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Billets pour la catégorie Mauriac, Claude :

mercredi 12 janvier 2011

Aragon en 1938

Il me présente à Aragon. Jeune, beau, mais entouré d'un halo démoniaque. Il y a vraiment chez cet homme quelque chose de gênant. On pense à une vipère. Sarcastique, gouailleur, âpre, véhément à la moindre occasion, comme un homme à bout de nerfs. Il éclate lorsque je lui dis qu'en ce qui concerne l'Autriche, il est un peu tard pour s'enthousiasmer:
— Mais il y a d'autres pays à sauver qui peuvent encore être sauvés…

Ses plaisanteries vous serrent le cœur. Il y a de l'inhumain dans ses moindres propos.

[…]

Aragon me fait peur: il a un visage de prédestiné — mais un double visage. Janus qui semble fait pour deux destins: celui du bourreau (avec quelle froideur il enverrait au poteau ses ennemis, ses anciens amis) et celui du condamné, qui lèvera un jour, vers le peloton, son masque pâle qu'un rictus satanique éclairera.

Claude Mauriac, Les Espaces imaginaires, p.14-15 (4 avril 1938)
(Finalement, c'est la description d'un fanatique.)

Le figuier et le bouleau

Ce dont je ne parle jamais ici: de l'attention passionnée avec laquelle je regarde grandir le figuier que j'ai ramené, il y a quelques années, de Malagar (un rejet arraché devant la maison «de l'homme d'affaire»). Ou le bouleau, pris il y a neuf ans dans la forêt de Rambouillet, si petit alors, qu'une branche de groseiller lui servait de tuteur. Elle a pris racine et se trouve toujours là, minuscule au pied de l'arbre devenu si grand qu'il s'élève haut par-dessus le mur qui sépare le jardin du verger.

Claude Mauriac, ''Les Espaces imaginaires'', p.469 (6 décembre 1973)

mardi 11 janvier 2011

L'ennui du bonheur

Il [François Mauriac] nous a fait un peu de peine, écrivant de sa main à la fin de sa chronique que j'avais tapée, et nous le découvrons en lisant le Figaro littéraire:

Cette T.V. qui donne du prix, lorsqu'elle se tait enfin, au silence coupé de vagues propos. Il existe comme un charme de l'ennui que nous avions oublié…

Or, ce soir de grève, nous avions parlé littérature et sans trop nous forcer. Mais à y réfléchir, il a raison: s'il s'ennuie, je m'ennuie aussi, il nous faut faire des efforts pour parler. L'ennui, alors que nous avons le bonheur d'être ensemble!

Claude Mauriac, Les Espaces imaginaires, p.462 (13 avril 1963)
Je crois qu'ici, il faut comprendre "ennui" par "ralentissement".

Au seuil de la vieillesse, jeune encore

Ces jours-ci, déjà, j'avais deviné la détresse de maman qui ne m'en avait rien montré. Je la voyais qui se fatiguait avec une sorte de fougue volontaire, comme pour oublier, se donnant corps et âme à ces humbles travaux ménagers. Mais, elle se savait au seuil de la vieillesse, jeune encore et belle, mais pour qui? Et pour quoi, pour qui tant de tendresse au cœur, et une telle soif d'amour?

Claude Mauriac, Les Espaces imaginaires, p.463 (19 août 1940)

jeudi 6 janvier 2011

Jane Fonda

Paris, vendredi 29 novembre 1963

[…]

Je demande à Georges [Pompidou]: «Qui est cette demoiselle Fonda à côté de qui je suis placé?» Et il me répond, non sans orgueil:

— Mais c'est Jane Fonda…

Une jeune comédienne américaine dont on parle beaucoup, en ce moment, et dont la beauté est célèbre. Je ne l'ai encore jamais vue, même en photographie et la voici qui arrive la dernière, coquette, pépiante et charmeuse, tutoyant Georges, qui, au cours de la soirée lui fera des frais aussi souvent qu'il le pourra, heureux, flatté, goûtant une des vraies récompenses de sa réussite.

Claude Mauriac, Les espaces imaginaires, p.254

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