Billets pour la catégorie Renaud Camus hors textes :

Une carte d'Anne Sarraute

Le 28 décembre j'ai acheté Voyageur en automne chez un antiquaire qui propose des "bibliothèques" intéressantes au milieu des services à café (les livres de morts? sans doute, mais pas que).

En rangeant le livre cette après-midi, j'y trouve une carte à en-tête de La Quinzaine littéraire. Elle est écrite au feutre bleu, simplement datée "mardi".
Cher Georges,
Je pensais vous voir au comité mercredi dernier, c'est pourquoi je ne vous ai pas envoyé ce questionnaire pour le dossier de cet été. Je l'ai fait parvenir à Claude Simon à Paris auprès de qui vous m'aviez dit pouvoir vous entremettre. N'oubliez pas, j'ai peur qu'il parte dans le midi et c'est pour début juin.
Tenez-moi au courant, s'il vous plaît.
Je vous embrasse.
Anne

Il ne s'agit que de trois feuillets…
Je connaissais Nathalie et Claude, je ne savais pas qu'il y avait Anne.
Pourquoi me dis-je qu'il doit s'agir de Georges Raillard?

Renaud Camus, l'obsession de Juan Asensio

J'ai eu l'attention attirée sur ce phénomène par une remarque de Ludovic Maubreuil sur Facebook admirant le flegme camusien devant la hargne asensienne qui se déverse sur Twitter.

Sans contester le droit d'Asensio à juger les opinions et la position de Renaud Camus, certains tweets sont insultants ou homophobes, un au moins relève de la délation.
Ce qui relève du harcèlement au quotidien prend une dimension comique ou ahurissante quand on en fait le recencement exhaustif: que cherche Juan Asensio? Est-il fou? A-t-il maladivement besoin d'attention? (Tiens, en voilà un peu).
(Merci à Patrick qui a effectué ce relevé patient et l'a "remis à l'endroit").
20 mai
La France est un pays mort, muséal, camusien. Je ne suis même pas certain qu'une transfusion de sang africain puisse le ranimer.

20 mai
J-M Le Pen n'a jamais été plus proche de Renaud Camus (ou l'inverse), qui s'éloigne donc de toute littérature, s'il en a jamais été proche.

21 mai
La réification du langage précède toujours celles des corps, les slogans de Renaud Camus comme signes du Grand Effacement de l'humain.

21 mai
Rigole aux éclats en lisant les tweets de frontistes affirmant que voter pour la liste de Renaud Camus, c'est favoriser l'UMPS. Eh oui...

22 mai
Le Grand Remplacement, la Déculturation, le Changement de peuple, baudruches remplies d'un langage vicié, comme on parle d'un air vicié.

25 mai
55 voix dans le Gers pour la liste de Renaud Camus. Un résultat résolument encourageant !

2 juin
Individualisme, culte du plaisir à tout crin, haine du christianisme, le terrain où l'islam a grandi en France, labouré par Renaud Camus.

2 juin
Saisissante lecture de trois livres de Renaud Camus : baise, poils, plaisir. La France ? On s'en fout, jouissons.

3 juin
Dans quelques années, des lecteurs s'amuseront de voir que @bougnoulosophe a été évoqué dans son Journal par Renaud Camus. Pathétique, non ?

4 juin
Pauvre Renaud Camus tout de même, si visiblement persuadé que son homosexualité, étalée dans une bonne centaine de ses volumes, m'obsède.

4 juin

Le pseudo-écrivain Renaud Camus nous mentionne une nouvelle fois dans son Journal ridicule.

4 juin
Il faut prendre au mot tous ceux qui renient publiquement leur qualité de pudeur, et déchoir en conséquence Renaud Camus de sa spécularité.

4 juin
Pour tous les souchiens, xénophobes, antisémites et camusiens : Fugue for a Darkening Island de Christopher Priest

5 juin
"Me voilà cité dans votre Journal, quel honneur ! Je ne m'attendais pas à devenir immortel. Merci." De Sébastien Brémond à Renaud Camus.

5 juin
Si l'authentique acte d'écrire naît du désir de se rendre raison de la prolixe corvée de vivre, alors Renaud Camus est un vrai écrivain.

5 juin
Renaud Camus, archiviste des vilenies (ma chaudière, ma France), dont chaque livre écrit contre la vie constitue une tentation de la vivre.

6 juin
"Ceux qui ne savent pas croient [...] que j'ai un rapport quelconque avec la tradition éructante de l'extrême droite française". R. Camus.

7 juin
L'islam. Religion de guerre, puissance théologico-politique. Son ennemi ? Une autre religion, celle-là même que Renaud Camus a éreintée.

11 juin
J'aimerais bien mesurer le crâne de Renaud Camus, comme le faisait Vacher de Lapouge. Beaucoup moins volumineux que son nombril je pense.

11 juin
Il a beau dire, le pauvre Renaud Camus, mais son petit mouvement xénophobe pour happy few de la syntaxe coincée trouve son achèvement au FN.

11 juin #GrandRemplacement pour les nuls et les mauvais lecteurs : http://www.juanasensio.com/archive/2011/03/05/le-camp-des-saints-de-jean-raspail-editions-robert-laffont.html … 12 juin
"[...] ce Hubert s'est convaincu que moi aussi j'adorais le fist-fucking, ce qui n'est pas précisément le cas." Ça, c'est de la littérature.

12 juin
Le Journal, pour les pseudo-écrivains, leur sert de masque derrière lequel ils grimacent comme des bonobos impudiques devant une glace.

13 juin
Stéphane Bily : Maîîîîître, à quel endroit placeriez-vous votre virgilienne virgule ? Renaud Camus : Oh, mon cher Stéphâââne, je n'oserais !

14 juin
#GrandRemplacement Un point d'étape sur le novlangue à la mode pour souchiens hystériques : http://www.juanasensio.com/archive/2014/01/28/le-grand-remplacement-suivi-de-discours-d-orange-de-renaud-camus.html …

15 juin
Aujourd'hui est un grand jour : Renaud Camus, à 10 heures 34 minutes et 9 secondes, a pris son 345 127e autoportait. Chapeau l'égotiste !

15 juin
Ce bon mot de Nabe, pour Renaud Camus : "tuer l'écrivain et le remplacer par le vulgarisateur d'une pensée pseudo-philosophique".

15 juin
"Tant qu'il n'aura pas dépeint complètement son nombril, il n'aura rien fait". Hugo (pot de chambre plein au lieu de nombril) sur Émile Zola

17 juin
Qu'une vieille ordure narcissique qui aura passé sa vie à jouir prétende m'enseigner l'amour de la France doit faire rire jusqu'au diable.

18 juin Marien, Marien, écris un nouveau beau livre, au lieu de t'occuper d'une vieille carne précieuse et xénophobe

18 juin
La seule bibliothèque du Châtelain Renaud Camus est au minimum deux fois plus grande que mon appartement parisien. Et il se plaint.

18 juin
Comment reconnaître une connasse (il y en a, pas vrai ?) et un connard camusiens ? Facile : obsession de l'autoportrait, du miroir, du MOI.

19 juin
@AnneConstanza C'est bien, vous venez de découvrir, avec quelques années de retard, que j'ai apprécié les analyses de RC sur le langage.

21 juin
1) "Hier, à Bob Wilson, le vieil Aragon, en compagnie de Renaud Camus. Ils sont au premier rang de corbeille. Toute la salle les voit...

21 juin
2) "Camus n'en peu plus de satisfaction. Dix minutes plus tard, Aragon s'endort, la tête en avant, comme en syncope. Spectacle à la fois...

21 juin
3) "pénible et touchant. Mais Camus, craignant soudain de paraître ridicule aux yeux du Tout-Paris, lui file des coups de coude furibonds

21 juin
4) Il finit par renoncer à le réveiller, mais je surprends les regards qu'il jette de temps en temps à l'épave, presque chargés de haine

21 juin
5) "et pire encore : un coup d'œil et un sourire complices échangés avec une de ses amies, assise en face, l'air de dire : "La vieille..."

21 juin
6) ", il faut se la faire !" Aragon, méprisé par un Camus...". Matthieu Galey, Journal 1974-1986, Grasset, 1989, pp. 69-70. Tout est dit.

21 juin
Renaud Camus appelle à sauver la patrie en danger et pourtant, dans son immanentisme radical, réside la négation de toute patrie.

21 juin
Formidable mot de Jacobi, pulvérisant le Châtelain soi-mêmiste, donc immanentiste : "Aus Nichts, zu Nichts, für Nichts, in Nichts".

22 juin
Décidément, Jacobi est le penseur qui pourrait guérir Renaud Camus de son narcissisme maladif et ridicule. Sa devise n'est pas : MOI...

22 juin
...mais plus que Moi ! Mieux que Moi ! Un tout Autre ! Je n'existe pas et je n'ai pas envie d'exister si LUI n'existe pas !Lettre à Fichte.

23 juin
Excellent numéro des Éditions Agone, où l'inepte Richard Millet est mentionné, mais pas le Châtelain AOC.

23 juin
Le nouveau lectorat de Renaud Camus : exit les tantes-mais-pas-trop et connasses à petit doigt levé, place aux analphabètes xénophobes.

24 juin
L'une des réponses au Grand Remplacement ? Que nos écrivains illustrent la grandeur de notre langue ! Nous en sommes hélas fort loin.

24 juin
1) Métro Ligne 13, direction Saint-Denis, écoutant New Dawn Fades. Des jeunes Beurs et Noirs, employés par la RATP...

24 juin
2) sécurisent les accès des rames. Renaud Camus, en serrant les fesses, penserait : en voilà quelques-uns, au moins, qui nous servent.

26 juin
Le jour où les souchiens liront (et comprendront ?) Pierre Boutang, Renaud Camus n'aimera plus les miroirs

27 juin
Maurice Barrès, vivant, mépriserait Renaud Camus, apôtre de l'individualisme, ferment de la décadence pour l'auteur des Déracinés.

27 juin
Maurice Barrès, vivant, mépriserait Renaud Camus, ce dernier ne concevant aucunement que la nation puisse prendre le dessus sur le moi-roi.

27 juin
Pour le vrai nationaliste, le paysan illettré vaut toujours plus que Diderot. C'est exactement l'inverse pour Renaud Camus, donc... CQFD.

28 juin
Hé, Renaud, pssssst, es-tu au courant ?: "Ce temps ne se retrouvera plus où un duc de La Rochefoucauld [...] au sortir de la conversation

28 juin
de Pascal, allait au théâtre de Corneille". C'est de Voltaire,
28 juin
Renaud Camus, ou le patriote qui se fout du monde : son culte de l'hédonisme a contribué à pourrir la société français. Qui ne songe...

28 juin
qu'à jouir se contrefout de la nation, réservoir illimité de nouveaux plaisirs ! Que nos souchiens tombent dans le panneau indique...

28 juin
leur stupidité prodigieuse ! Faire de Renaud Camus un patriote et un penseur de la résistance au Grand Remplacement, c'est confier...

28 juin
sa fille de 8 ans à un Marc Dutroux contraint à l'abstinence pendant 30 années. Un camusien est donc un fou ou un imbécile

28 juin
Moi aussi, comme Camus, j'aime ce qui dure, par exemple sa haine recuite du christianisme (in Chroniques achriennes).

28 juin
Le Grand Remplacement est un onanisme perpétuel (in Chroniques achriennes)

28 juin
Le Grand Remplacement, ou l'abolition de toute différence, le rêve du Neutre, du rien (Chroniques achriennes, encore)

28 juin
Sans l'antisémitisme, le nationalisme d'un Maurras n'aurait jamais été intégral. De même, sans le rejet de l'Arabe ou du musulman

28 juin
le camusisme, cette crampe xénophobe devant le miroir, perdrait la force lui faisant lever son petit doigt courroucé et intraitable

29 juin
Les crétins particulés, les cathos embourgeoisés, les souchiens et camusiens vénèrent Le Camp des saints de Raspail, roman médiocre

1 juil.
Le très camusien Stéphane Bily vient de prendre sa 2 345667e photographie de lui-même, devenant de fait l'élève le plus doué du Maître.

2 juil.
Le vieux Kμ ferait bien de lire Fénelon : "Il n'y a point de milieu : il faut rapporter tout à Dieu ou à nous-mêmes. 1)

2 juil.
Si nous rapportons tout à nous-mêmes, nous n'avons pas d'autre Dieu que ce moi" 2). Le camusisme est un athéisme, donc un EGOïsme.

2 juil.
Prépare un article intitulé Renaud Camus cul par-dessus tête, qui n'aura pourtant rien à voir avec le cul ni même la tête de Son Altesse.

7 juil.
Un nouvel article sur Renaud Camus, intitulé Renaud Camus cul par-dessus tête

7 juil.
Oyez, souchiennes et souchiens ! Le #GrandRemplacement a vécu, vive le Camucul

16 juil.
En quelques lignes, Léon Bloy nous en apprend plus sur la France que Renaud Camus en 268 de ses livres. Pourquoi ?

19 juil.
Les géniales fulgurances de Pierre Boutang hissent le Politique à une véritable geste des hommes, là où

19 juil.
les jérémiades d'un Renaud Camus le jettent dans le caniveau de tous les amalgames et vomissements de trouille et de haine

22 juil.
Renaud Camus, comme les nazis dont la LTI a été magistralement disséquée par Klemperer, crée un novlangue prêt à devenir la langue du crime.

22 juil.
L'ignorant ! @RenaudCamus gauchit le sens métaphorique que Georges Bernanos donnait au terme "race". On est loin de votre darwinisme social.

22 juil.
Que se cache-t-il, derrière le vocabulaire policé de R. Camus et des siens ("rétro-migration pacifique") ? Une sauvagerie industrialisée.

24 juil.
On se demande ce qu'attend le grand résistant Renaud Camus, qui a tant craché sur le catholicisme, pour nous twetter son petit nour

24 juil.
Voici qui balaie quelque peu l'odeur de pourriture enrobée de soie émanant de la fosse septique camusienne : https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1658557097703074&substory_index=0&id=100006463999450 …

28 juil.
@SOS_Racisme Renaud Camus écrit environ un tweet/jour susceptible d’être condamné pour incitation à la haine etc.

29 juil.
Pour étancher le désir (mimétique ?) de Renaud Camus et de ses caniches, le meurtre de l'Arabe est une possibilité sacrificielle logique.

1 août
Le prénom du nouveau petit ami de Renaud Camus ? Ebola voyons, ou la pelleteuse remigratoire (direct au Ciel) la plus efficace qui soit.

8 août
Si Klemperer était vivant, il ferait ses délices de la langue pourrie de Renaud Camus

8 août
Derrière les mots d'ordre camusiens (nocence, remigration, etc.) se cache la même folie froide et rationnelle que derrière la LTI.

10 août
Il y a plus d'esprit chrétien dans une seconde de prière d'un mouvement comme les Veilleurs que dans les œuvres complètes de Renaud Camus.

10 août
Évidemment, pour comprendre en profondeur notre époque, mieux vaut lire Schmitt ou Taubes que Camus et Soral. pic.twitter.com/lSexKLiyq3

11 août
Pauvre Renaud Camus, plaçant au-dessus de tout (sauf de lui-même) l'intelligence, et réduit à discuter avec des imbéciles souchiens.

12 août
Que Renaud Camus soit considéré comme un penseur (bien lire : penseur) d'extrême droite est une vacherie, bien qu'involontaire, de génie.

13 août
Cet après-midi. Non non non, Renaud Camus, la Haute-Normandie n'a pas (encore) été envahie par des hordes de Turcs. https://flic.kr/p/oHxtph

16 août
Le camusisme n'est pas un humanisme et est aussi sec qu'une tête ornementale découpée par Kurtz : "Exterminez toutes ces brutes !"

17 août
Tu as le QI d'un bulot cuit, tu crois que Louis Massignon est un remplaciste et Renaud Camus un penseur? Tu as la souchite, c'est incurable.

19 août
Étrange remarque de W. G. Sebald, qui, dans les belles pages des Anneaux de Saturne, affirme que c'est en raison de son homosexualité 1)

19 août
que Roger Casement a pu reconnaître "la permanence de l'oppression, de l'exploitation, de l'asservissement et de la dégradation" 2)

19 août
Nous avons quelque exemple bien français, en la personne d'un pseudo-penseur gersois, montrant que l'homosexualité peut au contraire être 3)

19 août
indifférence totale, in-nocence feinte, bienheureuse inactivité face à la souffrance physique et morale de personnes, quand il 4)

19 août
ne s'agit tout simplement pas d'une haine viscérale pour tout ce qui n'est pas lui lui lui. Renaud Camus ou l'anti-Roger Casement 5).

21 août
Renaud Kmu avait raison, voici un signe du Grand Remplacement!Un bébé mordu par un dromadaire à Megève via @Le_Figaro http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/08/21/97001-20140821FILWWW00133-un-bebe-mordu-par-un-dromadaire-a-megeve.php …

22 août

Pauvre Renaud Camus, tout penaud que @Benjamin_Biolay soit devenu la nouvelle coqueluche de ses petits copains identitaires et souchiens.

23 août
Renaud Camus raciste, une vue de l'esprit ? Hélas, non :
Renaud Camus @RenaudCamus
La seule vraie mesure du “racisme”, c’est le degré de nocence, nuisance & incivisme des différentes “races” (cf. Ferguson & Vaulx-en-Velin.)

25 août
Offre les œuvres complètes de Vacher de Lapouge à la bonne âme qui guérira le trop vieux Renaud Camus de son anti-remplacite aiguë.

27 août
Ludovic Maubreuil (pseudonyme, on n'est jamais assez prudent, lorsque l'on écrit pour la revue Eléments...) n'aime pas ma dernière note 1)

27 août
sur Renaud Camus (http://www.juanasensio.com/archive/2014/05/05/renaud-camus-cul-par-dessus-tete.html …) et l'écrit sur son mur FB. C'est son droit, même si ce lecteur est de mauvaise foi 2)

28 août

Je vais faire mon Renaud Camus : il faudrait tout le savoir-faire de Tsahal pour "intercepter" les candidats français au jihad.

28 août
En roulant vers Dieppe. Rien que pour emmerder Renaud Camus et sa petite bande de suiveurs mononeuronaux. http://flic.kr/p/oEVHdk

4 sept.
Au "Rassenwart" Renaud Camus, cette note qui l'évoque : http://www.juanasensio.com/archive/2014/09/03/je-n-ai-aucune-idee-sur-hitler-karl-kraus-agone-jose-lillo.html …

4 sept.
Très discrète et férocement bathmologique invitation à la débauche, par Renaud Camus ?

5 sept.
Non non non, Renaud Camus, La Transmigration de Timothy Archer du grand Philip K. Dick n'est pas un livre sur les migrants de Calais.

8 sept.
Camus et les petits souchiens : de peur que les méchants islamistes ne les décapitent, ils se sont débarrassés de leur (maigre) cerveau.

9 sept.
Le rêve inavouée de @RenaudCamus : enfant de chœur... Fallait nous le dire mon bon Renaud, nous t'aurions évité d'écrire 56 livres…

Portrait de Renaud Camus par Jacques Villon

Musée des Beaux-Arts de Rouen.

Portrait de Renaud Camus par Modigliani

Musée des Beaux-Arts de Rouen.

Rétrospective Robbe-Grillet cette semaine

A Paris, au cinéma Le Nouveau Latina.

Pour les amateurs des Églogues, ne pas manquer en particulier L'Année dernière à Marienbad.

Tout à fait l'impression que j'ai désormais en lisant Renaud Camus

(Quand j'écris: "lire Renaud Camus", comprendre les "vrais" livres, pas les conférences données devant des auditoires d'extrême-droite ou les anthologies de communiqués du PI (en résumé, pas ce qui mène désormais RC à souhaiter avoir le succès de Dieudonné (cf l'entrée du journal du 6 mai 2013). Mon Dieu, que nous sommes loin du temps où les références étaient Chateaubriand, Nabokov ou Claude Simon.) (Et j'imagine déjà Renaud Camus s'exclamer: «Mais ce n'est pas du tout ce que j'ai écrit, ce que j'ai écrit, c'est que…». C'est toujours son excuse: nous déformons ses paroles, nous ne le comprenons pas (ce qui sous-entend que nous sommes soit stupides (hébétés), soit malveillants). Mais il est également possible que nous le comprenions mieux que lui-même (je songe à ce texte d'Emmanuel Carrère qui m'avait tant plu quand je l'avais découvert (c'était en août 2002, tout au début de ma lecture de RC): «Au fond, la limite de Renaud, c’est qu’il croit qu’il n’a pas d’inconscient». Or jamais l'inconscient n'a paru parler plus fort, crier presque: «Regardez-moi! Regardez-moi!»))).

J'en viens donc à cette impression annoncée en titre :
Le texte, orphelin de son père, l'auteur, devient l'enfant adoptif de la communauté des lecteurs. Incapable de se porter secours à lui-même, il trouve son pharmakon dans l'acte de lecture. Mais cela ne pas sans conflit, comme je vais l'esquisser trop brièvement. La conjonction entre écriture et lecture n'est pas une accolade tranquille.

