Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

Vivant

Il est vrai que ce pauvre garçon est mort à vingt-cinq ans. Ce doit être bien contrariant, quand les soirs et les lacs sont si beaux. Je suis extrêmement satisfait de n'être pas mort à vingt-cinq ans (Renaud Camus, Parti pris, p.284)

Et il n'y avait rien de plus joyeux que de traverser ce grand baquet de lumière verte jeté sur vous par le printemps. C'était l'un de ces moments où n'être pas mort paraît une chance inouïe. (p.216)

Il est vrai que ce pauvre garçon est mort à vingt-cinq ans. Ce doit être bien contrariant, quand les soirs et les lacs sont si beaux. Je suis extrêmement satisfait de n'être pas mort à vingt-cinq ans (ni à trente-cinq, ni même à cinquante-cinq, for that matter: l'histoire est désastreuse, certes, mais du plus grand intérêt, je trouve; et on n'y comprend rien si on n'est pas vivant). (p.284)

Les Beatles étaient bien élevés

[...] une notice placardée près de la porte apprend aux voyageurs que ces héros [les Beatles] donnèrent à Karlstad leur premier concert hors de Grande-Bretagne et descendirent dans cet hôtel: «Le directeur fut si impressionné par leurs bonnes manières que deux ans plus tard il acheta des actions de Northern Songs (he bought stocks in Northern Songs).»

Renaud Camus, Parti pris, p.352

Comment naissent les opinions? Juan Asensio, un cas d'école

Ce n'est pas le plus important de Parti pris (j'en suis dans ma lecture au moment de la lettre à Otchakovsky-Laurens, c'est vous dire si d'autres événements sont plus douloureux et engagent davantage l'avenir), mais la citation que je mets en ligne ici me permet de répondre aux questions de quelques lecteurs.

Rappel du contexte (car c'est une histoire de longue haleine) :

Dans le journal 2007 paru en 2010, Une chance pour le temps, Renaud Camus raconte la façon dont Juan Asensio prend à parti les intervenants de SLRC (société des lecteurs de Renaud Camus).

Bien évidemment, en 2010, la lecture de ce récit rend Juan Asensio furieux, et il écrit alors un de ces billets furibonds dont il a le secret (sans avouer bien sûr que ce qui provoque sa fureur, ce sont ces quelques lignes de Camus que j'ai mises en ligne afin d'éclairer le billet d'Asensio (je suis trop bonne)).

Aujourd'hui, en juin 2011, le journal 2010 nous fait part de la réaction de Renaud Camus à la lecture du billet d'Asensio (au passage, on reconnaîtra le mécanisme d'auto-alimentation du journal, mécanisme identifié par Catherine Rannoux.

Dimanche de Pâques, 4 avril, onze heures vingt, le soir. Comment naissent les opinions? J'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas de question plus intéressante (elle est un autre titre possible pour Du sens). Et, à cet égard, le cas Juan Asensio est fascinant, décidément, à cause de son exceptionnelle pureté — toutes les délicatesses et tergiversations qui embrouillent un peu l'observation, en général, sont ici effacées, de sorte que c'est presque trop simple.

J'ai déjà résumé l'histoire. M. Asensio me trouve toutes les qualités (littéraires, au moins) et juge que Rannoch Moor, en tout cas, est un livre somptueux. Puis voilà que Didier Goux, un habitué du forum des lecteurs (du temps que celui-ci vivait car, pour l'instant, il est mort), cherche querelle à ce critique et déclenche, ce faisant, une guerre à laquelle je ne prends pas part, malgré les appels des deux parties, mais qui ravage ledit forum pendant des semaines. Asensio s'y montre d'une prolixité, d'une insistance et d'une violence verbale insupportables et même odieuses, ce que je me picote de noter dans mon journal, de même que ma résolution de n'avoir plus jamais affaire à lui. Las — si je puis dire... —, ce journal paraît, M. Asensio y prend connaissance de mon opinion à son sujet dans cette affaire, et, depuis lors, non seulement il me poursuit de sa vindicte, mais, et c'est le point auquel je voulais en venir, il trouve désormais que je n'ai aucun talent. Toutes les occasions lui sont bonnes pour exprimer cette opinion parfaitement légitime, certes, et peut-être fondée, mais qui ne peut pas ne pas être revêtue d'une forte portée comique par son caractère de retournement total au regard de l'opinion asensienne précédente. Je suis un écrivain admirable, nous nous brouillons, je suis un écrivain minable : c'est aussi simple que cela.

Renaud Camus, Parti pris, p.135

En recopiant cette page, je me suis demandé si je n'allais nuire à Renaud Camus (c'est-à-dire provoquer par mon intervention une réaction de JA qui n'aurait pas eu lieu sans cela), mais je ne le pense pas: quoi qu'il arrive, que je copie ou pas, Asensio va répondre, et je ne peux m'empêcher de penser que cela amuse Renaud Camus — plus exactement que cela pique sa curiosité, car le sujet de l'expérience est extrêmement réactif —, même si cela l'agace également.
Simplement, puisque c'est moi qui ai copié, je vais en prendre pour mon grade: Asensio est relativement prévisible.

S'agissant de la prévisibilité d'Asensio, Camus pose une question difficile:

Je me demande s'il me trouverait de nouveau «somptueux» si moi je le jugeais d'un commerce charmant, pacifique, délicat, et styliste hors de pair.

Ibid, p.127

T'as d'beaux os, tu sais !

... (comme dirait Stéphane Martin, qui emploie le mot sexy en un sens dépourvu de toute connotation sexuelle, sémantiquement frère de mon glamoureux: «Nous préparons une exposition assez sexy» (ce sont des morceaux d'os calligraphiés)) !

Renaud Camus, Parti pris, p.94

Modèle

Je suis comme Juan Asensio, je fais l'impasse sur les trivialités de la vie.

Renaud Camus, Parti pris, p.204

Ô temps, suspends ton vol

(si on trouve la vie trop courte et le temps trop rapide, on devrait s'accrocher à des affaires judiciaires: ça n'en finit pas...)

Renaud Camus, Parti pris, p.23

Les maisons

Les histoires de maisons — maisons qu'on bâtit, maisons qu'on achète, maisons où l'on s'installe à l'âge adulte, ou même dans la vieillesse – sont souvent des histoires de maisons perdues. Combien d'établissements s'effectuent with a vengeance, ou du moins dans un esprit de revanche, serait-ce seulement sur le sort? Je demeure parce que j'ai été chassé. Je fonde parce que je ne guéris pas d'un manque. Je m'établis sur la perte.

Renaud Camus, Demeures de l'esprit - Suède. Incipit.

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