Billets pour la catégorie Pranchère, Jean-Yves :

Les paradoxes de l'absolutisme

Par trois de ses aspects, l’absolutisme contredisait sa propre dimension autoritaire, inégalitaire et théocratique par son opposition à la féodalité et par sa visée d’une égalisation des sujets devant le monarque, il avait une signification «démocratique» ; par sa volonté affichée de garantir la sécurité des individus, il avait une signification «libérale» ; enfin, dans la mesure où le droit divin du souverain signifiait l’émancipation du pouvoir temporel vis-à-vis du pouvoir spirituel de la papauté, sa signification était «laïque».

Cette triple dimension apparaît clairement chez Hobbes: en fondant le pouvoir absolu du souverain dans le contrat primitif des citoyens, Hobbes a inscrit dans l’idée même de l’absolutisme un moment «démocratique» — puisque le souverain tient originellement sa légitimité de la volonté des sujets — et un moment «libéral» — puisque la souveraineté repose sur des fondements juridiques et a pour fonction de garantir la sûreté des citoyens; on sait en outre comment Hobbes a exigé une totale subordination de l’Eglise à l’Etat1.

Mais Bossuet lui-même peut paraître un disciple de Hobbes lorsque, après avoir défini la servitude comme un «état contre la nature» et le roi comme «le support du peuple», il fixe pour but à l’Etat «l’égalité entre les citoyens» et leur affranchissement «de toute oppression et de toute violence»; on peut même être tenté d’entendre dans le gallicanisme de Bossuet un écho lointain et atténué de la volonté affichée par Hobbes de subordonner l’Eglise à l’Etat. Une tendance «démocratique» et «séculière» affectait ainsi l’idéal absolutiste jusque chez ses défenseurs les plus autoritaires et les plus cléricaux2.

Jean-Yves Pranchère, L'Autorité contre les Lumières, p.124





1 : Hobbes, Leviathan, chapitres XVI, XXI, XXX, XLII, tr. F. Tricaud, Sirey, Paris 1971, p.177 sq, 221 sq, 357 sq, 561 sq.
2 : Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l’Ecriture sainte, III, II, 3 ; III, III, 1 ; VIII, I, 1 ; VIII, II, 2 ; édition de J Le Brun, Droz, Genève, 1967, p.68, 72, 288, 293.

Juan Asensio tente de détourner l'attention de son procès en attaquant Jean-Yves Pranchère

Juan Asensio tente une critique de l'article de Jean-Yves Pranchère paru dans Résistances à la modernité dans la littérature française de 1800 à nos jours.

Cependant, il apparaît assez vite que le fond de l'article n'est pas en cause; pour preuve les commentaires à la suite de la mise au point parue dans le blog d'Emmanuel Régniez ne discutent pas les thèses de l'article, ils célèbrent Juan Asensio et accusent le blog du 6 mars de censure (sans avoir conscience que nous nous amusons beaucoup trop à les lire et à les offrir à la lecture pour les censurer).

Il est assez difficile de suivre la polémique (car n'oublions pas qu'il s'agit avant tout pour Juan Asensio de faire oublier qu'il a fait l'objet d'un rappel à la loi et que l'article de Jean-Yves Pranchère n'est qu'un prétexte), il est assez difficile de suivre la polémique —disais-je— telle qu'elle se déploie dans les commentaires du blog Le 6 mars car Juan Asensio change d'heure en heure ses introduction et commentaires, rendant problématique toute tentative d'en reconstituer les arguments et contre-arguments (bien que le mot "argument" soit trompeur ici, car il donnerait à penser qu'il y a une véritable discussion, sur l'article pranchérien et non sur les personnes, ce qui n'est pas le cas).

Rappelons que Jean-Yves Pranchère a été invité à intervenir en colloques à plusieurs reprises par la société des amis de Chateaubriand et qu'il est l'auteur d'une thèse sur Joseph de Maistre et l'un des éditeurs de l'édition des œuvres choisies de Bonald aux éditions classiques Garnier.
Son article Tragique ou futilité anti-moderne? Chateaubriand, Maurras, Renaud Camus tente une analyse sérieuse et pondérée des différences ou ressemblances entre trois auteurs "réactionnaires" tentés par la politique. Vous en trouverez un large extrait sur le blog d'Emmanuel Régniez.



mise à jour le 11/04/2011 à 17h
Dans le billet destiné théoriquement à analyser les points soulevés par Jean-Yves Pranchère dans son article, Juan Asensio a pris violemment à partie Pierre Cormary, dont on ne comprend pas très bien ce qu'il vient faire là, entre Chateaubriand, Maurras et Renaud Camus.
Pierre Cormary lui répond en récapitulant les diverses attaques dont il a régulièrement fait l'objet, et plus amusant, en recopiant d'heure en heure la loghorrée asensienne. C'est très instructif.

Remarque : si la fureur de Juan Asensio se déverse aussi librement sur Pierre Cormary, c'est sans doute qu'il est le plus vulnérable d'entre nous, n'ayant pas porté plainte et n'étant pas relativement protégé par les procédures en cours.
Chacun pèsera de lui-même les courages respectifs de Pierre Cormary, qui nous a apporté spontanément son soutien en sachant la colère qu'il allait déclencher, et de Juan Asensio, qui illustre en ces heures tout ce que je pense de son honneur et de sa dignité.

L'idéologie

La notion d'idéologie a une double signification: tantôt, conformément à la tradition marxiste qui la définit comme la «fausse conscience», on entend par idéologie «tout système d'idées produit comme effet d'une situation initialement condamnée à méconnaître son rapport réel au réel»1; tantôt on nomme idéologies, comme l'écrit Hannah Arendt, «ces systèmes d'explication de la vie et du monde qui se flattent d'être en mesure d'expliquer tout événement, passé ou futur, sans faire autrement référence à l'expérience réelle»2. Quoique ces deux définitions ne soient pas congruentes, elles s'accordent sur un point: la pensée idéologique n'est pas simplement une pensée que les faits réfutent (comme peut l'être une théorie scientifique à l'épreuve de l'expérimentation); elle est une pensée imperméable aux faits. Comprise  comme illusion ou méconnaissance causée par une situation, l'idéologie bénéficie d'une évidence spontanée contre laquelle aucune argumentation ne peut rien; comprise comme interprétation totale du monde, elle se présente comme une pensée que tous les faits confirment. Dans les deux cas, l'idéologie est une pensée «irréfutable» — en ce sens qu'elle se croit confirmée y compris par les fait qui la réfutent. Mais cette «irréfutabilité» est paradoxale: elle signifie aussi bien que l'idéologie est réfutée par les faits mêmes qu'elle invoque. L'idéologie est à la pensée qui travestit ses propres données d'expérience, la pensée aveugle aux faits qui lui sont pourtant présents.

Jean-Yves pranchère, L'Autorité contre les Lumières, p.15



Notes
1 : G. Canguilhem, Idéologie et rationalité dans l'histoire des sciences de la vie, Vrin, Paris, 1981, p.36
2 : H. Arendt, La nature du totalitarisme, tr. M.-I. B. de Launay, Payot, Paris, 1990, p.118.
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