Paul Ricœur, "Eloge de la lecture et de l'écriture", in Etudes théologiques et religieuses 64, 1989, P.403
Quand je "lis Renaud Camus" (les guillemets pour reprendre les parenthèses ci-dessus), j'ai l'impression désormais de prendre soin d'un enfant abandonné par son père parti courir la gueuse politique.

Serons-nous, lecteurs, assez forts pour défendre cet enfant contre son père? Je me sens démunie. Il va y falloir beaucoup de temps, d'efforts et de courage. Certains pensent me réconforter en me disant des choses du style «Mais non, on le lira encore, regarde, on lit Drieu La Rochelle».
Mais moi je ne rêvais pas de Drieu La Rochelle pour [l'œuvre de] Renaud Camus, mais de [la reconnaissance accordée à] Gide ou de Claude Simon (oui, surtout Claude Simon, à cause de l'invention d'un nouveau type non-narratif).

Les textes ont conservé leur valeur, mais qui les lira, et quand, et pour leur faire dire quoi ?

Encore une histoire drôle

En somme, j'aurai passé toutes ces années à défendre Rémi Pellet sur la SLRC pour lui permettre en fin de compte de m'y censurer.

Hésitations

Colloque au Collège de France sur "Responsabilité de la littérature dans l'entre-deux-guerres : cas d'espèce et questions théoriques". Aujourd'hui il s'agissait de «Gide et la NRF».
Nous avions été prévenus par Fabrice Picandet qui tient le blog e-gide (un must pour tous ceux qui veulent se tenir au courant de "l'actualité" gidienne), ce qui nous a permis de rencontrer également Philippe Brin qui s'intéresse lui à Roger Martin du Gard. (Et Patrick Chartrain à Claude Mauriac: en fait, à nous tous, nous finirons par ressembler aux fugitifs de la fin de Farenheit 431, représentant chacun non un livre, mais un auteur.)

Pause dans la matinée. Nous nous présentons, nous discutons un peu, j'avoue mon embarras concernant ce blog depuis que Renaud Camus a déclaré se ranger aux côtés de Marine Le Pen: je n'ai aucune envie d'écrire des billets politiques (ce n'est pas tant qu'il n'y ait rien à en dire qu'il me semble en avoir dit ce que j'avais à en dire et que je n'ai rien à y ajouter. Au mieux le sujet[1] m'agace, au pire il m'attriste[2], mais je crains de donner une impression de fuite (de mes responsabilités, justement) si je traite de la seule activité qui me paraît sérieuse dans les activités camusiennes, la littérature (la seule qui me paraît sérieuse[3]: ce matin, Gide cité et recité insistait sur l'importance de se consacrer d'abord au futur, au long terme, à l'œuvre, à la forme… (sigh))

Mes interlocuteurs ont été aimables et même plus, encourageants, déplorant que la possibilité de débattre qui existait entre les deux guerres ait totalement disparu.
Je suis toujours surprise de m'apercevoir que dans ce genre de rencontre tout le monde connaît Renaud Camus (surprise parce qu'il est si peu souvent cité par ailleurs) — et ceux qui le lisent le plus naturellement dans ses livres les plus ésotériques sont les lecteurs de Mallarmé, Proust, Roussel, habitués à ne pas se laisser rebuter.

Enfin bon. Tout cela pour dire que je remercie mes interlocuteurs. Ils m'ont donné le goût d'envisager de me remette à écrire ici régulièrement. Reste la question de l'emploi du temps.

2-2-36. L’emploi du temps est la seule vraie question morale, celle qui contient toutes les autres. Dis-moi ce que tu fais de tes journées, je te dirai ce que tu vaux. […]
Renaud Camus, Vaisseaux brûlés

Notes

[1] Pas le sujet de l'immigration: le sujet tel qu'il est traité par Renaud Camus, qui applique désormais à ses interlocuteurs/adversaires tout ce qu'il leur reprochait: l'arme absolue de langage, qui prend la forme non de l'accusation de racisme mais de celle de stupidité. Si vous n'êtes pas d'accord avec lui, ce n'est pas que vous avez quelques raisons de douter — si ce n'est du diagnostic, au moins de la cure — non, c'est que vous avez le cerveau ramolli par la propagande et que vous êtes incapable de penser, idiots (inconscients) que vous êtes.

[2] Ce matin, le nom de Maurras a souvent été prononcé, entre autres pour faire remarquer que pendant toute une époque, si Gide tenait la NRF éloignée de la politique en prônant l'art pour l'art, c'est sans doute qu'il se sentait proche des idées politiques de Maurras qui lui voulait mettre l'art au service du politique; et je me souvenais de ce mot de Jean-Yves Pranchère me disant: «Au lieu de proclamer qu'il n'a pas lu Maurras, Renaud Camus ferait mieux de le lire!»

[3] Mais peut-on réellement séparer éthique et esthétique? Pour Gide, non (toujours ce matin). Et pour moi la question devient: n'est-ce pas lâche de ma part? Ah, ce n'est pas facile.

Photos de vacances

Patrick va sans doute beaucoup m'en vouloir de mettre cela ici plutôt que sur Flickr (dans le groupe L'Amour l'Automne) mais pour une fois que j'ai l'occasion de mettre des photos sur mon blog… (Et puis cela n'empêche pas de les récupérer pour Flickr.)


2 août. Vitrine de dentiste à Manhattan (serait-il possible d'en retrouver l'adresse à partir du numéro de téléphone?)
Le crâne et les dents jouent un rôle important dans L'Amour l'Automne; l'origine de cet intérêt provenant sans doute tout simplement d'une rage de dents.




2 août. Central Park. Bien entendu, en arrière-plan, je me promène dans les premières pages de Journal de Travers, même si je ne suis pas allée flâner sur les Rambles, même si je n'ai rien dit à mes compagnons de voyage.

2 août. Le Met à New York. Je songeais aux belles pages de Demeures de l'esprit, France Sud Est. Maintenant que je vérifie, je m'aperçois qu'il n'est pas question de Lavoisier dans ce livre (j'ai confondu avec Ampère), mais le tableau me plaît (en particulier la cornue au pied de Lavoisier), donc je laisse la photo ici.




2 août. Le Met à New York. Surprise de tomber sur ce tableau, fondamental pour Été, puisqu'il redouble le titre Orion aveugle de Claude Simon comme Été, tableau de Monet, redouble le livre d'Albert Camus, tandis que Renaud Camus redouble à la fois le titre et l'auteur de ce dernier ouvrage




Toujours le Met: le tableau m'a surprise par sa profusion de détails sur un sujet rarement représenté. Le peintre s'appelle Robert Bloom, il y avait donc toutes les raisons de lui donner une place ici (Bob et Bloom):




3 août au Moma: Rebus de Rauschenberg, qui lui apparaît dans Travers Coda il me semble:




4 août, Long Island: visite de la maison natale de Walt Whitman, dans un environnement totalement quelconque. Les raisons extra-littéraires sont les Feuilles d'herbe en édition bilingue offert par Guillaume je ne sais plus quand ni pourquoi (avis aux amateurs: il est en train de traduire e. e. cummings), et sans surprise, l'élection de ce poète pour l'Anthologie de l'amour des hommes dont Dieu seul (et encore) sait quand il apparaîtra.
A cette occasion, j'ai découvert qu'il existait des centaines de photographies de Whitman à tous âges car il adorait être photographié.

Bizarrement nous n'avons aucune photo de cet après-midi-là (lourd de stress, nous crûmes ne jamais arriver à temps), il ne reste qu'une carte postale trompeuse car bien sûr les lilas n'étaient pas en fleurs. (Mais la maison et son jardin bien jolis sous le soleil, protégés des maisons banales environnantes par une haute palissade de bois. Nous découvrons la difficile entreprise d'entretenir un lieu historique aux Etats-Unis, sans aucune aide publique (il en sera de même pour Arrowhead ou Amherst: partout nous sera proposée l'affiliation à l'association du lieu).)


8 août: la maison au sept pignons (Nathaniel Hawthorne). Un peu parce que celui-ci apparaît dès Passage en compagnie de Melville, mais surtout en souvenir d'une professeur d'anglais qui m'offrit le livre portant ce titre quand j'étais en terminale. (J'ai enfin retrouvé son adresse, je devrais lui écrire. Je regrette de ne pas avoir eu cette adresse aux Etats-Unis.)

Le plus grand attrait de cette maison est son emplacement sur la côte. La vue des fenêtres est magnifique. Il est amusant d'apprendre que la maison n'avait que deux pignons. Elle appartenait à une tante ou une cousine d'Hawthorne (je ne sais plus), et devant le succès du livre, elle fit ajouter les pignons nécessaires. De même elle créa au rez-de-chaussée la petite boutique présente dans le livre.
La maison natale d'Hawthorne a été enlevée de son lieu d'origine et transportée dans le jardin. (Que vaut une maison natale qui n'est plus dans son lieu? Est-elle encore "natale"? Toujours ce genre de question me fait penser à l'oncle de Tristram Shandy: «Où avez-vous été blessé? — Là.»)

J'achète Grand-Father's Chair que je lirai paresseusement le reste du voyage.

Sur ses portraits, Hawthorne est d'une beauté à couper le souffle.




9 août. Aucune photo d'Amherst, je ne sais pourquoi, alors que ce fut la visite guidée la plus réussie du voyage. La jeune femme était sans doute professeur et bénévole, mêlant biographie et lecture de poèmes avec un art consommé dans une diction parfaite.
(Il ne reste là encore qu'une carte postale. Deux poètes, deux cartes postales, deux présences en creux. Involontaire. Significatif?)

Grâce à Travers Coda j'ai su quelle édition choisir (celle de Johnson, avec les tirets). J'ai été plus embarrassée devant les biographies, me décidant finalement je ne sais plus sur quels critères (il n'y a même pas de photos) pour celle d'Alfred Habegger (c'est terrible d'être entourée de personnes qui connaissent bien l'édition, car chaque fois que vous choisissez un livre (une traduction, une biographie) ce n'est jamais le bon, et vous êtes hanté d'un double regret: celui d'avoir dépensé de l'argent inutilement, et celui de ne pas avoir le "bon" livre alors qu'il était à portée de main.)
Les trois livres concernant Emily Dickinson trouveront exactement une place sur le sol à l'arrière de la voiture, sur l'espèce de marche délimitant les espacespour les pieds des deux passagers. Emily servira ainsi de table, elle protègera également les genoux des enfants de la ventilation glaciale de la voiture. Et durant tout le voyage, l'avertissement retentira: «Faites attention à Emily», «Ne marchez pas sur Emily».


9 août, visite à Melville à Arrowhead, selon la remarque de Travers Coda et les encouragements de Patrick. C'est sans doute le lieu que j'ai préféré, par son isolement tranquille, par la dérision de son histoire également: achetée au plus fort de la fortune de Melville après ses premiers récits de voyage, la maison dut être vendue suite à ses échecs littéraires successifs. Elle a été profondément transformée, car à quoi bon, nous expliqua le guide, conserver en l'état la maison d'un écrivain raté?
Le guide (encore un universitaire) semblait tenir en très haute estime Clarel, poème épique qui selon lui est le meilleur de Melville.

Sur la porte de la grange qui sert de boutique d'accueil, le mont Greylock stylysé:




Le mont Greylock à qui est dédicacé Pierre ou les ambiguïtés (sous une lumière pâle et aveuglante: on discerne la ligne de crête sur la photo, c'est à peine si elle était visible à l'œil nu). C'est sur ses flancs que Melville rencontra Hawthorne, et sans doute les discussions entre les deux hommes entraînèrent-elles de profonds remaniements du manuscrit, car bien que Melville ait affirmé l'avoir fini quand il emménagea à Arrowhead, il ne le donna à son éditeur qu'un an plus tard. (La littérature y a sans doute gagné, et la renommée de Melville, mais pas lui: le livre fut le premier d'une successions d'échecs.)
Melville aimait profondément cette montagne (mille mètres, de mémoire) et à la grande incompréhension de ses voisins, il avait fait installer une véranda face au nord, pour la contempler.




Je ne peux voir ce genre d'engin agricole, rouillé de préférence, sans penser à Ricardou et à la Bataille de Pharsale. Si de plus il se trouve dans les jardins de Melville, le bonheur est complet.




14 août. La maison de Poe à Richmond.
Nous avons passé plusieurs jours à Charlottesville, mais je n'ai pas trouvé l'occasion d'aller voir l'université de Virginie où Poe a fait ses études. La maison de Richmond n'est pas une maison qu'il a connue, mais il y est recueillis et conservés religieusement différents objets (photographies interdites pour cause de droits). Le jardin est une reconstitution de je ne sais plus quelle nouvelle.




Un panneau nous apprend que les morceaux de verre en haut du mur reproduisent un dispositif décrit dans William Wilson.




17 août : visite du Capitole. Statue de Webster sous la coupole. Pensée pour L'Amour l'Automne.




18 août. Musée de l'aéronautique et de l'espace. L'avion de Wright est exposé, le poids du moteur faisant exactement contrepoids à celui de l'homme.




Je m'émerveille devant l'appareil photo qui a immortalisé ces instants: incroyable que nous possédions de telles photos. Je photographie l'appareil qui a photographié, dans la grande tradition barthésienne de l'œil qui voit l'œil qui a vu…

Près de l'appareil, une plaque précise:
«Nous avons la chance que les frères Wright s'intéressaient aussi à la pratique relativement nouvelle de la photographie amateur. Les photos qu'ils prirent à Kitty Hawk constituent un témoignagne pris sur le vif de leur invention de l'aviation. Un siècle plus tard, leurs images nous transmettent encore toute l'ivresse des premières incursions de l'homme dans les airs.
Wilbur et Orville avaient installé une chambre noire à domicile dans un abri derrière leur maison de Dayton. Tandis qu'ils développaient les négatifs à partir des plaques de verre impressionnées à Kitty Hawk, ils revivaient l'exaltation de planer au dessus du sable sur des ailes construites de leurs mains.
"L'enthousiasme provoqué par nos essais de vol ne s'interrompt pas totalement avec le démontage du matériel, notait Wilbur en 1901. Nous passons dans la chambre noire de la maison des moments d'exaltation aussi intense que sur le terrain."»




20 août à Baltimore. Tombeau de Poe. Le tombeau de Poe à l'entrée du cimetière n'est pas la "vraie" pierre tombale, il a été érigé plus tard, après la reconnaissance de ses œuvres. C'est un peu par hasard en avançant dans l'enclos minuscule pavé de briques rouges que nous nous en apercevrons, en trouvant les deux stèles ci-après, celle de son grand-père venu d'Irlande et celle de Poe (mais là encore, si les emplacements sont exacts, les plaques sont trop neuves pour être les originales, sans compter la mention "grand-père d'Edgar Allan Poe" qui prouve une érection après la mort dudit petit-fils).







Dans la même ville, maison de la tante de Poe qui l'hébergea après son renvoi de West Point. Il y fréquenta quotidiennement celle qui allait devenir sa femme (cf. Lolita à plus d'un titre). Cette maison est désormais dans un quartier pauvre. Elle était fermée, nous ne l'avons pas visitée. Elle fait face à un terrain vague que j'ai photographié (le mur à droite appartient à la maison). Elle est minuscule et propre.




20 août. Philadelphie. Au détour d'une haie, je découvre ébahie la statue de Robert Indiana qui scande les Églogues. (ce n'est pas LA statue, mais une statue). Curieusement le nom du sculpteur n'apparaît pas. La plaque vissée dans le socle remercie le donateur:
«En hommage à F. Eugene Dixon Jr. pour le généreux présent de cette pièce unique à la ville de Philadelphie.»




21 août, musée de Philadelphie. Un tableau de Towmbly, pour le plaisir. Achille, Patrocle, Hector. Ombres d'Achille, Patrocle et Hector doit en être le titre officiel. J'aime beaucoup Achille et sa colère. (Le tableau est très grand, il couvre un mur. La pièce comporte plusieurs immenses tableaux illustrant (si l'on peut dire — évoquant; invoquant, plutôt) L'Iliade.




Toujours Philadelphie : Manet pour L'Amour l'Automne

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Et enfin, hommage à Proust: la princesse Mathilde par Jean-Baptiste Carpeaux.




Dix ans

Il y a dix ans le premier juin tombait un samedi (et il y a vingt ans un lundi). J'étais en train de préparer un gâteau d'anniversaire en écoutant la radio.

Finkielkraut que j'écoutais un peu par hasard interviewait un auteur, je n'avais pas bien compris qui, j'écoutais un peu distraitement. Il a lu un extrait, le grand néant et le petit néant, Loft story, j'ai été aussitôt convaincue. Ça s'appelait Du sens, apparemment.

J'ai vérifié le titre sur internet, je l'ai acheté, je l'ai lu, j'ai lu Buena Vista Park (parce qu'il était cité dans Du sens, sans savoir que j'étais en train de lire une rareté), Répertoire des délicatesses, Vaisseaux brûlés, Vaisseaux brûlés, Vaisseaux brûlés, Eloge moral du paraître parce qu'il était disponible à la bibliothèque de Blois, Roman Roi je ne sais plus pourquoi, et un peu plus tard, sans doute du fait de l'article d'Houppermans1, Comment j'ai écrit certains de mes livres de Roussel, ce qui fut sans doute ma grande chance, l'intuition qui m'a fait progresser très vite dans la compréhension de Passage.


Carolina Armenteros parle à propos de Maistre d'un «accident de bibliothèque» (un coup de foudre en ouvrant un livre par hasard), j'ai donc eu un accident de radio.



1 : Et c'est son nom qui me fit aller à Cerisy en 2008 (en relisant le dernier commentaire suite à ce billet d'août 2008, je soupire). Il est difficile d'imaginer aujourd'hui quelle aurait été ma vie si je n'avais pas écouté la radio ce jour-là.

Cruchons et concours de pastiche

Cruchons vendredi dernier. Afshine raconte: «Il existait un concours "Ecrire à la manière de Graham Greene". Et Graham Greene était très vexé car il s'inscrivait et il n'a jamais réussi à faire mieux que la troisième place.»

En y réfléchissant, c'est rassurant: aurait-il obtenu la première place qu'il aurait atteint à la caricature. Je pense à la théorie d'Annick Bouillaguet qui veut que Proust se soit pastiché lui-même en relatant sa lecture du journal des Goncourt.

Toujours est-il que le lendemain, Ash Dee, l'un des participants, raconta un rêve sur Facebook. J'ai obtenu l'autorisation de copier ici la suite du dialogue:


Ash Dee: Toutes les nuits, je fais le même rêve étrange : j'ai loué une Mercedes de grand luxe à une agence ADA (le gérant affirme qu'il adore Nabokov...) mais j'oublie sans arrêt de la rapporter. Si bien que le montant de la location, qui augmente de nuit en nuit, atteint désormais plusieurs milliers d'euros, me laissant transi d'angoisse au réveil.

Laurent Morel: Vivre à découvert.

Ash Dee: ou Mort à crédit ?

Philippes de l'Escalier: Un "enseignant" n'a pas les moyens de se payer une Mercedes Grand Luxe ? Il faut vous reconvertir dans la Police Judiciaire !

Ash Dee: Que voulez-vous, cher Philippes, ces jours-ci tout passe dans les places d'opéra, les concerts, les disques, les livres et même, dans une moindre mesure, les brasseries.

Jimmy Mathieu Rodriguez: Envoie la facture à Renaud Camus : frais professionnels.

Ash Dee: J'imagine déjà l'entrée du Journal qui relaterait cet envoi...

Laurent Morel: "Seul un léger dérèglement mental me paraît devoir expliquer cet envoi. Jeanne Loan, qui pourtant est une sainte, est cette fois tout à fait de mon avis. Seul Pierre conseille de ne pas faire d'éclat et de ne pas porter la facture aux gendarmes de Miradoux. En tout cas, cette lettre de ce M. Dee m'a flanqué une belle insomnie, que j'ai employée à lire les Propos d'Alain."

Philippes de l'Escalier: ...que j'ai employée à lire les Propos d'Alain en me défoulant sur le jambon de pays et le saucisson"

Ash Dee: Messieurs : <3<3<3

Laurent Morel: "J'ai essayé d'appeler ce M. Dee ce matin. Je suis tombé sur une dame, d'ailleurs fort aimable, qui a dit qu'il allait me rappeller, dans la meilleure tradition. Et bien entendu, il n'en a rien fait. Alors, la moutarde m'est montée au nez, et je suis allé finalement à la gendarmerie de Miradoux en traversant l'Arratz à pieds secs, comme Moïse, car elle est gelée depuis trois jours. Il fait d'ailleurs un froid de canard dans cette maison, etc."

