou perdit en quittant ce monde des vivants qu'il savait déployer devant nous selon l'ordre sa propre vision artistique? Peut-être qu'il y perdit peu. La reconnaissance qu'on lui accordait était plutôt languissante et accordée à contrecœur. L'accueil le plus respectueux que ses récit rencontrèrent dans ce pays provient de M. W. Henley dans la New Review et plus tard, vers la fin de sa vie, de feu M. William Blackwood dans son magazine. Pour le reste je dois dire que durant son séjour en Angleterre il eut la malchance d'être, ainsi que dirait les Français, mal entouré. Il était la proie de personnes qui ne comprenaient pas la qualité de son génie et étaient hostiles aux rayonnements plus profonds de sa nature. Certains sont morts depuis, mais morts ou vivants ils ne valent pas la peine qu'on les évoque maintenant. Je ne pense pas qu'il se faisait lui-même aucune illusion à leur sujet: mais son caractère présentait une tendance à la bienveillance et peut-être à la faiblesse qui l'empêchait de se libérer de leurs attentions condescendantes et inutiles, lesquelles à cette époque me causèrent plus d'une irritation secrète quand je séjournais chez lui dans une de ses demeures anglaises. Ma femme et moi préférons nous souvenir de lui chevauchant à notre rencontre pour nous accueillir au portail du Parc à Brede. Né maître de ses impressions sincères, il était également un cavalier-né. Il ne paraissait jamais si heureux et mieux à son avantage qu'à dos de cheval. Il avait pour projet d'apprendre à monter à mon fils aîné, et en attendant, quand l'enfant eut deux ans, il lui offrit son premier chien.

Je rencontrai Stephen Crane quelques jours après son arrivée à Londres. Je le rencontrai pour la dernière fois le dernier jour de sa présence en Angleterre. C'était à Douvres, dans un grand hôtel, dans une chambre avec une large fenêtre donnant sur la mer. Il avait été très malade et Mme Crane l'emmenait quelque part en Allemagne, mais un regard à ce visage dévasté m'avait suffi pour savoir que c'était le plus ténu de tous les espoirs. Les derniers mots qu'il me souffla furent: «Je suis fatigué. Transmets mon affection à ta femme et ton fils.» Quand je me retournai à la porte pour un dernier regard je vis qu'il avait tourné la tête sur l'oreiller et qu'il regardait de tout son désir par la fenêtre les voiles d'un cotre qui glissait lentement à travers le cadre, comme une ombre pâle contre le ciel gris.

Ceux qui ont lu son dernier court récit, Chevaux et le récit Le Bateau ouvert, dans le volume qui porte ce nom, savent de quelle compréhension nuancée il aimait les chevaux et la mer. Et son passage sur cette terre fut celle d'un cavalier chevauchant rapidement à l'aube d'une journée condamnée à être courte et sans soleil.



PS: La description du chien est là (voir l'extrait en fin de billet).
Ainsi la dernière rencontre eut lieu devant "Dover beach".

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