Ash Dee: "Cette pénible petite affaire me permet de vérifier, une fois de plus, ma fameuse théorie de la "demande dans la demande". Il suffit que quelqu'un, fût-il bien intentionné, vous rende service une seule et unique fois pour qu'on se retrouve obligé, quelques jours ou semaines plus tard, de dépenser une somme importante en échange de ce que l'on pensait pourtant n'être qu'un service. Flatters est du reste entièrement d'accord avec cette théorie ; lui-même ne fait que subir ce genre d'avanie avec ceux qu'il côtoie. Selon lui, nous sommes exposés à une dévaluation sans précédent de la parole, de la phrase, de l'honneur, de la lignée. Cet état de fait, qui n'est jamais que la vérification en actes de ce que j'ai appelé le réensauvagement du monde, est la matière d'un malheur immense dont nous sommes sans cesse abreuvés, lui et moi — lui plus encore que moi, semble-t-il."

Jimmy Mathieu Rodriguez: "Le sage Flatters, qui prend pour moi toutes les décisions importantes de ma vie, m'exhorte à payer cette facture, évoquant la théorie à laquelle il est de plus en plus attaché, "Aime qui t'aime", qui selon lui n'est jamais plus vraie qu'à nos âges. Il a récemment eu l'occasion d'héberger à son atelier du Bertrand, flanqué de son grand ami Loïc Lorent, et s'est étonné de recevoir de ces jeunes gens toute sorte de factures, quelques jours plus tard, liées pour l'essentiel à des adresses de restaurants, de bars de palaces et d'agences de voitures de location haut de gamme. Le jeune du Bertrand expliquait dans sa lettre à Flatters qu'il comptait sur son sens des "lois de l'hospitalité". (Renaud Camus, Enterrés à Canossa, Journal 2011, éditions Fayard)

Ash Dee: RC devrait nous embaucher et faire de l'une des salles des Gardes de Plieux un atelier où des nègres (nous, en l'occurrence) écriraient ce qui est le fond de sauce ordinaire du Journal...

Jimmy Mathieu Rodriguez: Qui te dit que dans les souterrains de Plieux il n'y a pas de nègres qui travaillent, enchaînés à leur chaise, face à des machines à écrire ? Ce sont de malheureux hommes qui sont là nuit et jour. Renaud Camus ne leur porte de la nourriture que de temps en temps (je sais, j'ai vu faire), mais c'est surtout pour les tancer violemment : "Messieurs, Hélène Guillaume vient de rappeler, dépêchons-nous, je vous prie !"

Ash Dee: « Et n'oubliez pas, Messieurs, d'écrire "hors de pair" ! »

Laurent Morel: J'étais de cette équipe mais je me suis fait virer pour avoir écrit : "L'Hôtel de Bâtard".... C con...

Le testament de tante Caroline, d'Albert Roussel

Lorsque j'ai pris un verre en terrasse avec lecteur, il m'a raconté la plus églogale des opérettes qu'il a entendue un jour sur France Culture et qu'il rêve de retrouver (ceci est un appel) : Le Testament de tante Caroline.

Une cocotte nommée Caroline meurt. Sa famille qui la méprisait accourt pour l'héritage car la vie dissolue de Caroline lui a permis d'accumuler une fortune.
Las, Caroline ne laisse pas sa fortune à ses héritiers directs, mais aux enfants de ceux-ci. Or, personne n'a d'enfant dans cette famille desséchée. (Un personnage chante alors: «Je vais ouvrir une clinique d'accouchement rue La Pérouse...»)
Rebondissement, la bonne sœur finit par avouer un enfant caché, né d'une aventure avec un marin de passage à Paris. L'enfant a été abandonné avec une demi-carte postale au cou représentant la Tour Eiffel.
(Et je ne raconte pas la fin, pour ménager le suspense.)

Relevons tout ce qui est églogal :
Albert
Roussel
Caroline (Carl, Charles, etc)
rue La Pérouse
un enfant abandonné (l'enfant abandonné aux Romanichels)
le marin
la carte postale

Deuxième visite à Plieux

(La première visite a eu lieu en 2003.)

Petit déjeuner en chambres d'hôte à Saint-Clar. Chambres et maison merveilleuses, hôtesse bavarde (est-ce ce jour-là qu'elle nous raconta les trois cambriolages de la boulangerie d'à côté, et celui du Crédit Agricole et celui de la perception?), hôte bougon et plutôt amusant dans son dénigrement systématique du département («Daguin nous a fait beaucoup de tort. Il interdit toute évolution car ce serait reconnaître l'échec de sa politique.» Plus tard Renaud Camus à qui on rapportera ces paroles commentera: «Quand je pense que je me suis fait insulter parce que j'avais dit qu'il n'y avait pas de bonne pâtisserie dans le département...»[1]). Moi qui pensais que nous pourrions organiser notre journée au petit déjeuner, c'est raté. Le gâteau et la confiture de figues sont excellents, je mange "comme si j'avais faim", dirait ma grand-mère.

Détour pour arriver par l'ouest (nous expliquons à Jean[2] que c'est fondamental).
Plieux au soleil du matin, nous nous arrêtons sur la route pour faire des photos, Plieux à contre-jour contre lequel je lutte armée d'un parapluie comme d'une ombrelle.
Nous découvrons que Plieux est fermé le matin, ouvert l'après-midi jusqu'à la fin de l'été (le 23 septembre).
Nous faisons le tour du château, tâchant de deviner de quelle fenêtre est tombé W. Il me semble que c'est au sud, mais je ne sais sur quel souvenir inconscient s'appuie cette conviction.
Photos de nous, du château, de nous et du château. Un chat noir avec une tache blanche. Une belle chartreuse. J'attrape, vole et mange des figues dans son jardin (le figuier est contre le mur, et les figues éclatent sur les branches). Jean proteste.

Nous partons pour Saint-Créac, bien sûr parce qu'il s'agit d'un site mineur, mais aussi parce que nos hôtes nous ont parlé de fresques, peut-être accessibles en cette journée du Patrimoine. Arrêt le long de l’Arratz. Le paysage est bien plus beau que dans mon souvenir, nous nous perdons, faisons demi-tour, frôlons les fossés cachés par les herbes hautes, Patrick maîtrise bien mieux que moi l’encombrement (l’empattement ?) de ma voiture. La terre change de couleur d’un champ à l’autre, sable, ocre ou chocolat. Etrange. C’est à peine l’automne, discernable davantage à la lumière qu’aux couleurs. Saint-Créac. Point de château d’eau (je me rappelle de la présence de Dieu et d’une soucoupe volante, je cherche une cuve en alluminium) mais d’atroces mannequins. Nous allons chercher la clé dans la maison d'en face comme l'indique un mot sur la porte de l'église, l'homme très aimable avec juste ce qu'il faut d'accent chantant nous accompagne dans l'église (son nom apparaît sur la liste des noms morts à la guerre de 14-18). J'en profite pour lui demander ce que sont ces mannequins: des épouvantails, une tradition des Pyrénées importée par une jeune conseillère du... canton (? je ne sais plus), les communes adhèrent volontairement au programme, Saint-Créac a choisi le thème du cirque cette année, c'est facile à faire, le difficile c'est de trouver l'idée.

Je sens la déception de mes compagnons dès qu'ils posent les yeux sur les fresques, de couleurs vives et pimpantes, notre mentor va chercher une feuille explicative, restauration au XIXe siècle, c'est comme neuf, mieux que neuf. Il nous laisse regarder, puis nous indique les éclairs rose plus pâle de la voûte qui correspondent à une intervention très récente pour masquer des fissures. Les artisans des Monuments historiques en ont profité pour enlever un badigeon mauve qui couvrait les fresques peintes contre l'arc séparant le chœur de la nef, du côté du chœur et donc invisible des travées: les fresques dans leur fragilité médiévale sont là, à moitié effacées. Un autre test a été mené sur la manche de Saint Thomas, bleu délavé par endroits, montrant la grande fidélité au dessin et à la couleur de la restauration du XIXe siècle: «C'était très difficile à enlever, pas comme le badigeon violet, alors ils ont décidé de laisser comme ça: on n'allait pas se lancer dans des frais alors qu'on était même pas sûr de ce qu'il y avait en dessous.»

Cet homme est vraiment très aimable. Nous remarquons une statue de Saint Loup, patron de la commune (et Saint Créac?) Il y a au mur quelques modes d'emploi pour indulgence plénière. Et il me semble que c'est dans cette église que j'ai trouvé que les fesses des légionnaires romains du chemin de Croix étaient particulièrement musclées (décidément, j'ai de bien mauvaises fréquentations si j'en viens à faire ce genre de remarques).
Nous ressortons, un coup d'œil circulaire ne nous révèle nul château d'eau, nous n'osons poser la question de peur de paraître un peu idiots (un château d'eau, ça se voit, non? Et puis est-ce que Philippe ne nous a pas dit qu'il avait été peint? Ou c'est celui de Homps?) Nous passons un long moment dans le cimetière, à discuter entre les tombes de wikipédia, Claude Mauriac, Renaud Camus, nous disons du mal des absents (soyons précis: je râle contre ceux qui râlent contre les fautes de wikipédia mais ne les corrigent pas: «je n'ai pas que ça à faire!» Ah parce que nous, peut-être...? Mentalité de profiteurs, de consommateurs, toujours prêts à critiquer, jamais à partager, à coopérer... Je m'égare), nous allons marcher dans le champ derrière l'église, nous remarquons un papillon («Il n'y a plus de papillon», dixit notre hôte du matin) et des chaises colorées attachées au panneau d'entrée du village. (Nous avons mauvais esprit.)

Que faire maintenant? Direction Lachapelle (et non, ce n'est pas dans le Gers, il n'y a rien dans le Gers), c'est un village sur une butte, ocre, l'église sera-t-elle ouverte il est presque midi.
En fait la place est encombrée de visiteurs en chemise blanche et cravates roses fluo, ou t-shirt avec décoration rose. Apparemment ils sont en "rallye", sorte de chasse au trésor à base de questions. Et ils sont "pleins" dans l'église, ils la remplissent (l'église est pleine d'eux) physiquement et sonorement, une guide donne des explications mais pas trop, il ne faut pas que ce soit elle qui réponde mais son auditoire qui trouve, le papier peint du plafond a été remplacé, au-dessus du chœur il comporte des motifs dorés qui varient en luminosité quand on bouge, le croyant doit être ébloui («L'amour rend aveugle, le mariage rend la vue» commente la guide, et je me demande un instant s'il s'agit d'un enterrement de vie de garçon). Quel est le nom de la coiffe du pape? (ce doit être une des questions du rallye), «la mitre» propose quelques participants, «la tiare», murmure Jean. Tous ces gens sont gentils mais très bruyants, la personne qui tient le stand de cartes postales est très aimable, je n'en dis pas plus sur Lachapelle car elle vaut aussi par la surprise, le contraste entre l'extérieur et l'intérieur.
Nous faisons un tour autour de l'église, des restes du château. Les rallymen sont partis. Où allons-nous déjeuner, il est bien tard, mais Patrick qui est déjà venu en juillet chez une autre camusienne, nous propose un restaurant de sa connaissance. Persuadés qu'il est trop tard, nous tentons l'aventure.

Bardigues, excellente table, la cantine des ingénieurs de la centrale nucléaire proche si j'ai bien compris (ils ne s'embêtent pas). A table, Jean ouvre les Onze sites mineurs et nous lit la description du château d'eau:

Le château d'eau de Saint-Créac n'est pas de cette espèce-là. Il s'élève à peine au-dessus du sol, il a l'air d'une soucoupe volante, voire d'une modeste marmite, une cocotte-minute un peu montée en graine : rond, bien entendu, coiffé d'une calotte arrondie, elle-même surmontée d'un clocheton plat, dépourvu de toute fantaisie. Le seul élément auquel un damné putatif ou le Sort pourraient parvenir à faire un sort, avec beaucoup de bonne volonté (on aura remarqué que nous n'en manquons pas), c'est sa porte, qui s'ouvre à même le sol ou plutôt qui ne s'ouvre pas, et qui pourrait faire office, dans un rêve à budget limité, d'entrée de service des Enfers. Un autre accès possible, plus brutal, à l'intérieur de cette coupole intersidérale démodée, ce serait le couvercle du clocheton de faîte, qui pourrait bien un jour prochain s'effondrer sous le poids d'un promeneur mégalomane, ou curieux; un panneau de bois cloué sur un poteau prévient peut-être de ce danger; mais comme l'inscription est effacée, sur le panneau, et que le poteau est tombé, on choisit de ne pas leur accorder de valeur légale. On trouve seulement que ce ciment sonne bien creux, sous le séant ou le pied.

L'origine du prestige à mes yeux du château d'eau de Saint-Créac, c'est un peu son village éponyme, qu'on voit de mon propre village, d'où il figure avec sveltesse la hauteur prise, le grand air, le familier commerce avec le ciel — tel que le mènent, en l'occurrence, les hauts cyprès noirs que j'ai dits, déjà, près de la petite église à fresques; mais c'est surtout un symbole de la carte routière, parmi les plus précieux : on remarque d'abord un triangle régulier, majestueusement posé sur sa base, et qui sans aucun doute possible désigne un sommet (252, peut-on lire à proximité); et tout autour de ce triangle des rayons divergents, bleus, qui vont s'élargissant à mesure qu'ils s'éloignent de lui, et qui sont l'indication bien claire, eux, et même spectaculaire (lire les cartes, c'est aller au-devant d'émotions parfois trop fortes, pour les coeurs sensibles), d'une vue sensationnelle dans toutes les directions (on a clear day you can see forever...). A vrai dire, si l'on ne bénéficiait pas d'une expérience solide et même clermontoise des légendes et de l'esprit Michelin, on se laisserait aisément persuader, face à cette inscription rituelle, qu'il s'agit, enfin, de la précise localisation du Très-Haut; ou du moins de quelque maçonnique Etre Suprême ou Grand Architecte, dont il n'y aurait rien de bien étonnant, au demeurant, qu'Il ait choisi d'habiter Saint-Créac, si tant est que ce soit la créance qui crée les dieux, et qui les entretienne sur leurs sommets, ceux-ci ne s'élevassent-ils qu'à deux cent cinquante mètres.

...denn gegenwärtger sind die Götter auf den Höhn.

Et la vérité nous accable: pourquoi avoir douté? Il y avait bel et bien un château d'eau, une soucoupe volante (coupole intersidérale), mais miniature, au ras du sol... Ah que nous sommes punis de notre manque de foi, et pourquoi ne pas avoir lu sur place?

La conversation est un réel plaisir, évocations littéraires à chaque détour de phrase, vocabulaire, anecdotes, citations...
— A Mons, dans la prison où était détenu Verlaine...
— Verlaine a été détenu à Mons? Zut, chuis trop nul, je suis allé à Mons et je ne le savais pas.
— On ne peut pas tout savoir.
— Mais si, tu sais bien, c'est là qu'il a écrit «Le ciel est, par-dessus le toit, / Si bleu, si calme ! / Un arbre, par-dessus le toit, / Berce sa palme....»
— Cela dit Mons... on aurait pu l'annexer, c'est pas loin...
Et de feuilleter le Guide littéraire de la France.

Déjeuner sans doute un tout petit peu trop copieux mais tant pis. «Qu'est-ce qu'on fait, on retourne à Saint-Créac? — Non, il est presque quatre heures, il faut aller à Plieux, sinon nous n'y serons jamais.»
Nous passons dans l'église, dont le Saint-Louis en vitrail est brun avec une moustache Napoléon III. Références à la famille Esparbès de Luçon, dont est un membre est mort à la guerre de 1870 (il est seul sous cette date sur le monument aux morts).
Giono: «J'aime beaucoup Giono, même si on en parle plus beaucoup... Après sa mort, pendant des années on a continué à sortir un livre par an... Elles sont comment les âmes... Je perds la mémoire, c'est terrible... Ah oui, elles sont fortes les âmes, les âmes fortes
Et donc: «"il fallait me le demander plus tôt, je t'y aurais emmené directement." C'est dans Faust au village (je comprends Fausto village), à la fin le héros rencontre quelqu'un que nous comprenons être le diable, et il lui demande son chemin. Et l'homme répond: "il fallait me le demander plus tôt, je t'y aurais emmené directement."»

Direction Plieux, non sans avoir croisé une moissonneuse-batteuse dont on ne peut pas exactement dire qu'elle se gare (car où se garer?) mais elle s'arrête et nous laisse passer comme nous pouvons. Plieux, visite, Madame Lloan commence une visite juste devant nous et nous dit de sonner, Pierre descend: «Nous commencions à nous inquiéter de vous.» (Et moi donc, je n'avais découvert que la veille à quel point le rendez-vous était imprécis, pas d'heure, pas de lieu, était-ce bien raisonnable?)
Nous commençons la visite, à l'extérieur Patrick s'interroge sur la distance entre le château et l'église, mystère non résolu. Le sol est en train de se dérober sous le château (cela prendra quelques siècles). Dans les salles du bas nous attendent les Marcheschi, le triptyque d'Emmeline Landon que je n'avais jamais vu (je n'avais pas compris ou je ne me souvenais pas que la plaque centrale est une vraie plaque rouillée). Les tableaux ont un peu souffert depuis ma visite de 2003, l'œuvre de Marcheschi est vraiment fragile (papier mangé par la suie, j'aurais pu m'en douter), l'évocation de Dante est toujours aussi prenante. Il y a désormais deux pétrés dans la première salle.
Premier étage, la bibliothèque a gagné du terrain, elle a envahi un pan de mur. La pièce est plus chaleureuse ainsi et paraît moins grande. Je ne me souvenais plus que les poutres avaient été peintes. «Où est Renaud Camus?» murmure Jean. «Il se réfugie dans la tour, comme le narrateur de Proust», réponds-je, sûre qu'il comprendra. Sur la table, de nombreux livres concernant Jean Paul Marcheschi, mais seuls quelques Demeures de l'esprit. D'ailleurs Pierre ne prononce pas le nom de Renaud Camus, se contentant de préciser que la bibliothèque est privée quand on lui posera la question à l'étage du dessus (il paraît que cela arrive souvent). Au fond se trouvent les canapés de cuir, disposés comme si la cheminée était en usage.

La salle des Vents me surprend aussi : je la pensais moins profonde. La Barque des Ombres est toujours aussi ténébreuse et attirante. Les visiteurs posent des questions mais semblent plutôt avertis ; je suis un peu embarrassée car je crains de me comporter trop librement, or il faut que le groupe reste groupé (eh oui), afin d’être manœuvrable, dirigeable, comment dit-on ? Un jeune couple tend déjà à s’écarter.
« Attention à la marche » indique Pierre en passant dans la bibliothèque («Phrase reprise dans L’Inauguration de la salle des Vents», murmuré-je à Patrick. Moi qui l’ait connue quasi vide, la bibliothèque (la pièce) est désormais bien encombrée: un bureau supplémentaire, couvert d’objets sortis de Jules Vernes ou Roussel (un kéfier, des mâchoires avec dents, une carte postale avec le général de Gaulle, une loupe, ce chaleureux dans cette accumulation, de vivant qui excite la curiosité), une table ronde collée à la table de travail dans l’encoignure de la fenêtre, quelques fauteuils. Les étagères ont gagné du terrain et entourent désormais la fenêtre sud, mangeant de la lumière : la bibliothèque me paraît étrangement sombre en cette belle après-midi.
J’essaie d’analyser les livres en passant: quels sont ceux que le Maître garde près de son bureau? Je note des exemplaires des Eglogues très usés. Mais nous allons trop vite, déjà la chambre, si haute, si dépouillée. L’appartement fonctionne comme un décor, rien ne transparaît des coulisses, les armoires, les vêtements, les papiers administratifs, la cuisine, tout ce qui fait qu’une vie est quotidienne. Ici, dans les pièces que l’on visite, tout est fait pour que les jours ressemblent aux jours, éternellement, consacrés au travail.

Une fois les autres visiteurs partis, nous revenons au premier étage faire des photos. Afin d’illustrer le groupe sur L’Amour l’Automne, Patrick prend en photo diverses couvertures (à venir sur Flickr), dont le Lang de Luc Moullet[3]. Je prends également un Tractacus que j’ai la surprise de voir surligné (un instant la tentation de photographier toutes les phrases surlignées me prend, il faudrait tant de temps, trop de temps…), RC aurait donc menti (oups, il ne va pas aimer ce verbe) en disant qu’il ne l’avait pas lu. Non non, il ne pourra pas se défendre en disant qu’il l’a feuilleté, il est bel et bien surligné (en rouge, feutre Pilote épais) jusqu’aux dernières pages. Nous sommes excités comme des gosses (peut-être qu’il serait plus exact de dire «je»), partagés entre l’envie de profiter de cette autorisation inespérée de rester et de farfouiller, et la crainte d’exagérer : pas un instant ne me quitte la conscience qu’au-dessus de nos têtes Renaud Camus doit entendre du bruit et ne pas oser sortir de la tour.

A l’origine nous avions rendez-vous à l’auberge de Gramont, mais il s’y déroulait un mariage. Pierre nous a informés du contretemps et invités au château. Cest à ce moment-là que j’ai découvert que c’était justement l’endroit où je souhaitais déjeuner ou dîner : le restaurant à la propriétaire revêche que j’avais découvert dans Rannoch Moor[4], celui où il y a toujours une bonne raison de ne pas réussir à avoir une table… : merveille des merveilles, j’avais réussi les deux mouvements sans même le savoir : y être invitée, et ne pouvoir y aller… (Le soir tandis que nous confirmions l’excuse de la restauratrice (notre hôtesse de Saint Clar aurait elle aussi voulu nous recommander ce restaurant qu’elle connaissait mais avait dû y renoncer à cause de ce mariage), j’ai souri devant la réflexion de Renaud Camus qui laissait transparaître un peu de paranoïa : « C’était donc vrai ».

Il y a une heure et demie à tuer, nous hésitons sur la conduite à tenir: retourner à Saint Clar nous reposer et nous changer, repartir à Saint Créac pour trouver ce château d'eau? Nous nous décidons pour Lectoure. En chemin nous nous arrêtons prendre les mêmes photos que le matin, mais cette fois-ci avec le soleil dans le dos. Il fait vraiment très beau, lumière merveilleuse, grande douceur.
Lectoure, la cathédrale. Jean qui recherchait le nom de la propriété bretonne de Lamennais où se réunissait un grand nombre d'écrivains vient de s'en souvenir: La Chesnaye, tout en commentant: «cela ne se visite pas, on peut juste suivre le chemin, et voir l'étang» (ou la rivière). Nous pensons soudain à vérifier ce qu'il en est dans le Guide littéraire de la France.
Stupéfaction et éclats de rire en découvrant le passage suivant:

Il [Lamennais] y reçut Berryer, Gerber, Liszt, La Morvonnais, Lacordaire, Maurice de Guérin, Montalembert, etc. (ni Sainte-Beuve, ni Mickiewicz n'y sont venus); […]
Guide littéraire de la France, p.556, édition 1964

Ni Sainte-Beuve, ni Mickiewicz n'y sont venus... Cela vaut «Les Kirghizes lisaient Fénelon en sanglotant»[5] Depuis quand reprend-on dans un index ce qui n'a pas été? C'est toute la folie des obsessionnels que je vois s'engouffrer par cette porte. Incrédule, je vérifie l'index à Sainte-Beuve, qui renvoie bien à la page 556... Misère... (J'en profiterai plus tard pour me faire donner des informations sur Mickiewicz. Zut, j'ai déjà oublié qui le traduisit: Lamartine? Lamartine connaissait le polonais?[6] Patrick se souvenait que Mickiewicz avait donné des cours au Collège de France... Et mes deux compagnons de faire acte de contrition pour ne l'avoir jamais lu... Qu'est-ce que je devrais dire…)

Cathédrale de Lectoure, Thermes («— C'est ça les thermes? Il n'y a pas d'eau chaude... — L'eau chaude est à l'intérieur»), les librairies ferment, sont fermées, l'entrée "Lectoure" du Guide littéraire évoque Pierre de Garros, connu sous le nom de Pey de Garros, qui a écrit des Eglogues. Nous cherchons en vain la fontaine de Diane. Il faut dire que nous n'avons plus beaucoup de temps, nous ne voulons pas être en retard.

Château de Plieux, pour la troisième fois. Nous sommes plutôt embarrassés. Dans l'escalier j'entends Renaud Camus et Jean Allemand échanger quelques mots, je saisis "Il était très girardien". Plus tard Jean nous confiera le choc qu'il avait éprouvé quand, ayant évoqué Pierre Gardeil, Renaud Camus lui avait répondu être allé à son enterrement le matin même...
Les mâchoires et les dents [DENT, Léonard de Vinci, Léonard Woolf, Celan, Char, Camus (Albert) = Amour l'Automne, je devrais peut-être annoter ce billet à la façon de Journal de Travers] que j'ai vues sur le bureau proviennent de rennes: Pierre et RC ont vu beaucoup de rennes cet été, il viennent jusque dans les villes, les élans sont beaucoup plus rares. (Mais où ai-je lu que l'élan (mâle et solitaire) était très dangereux? Le caribou, plutôt?) Sur le bureau je remarque une pile de livres dont beaucoup en langue nordique. Le suédois est très facile à apprendre, enfin, à lire, dans les grandes lignes, nous assure Pierre.
Je pose des questions sur le voyage, sur le froid, est-ce que ce fut un été réparateur, qu'en est-il de la lumière? Il a fait très chaud, visiblement la température ressemblait davantage à celle de la Russie qu'à celle de la France. La nuit est particulière, très lumineuse, jamais noire. J'ai l'impression qu'une fois encore la nourriture a été sacrifiée. Quelques restaurants ou hôtels désagréables (en France) sont évoqués, et des anecdotes.

Foie gras dans la bibliothèque, le cadre est somptueux, j'aime bien les sièges variés autour de la table, du tabouret au fauteuil, la conversation est embarrassée, Madame Lloan est là. Nous parlons photographies, groupe Flickr, Renaud Camus vient d'ajouter un tableau de Carus, tableau dont le musée semble très fier, nous assure Pierre. Carus? je suis un peu perdue, je pense à Quignard, mais non, il s'agit du peintre, éboulis de silex à perte de vue. Renaud Camus évoque la possibilité d'ajouter au groupe Flickr des éléments n'apparaissant pas dans L'Amour l'Automne mais qui auraient pu, auraient dû, en faire partie s'ils avaient été connus plus tôt, des "postchroniques" en quelque sorte. De nouveau la folie de l'indexation de ce qui n'a pas été m'effleure, non non, je ne veux pas, ça me fait peur; mais plus raisonnablement j'explique que je conçois le groupe de photos comme un "produit d'appel", un lieu à la fois rassurant et explicatif, susceptible je l'espère de décomplexer quelques lecteurs qui auront la curiosité d'aller y voir, intrigués: si c'est bien cet objectif qui est poursuivi, ce ne serait pas une bonne idée d'aller ajouter à la confusion en ajoutant des photos (disons que l'idée n'est drôle que pour ceux qui maîtrisent déjà bien les principes. On pourrait faire un fanzine, écrire nos propres Eglogues de lecteurs... (Mais quel était donc le personnage que Renaud Camus se proposait d'ajouter? Quelque chose Dax: Mathew Dax, Arnold Dax? je ne sais plus.[7])

Pierre et Patrick parlent d'index, Patrick pose quelques questions très précises sur Wolf, Wolfe (il me semble), et sur le Vierge de Ladin (p.457), objet de ses dernières recherches; nous descendons au premier étage où la table est mise. Les chiens sont là, âgés et amicaux.
Il faut sans doute chercher du côté d'Orlan, nous répond Renaud Camus[8], ce qui signifie pour moi, dans ma tentative de recomposition des écrits et des lectures (puisque nous ne disposerons d'aucun manuscrit, il faut s'appuyer sur d'autres détails pour reconstituer le travail de l'écrivain) que cette page a dû être plus ou moins composée au moment du choix des projets artistiques pour le métro de Toulouse. L'index plus gros que les livres, c'est la crainte de Patrick, ce qui fait rire Renaud Camus pour qui ce fait doit être une évidence depuis le début (du moins je suppose, j'extrapole). Le dernier tome devrait sortir en décembre, il serait un chapitre de l'Amour l'Automne (Je me demande ce que je peux écrire. Je viens de vérifier que c'est un scoop, cela ne fait pas partie des trois livres annoncés par Renaud Camus sur le forum. D'un autre côté... d'ici décembre, c'est si court, et cela ferait quatre livres...; mais c'est impossible, cela fait trop de travail.)
Quoi qu'il en soit, voilà une information bien intrigante: un chapitre de L'Amour l'Automne. Mais qu'est-ce que cela peu bien vouloir dire?

Nous posons deux questions précises, une sur "il surgit dans ma loge", qui me semble avoir un rapport avec la deuxième école de Vienne, Renaud Camus nous donne la source exacte: une lettre de Mahler à sa femme au sujet de Schönberg.
Je pose une autre question à propos d'une autre phrase qui revient sans arrêt depuis Passage, qui évoque la traversée d'un hall en oblique. (Bien sûr je n'avais pas alors la phrase exacte en tête puisque je me souviens toujours très inexactement des phrases, mais maintenant que je suis à mon bureau je vous en fournis la première occurrence dans l'œuvre: «Il dévale quelques marches et débouche dans le hall du théâtre. Elle est en train de le traverser en oblique, de l'autre côté, se dirigeant vers la sortie.» Passage, p.52. Première occurrence d'après mes recherches, qui donnera lieu ensuite à des variations.) Nous avons deux pistes, j'ai pensé au Ravissement de Lol V. Stein, tout au début, quand Lol V. rencontre son grand amour pour la première fois dans la salle de bal, Patrick songe lui à une scène de Prima della Rivoluzione. Renaud Camus est embarrassé, il ne semble pas voir de quoi nous parlons et semble un peu pinçé.

Il sort une phrase merveilleuse, qui dit à peu près: «Il faut envisager que certaines phrases soient de l'auteur». La tournure emphatique et détachée est très drôle, et comme il a l'air un peu vexé, je n'insiste pas et ne lui fais pas remarquer que les phrases qui reviennent régulièrement (que j'appelle leitmotives) sont des citations (ce n'est pas une règle a priori, mais un acquis de l'expérience). Cependant, après cette première réponse RC joue le jeu et cherche des pistes. Il pourrait s'agir d'une scène d'un roman de Robbe-Grillet qui se déroulerait dans un théâtre, peut-être Un régicide (si vous avez des idées... Je n'ai lu que Projet pour une révolution à New York et La Maison de rendez-vous. J'ai au moins Souvenirs du triangle d'or à lire absolument, mais si vous avez d'autres idées concernant un livre de Robbe-Grillet paru avant 1975...)

La conversation roule; Mme Lloan est discrète et je suis gênée d'être si bavarde devant son silence, est-ce poli; à un moment Jean Allemand prononce cette phrase qui me marque profondément: «Rien de grand ne peut être accompli sans une vie réglée».
Poulet au citron, moelleux, excellent (je ne sais plus faire cuire le poulet, il est toujours desséché), fromage, dessert bleu (une crème chantilly bleutée sur un fond de génoise, peut-être, ce qui nous vaut une apparté vers le manque de pâtissier déjà évoqué (car il est important de cultiver la rumination à titre de preuve (il s'agit d'une remarque personnelle qui n'engage que moi))); grande prudence hélas envers le vin en pensant au retour à Saint-Clar par des petites routes mal connues...
Je ne sais plus comment la conversation est arrivée à la maison natale de Courbet, est-ce en parlant du retour du grand Nord (mais comment ont-ils fait pour être revenus à temps pour la rentrée, cela m'intrigue encore), ou des photos sur Flickr, ou des Demeures de l'esprit... je ne sais, et j'ai d'ailleurs mis un moment avant de comprendre qu'il s'agissait de Courbet. En écoutant la description du futur musée, je me suis souvenue de la photo d'une terrible maquette que j'avais vue en son temps, et qui promettait de dénaturer cette maison aussi sûrement que le fut celle de Champollion par son musée des écritures (confirmant également qu'il vaut mieux ne pas être trop connu si l'on veut que les lieux qui vous ont vu aient une chance de vivre tranquilles).
C'était en avril; Renaud Camus et Pierre se sont de nouveau arrêtés à Ornans le 31 août. Renaud Camus s'anime, il raconte cette seconde visite, la façon dont un (''pas compris, un guide'') les a retenus pour leur démontrer le bien-fondé des travaux en cours. Il est persuadé qu'ils ont été reconnus, les photos du mois d'avril ayant donné lieu à un petit scandale. Pierre renchérit: «Je suis persuadé que nous avons été retenus le temps qu'ils aillent vérifier la tête de Renaud sur le net.» Et Renaud Camus, près de moi, de murmurer dans un soupir: «Ils sont allés jusqu'à écarter le président de l'association qui était là depuis trente ans...»

Forte de ces informations un peu déformées dans mon esprit par l'heure tardive (le vin et la fatigue), j'ai fait quelques recherches afin d'être la plus précise possible:
- les photos du "projet Courbet" sont là;
- je suppose, par recoupements, que l'homme mis à l'écart est Jean-Jacques Fernier;
- homme terriblement mis en cause dans ce billet de blog.
La justice a tranché, cela pourrait suffire, et cependant... Que penser des commentaires sous cette photo, où celui qui intervient ne semble pas se rendre compte que c'est lui qui insulte la province à vouloir à tout prix ressembler aux projets culturels ambitieux et novateurs parisiens (comme si nous aimions le n'importe quoi qui se passe à Versailles (par exemple)), incapable de comprendre qu'aimer un lieu, un site, un artiste, n'a rien à voir avec préparer son avenir politique (car le plus drôle/triste, c'est que ces personnes si promptes à proclamer qu'elles font tout par amour de leur région n'ont rien de plus pressé que de "monter à Paris" dès qu'elles se sont ainsi fait remarquer. Ambitieux, oui, oui, nous vous croyons, nous avons lu Balzac.)
Enfin, il est trop tard, visiblement. Il ne nous restera que les photos pour nous faire une idée d'avant.

Avec la fin du repas et cette conversation animée s'est produit une certaine détente (car dîner avec Renaud Camus, chez Renaud Camus, est toujours impressionnant), et je crois que nous aurions pu rester longtemps à bavarder à l'ombre des étagères si la perspective du long voyage de retour le lendemain ne nous avait rendus, hélas, raisonnables.
Au moment de partir, je pose une dernière question, demande une dernière faveur: où donc se trouve la fenêtre par laquelle est tombé W.? Renaud Camus m'entraîne dans la cuisine (j'imaginais un réduit, elle est immense), devant une fenêtre coupée à un mètre du sol par un tirant. Je reste interdite, seul un enfant de cinq ans pourrait passer là-dessous sans se contorsionner, qu'a pu bien faire, vouloir faire, W.? Je me tourne vers Renaud Camus pour lui confier mon incompréhension, il la partage, me pousse vers la fenêtre en murmurant/s'exclamant: «Une herméneute enthousiaste voulant comprendre le geste du héros le reproduit et tombe de la fenêtre...»
Houla, mais c'est que sa conviction me ferait peur... et plaisir, aussi, c'est un compliment étrange et puissant. J'ai l'impression de me retrouver dans Lars von Trier, Element of crime, qui me poursuit jusque dans mes rêves.

Pierre et Renaud nous raccompagnent jusqu'à la voiture, il fait nuit noire, j'indique le figuier, Pierre fait le singe dans un arbre, il faut rentrer.

Il faudrait tout de même que je revienne ici un été. Un mois c'est trop long (famille oblige), mais quinze jours...



Notes

[1] «C'est là que choisit de m'agresser un bonhomme qui fut un temps directeur, ou rédacteur en chef, je ne sais plus, de La Gazette du Gers. Ce titre, en son esprit, l'érige en arbitre de la vie littéraire, semble-t-il. Voilà en effet que sans le moindre préambule il se met à déverser sur moi une mercuriale en bonne et due forme, selon laquelle Le Département du Gers est une escroquerie puisque le système de notes et de renvois rend l'ouvrage totalement illisible. On peut en lire suffisamment, néanmoins, pour s'apercevoir qu'il est plein d'inaxectitudes, et de jugements péremptoires erronés. Ainsi je déclare qu'il n'y a pas dans le Gers un seul pâtissier digne de ce nom, alors qu'exerce son art parmi nous un certain Uraca, ou quelque chose comme cela, Meilleur ouvrier de France, auquel toute l'Arabie Saoudite adresse ses commandes... (J'espère que l'Arabie Saoudite est une meilleure recommandation pour un pâtissier que pour un décorateur.» Hommage au Carré, p.362 (La dernière phrase m'avait fait rire: discrète et efficace. Apparemment l'homme avait été très violent, Renaud Camus parlant de «fureur pure» à la page suivante.

[2] Jean Allemand, spécialiste et ami de Claude Mauriac

[3] Nathalie Granger? Je me demande si ce n'est pas un film qui joue un rôle dans Passage

[4] «Nous songeons beaucoup par ici à certaine dame qui tient une auberge dans les environs de Plieux, et qui est fameuse, au moins entre nous deux, pour l'extrême difficulté qu'elle oppose à toute tentative de dîner dans son établissement; ce n'est jamais le bon jour, il fallait retenir quarante-huit heures à l'avance, il n'y a pas assez de réservations et elle a décidé de fermer ce jour-là, ou bien il y en a trop au contraire et elle n'a pas de place pour vous. Enfin c'est la croix et la bannière pour être admis à l'honneur de prendre chez elle un repas. Sa devise est l'inverse de celle de la Poste: «Ça va pas être possible». Dernièrement, toutefois, elle s'est montrée plus coulante. Nous sommes arrivés trois fois de suite en un mois à nous faire accepter entre ses murs, après une dizaine de refus consécutifs. Pierre dit qu'elle se relâche, et qu'elle devrait venir faire un stage par ici, pour recouvrer sa vraie personnalité.» Rannoch Moor p.469

[5] Demeures de l'esprit France Sud-Ouest (p.159)

[6] Ici je trouve George Sand. Je suppose que Chopin n'y est pas étranger.

[7] Dax Berg, bien sûr, et je comprends soudain pourquoi RC semblait si empressé...

[8] (Et en effet, voici le résultat des recherches patriciennes ultérieurs, la Vierge est donc au musée de Rabastens (où nous avons un envoyé spécial, nous attendons une photo d'un jour à l'autre).)

Les autoportraits

Je ne manie pas très bien Flickr, ce qui fait que régulièrement j'y découvre des informations que je devrais avoir lues depuis longtemps: ainsi l'explication des autoportraits, que je copie ici en attendant le journal dans laquelle elle sera sans doute reprise (et développée?)

David Farreny : Y a-t-il une explication à cette flambée autoportraiturante ?

Renaud Camus : Oh oui, elle est très triviale. Une revue m'a demandé des photographies, elle a jugé trop anciennes et trop peu réalistes celles dont disposaient les éditeurs, j'ai dit que j'allais en faire moi-même et voilà, je me suis pris au jeu...

Flickr, le 23 octobre 2009


Ici, j'avais copié l'explication de la datation à la seconde près des photographies.

Poils, bâtardise, forme : trois textes sur des thèmes camusiens.

  • Anthologie du poil

Brisset et la pousse du poil:

Vie l'ai ain, vilain ; vie l'ai aine, vilaine. Le vilain montrait son lin et la vilaine, sa laine. Le mâle consentit à être vilain, mais la femelle se refusa à être vilaine et s'épila le plus longtemps. C'est pourquoi le nu féminin ne montre point son bas de laine.


Il s'agit d'un interview dans lequel la sociologue parle de ses trois livres Pensons ailleurs, Changer de nom et Le silence de la mémoire. Dans L'Amour l'Automne, Changer de nom est une référence donnée en note page 22 et Le silence de la mémoire page 67.

«Entre un individu, sa vie, ses rôles, ses pérégrinations et son nom, dit Nicole Lapierre, il y a du jeu.»
Renaud Camus, L'Amour l'Automne p.30

J'ai raconté ailleurs mon propre changement de nom.
Ibid. p.67


Je ne suis pas sûre que la façon dont est traité le sujet soit très camusien, mais je ne peux résister à cette coïncidence.

Au noyau de la science et des mathématiques, tout comme au coeur de l’art et de la musique, réside par force le trait de la forme, et aussi parfois l’attrait de la forme. Et pourtant, les artistes et les musiciens, même s’ils admettaient l’attrait de ce trait, ne sauraient point l’expliquer. Quant aux scientifiques et aux mathématiciens, quoi qu’ils puissent en dire, c’est en fin de compte la présence ou l’absence du trait de l’attrait de la forme qui finira par les attirer ou ne pas les attirer vers une théorie (ou un théorème), et qui fera en sorte qu’un théorème donné (ou une théorie donnée) survivra ou mourra dans la « lutte de la belle forme » sans merci.
Mais en quoi alors consiste cette caractéristique si précieuse mais en même temps si peu palpable ?
Loin de tenter de fournir une définition de la belle forme, je me contenterai de fournir une démonstration de la beauté formelle en divers domaines, tout en signalant et en soulignant certains motifs récurrents, parmi lesquels se trouvent la symétrie ainsi que l’asymétrie; la variation ainsi que l’inversion; les limites ainsi que l’illimité; la régularité ainsi que l’irrégularité; l’équilibre ainsi que le déséquilibre; la surprise ainsi que les reprises; l’écho ainsi que son manque total; et aussi, ce qui va sans dire, l’influence du contenu sur la forme ainsi que de la forme sur le contenu. Ces multiples motifs seront illustrés dans le cadre soit de la musique et de la graphique, soit de la théorie des nombres et de la théorie des groupes, soit de la poésie et de la photographie.

Groupes Flickr illustrant les livres de Renaud Camus

Et après (le succès de) Journal d'un voyage en France, voici un groupe Flickr autour de L'Amour l'Automne.

Nous attendons vos contributions (je pense au moins à un certain blogueur)...

Renaud Camus au Collège de France

mise à jour le 18 avril : un lecteur embarrassé par mes nombreuses fautes m'envoie une version corrigée. Je suis confuse mais pas tant que ça: l'expérience terroriste/terrorisante des forums camusiens m'a appris que si l'on n'assumait pas d'écrire vite et mal (sur un forum, quoi) en public, on n'écrivait jamais. J'ai fait mon choix.
Et je me relis peu, c'est vrai. Merci donc à ce lecteur attentif.

mardi 16 mars 2010
Je passe sur les stratégies longuement mûries pour avoir une place dans l'amphi. Finalement nous arrivâmes une demi-heure avant et nous eûmes de la chance.

Antoine Compagnon présente Renaud Camus: Il ne va pas citer tous les titres de celui-ci car il ne resterait guère de temps pour la conférence. Camus est un écrivain que Compagnon connaît depuis longtemps puisque RC a commencé à écrire dans les années 70 des romans expérimentaux. RC avait fait référence à ses travaux sur la citation (à lui, Compagnon), La Seconde main. Aujourd'hui son écriture se caractérise par une attention à la langue et à la société contemporaine à travers la langue. Il a commencé également une série de livres sur ses voyages à la recherche des maisons d'écrivains. Mais si Compagnon l'a invité aujourd'hui, c'est pour le "continent", son journal. En effet, Renaud Camus est l'auteur d'un journal, il est le plus consistant des diaristes puisqu'il le tient depuis plus de trente ans [1] Il était donc indispensable que Renaud Camus vienne à ce séminaire, ne serait- ce qu'en souvenir de Roland Barthes, puisque Camus et Compagnon se sont rencontrés dans son entourage [2] Compagnon laisse donc la parole à Camus pour son exposé intitulé "Graphobie, not graphophobie".

Avertissement: il s'agit de notes renarrativisées, je sais que Renaud Camus n'a pas prononcé exactement les phrases que je vais écrire (ceci parce que RC est très jaloux de ses mots et qu'une tentative comme celle-ci peut générer beaucoup de malentendus («je n'ai pas dit ça» : non, je garantis à peu près le sens (j'espère!), mais pas les mots, le style). J'en prends le risque pour tous ceux qui sont venus lire mes comptes rendus ici en 2007 et 2008, et parce que je ne vais pas me priver de ce plaisir concernant le seul auteur français comtemporain que je lise avec intérêt et plaisir).

Renaud Camus commence. Il n'y a aucune note sur le bureau (toujours dans ces cas-là je pense à de Gaulle):
Je voudrais d'abord remercier Antoine Compagnon de m'avoir invité dans cette maison que j'ai beaucoup pratiquée et qui a bien changé — pour le meilleur.
Il y a des écrivains qui écrivent parce qu'ils parlent bien, il y en a qui écrivent parce qu'ils parlent mal, parce qu'ils ont des difficultés avec la parole. Je suis dans ce second cas, je suis sujet à la perte, au manque. Je me soigne comme je peux, en tentant différentes méthodes. Il y a celle qui consiste à tout écrire, comme je l'ai fait il y a quelques années pour une intervention à la Sorbonne. Cette intervention a donné lieu à un livre, il n'y a pas eu grand effort à faire pour en fournir le texte puisque tout était écrit[3]. L'inconvénient de cette méthode, c'est qu'on lit, ce qui est ennuyeux pour l'auditoire.[4]
Il existe une solution intermédiaire, qui consiste à prendre quelques notes, et je m'en tire assez bien dans ces cas-là, "ça passe".
Aujourd'hui j'ai décidé de venir sans aucune note, ce qui fait que je suis très exposé à un naufrage. Peut-être pourrait-on dire «il s'appelait naufrage». [5] Au pire Antoine Compagnon pourra me poser des questions, car lorsqu'on me pose des questions, j'arrive toujours à répondre.

Si j'ai choisi ce danger de naufrage, c'est qu'il est central à mon travail. En juin dernier, je suis intervenu dans un colloque à l'Ircam. Le sujet était la complexité et il me semblait que je n'avais pas grand chose à dire, mais en écoutant les autres intervenants il m'est venu quelques idées. On présente souvent la complexité comme quelque chose en plus, en surabondance, en complément. Dans mon cas (mais je ne suis pas seul dans ce cas), il s'agit de la difficulté à trouver la suite: que trouver pour la suite? C'est le cas en particulier pour les Églogues, mais ce n'est pas sans rapport avec les journaux. Notre rapport à la pensée est tout sauf linéaire... Qu'il s'agisse du rêve, de la pensée, de l'insomnie...: nous parvenons en différents points... il y a une relation entre eux. Il s'agit de retrouver cette relation. A un moment donné elle est apparue clairement, puis elle s'est perdue, il s'agit de la retrouver, comme on se raccrocherait à un radeau, à une planche de salut.
Écrire, c'est trouver des liens.
Ce naufrage n'est pas nécessairement sans jouissance, d'ailleurs; il peut être voluptueux. Je songe à Léopardi (je songe souvent à Léopardi) «Naufragar m'è dolce in questo mare», "Me noyer m'est doux dans cette mer"; ce dolce si cher à Dante. Barthes rapproche la douceur du style, le style qui est l'aspiration de tout écrivain. Je songe également à Bergotte (je cite de mémoire devant une autorité, ce qui est assez dangereux), qui dit pour qualifier certains auteurs: «C'est bien doux».

Concernant Proust, une autre citation me vient à l'esprit, elle concerne La Pérouse. Il s'agit d'une soirée chez la marquise de Sainte-Euverte. Swann fuit le général de Froberville qui est un vieux raseur. Mais il prononce une phrase qui arrête Swann : «j’aimerais mieux être le mari de cette femme-là que d’être massacré par les sauvages», et Swann enchaîne aussitôt sur le navigateur La Pérouse (« il y a eu de bien belles vies qui ont fini de cette façon»), parce que ça lui permet de penser à Odette, qui habite rue La Pérouse. Froberville tombe dans le panneau et engage la conversation, il évoque la rue La Pérouse. Aussitôt, Swann s'inquiète, le thème de la jalousie réapparaît, pour quelles raisons le général connaît-il cette rue? Mais non, c'est Madame de Chanlivault qui habite là. Swann est soulagé, et Proust écrit cette phrase, qui pour moi, je vais dire une énormité, je le sais, représente toute la poésie de Proust: «Et Swann était heureux comme s’il avait parlé d’Odette».
Toute mon œuvre est ainsi recherche de passages[6], d'ailleurs mon premier livre s'appelait Passage (lancé par Barthes, si l'on peut dire — enfin il n'est pas allé bien loin). La Pérouse a consacré sa vie à la recherche de passages. La Convention décida de monter une expédition pour partir à la recherche de La Pérouse, et l'un des bateaux de Dumont d'Urville [7] s'appelaient La Recherche.

Cela m'amène à une second passage de Proust que j'aime beaucoup, il s'agit du moment où le père s'exclame «c’est tout un ensemble!», et le narrateur est aussitôt effrayé par les bouleversements qu'il entrevoit: «mot qui m’épouvantait par l’immensité des réformes dont il semblait annoncer l’imminente introduction dans ma si douce vie.»

Il faut cependant que j'en arrive à mon titre. Je suis sensible à l'excès de réalité: nous ne pourrons pas lire tous les livres, nous sommes sujets au manque perpétuel, notre relation au monde sensible est celle d'une termite dans une bibliothèque, nous ne pouvons grignoter que quelques livres (enfin j'ignore si une termite grignote le papier). Il nous faudrait des cartes pour nous orienter, et des cartes aux cartes, une carte aussi grande que le pays qu'elle doit représenter[8] Le journal obéit à la même pulsion. Je suis atteint de graphomanie, et ce qui est écrit est un peu gardé.
Par exemple, j'ai publié récemment le Journal de Travers, journal de 1976, et qui n'était pas à l'origine destiné à être publié: c'est un dépôt, un dépôt de signifiants. Il y a quatre Travers, mes associés et moi travaillons au dernier tome [9]. Les quatre tomes couvrent les quatre saisons, Travers correspondait au printemps, nous en sommes à l'hiver. [10] Ils représentent la folie de combattre la rapidité du temps qui passe. C'est un fantasme, une folie qui relève d'une bonne forme de névrose assez correctement administrée puisque là l'écriture (le fait d'écrire) offrirait une structure à la vie, ce qui est différent de la biographie qui écrit la vie a posteriori. La vie qu'on vit serait entièrement soumise par l'écriture, conçue par l'écriture.

Il y a des précédents. Jean Ricardou, qui a beaucoup compté pour moi et que Barthes ne tenait pas en haute estime[11], Jean Ricardou vivait de cette manière, par exemple il choisissait ses adresses pour des raisons compliquées qui relevaient de la littérature. J'ai généralisé ce système en plaçant entièrement ma vie sous le signe de la lettre.
L'une de mes idées est que la syntaxe structure le monde, comme le vocabulaire. Tout se passe comme si l'œil ne voyait que ce que les mots avaient pour nommer,

Devant moi, une femme applaudit brusquement, trois ou quatre fois. Silence interloqué. La salle hésite, va-t-elle la rejoindre? Est-ce de l'approbation ou de l'exaspération? Désarçonné, Renaud Camus choisit la réponse qui correspond à sa paranoïa:
Oui, vous avez raison, je crois que je vais m'arrêter là.

Il reste une demi-heure. La suite va reposer entièrement sur les épaules d'Antoine Compagnon, qui va devoir soutenir le débat par des questions régulières. Il réoriente le débat vers le sujet de son cours, Les écritures du moi et les écritures de la vie.

AC : Est-ce que le journal est toujours ce dépôt de matière?
RC : Oui. Il y a très peu de surmoi dans mes journaux. On y trouve des essais, des tentatives. Les Eglogues et les hypertextes comme Vaisseaux brûlés sont construits en partie à partir d'éléments du journal. Il contient également beaucoup de notes sur la langue. J'ai écrit un Répertoire des délicatesses du français contemporain qui devrait sortir dans une version complétée et prendre le titre de Dictionnaire des délicatesses du français contemporain.

AC : On relève dans vos livres un doute sur l'identité.
RC : Oui. On assiste à une singulière résistance à la thèse de la disparition de l'auteur. Mais il y a effondrement identitaire... Quand on a le malheur comme moi le malheur de s'appeler Camus (je rêve de publier sous le nom "comme l'écrivain" (la salle rit)), cela incite à une réflexion sur l'identité. Il y a dans les Églogues tout un jeu sur les personnages, c'est un personnage de Passage qui écrit Échange...

AC : Vous avez parlé de Ricardou : ce sont des principes auxquels vous tenez toujours.
RC : Oui. Je lui suis infiniment redevable de ses lectures de Poe. C'est un grand lecteur de Poe.

AC : Le dernier roman que vous avez publié, Loin, est un roman tout à fait linéaire.
RC : C'est une sorte de road-movie...
AC : Comment s'inscrit-il dans votre œuvre? J'ai cru y reconnaître des traces de vos livres sur les maisons d'écrivains...
RC paraît heureusement surpris et a un petit rire en prononçant ce qu'il sait être une bêtise à force d'être forcément vrai : Ah, mais vous êtes un très bon lecteur... (rires étouffés dans la salle) Oui en effet, il y a la présence de Wordworsth et de sa sœur. Les Quantock Hills sont une région du Somerset très à l'écart du monde. Les Wordsworth y ont habité une magnifique maison qui n'apparaît pas dans les Demeures de l'esprit car on ne peut pas la visiter (mais la maison de Coleridge apparaît dans le livre car elle se visite.) Le journal de Dorothy Wordsworth est merveilleux. Elle précède souvent son frère dans ses errances, et par exemple elle tombe sur des daffodils qui seront l'occasion du poème de son frère.

L'entreprise du journal est folle, ce qui permet de penser qu'on l'est soi-même un peu moins.
Mais je voulais dire: l'entreprise du journal est de tout retenir... oui, il faudrait parler de la perte. Parmi les classifications qu'on peut établir, il y a les écrivains qui ont perdu une maison (et les autres); j'ai perdu une maison à treize ans et mon œuvre est une sorte de Cerisaie généralisée, "les jours s'enfuient je demeure"...
Ce qui n'empêche que je comprends très bien le fantasme de vivre à l'hôtel. (Il déclame, mi-sérieux): Ah donnez-moi pour la vie une chambre à la semaine...

AC : Dans Loin, le héros abandonne les livres, et en particulier Paradise lost...
RC : oui...
AC : La langue de la jeune fille, dans Loin, c'est la vie qui passe?
RC paraît surpris [12]: Non, la jeune fille, c'est le sexe. La langue de la jeune fille lui pose des problèmes. Non, c'est le désir. Dans combien d'endroits n'aurais-je jamais mis les pieds sans le désir... dit-il avec conviction. Je contemple la salle, imperturbable. Je ris intérieurement: le désir au Collège de France, et durant un cours de Compagnon, si peu charnel, si désincarné... Que pense l'assemblée? Touchée, choquée? Insensible? Il y a un effet comique dans le divorce entre ces deux langues qui ne parlent pas la même langue.

AC : Vous vous êtes interrompu tout à l'heure alors que vous abordiez le thème de la langue...
RC : Je crois que l'abandon de la syntaxe correspond à la perte de la vie.
L'avantage de vieillir, c'est qu'on voit tout en relief. On m'assure que les choses ne changent pas, que ç'a toujours été comme ça. Mais c'est faux, j'étais là (murmure d'approbation dans la salle, personnes en âge de la retraite pour la plupart); de mon temps, les professeurs ne disaient pas "sur comment". La langue, c'est l'endroit où ça craque. Sur comment, c'est la preuve qu'on parle comme on s'exprime. L'important, c'est d'être compris. Mais l'outil souffre et disparaît. La langue, c'est la non-coïncidence, de soi-même avec soi-même, du monde avec le monde. Aujourd'hui, la perception du monde devient plus simple, il n'y a plus de jeu dans la langue.
Barthes disait que la pensée ne peut coïncider avec elle-même. Barthes a inventé la bathmologie, la science des degrés de langage. Elle perdure auprès de moi. C'est mon héritage barthésien le plus visible. Barthes avait été surpris par mon enthousiasme pour ce concept (cette idée, cette notion: à chaque mot je me dis que je n'utilise pas celui qu'a employé RC) et peut être pas enchanté (sourire de Renaud Camus). J'ai écrit un petit livre sur ce thème et la seule chose qu'il m'a demandé, c'est d'en changer le titre, car j'avais pensé l'appeler Fragments de bathmologie quotidienne.[13]


Pour quelle raison obscure mes notes se terminent-elles par le nom de James Clark Ross (marin à la recherche de "passages"), je ne sais. Sous ce nom j'ai noté "La Pérouse", un autre marin, et des indications en étoile: rocher Morvan, professeur des Faux-Monnayeurs, Proust. Est-ce que la conférence s'est terminés ainsi, sur l'évocation de marins et des Églogues? Je ne sais plus.


P.S.1: le compte rendu de sejan.

P.S.2: Le nombre de tags utilisés pour l'indexation de ce billet montre que la plupart des thèmes camusiens ont été abordés au cours de cette heure de séminaire.



Notes

[1] Comme je connais bien l'œuvre camusienne, je vais me permettre d'annoter cette conférence, ce que je ne fais pas d'habitude: Renaud Camus a commencé à tenir un journal en 1986, à la Villa Médicis. Chaque tome couvre une année, le dernier paru couvre l'année 2007.

[2] Compagnon et Roland Barthes: le deuil impossible, le regret infini.

[3] Pour avoir assisté à la conférence et lu le texte, je peux dire que ceci est partiellement faux (à moins que RC ait renoncé à prononcer en chaire une partie de son intervention pour respecter son temps de parole): le livre contient en plus du texte de la conférence des références aux travaux sur la langue de Jacques Dewitte (en particulier en référence à 1984 et Orwell) et une très longue note de bas de page de Misrahi, dans la tradition des "notes aux notes aux notes" que Renaud Camus affectionne..

[4] Je frémis car c'est exactement ce que fait Compagnon... s'il pouvait en prendre note...

[5] Mon cœur se serre: pourquoi fallait-il qu'il choisisse justement ce jour-ci, ce lieu-là, pour tenter cette expérience? Trop de travail, pas assez de temps, avec les voyages à travers la France pour les Demeures de l'esprit? Ou le démon du risque, du tout ou rien, de la roulette russe?

[6] Je n'ai pas noté les transitions. Je résume et j'ajoute: des sauvages à La Pérouse à La rue La Pérouse pour penser à Odette qui elle n'apparaît pas dans le texte: c'est exactement la façon dont fonctionnent Les Eglogues ou Vaisseaux brûlés.

[7] erreur: l'expédition fut confiée à d'Entrecasteaux.

[8] Cette image revient souvent chez Renaud Camus (voir Du sens, par exemple), elle vient de Sylvie et Bruno, de Lewis Carroll.

[9] scoop: première annonce publique du fait que le dernier tome est en cours d'écriture. Il faut trois à quatre ans pour écrire un tome des Églogues, livre extrêment "coûteux" en recherches. (note de la blogueuse)

[10] Le premier livre Travers, date de 1978, le second Été, de 1982, le troisième L'Amour l'Automne, de 2007. Les deux premier anticipaient la naissance d'internet, le principe des associations d'idées correspondant au principe des liens hypertextes. Comme les deux premiers tomes sont épuisés, ils ont été mis en ligne: Travers et Été.

[11] Note personnelle: cela m'a fait plaisir, cet hommage à quelqu'un aujourd'hui plutôt oublié ou décrié par ceux qui l'ont adoré.

[12] et pour cause: la langue de la jeune fille est en fait une dénonciation de la langue qu'il déteste, la langue actuelle, quotidienne, celle qu'il entend parler et qui le rend malade presque au sens propre.

[13] C'est Buena Vista Park, je ne sais plus si Renaud Camus en a donné le titre.

Appel à contribution

Denis a créé un groupe sur Flickr, avis aux amateurs. (Patrick, c'est le moment de mettre en ligne la photo de la tombe de Mallarmé !)

Passage des temps, rencontre à l'Ircam

Il s'agissait finalement de parler de complexité.
En première partie, Jean-Pierre Dupuy nous a parlé de sa fascination pour Vertigo, Raul Ruiz nous a raconté sa façon de faire des films, Renaud Camus a lu le début du chapitre le plus difficile de L'Amour l'Automne.
Après l'entracte, nous avons eu droit à deux pièces de musique, presque aussi visuelle qu'auditive: Luciano Berio, Sequenza III pour voix, par Johanne Saunier et Brian Ferneyhough, Cassandra Dream Songs pour flûte, par Mario Caroli. Je regrette de ne pas avoir vu la partition, j'aimerais savoir comment ces bruits étaient notés. Je suis fascinée par la notion d'interprétation, la façon de donner corps à des notations écrites.

notes.
Le présentateur rappelle l'idée que l'œuvre crée ses précurseurs: il n'y a pas de centre dans la narration. Il rappelle Raul Ruiz citant Borges à propos de Klossowski: «Une œuvre jette toujours une lumière vers l'arrière». D'autre part, il n'est pas nécessaire de connaître une œuvre pour être influencé par elle.

Jean-Pierre Dupuy : temps, récit et complexité

I - Les malheurs d'un prophète de malheur.
L'un des buts de Dupuy: réhabiliter la fonction du prophète de malheur.
La catastrophe est d'abord un mot de poétique, c'est le coup de théâtre qui explique ce qui était caché jusque là. En ce sens c'est une apocalypse, c'est-à-dire une révélation.

Dupuy s'appuie sur les travaux d'un ami de Hans Jonas (Le principe de responsabilité) et premier mari d'Hannah Arendt, Günther Anders. (Son nom est Stern, mais son éditeur lui à conseiller de s'appeler autrement — "anders").
Pour Anders, le monde bascule le 6 août 1945, qui n'est qu'une répétition du 9 août. Pour lui, l'histoire devient obsolète ce jour-là. Désormais nous sommes en sursis, dans le Frist, le délai. La fin programmée du monde fait que l'histoire n'a pas eu lieu. Nous sommes à la fin des temps et au temps de la fin (Endzeit and Zeitende). Anders utilise la parabole de Noé :

«Noé se couvrit la tête de cendres et s'habilla d'un sac, rite réservé au deuil. Il parcourut ainsi les rues de la ville suscitant la curiosité. "Qui pleures-tu?" lui demanda-t-on. "Je pleure les morts à venir." Quand le déluge aura été, tout ce qui est n'aura jamais été.
Noé est venu pour pleurer les morts de demain, car après demain, il sera trop tard, il ne restera personne pour pleurer. Alors un charpentier, puis un couvreur, se présentent pour que cela deviennent faux.»

Cette parabole utilise le futur antérieur, appelé en anglais le futur perfect. Qu'a de parfait le futur antérieur?
Le futur est le temps de l'avenir, fondamentalement indéterminé; tandis que le futur antérieur est fixe, il détermine le futur.
C'est le paradoxe du prophète de malheur: s'il fixe trop le futur, la catastrophe devient inévitable.
Tant qu'un événement ne s'est pas produit, il n'est pas inévitable; mais dès qu'il s'est produit, il devient rétrospectivement nécessaire. C'est ce que Dupuy appelle la métaphysique du projet.

II - La mort de Madeleine.
La suite s'appuie sur Vertigo, qui fascine Dupuy depuis ses seize ans.

Dupuy fait un sondage dans la salle. Une seule personne n'a pas vu Vertigo. Une seule personne, dit-il, cela suffit à ne pas le dispenser de nous résumer le film. L'application rigoureuse de ce principe m'a beaucoup plu, mais je n'ai pas pris de notes sur ce résumé.

Madeleine n'est pas "vraie" dans le film, elle est jouée par Judy. Ainsi, quand Madeleine (la fausse Madeleine) sera morte, elle n'aura jamais existé pour Scottie, puisqu'il n'aura jamais rencontré la vraie, et que la fausse (Judy) n'était pas Madeleine.
Madeleine (Judy) sait que sa (fausse) mort imminente fait qu'elle n'aura jamais existé. Le dialogue quelques minutes avant sa fin ne laisse pas de doute à ce sujet : «If you lose me you'll know that I loved and wanted to go on loving you.»

Madeleine sait que sa mort fait qu'elle n'aura jamais existé.
Ce film est une adaptation très lointaine d'un roman de Boileau-Narcejac appelé très injustement D'entre les morts, car Madeleine ne pourra jamais revenir d'entre les morts, c'était une fiction, à sa mort elle s'évapore. Scottie a aimé un fantôme.
L'élément problématique, c'es ce "I" ou ce "me" dans «If you love me» : qui est ce "me"? Madeleine ou Judy?
Il n'est pas vrai que Scottie aura jamais aimé Madeleine une fois celle-ci morte.

III - Le sens du passé
Après Leibniz, Borgès a décrit le temps comme un jardin aux sentiers qui bifurquent.
Le prophète de malheur revient à un temps circulaire. Le passé cause l'avenir. L'avenir donne son sens au passé.
On dit souvent que sans la musique de Bernard Hermann, Vertigo ne serait pas le même. Et c'est vrai. Sans la musique Vertigo ne serait pas le chef d'œuvre infiniment morbide qu'il est.
[Ici Jean-Pierre Dupuy nous fait diffuser deux morceaux de musique. Le premier est tiré de Tristan et Isolde, le second est la musique du film. (Et Dupuy murmure "Le piège est grossier).]

Borgès, dans Les précurseurs de Kafka, donnent plusieurs extraits qui ressemblent à Kafka mais qui ne se ressemblent pas entre eux: si Kafka n'avait pas existé, leur point commun serait resté inaperçu. Il faut Kafka pour comprendre.

Précurseurs => sont la cause de => Kafka => donne son sens => aux précurseurs.
Wagner => est la cause de => Hermann => donne son sens => à Wagner.

Vertigo est empli de cercles fermés sur eux-mêmes. Scottie et Judy tentent de se plonger dans le passé. Mais le cercle est rompu par le surgissement d'un objet, le collier de Carlotta, que Judy n'aurait pas dû avoir, puisqu'il appartenait à Madeleine. => Le cercle est brisé, l'image de Vertigo est la spirale et l'abîme, ce qui a été parfaitement mis en image par le générique de Saul Bass.

Transition vers Raul Ruiz en parlant de Francisco Varela. Je n'ai pas noté ce point. Ruiz sera aussi drôle que Dupuy était sérieux, confirmant le résumé de Pascal: «génial escroc».

Raul Ruiz

Lui n'a pas été marqué par Vertigo, parce qu'à seize ans il voyait quatre ou cinq films par semaine. Il avait parfaitement compris les ficelles et il a vu tout de suite que quelque chose clochait. Raul Ruiz avait été parfaitement formaté par le cinéma américain et a mis des années à se sortir de cette façon de voir les films.

Concernant la complexité, Ruiz se sent réductionniste. Il a cru comprendre qu'il y avait trois positions philosophiques possibles, le scepticisme, le fondamentalisme et l'intégrisme. Il craint d'osciller entre intégrisme, qui serait la complexité, et fondamentalisme, qui serait respect des principes. Le cinéma est un ensemble d'accidents et de principes.

Raul Ruiz voit trois principes à l'œuvre dans son cinéma: le principe de discontinuité, le principe de continuité et celui d'expansion.

Il y a environ six cents plans dans un film, ce qui constitue potentiellement six cents films. Raul Ruiz a tellement vu de plans que c'est tout juste s'il ne peut pas, quand il regarde un film, désigner les plans qui ont été tournés après déjeuner (parce que les acteurs sont plus rouges), etc. C'est d'ailleurs pour le même genre de raisons qu'Orson Welles refusait de regarder des films à la fin de sa vie: il entendait les claps, etc.

Le principe de discontinuité, c'est un peu comme les fameuses listes chinoises: il y a dix façons de jouer au foot, et pas onze, mais ces dix partent dans tous les sens. De même, les films ne sont jamais complets.

Le principe de continuité, c'est le contraire. Il a été illustré par Eisenstein. Eisenstein disait que le montage était tout. Prenez une vingtaine de plans, jetez-les en l'air, faites un collage de la façon dont ils retombent: cela aura un sens. (Est-ce l'effet de la présence divine? rires dans la salle).
Normalement on monte un film en sept semaines, Raul Ruiz l'a souvent fait en trois jours.

Quand on a vu un film, on ne se souvient que de quelques plans. C'est ça, la complexité. L'éveillé du pont de l'Alma, par exemple, est construit comme un puzzle. Il existe des principes combinatoires.

Juan Caramuel, l'ami d'Atanase Kischer, a écrit un labyrinthe composés de deux hémistiches en latin. On prend des hémistiches aux hasard et on obtien un sonnet. C'est ainsi que Ruiz a composé un sonnet en l'honneur de Mitterrand, et en latin, en plus. [D'ailleurs, murmure Ruiz sous souffle, vu sa politique, Miterrand connaissait peut-être Caramuel].
— Après, un ami qui connaissait le latin m'a traduit mon poème et celui-ci tombait à pic!
Malgré tout la combinatoire s'épuise. Il faut la quitter. Il y a la combinatoire froide, comme l'oulipo, et puis il y a la combinatoire chaude.

Claudio Arrau dit que quand il joue une pièce il lui faut avant de commencer que la première note du morceau colle avec la dernière (il doit falloir que Claudio Arrau atteigne son degré de cuisson).

Dans un film, il y a ce moment que Raul Ruiz appelle la passation de pouvoirs. Un film n'est jamais tourné dans l'ordre. Cependant, à partir d'un certain moment, le film se prend en charge. Il n'y a plus qu'à suivre, et surtout, à faire le point sur les plans déjà tournés et les plans qui manquent (surtout quand arrive à ce moment-là le producteur qui veut ici un gros plan de cendrier, etc). Ce moment a à voir avec Arrau.
Le cinéma et la musique ont tous les deux un rapport à la durée et au temps (ce qui n'est pas la même chose).

Raul Ruiz a tourné un film, Le corps dispersé, sur un thème de la poésie populaire chilienne. (Cette poésie est en train de mourir d'être un peu trop ressuscitée). Il s'agit de morceaux de corps dispersés sur les cinq continents. Dans Le Monde à l'envers, les trains volent, ce qui est un thème d'improvisation classique au XVIIIe siècle. Les poèmes se composaient de quatre strophes comme les quatre jours de l' Apocalypse.

Je n'ai pas bien compris les noms qui ont suivis. La musique sérielle devrait beaucoup à Joseph Auer (? Léopold?) Josef Matthias Hauer qui aurait été un précurseur de Schoenberg, s'exclamant un soir «On va organiser tout ce bordel!» Mais, reconnaît Ruiz, ce sont des commérages.

Le numérique au cinéma n'est plus vraiment un choix. Il est impossible de faire autrement. C'est la mort du gros plan, il faut reculer, comme au temps du technicolor. Récemment, en regardant The Golden Compass, Ruiz a été embarrassé de pouvoir détailler les diverses opérations esthétiques subies par le visage de Nicole Kidmann, très belle actrice au demeurant.
Avec le numérique, le décor prend une importance énorme. Il avait la triade "deux acteurs, une caméra", aujourd'hui on arrive à la naissance d'une nouvelle triade.

Comment représenter l'impuissance au cinéma? C'est difficile. Dans Laura, le héros boîte et marche avec une canne. Ce n'est pas très parlant. Mais lorsqu'une main de femme aux ongles rouges s'approche de la canne, celle-ci tombe. C'est déjà plus clair.

Marianne Alphant prend la parole : — Votre cinéma a renoncé à la narration au profit de la luxuriance, du foisonnement.
Raul Ruiz : — J'ai abandonné le lien de cause à effet, qui d'ailleurs n'arrive jamais dans la vie réelle (sauf si vous vous faites écraser par un train).
Ricardo Aronovich, le directeur de la photographie de Providence, voulait qu'on ne paie que la moitié de sa place de cinéma, car, disait-il, sur deux heures de film le spectateur voit une heure de noir. Et effectivement, après calcul, en trois heures de film on passe quarante minutes devant un écran noir. Que se passe-t-il pendant ce temps-là? Nous projetons notre propre film en parallèle.
C'est une hypothèse à vérifier, et si je travaille à l'université d'Aberdeen, c'est qu'elle dispose d'un département de neurosciences. (Plaisante-t-il ou pas? Impossible à décider.) C'est pourquoi un film est intéressant dans la mesure où il nous regarde. «D'ailleurs, conclut Ruiz, on m'a déjà piqué mon idée. J'entends des gens dire : «Ce film n'est pas pour moi, il ne me regarde pas.» (rires)

Renaud Camus

Marianne Alphant enchaîne: la question des passages permet de faire la transition vers l'œuvre de Renaud Camus. Le premier volume des Eglogues date de 1975, qui est une trilogie en quatre tomes et sept volumes.

En voyant apparaître la Vanité marcheschienne à l'écran, je comprends que Renaud Camus va lire le chapitre six, de loin le plus difficile du livre [1].
Il le lit, le chante, le vocalise, le bruite, non sans introduire des variations utilisant ce qu'il vient d'entendre sur la poésie chilienne trop bien ressuscitée (rires dans la salle). Cette lecture est inimaginable pour qui ne l'a pas entendue une fois.

Marianne Alphant le laisse lire jusqu'à parvenir à giocate, giocate..., qui sont les premiers mots de Passage, premier tome des Églogues.

Elle reprend: — Le chapitre six est le moment de la plus grande compacité. Le texte semble se contracter avant de se redilater.
Renaud Camus: — Bien évidemment, ce que je viens de lire doit sonner tout à fait abscons aux oreilles de ceux qui ne connaissent pas les Églogues. C'est un jeu d'échos et de répons.
J'ai toujours considéré la complexité de façon off. On considère généralement qu'elle est une addition, une multiplication, je la considère comme un moins, un oubli, des ruines, l'incapacité à se souvenir. C'est un travail à partir de ces îlots. Il s'agirait de travailler non pas sur la maladie d'Alzheimer, mais autour d'elle, à partir d'elle.
Je travaille sur la recherche de passages par incapacité à ne penser qu'à une seule chose.



Musique : Luciano Berio, Sequenza III pour voix, par Johanne Saunier et Brian Ferneyhough, Cassandra Dream Songs pour flûte, par Mario Caroli.

Notes

[1] Voir ici quelques réflexions selon un angle possible de lecture de ce chapitre qui commence à la page 490.

Des photos datées à la seconde près

Explication de Renaud Camus sur son site de photos Flickr :

Yes, you are right, My Noble Lady, but the text is the whole point of the whole collection, "Le Jour ni l'Heure" (« Veillez car vous ne savez ni le jour ni l'heure », Matthew), a kind a memento mori inviting one to see as well and as much as it is possible because one never knows if it is not the last image we are given to enjoy. The reference to the Scriptures is of course slightly contradicted because precisely one, here, knows the day and the hour, to the second.

Flickr, le 27 mai 2007

Le texte [en bas des photos] est tout l'enjeu de toute la collection "Le Jour ni l'Heure" (« Veillez car vous ne savez ni le jour ni l'heure », Matthieu), une sorte de memento mori invitant chacun à regarder autant et du mieux qu'il est possible, car personne ne sait si ce n'est la dernière image dont il lui est donné de se réjouir. Bien sûr, la référence aux Ecritures est légèrement contredite parce le fait qu'ici, justement, on connaît le jour et l'heure, à la seconde près.

Echo, rime, coïncidence

Didier Goux ayant fait un billet sur le texte court de L'Amour l'Automne p.352: «elle fait un fond de rêve pour les portraits photographiques qu'on est tenté de prendre là.» que je n'avais pas commenté, je vais ajouter une précision, de celle qui relève de ces coïncidences que j'aime tant.

Les deux toiles intitulées Le Fleuve Maroni sont à l'origine des variations sur Les Nymphéas de Monet. Or ce que je portais ce jour-là, c'était ceci, que je porte rarement:





D'un autre côté, on pourrait considérer que ce n'est pas une coïncidence, et que c'est à cause de ce pendentif que RC m'a très gentiment demandé si j'acceptais d'être photographiée devant les tableaux.
Reste que je ne savais pas que ces tableaux, que j'avais vus dans l'atelier parisien de Marcheschi, seraient présents à Rodez (ils sont si grands qu'on peine à imaginer qu'on puisse les déplacer) et que ce pendentif constitue pour moi une rime supplémentaire inattendue, "un coup de bonheur", selon l'expression de Compagnon.

«L'Amour l'Automne», chapitre 4

Ainsi que promis, je livre les notes prises le 8 novembre 2006. Le chapitre lu ce soir-là correspond au quatrième, page 257. (On remarquera au passage que contrairement aux deux premiers Travers, les sept chapitres ici n'ont pas de titre.)
Ce billet est à lire avec L'Amour l'Automne ouvert aux pages correspondantes, sinon il sera à peu près incompréhensible (mais vous en avez l'habitude, je suppose).

Je mets en italique les précisions apportées ce soir-là par Renaud Camus au cours de sa lecture. Je manque d'outils typographiques, il me faudrait de la couleur. Je mets donc mes commentaires en notes, ce qui n'est pas le plus pratique à lire, mais une façon de m'assurer qu'ils ne seront confondus ni avec le texte du livre, ni avec les remarques camusiennes. Je précise quelques références quand elles me viennent immédiatement à l'esprit.

[...] qui nous séparait de la marquise de Sévigné celle des chocolats pas celle des Lettres)
p.257

(attend cette phrase) une intention de la phrase
p.260 [1]

(Île visible de nouveau et puis non et puis jaune de nouveau) il regarde la lettre et puis moi et puis...
p.261 [2]

d'un collège de C. Cambridge
p.261

(optatif de vivre) on pouvait lire cela sur les murs d'Italie
p.261

DRRRRING C'est dans "L'île noire"
p.261 [3]

Il regarda la lettre et puis moi et puis...
p.262 [4]

Cassiopée : lieu où a été écrit la préface à "Tractatus" par son traducteur
p.262 [5]

[...] même si ce n'est pas celui, le plus long, le plus long doigt, où se dresse le tombeau de la pauvre Flora)
p.263 [6]

ne revoit jamais les rives du Tage
p.264

(ces solitudes du langage les) ne croiseraient que ses/ces songes
p.264

(C'est sympathique, c'est une jolie rue, si triste) Rue La Pérouse. «— une rue très calme — Mais non pas du tout, ça commence à se construire, ce quartier-là.» Et Swann était heureux comme s'il
p.265 [7]

Mais c'est très difficile à lire, ce texte-là!

Et Swann était (déjà heureux comme s'il)
p.265 [8]

(s'engloutir en automobile avec toute sa famille dans les eaux du) Tage, Tag, jour
p.266 [9]

Max Jacob [...] Pierre Minet, "En mal d'aurore"
p.266

Moi je veux bien faire des conférences si on m'invite à faire des conférences, mais il faut bien que la vérité soit dite, que la vérité elle soit dite, comme dirait Lionel J... Euh...

James c'était l'amant de... Il avait hérité d'un portefeuille et passait sa journée devant la télévision. Aux Etats-Unis il y a une chaîne qui ne transmet que l'activité de la Bourse.
p.268

VW Ralph von Williams
p.269

The Explorers : dernier mouvement de la première symphonie
p.269

Antartica composée pour un film sur Scott
p.269

(introduit dans le cabinet de travail de l'écrivain, on le pria d'attendre) Comme il était venu assassiner l'écrivain, il avait été désarçonné par cette amabilité.
p.269

(l'argument du danseur) l'argument de Nijinsky pour "Jeux"
p.270 [10]

(«la peinture de Marie est une peinture d'aveugle») RC fait la moue, exprime son doute sur cette clé qu'il vient de donner.
p.270

(armées dans la nuit) il n'y a que la nuit qui connaît le mot de passe
p.270

Conrad est allé voir Crane quand il embarquait à Douvres. James aurait dû être là, mais il n'a pas pu.
p.271

(Le prince Eugène de Suède s'arrêta au milieu de la pièce: — Ecoutez, dit-il.) C'est la première phrase de "Kaputt".
p.271 [11]

une Oldsmobile Aurora comme le croiseur
p.272 [12]

Pola X je n'ai pas vu "Pola X" mais j'ai lu "Pierre ou les ambiguïtés".
p.273 [13]

(never had he seen London look so enchanting) the civilisation after India
p.276

(promptitude: j'ai tiré le poignard de la manche gauche de mon habit, où je le) l'écrivain parut un peu surpris.
p.278 [14]

Wilson c'est le chien de Sarkonak.
p.278 [15]

Même ici il y avait toujours une femme en train de mourir d'un cancer.
p.279 [16]

de part et d'autre de la rivière Cure. Il s'agit du "Journal d'une jeune mariée", de Catherine Robbe-Grillet.
p.280

Leonard Woolf
p.285

(ce jeune homme est une) fleur
p.288

au fond du parc à mmmmmmmmmmmm Tzarskoïé-Sielo
p.292

(cygnes noirs trouvés morts à Rügen donnent à craindre que l')épidémie
p.293

le banquier Stern
p.294 [17]

procéder à des examens régu)liers du côlon.
p.305 [18]

(sur des morceaux de planches, [...]) Il s'agit d'Indiana, Bob Indiana
p.308 [19]

(souvenez vous que c'était Wilson, le tireur d'élite, pas) Evans.
p.310 $$

Notes

[1] Cela ne rend pas les choses plus claires, je le crains.

[2] «jaune de nouveau»: premières lignes de La bataille de Pharsale de Claude Simon.

[3] voir ici.

[4] cf. supra.

[5] 1-3-8-2-1 : «C'est sans doute pour cette raison que le Préambule du traducteur, à l'orée du Tractatus, dans l'édition Gallimard, est signée d'un endroit nommé "Cassiopée" — une maison de vacances, peut-être ?» (Gilles-Gaston Granger?)

[6] Flora Mac Donald, la jeune fille qui servit de guide à Charles-Edouard Stuart, cf Rannoch Moor p.455.

[7] Un amour de Swann

[8] cf. supra.

[9] Donne la clé de passage entre ce fragment et le suivant: «Au jour perfide,[...].»

[10] Jeux, de Debussy

[11] En fait, je ne suis pas sûre que ce soit cette phrase qui soit concernée par la remarque «C'est la première phrase de Kaputt». A vérifier.

[12] croiseur ou voilier? J'aurais pensé qu'il s'agit du bateau ayant participé à l'exploration de l'Antarticque et la recherche des passages.

[13] Il s'agit de l'adaptation cinématographique du roman de Melville

[14] Il s'agit je pense de la suite du fragment page 269, un assassin venu tuer un écrivain.

[15] Sarkonak est le professeur canadien en train d'écrire une thèse sur La Campagne de France.

[16] «Même ici» m'évoque «Et in Arcadia ego».

[17] Il s'agit d'Edouard Stern, le banquier mort dans des conditions mystérieuses en 2005.

[18] cf. Rannoch Moor p.164 «Le seul avantage que je vois au cancer du côlon, c'est que, du point de vue de mes Eglogues, il est impeccable: »

[19] Robert Indiana

L'assemblée générale de la SLRC en 2003

Contre-version de la version de Rannoch Moor, p.215

Raconter la première AG à laquelle je participai est en fait un grand plaisir. C'était une belle soirée d'avril, temps clair, dans une cour du... dizième, onzième? arrondissement. Je ne sais qui avait prêté une salle, une pièce de bureau en rez-de-chaussée. J'y allais avec timidité et impatience, persuadée d'y rencontrer les intervenants du site que j'avais lus ou avec lesquels je discutais depuis six mois. Je ne connaissais pas grand chose au cercle camusien, je n'avais lu que ce site et Retour à Canossa.

Commençons par brosser le contexte, enfin, "mon" contexte.
Pour moi, RP était sans aucun doute le méchant, celui qui s'était brouillé avec RC. Certes, j'avais du mal à comprendre comment il pouvait demeurer un grand ami de Jean-Paul Marcheschi en s'étant brouillé si fort avec RC, certes j'avais du mal à croire que la brouille était définitive, le site avait été si drôle, les discussions entre Steevie et RP si amusantes (que les autres que je ne cite pas ne soient pas vexés (ujeed, TM, GC, Anna, etc)), comment croire que tout cela avait pu s'interrompre si brutalement (voir les débuts de ce site jusqu'en juillet 2002)? Mais de toute façon, pour moi, RP était le méchant, car il m'avait vexée par un message de novembre 2002 (je cite : «Notez, vous êtes parfois touchants. Notamment quand l’une ou l’un apprend aux autres à lire l’Œuvre. Là ça vaut vraiment son paquet de cacahouète.» Il n'était pas sûr que je fusse visée, mais il est sûr que je me suis sentie visée! (Je l'avoue avec honte, mais tranquillement; car à mes yeux, c'est toujours la personne qui se vexe qui a tort, et je suis très susceptible.))

En arrivant à la réunion, j'ai été plutôt déçue. Je ne sais pas combien nous étions, onze, dit le journal, et je le crois sur parole. J'ai été déçue car j'ai découvert qu'il y avait très peu d'intervenants du site, et même que la plupart des présents ne le lisait jamais: c'est tout un désir et une illusion de connivences qui s'évanouissaient. J'ai reconnu Franck (Chabot) que j'avais rencontré une fois, Eudes, que j'avais rencontré grâce à Jérôme qui avait organisé une rencontre, découvert la figure mythique de Jacqueline Voillat avec beaucoup de plaisir, et mis des visages sur les membres du bureau. Il y avait là quelques personnes inconnues que j'ai revues plus tard, à Plieux, lors de séances de dédicaces et lors de l'AG suivante. Le silence était grand, l'atmosphère recueillie.

Dès le début de la séance, Sophie Barrouyer nous a annoncé que Rémi Pellet nous rejoindrait à partir de xx heures (je ne me souviens plus) afin d'expliquer les raisons de sa démission et qu'il fallait que nous terminions l'AG avant son arrivée.
Cette nouvelle m'a beaucoup surprise; puisque comme je l'ai expliqué, RP était le méchant, je ne voyais pas bien pourquoi il était ainsi invité (pas de quartier pour l'ennemi!)

L'assemblée générale s'est déroulée normalement, approbation des comptes, élection d'un nouveau président suite à la démission de Jan Baetens, retour sur le débat Plenel-Finkielkraut à Sciences-Po, décision d'organiser un voyage à Plieux. Je me souviens de ma stupéfaction à cette idée, un voyage organisé à Plieux, voilà qui paraissait aux antipodes du camusisme ; d’ailleurs les intervenants du site n’en croiront pas leurs yeux quand nous l’annoncerons ici... Il faut décider du lieu de ce voyage, je me souviens que Jacqueline Voillat a proposé un village de Suisse (mais je ne me souviens pas de son nom) en plaidant qu’il s’agissait d’un lieu que Renaud Camus visitait adolescent avec ses parents (j’espère ne pas me tromper, Jacqueline rectifiera), un lecteur s’était récrié, pas du tout, ce village n’apparaissait dans aucun journal, et je m’étais dit qu’il ne réfléchissait pas, que sans doute Jacqueline était en train de nous dévoiler un lieu qui apparaîtrait dans un journal à venir, 2001 ou 2002...

Sophie Barrouyer lance également un appel pour trouver des salles prestigieuses, elle veut « réinscrire Renaud Camus dans l’espace national », ou quelque chose comme cela, Ulm ou Polytechnique ou la BNF, elle souhaite trouver des professeurs pour tenir des conférences sur l’œuvre camusienne, elle me vexe (elle aussi! décidément...) en décrétant que les analyses des lecteurs lambda n’ont aucune valeur à ses yeux, que seuls comptent les professeurs (citation inexacte trois ans après, bien entendu). Franck Chabot proteste doucement en disant qu’il défendra toujours le droit de chacun à s’exprimer sur l’œuvre. (J’entre dans des détails sans importance ; ici, c’est pour remercier Franck de ces quelques mots).

Je crois que c’est à peu près tout concernant la première partie de la soirée. Puis Rémi Pellet est arrivé et a expliqué les raisons de sa démission. Je n’ai pas de souvenirs bien précis de son argumentation (puisque je l’avais déjà condamné il était inutile de l’écouter attentivement). Le récit donné par le journal est plutôt juste, sauf ce mot de « moche » que je réfute : je suis sûre qu’il n’a pas été prononcé.
Je me souviens qu’il a raconté cette histoire de musique dans la voiture qui rendait toute discussion impossible, il n’avait pas trouvé cela extrêmement poli, je m’en souviens bien car j’avais pensé «Mais enfin, ce n’est pas possible, il y a idéalisation, il est déçu parce que Renaud Camus n’est pas parfait !»

Rémi Pellet a protesté que personne sur le site ne lui avait dit qu’il dépassait les limites, « sauf vous » a-t-il ajouté en se tournant vers moi, ce qui m’a bien étonnée, car cela voulait dire qu’il lisait le site attentivement (j’avais répondu à son message de novembre 2002) Reprenant peu ou prou cette discussion webmatique, nous nous sommes disputés à propos du rôle de la psychanalyse (et je suis bien contente, car je l’ai traité d’avocat ! Et toc (ceci est raconté quelque part sur ce site), lui soutenant qu’il n’y avait pas de raison de ménager quelqu’un qui proclamait brûler ses vaisseaux tandis que je soutenais qu’il était choquant de pratiquer sur un site l’analyse d’un tiers qui vous lisait, et que la psychanalyse n’avait pas cela pour objet ou objectif.

RP a effectivement parlé de « moines-soldats », ce que personnellement je trouve plutôt gentil, un hommage aux qualités batailleuses de la Société. Deux stratégies s’opposaient : Sophie Barrouyer voulait obtenir « réparation » du tort causé à Renaud Camus lors de l’«Affaire» tandis que Rémi Pellet défendait la thèse qu’il fallait maintenant dépasser, dans tous les sens du terme (passer outre, dirais-je aujourd’hui) l’ Affaire. Il proposa de lancer une campagne pour obtenir le prix Nobel de littérature pour Renaud Camus. Je le regardai avec des yeux ronds. Il est complètement fou, pensai-je. Comment proposer cela alors que toute la presse est contre Renaud Camus, devenu infréquentable? (Mais depuis je caresse l’idée... Je me suis renseignée sur le mode de l’élection, j’évalue l’obscurité de Claude Simon en France avant qu’il ne recoive le prix... Je me dis que Coetzee n’est pas très politiquement correct, à ce que j’ai compris, etc)

J’étais de loin la plus virulente, me semble-t-il. Les autres, les vieux camusiens, parlaient à RP avec respect, admiration, peut-être reconnaissance. Je sentais qu’il avait dû rendre de grands services et que certains étaient sincèrement désolés de son départ. C’était difficile pour moi de comprendre exactement ce sentiment car j’étais arrivée trop tard sur le site pour avoir vécu tout cela. (Et cela rend d’autant plus difficile la lecture des commérages dans Rannoch Moor: quel décalage entre ce qui apparaît dans le journal 2003 et l’espèce de déférence dont RP était entouré ce soir-là. Est-ce parce que lui aussi a déçu? Les paroles racontées ne sont-elles que le reflet d’une déception ?)

Alors que tous les sujets paraissaient avoir été abordés et que la réunion se terminait, quelqu’un a demandé à Rémi Pellet: «Quelle est selon vous la plus grande qualité de Renaud Camus?» RP a répondu sans hésitation, mais avec quelque chose de surpris et de presque rêveur dans la voix : «le courage». (Il me semble l’entendre encore, ce souvenir est extrêmement précis).

En sortant, j’ai demandé à Sophie Barrouyer: «Mais pourquoi s’énerve-t-il autant?» Elle m’a répondu : « Mais il n’est pas énervé».

Première rencontre avec Renaud Camus

En lisant Rannoch Moor, je me remémore les scènes où j'ai rencontré Renaud Camus en 2003, et je me dis "Ah tiens, il se passait cela" : c'est découvrir les coulisses trois ans plus tard.

(Je l'avais trouvé plutôt pâle et silencieux chez Sophie Barrouyer en juin, lors de la séance de dédicaces. Mais comme il se décrit toujours comme un parfait sauvage et que c'était la deuxième fois que je le voyais, je n'avais pas de point de comparaison ; j'avais donc supposé que c'était normal. Depuis, il semble se confirmer que le normal, c'est beaucoup d'humour et beaucoup de curiosité (d'ailleurs, pâle ou pas, il m'avait posé cette question: "Savez-vous si Jean Ristat habite encore Yerres?" (euuhh... qui? (depuis, je me suis renseignée, la réponse est non))).

Il faut dire aussi que ce jour de juin chez Sophie nous étions plutôt comiques dans le genre coincés à attendre en chuchotant sur les fauteuils et divan notre tour d'aller faire signer nos livres, avec cette crainte d'être importun ou ridicule... Mais qu'est-ce que je vais lui dire, j'y vais ou j'y vais pas?

Il faisait beau, Marie m'avait effrayée d'une courte phrase (je n'ai su qui elle était que plus tard, en octobre à Plieux), je n'étais pas bien sûre de reconnaître Luc que je n'avais vu qu'une fois six mois plus tôt (je suis si peu physionomiste que c'en est une malédiction), j'étais contente de revoir Franck et Eudes et de saluer Jacqueline. Je crois que c'est ce jour-là que j'ai vu Jean-Paul Marcheschi pour la première fois.

Voilà, c'est à peu près tout (je m'entraîne pour devenir journaliste à Gala).)

L'ombre de Marguerite Duras dans Passage

Le volume intitulé Les parleuses aux Editions de Minuit reprend un entretien de Duras avec Xavière Gauthier, datant de juin 1973:

M.D.: Je connais quelqu'un qui a voulu me connaître à cause du Vice-consul, et qui fait un livre, il a fait un roman et il m'a demandé d'insérer dans ce roman des passages du Vice-consul, longs, quelquefois des chapitres, sans indication d'origine. J'ai accepté, bien sûr.
X.G.: Tu as accepté?
M.D.: Bien sûr, avec joie.(...) Le livre est devenu comme une personne, il est du domaine de l'imaginaire de ce jeune homme qui écrit ce roman. (...) Cela doit circuler.
X.G.: Oui, mais enfin, l'idée sacrée de l'auteur?
M.D.: Ça, c'est les cons qui pensent ça."

Référence trouvée par EF. Renaud Camus confirmera.

Liste de livres commandés sur Amazon par Renaud Camus

Renaud Camus nous fit part un jour de sa déception concernant Amazon. Il travaillait alors sur L'Amour l'Automne.

Je recopie cette liste (de livres qu'il n'arrivait pas à se procurer et qu'il s'est ou non procurés) riche en indices:

- Jane Austen, Peter Conrad (Introduction) : Pride and Prejudice
- Nelly Sachs, et al Nelly Sachs et Paul Celan : Correspondance
- Jean Echenoz : Ravel
- Karl Kraus, Walter Benjamin : Cette grande époque
- Karl Kraus, Roger Lewinter : Aphorismes
- Nelly Sachs, Mireille Gansel (Traduction) : Partage-toi, nuit, précédé de Toute poussière abolie ; La mort célèbre contre la vie ; Enigmes ardentes

Quelques observations croisées sur le racisme de Renaud Camus

Ceci est une branche de la discussion amorcée plus haut.

Message de RP Objet : (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)

Vous citez :
Immigration:
On éviterait bien des pertes de temps dans la lutte contre les différents racismes si l’on admettait qu’une majorité peut-être des propos racistes sont vrais : oui la criminalité est plus forte parmi les travailleurs immigrés, oui les juifs ont une plus forte tendance à la paranoïa, les homosexuels à l’hystérie, etc. Quand j’enseignais dans un collège du Sud, aux États-Unis, les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs.%%% (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)
Renaud Camus, Buena Vista Park (1980), "Vérité du racisme"
Pensez-vous que Renaud Camus soutiendrait aujourd'hui que l' "intelligence moindre" des étudiants Noirs est une conséquence du racisme, ce que semble indiquer la parenthèse, ou bien ne pensez-vous pas que les prises de position actuelles de RC tendent à privilégier une explication "culturaliste" de l'échec de certaines minorités (et des nocences qu'elles génèrent) ?

Il me semble que Du sens traitait de ce sujet, en évoquant les succès des Juifs et des Protestants... Sur les échecs d'autres groupes culturels, il faut se contenter des prises de position du Parti qui comprennent de nombreux "implicites" que j'essaie de décrypter.

Comme vous me reprochez souvent de ne pas donner mon opinion, je me permets de préciser que je suis prêt à suivre des analyses "culturalistes" inspirées de Levi-Strauss, mais pas la bouillie raciste des "théoriciens" de la nouvelle droite, toujours à la recherche des "indo-européens" afin de justifier leur xénophobie autant que leur anti-sémitisme.

Et j'espérais de Renaud Camus qu'il prolonge Du sens (que je trouve éclatant d'intelligence), tandis que le Parti et la Dictature de la petite-bourgeoisie me semblent céder à la polémique, avec des thèses très approximatives et superficielles.

Message de VS - Objet : Réponse par les textes

Pensez-vous que Renaud Camus soutiendrait aujourd'hui que l' "intelligence moindre" des étudiants Noirs est une conséquence du racisme, ce que semble indiquer la parenthèse, ou bien ne pensez-vous pas que les prises de position actuelles de RC tendent à privilégier une explication "culturaliste" de l'échec de certaines minorités (et des nocences qu'elles génèrent) ?

J’aime beaucoup le balancement « pensez-vous »/« ne pensez-vous pas ».

Je fais peu d’hypothèses sur ce que « pense » Renaud Camus. Je me contente de le lire.
Il me semble que le dernier texte qu’il ait consacré à ce sujet est l'éditorial du 13 janvier 2004.

J’extrais ce qui me paraît le mieux répondre à votre question.

J'appelle racisme l'assimilation d'un être à son groupe ethnique, la réduction de sa personnalité à sa seule origine, l'explication globale de ce qu'il est, ou de ses actions, ou de ses opinions, ou de son œuvre, par le seul facteur de son appartenance héréditaire. Je n'appelle pas racisme la prise en considération mesurée de l'appartenance d'un être à son groupe ethnique, lorsque cette appartenance joue un rôle effectif dans la personnalité de cet être et peut éventuellement servir à expliquer en partie son caractère, ses actes, ses attitudes, ses opinions ou ses travaux (étant bien entendu que cette explication peut bien sûr être contestée, et finalement écartée pour défaut de pertinence).

J'appelle racisme la conviction qu'au sein de certains peuples, de certaines civilisations, de certains groupes ethniques il ne saurait y avoir d'hommes et de femmes d'une qualité humaine, intellectuelle, artistique ou morale exceptionnelle ; je n'appelle pas racisme la conviction que certains peuples ont jusqu'à présent plus apporté que d'autres au patrimoine commun de l'humanité, que certaines civilisations se sont montrées plus brillantes ou plus admirables que certaines autres (ou qu'elles-mêmes à d'autres moments de leur histoire), que certains groupes ethniques ont joué en de certaines périodes un rôle plus important que d'autres, ou plus digne d'émulation.
Message de RP - Objet : Bien balancé

Le texte que vous citez, que je connais bien et que j'approuve totalement, devrait vous conduire à reconnaître que la phrase: (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)» est en fait une concession à la "doxa" des années 70. Ce qui vous conduirait aussi à reconnaître une évolution dans les convictions affichées par RC. Est-ce bien balancé ?

Message de VS - Objet : Au-delà de toute controverse (soyons sérieux un instant)

Le texte que vous citez, que je connais bien et que j'approuve totalement, devrait vous conduire à reconnaître que la phrase: (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.) est en fait une concession à la "doxa" des années 70. Au-delà de tout jeu entre vous et moi, je ne pense absolument pas que ce soit une "concession".
Je vois dans ce texte une expérience du terrain, peut-être une prise de conscience. C'est une chose de voir la situation des Noirs américains en général à travers les journaux ou les études de chercheurs, ou à travers un voyage touristique à New york, c'est autre chose de se prendre la réalité en pleine face, surtout quand on est un jeune Français d'un milieu cultivé directement confronté à la situation des Noirs dans le Sud des Etats-Unis.
Je crois qu'aucun Français n'est préparé à cela. Je me souviens de ma propre stupeur (et de mon indignation ravalée par politesse) lorsqu'en 1984, exprimant mon goût pour l'andouillette (chesterling) dans une famille de Virginie (le plus au nord des Etats sudistes, comme il se nomme lui-même), mes hôtes s'exclamèrent avec dégoût: "Mais c'est une nourriture de Noirs!"
Française, rien ne m'avait préparée à un mépris aussi viscéral.

Les phrases de BVP sont issues d'une expérience vécue dans une université méthodiste de l'Arkansas en 1970. Je vous invite à méditer le témoignage d'un professeur français au Mississipi aujourd'hui. (Si le texte est trop petit, utilisez "Affichage" dans la barre de menu, puis "taille du texte")

Je crois qu'ici, la "doxa" s'efface devant la réalité.

Message de RP - Objet : Andouillette

Ah vous être très forte !

Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC et qui l'a conduit à écrire la parenthèse très doxique après ses propos très wasp ?...

Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe", préjugé contre préjugé en somme, alors que vous vous servez de l'histoire de l'andouillette pour justifier la concession à la Doxa, qui est pourtant placée là, d'évidence, afin de rendre tolérable l'énoncé d'un constat sociologique qui, sans cette précaution, n'aurait pas été admissible, en France, à l'époque, dans le mileu des Lettres.

Pour filer la métaphore, avec vous, dans RC, c'est comme dans le cochon, tout est bon.
Alors qu'en fait, votre auteur fétiche, c'est un monstre !
J'vous aurai prévenue.

Message de VS - Objet : Impressions d'Amérique

«Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC et qui l'a conduit à écrire la parenthèse très doxique après ses propos très wasp ?...
Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe",»


D’où sortez-vous ce caractère attardé des "noirs en tant que groupe" ? Est-ce votre reformulation de «Il ne me viendrait pas une seconde à l'idée de soutenir que l'apport centrafricain à la civilisation mondiale est égal à l'apport italien.», qui, si je comprends bien, serait une citation de La Guerre de Transylvanie? (je n’ai pas ce livre, je ne peux vérifier).

Donc nous avons d’un côté une phrase de BVP, publié en 1980, concernant des étudiants noirs américains. Il s’agit d’un témoignage: «Quand j’enseignais dans un collège du Sud...» (ie en 1970). Je rapproche de cela une anecdote personnelle, anecdote anecdotique bien entendu, mais qui m’a frappée par sa violence totalement spontanée, absolument non dissimulée. Je ne sais si ces personnes méprisant «la nourriture de noirs» se seraient considérées racistes, en tout cas, elles ne songeaient pas une seconde à s’en cacher. Cette anecdote se déroule en Virginie durant l’été 1984.

Il me paraît tout de même plus naturel de la rapprocher de BVP (même lieu, même décade, même population concernée, même caractère de témoignage) que de la phrase de La Guerre de Transylvanie (livre publié en 1996 (journal 1991), phrase générale concernant l’Afrique).

Que vous puissiez écrire «Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe",» me laisse penser que vous négligez trop la chronologie des faits, l’importance de l’expérience vécue et la géographie.
(Seriez-vous en train de dire que mon goût pour l'andouillette est attardé?)

Mais pour répondre à «Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC,» etc, la réponse est oui. Elle a toujours été oui, dès ma première lecture de BVP, durant l’été 2002. C’était pour moi l’explication naturelle, celle qui correspondait à mon expérience.
Tout cela est très ténu, je reconnais que cette interprétation est entièrement liée à ma propre expérience. Mais comme votre interprétation mélange allègrement les lieux et les dates sans respecter la chronologie des événements, je préfère la mienne.

PS : Alors qu'en fait, votre auteur fétiche, c'est un monstre ! J'vous aurai prévenue.: Bah, Renaud Camus, "c'est rien qu'un homme", comme dirait une de mes BD préférées. Celui qui a mis RC sur un piédestal pour ensuite piquer sa crise quand celui-ci n'agissait pas comme il l'aurait souhaité, c'est pas moi.

Message de Rémi Pellet - Objet : ça va sans dire

Le bout de phrase (frauduleusement) placé entre guillemets (sur le "caractère attardé des noirs considérés en tant que groupe") résumait celle-ci : «les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs».
Mais bon, puisqu'il faut le préciser, l'outrance du propos me paraissait indiquer clairement la fine plaisanterie (même si je persiste à penser que la phrase sur «le racisme qui essaie toujours. etc.» ne serait pas aujourd'hui placée là où elle le fut dans BVP: depuis La Campagne de France au moins RC ne s'abaisse plus à ce genre de concession à la Doxa (ce qui va de soi n'a pas à être répété. C'est une impression, mais dès que j'aurai un instant je tenterai, sérieusement cette fois, d'en apporter la preuve (ça me rappelle la réponse de RC au journaliste de Têtu qui lui demandait en 2002 s'il voterait pour Le Pen. Réponse de l'intéressé : "non pas, à cause de ses pochettes". Doustaly, je crois que c'est son nom, avait indiqué que la réponse lui paraissait trop courte et qu'il fallait la préciser sans quoi il ne publierait pas l'interview. RC lui répondit de faire comme il l'entendait, et bien sûr il n'y eut pas d'article)).
(ça me rappelle aussi la polémique à la même époque avec votre serviteur sur "ce qui va de soi", concernant les droits des étrangers : là il y avait bien dès le début une ambiguïté sur ce qui était l'implicite doxique. je reconnais que l'allusion est peu claire, mais j'y reviens dans l'étude que je vous enverrai tantôt)

Message de VS - Objet : pochettes, cravates et accessoires

Mais ce que vous citez est aussi issu de Buena Vista Park (toujours 1980):
Hypocrisie
Imaginez le contexte et les explications nécessaires pour rendre tolérable, si c’est possible, l’affirmation suivante : qu’Untel a des cravates trop monstrueuses pour gouverner la France.
Pour moi, cette réponse à Têtu est une blague formidable (dans l'ancienne et nouvelle acception), un hasard incroyable: le contexte s'est présenté de lui-même vingt ans plus tard!

J'y vois l'incapacité de résister au plaisir de faire un bon mot, même si ce mot doit conserver son statut de private joke puisque personne ne le reconnaîtra; j'y vois aussi la tentation de faire une expérience, de ne pas laisser passer l'occasion de faire un test en grandeur réelle: de la théorie à la pratique, voyons donc ce qui va se passer.

L'épreuve des faits aura donc démontrer qu'il n'y a pas "d'explications" susceptibles de rendre la phrase "tolérable", au moins pour le grand public. La phrase ne peut faire rire que ceux qui sont dans la confidence.
(C'est pour cela que je ne suis absolument pas pressée de voir paraître 325 g. J'imagine le scandale, et cela me fatigue d'avance. Une édition privée à vendre sous le manteau?)

Faut-il, peut-on, séparer l'œuvre politique de l'œuvre littéraire ?

Je reprends ici une longue discussion née d'une polémique, certains refusant de voir des réflexions politiques intervenir sur le site des lecteurs de Renaud Camus (SLRC). J'élague et ne reprends que ma discussion avec Rémi Pellet.

Message de VS - Objet : Distinction (remords après réflexion)

Il y a une différence due à l'objet des sites: l'un est le site d'un parti, l'autre un site de lecteurs.

A priori, le premier doit accueillir des personnes d'accord avec les grandes lignes du programmes qui viennent là pour les discuter, les affiner, et surtout les décliner (comme on dit en entreprise, je ne sais si c'est un usage reconnu) en actions à mettre en œuvre, en propositions concrètes.

Le second, celui où j'écris ces lignes donc, devrait si et quand il s'intéresse au parti, réfléchir à l'articulation du projet avec le reste de l'œuvre: le parti est-il une anomalie ou s'articule-t-il (plus ou moins) parfaitement avec le reste de l'œuvre, l'ambition politique est-elle compatible avec l'ambition littéraire ou la dévoie-t-elle?

Pour ma part, je pense l'avoir déjà dit (j'arrive à un point où il me semble devoir m'excuser de me répéter, et ce devoir lui-même me gêne par son aspect de pause et de coquetterie), je ne comprenais pas d'où surgissait ce parti, alors que toutes les actions camusiennes sont annoncées dès les premières œuvres (et cette façon de faire advenir les projets et les rêves m'enchantent et me fascinent). Outrepas a répondu a cette question, le parti naît du succès de Le Pen au premier tour des élections présidentielles de 2002.
Je dois avouer que si ce parti me paraît fou —par toutes les difficultés pratiques à vaincre, notamment médiatiques, qu'il comporte—, je le trouve admirable dans sa dimension "passage à l'acte": nous ne resterons pas sur le côté à nous morfondre et nous ronger les poings en répétant "Que faire?" Et cela, toujours, emportera mon adhésion.

Le site du parti permet de s'apercevoir que les idées r-camusiennes sont bien plus répandues et partagées qu'il ne le semblait au premier abord. C'est très réconfortant pour tout ce qui concerne la sauvegarde des valeurs françaises ou plus généralement occidentales.

Message de RP - Objet : Donc nous sommes d'accord (enfin presque)...

...Il ne faut pas distinguer et je l'ai compris trop tard : le Parti s'inscrit dans l'oeuvre, et pour cela, doit être considéré avec le plus grand sérieux... même si, de mon point de vue, l'entreprise, (courageuse), demeure en-deçà de l'ensemble de l'oeuvre (l'auteur n'est pas sur son terrain, ça se sent, en règle générale, mais lorsqu'il y revient dans certains éditoriaux, là il est parfois brillantissime).
Cette articulation de l'oeuvre au Parti devrait pouvoir être étudiée sur le site des Lecteurs, surtout depuis la parution de la Dictature de la petite-bourgeoisie.

Je diverge cependant sur trois points :
-sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient ? Le Figaro n'a pas cessé d'être édité et lu par d'autres (et même par des proches : c'est le quotidien (et même sa principale référence culturelle, semble-t-il) de sa mère (retour aux sources donc, mais chut, je n'ai rien dit :)))
- le "passage à l'acte" ne me paraît pas louable pour lui-même : parfois, il vaut mieux s'abstenir (suspendre son jugement, ses préjugés, le temps nécessaire à l'étude, surtout s'il s'agit de faire la leçon)
- la création du Parti ne me semble absolument pas liée au passage de Le Pen au second tour, mais à "l'Affaire" et au rôle qu'y à joué la presse et le Monde en particulier : il y a un ton "revanchard" donneur de leçon et même sardonique dans le Parti que je trouve très proche de l'attitude de feu Plénel et consorts : le règlement de compte, c'est la pente de l'entreprise depuis le départ.
De mon pont de vue, le Parti, c'est la réaction d'une personne blessée (et pour ne pas l'avoir compris suffisamment tôt, j'ai contribué à aggraver la situation (j'espère que ce message fait exception)).
(en revanche, il y a une forme d'humour très "gidienne", trouve-je, qui court dans toute l'oeuvre, mais, bon je dis ça comme ça, trop légèrement sans doute parce que c'est vrai que moi la littérature, je connais pas vraiment, alors faudra pas me tomber dessus si j'ai dit une connerie, là, présentement. Vaut mieux que je retourne au Droit, jsuis d'accord).

Ma réponse -

-sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient ? Comme le verbe précédent est "je diverge", je suppose que vous pensez que RC rejoint ce qui préexiste. Voici quelques citations datées sur des sujets divers (vous remarquerez qu'il s'agit toujours de passages en capitales):

- Presse incapable d'écrire correctement, de décrire le monde et d'en proposer une interprétation pertinente :

ON VOIT DIRIGER DES MAGAZINES, OU LES PAGES LITTÉRAIRES DES GRANDS QUOTIDIENS, DES GENS QUI DE TOUTE ÉVIDENCE, IL SUFFIT DE LIRE TROIS PHRASES DE LEUR MAIN POUR S'EN RENDRE COMPTE, SONT DES ESPRITS DE TROISIÈME ORDRE, À PEINE CULTIVÉS, ARRIVÉS LÀ DIEU SAIT COMME, QUI NE COMPRENNENT RIEN À RIEN NI AU MONDE ET S'ACHARNENT À LE RENDRE CHAQUE JOUR UN PEU PLUS OPAQUE, UN PEU PLUS OBSCUR À LEURS LECTEURS.
Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été (1982) p.86

- Immigration:

On éviterait bien des pertes de temps dans la lutte contre les différents racismes si l’on admettait qu’une majorité peut-être des propos racistes sont vrais : oui la criminalité est plus forte parmi les travailleurs immigrés, oui les juifs ont une plus forte tendance à la paranoïa, les homosexuels à l’hystérie, etc. Quand j’enseignais dans un collège du Sud, aux États-Unis, les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs.
(Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)
Renaud Camus, Buena Vista Park (1980), "Vérité du racisme":

et

ON NE FERA AUCUN PROGRÈS DANS LA LUTTE CONTRE LE RACISME SI ON NE COMMENCE PAS PAR RECONNAÎTRE QUE NOMBRE DES AFFIRMATIONS DES RACISTES SONT EXACTES: OUI LA CRIMINALITÉ EST PLUS FORTE PARMI CERTAINES COUCHES DE TRAVAILLEURS IMMIGRÉS, OUI LES MAISONS ET LES QUARTIERS OÙ S'INSTALLENT LES NOIRS ONT TENDANCE À SE DÉGRADER PLUS VITE, OUI CERTAINS CHEFS D'ÉTAT DU TIERS-MONDE SONT TOTALEMENT INCOMPÉTENTS.[...] QUAND J'ENSEIGNAIS AUX ETATS-UNIS DANS LE SUD, DANS UNE UNIVERSITÉ PRÉTENDÛMENT «INTÉGRÉE», LES ÉTUDIANTS NOIRS, DANS LEUR ENSEMBLE, ÉTAIENT INDUBITABLEMENT EN RETARD SUR LES BLANCS, ET JE DIRAIS MÊME MOINS «INTELLIGENTS»: LEUR CAPACITÉ D'ASSOCIATION ÉTAIT INFINIMENT MOINDRE, LEUR MÉMOIRE, LEUR APPLICATION. IL NE SERVIRAIT À RIEN DE LE NIER: MIEUX VAUT S'INTERROGER SUR LES RAISONS.
Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été (1982) p.213

- l'emprise de la petite-bourgeoisie sur la culture :

AUX GRANDS INTÉRÊTS FINANCIERS, TELLEMENT CONCENTRÉS QU'ILS NE CORRESPONDENT MÊME PLUS À UNE CLASSE SOCIALE DÉTERMINÉE, LA CONDUITE DES GRANDES AFFAIRES, ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES; À LA PETITE BOURGEOISIE, COMME LOT DE CONSOLATION, LA MAIN-MISE ABSOLUE SUR LA CULTURE, C'EST-À-DIRE LA MAÎTRISE, OU PLUTÔT LA DISPOSITION, DES MÉDIAS.
Ibid, p.230

- le dépérissement de la langue :

[...] MAIS C'EST PRÉCISÉMENT CELA QUI EST INACCEPTABLE AUX YEUX DU DISCOURS DOMINANT, AJOUTA-T-IL EN S'ÉCHAUFFANT VISIBLEMENT: LA DIFFÉRENCE. DÉJÀ ONT ÉTÉ RÉDUITES À NÉANT TOUTES LES SUPERBES LANGUES PROPRES AUX DIFFÉRENTS CORPS DE MÉTIER, QUE LA MÉCANISATION, LA BIEN NOMMÉE, A TUÉES. IL FAUT ABSOLUMENT QUE TOUT LE MONDE PARLE DE LA MÊME FAÇON, C'EST-À-DIRE COMME LA PETITE BOURGEOISIE: LE MOINS DE MOTS POSSIBLE, ET MÊME LE MOINS DE FORMES SYNTAXIQUES. ILS SONT DÉJÀ VENUS À PEU PRÈS À BOUT DU SUBJONCTIF, C'EST L'IMPÉRATIF MAINTENANT QUI EST MENACÉ: —CORALIE TU SORS DE L'EAU, DISENT LES PARENTS SUR LES PLAGES, ET VOUS M'EN METTEZ TROIS BIEN TENDRES , DIT LA DAME À SON BOUCHER. QUE L'ON NE VIENNE PAS NOUS DIRE QUE C'EST PAR DOUCEUR, POUR ÉVITER TROP D'AUTORITARISME: UN ORDRE DONNÉ À L'INDICATIF EST BIEN PLUS AUTORITAIRE QU'À L'IMPÉRATIF, PUISQU'IL SUPPOSE LA VOLONTÉ DE CELUI QUI PARLE AU MOMENT MÊME OÙ ELLE EST PROFÉRÉE. ET AU FUTUR LUI-MÊME ON EST EN TRAIN DE FAIRE UN SORT: JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE NUIT ET VOUS RETROUVE DEMAIN, SUR LA MÊME CHAÎNE, À DOUZE HEURES TRENTE. AUSSI N'AURONS-NOUS PLUS BIENTÔT QU'UN OU DEUX MODES ET DEUX OU TROIS TEMPS. L'ENLAIDISSEMENT DE LA LANGUE, SA BANALISATION, SA SIMPLIFICATION RÉDUCTRICE ÉTAIENT JADIS PERCEPTIBLES DE DÉCENNIE EN DÉCENNIE. MAINTENANT, C'EST D'ANNÉE EN ANNÉE, DE MOIS EN MOIS.
Ibid, p.256

Donc si vous voulez prouver que Renaud Camus ne fait que rejoindre l'air du temps (tandis que je soutiens que son analyse est précurseur), il vous faudra choisir un corpus de journaux et de revues (Le Monde, Le Figaro, trois hebdomadaires? ou le Figaro seul?) parus entre 1975 et 1980 (mettons) et établir des statistiques selon une méthode à définir (ne retenir que les Unes, tous les titres des sommaires, seulement les pages "société"?) sur les idées développées et l'air du temps: sur les différents thèmes que j'ai illustrés de citations datées, Renaud Camus ne fait-il que rejoindre des idées présentes ailleurs? (Je vous rappelle tout de même qu'en 1981, Mitterrand est élu. Les idées camusiennes de l'époque vous paraissent-elles représentatives de ce que peut signifier (de ce qu'a signifié) une telle élection?)


Concernant le "passage à l'acte", il n'y a rien à débattre: question de réactions personnelles. Pour ce qui est de RC, vingt ans de réflexions (1982-2002) me paraît un délai raisonnable, surtout quand on considère que l'évolution du monde dans l'intervalle n'a pu que le conforter dans ses premières observations.


La création du Parti ne me semble absolument pas liée au passage de Le Pen au second tour, mais à "l'Affaire" et au rôle qu'y à joué la presse et "le Monde" en particulier
Pourquoi pas, mais je ne vois rien dans les journaux 2000 et 2001 pour étayer votre croyance tandis que nous disposons de pages précises dans Outrepas pour dater l'idée du parti. Evidemment, le journal ne dit pas tout, comme tout texte littéraire, il est mise en scène, mais une mise en scène des détails (que choisit-on de raconter, et comment). Je ne vois pas pourquoi RC aurait dissimulé deux ans cette idée de parti si elle avait germé plus tôt.
S'il fallait dater le ressentiment à l'égard du Monde, je le ferais remonter aux Eglogues (plus le temps de le prouver par le texte. Dans cette enquête, Poirot-Delpech est le méchant, selon moi (je le pense, en plus)).

En soi, ça n'a pas grande importance, que l'idée du parti date de l'Affaire ou du premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Ce qui me turlupine, c'est —pardonnez-moi— votre manque de rigueur: vous ne vous appuyez pas ou plus sur les textes, vous êtes entièrement dans l'intuition. Pourquoi vous permettez-vous à ce moment-là, sur ce sujet-là, une extrapolation que jamais vous ne vous permettriez ailleurs?

Enfin bon. Vous devez bien vous doutez que ce qui m'intéresse le plus, c'est votre allusion à l'humour gidien. (Comme si j'étais jamais tombée sur qui que ce soit dès que ce genre de pistes était évoquée!) C'est justement là que les choses deviennent intéressantes pour un lecteur: où peut-il trouver dans le texte ce qui fait naître un sentiment, une sensation? Qu'est-ce qui lui permet de remonter à l'origine (nous y voilà) d'un ressenti diffus? Lent travail de lecture et d'observation de soi-même.
Mais bon. Vous allez me répondre que vous n'avez pas le temps...

Réponse de RP - Objet : Mythologies

1° je vais vous décevoir parce que je ne vais pas prendre le temps d'aller rechercher dans les bibliothèques les preuves de ce que j'avance, mais je vous assure que dans les années soixante-dix tous les partis de gauche passaient leur temps à dénoncer les puissances de l'argent qui contrôlaient les médias, presse, maisons d'édition et télé... publique.
2° Je suis d'accord avec vous sur le fait que Renaud Camus est un des rares, apparemment, à avoir déploré la "déréliction" de la langue parlée (si j'ose dire), l'abandon des formes au profit de l'expression spontanée "naturelle". Mais, la dénonciation des mythes petits-bourgeois était déjà entreprise par Barthes, sous forme plaisante, dans Mythologies, par exemple. Quant à la dénonciation des dérives de l'Ecole, A. Finkielkrault l'avait fait au milieu des années 80 avec "La défaite de la Pensée". Au demeurant, si ce livre a marqué, c'est qu'il venait de la gauche, parce que sinon la droite, le Figaro pour faire court, ne se privait pas de dénoncer la faillite de l'école publique (qu'elle prenait garde d'éviter à sa progéniture).
Le Journal nous apprend qu'à cette époque Renaud Camus votait pour Mitterrand, avant de se rallier à Chevènement... et aujourd'hui à Villiers. Pour moi, cette évolution n'a rien de condamnable (la mienne est "pire", je pense), mais il serait bon d'expliquer les raisons du caractère tardif et brutal du changement d'engagement politique de RC, plutôt que de relever la seule continuité apparente de ses réflexions.

Message de Jean-Marc Bonnet en réponse à RP

Bien cher ami,
Vous évoquez un "changement brutal "de la part de Renaud Camus.
Mais ce changement n'est-il pas celui de beaucoup ? vous nous citez Chevènement. Il y a loin du CERES à ses positions actuelles...
En fait, n'y a-t-il pas un glissement fort vers une quête de l'identité ? (je vous rappelle la mitterrandienne affiche sur fond de clocher).

Réponse de RP - Objet : D'accord

je partage votre impression, que j'essaie bien maladroitement d'exprimer à Valérie (je n'ai pas hélas votre amabilité naturelle)

Message de VS - Objet : brutal

N'essayez ni d'être adroit, ni d'être gentil (quoiqu'un jour, pour voir...), essayez d'être précis : de quand datez-vous votre "changement brutal"?

Je vois pour ma part un lent ajustement entre les idées et les actes. Les idées ont toujours été de ou à droite, ce n'est que récemment (2000 et l'Affaire? ou 1994 et l'écriture de La Campagne de France? ou 2002 et le vote Chevènement? comme vous voudrez) que les prises de position politiques se sont finalement alignées sur les idées. En d'autre terme, le pragmatisme a été victorieux de l'idéalisme. Le parti ne serait que le dernier avatar de cet aligement des actes sur les idées.

En d'autres termes, le plus étrange était finalement le vote de gauche, anomalie reconnue par Renaud Camus lui-même: «Je suis bien obligé de «voter à gauche», car si j'étais un «homme de droite», mes opinions sont tellement réactionnaires qu'elles en seraient intolérables ; tandis qu'ainsi je suis un peu protégé.» (Journal Romain, 14 février 1986)

Message de RP - Objet : Ni adroit, ni gentil

Oh mais si vous me cherchez je vous dirais bien que le vote de gauche était motivé par l'homosexualité (la gauche militait pour la liberté des gays, la droite résistait, avec une expérience familiale particulièrement traumatisante), la fréquentation de Barthes (j'ai relu son Mythologies brûlot anti-petit-bourgeois: c'est nul, ou presque (sauf le titre d'un chapitre "Bichon chez les nègres")) et autres milieux branchés "d'avant-garde", etc.

Le passage à droite (qui est effectivement retour à la source) coïncide avec "l'installation" au château, l'achat d'un téléviseur (fini le Quetzal !) et les problèmes afférents:
- problèmes fiscaux divers, notamment avec le don qui a permis d'acheter le chateau, qui réactive le souvenir cruel de la perte de la maison familiale des Garnaudes
- problèmes sentimentalo-maghrébins : épisode de Farid Tali, avec la mère dudit qui passe son temps à chercher des aides sociales
- problème d'employeur victime du mauvais peuple : licienciement jugé abusif d'une amie secrétaire passagère de Pli contre Pli
- ...

Résumé de l'évolution politique:
- à gauche de la majorité du PS quand il était dans l'opposition (le CERES était quand même très "lutte des classes", je vous assure)
- à gauche quand elle gouverne (augmentation de l'IR, création de l'ISF, régularisation des "sans-papiers", décentralisation etc.)
- vert quand les verts gouvernent avec le PS (les verts sont pour le droit de vote des étrangers à toutes les élections, une forte fiscalité redistributive, le métissage etc.)
- à droite (de la droite) quand elle gouverne.

Ce n'est pas de l'opportunisme, c'est du légitimisme.

Et toc !

ps: Pour être sérieux, il va de soi qu'il y a des raisons essentielles, ontologiques, au passage à droite, à commencer par la bêtise sans limite de la bien-pensance de gauche.

Message de VS - Objet : Examen

Oh mais si vous me cherchez Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? :-) (Faites attention à ne pas dépasser votre pensée, je m'en voudrais!)

je vous dirais bien que le vote de gauche était motivé par l'homosexualité : je peux adopter cette interprétation. Elle est plausible, le Fhar était tout de même plus apprécié de RC qu'Arcadie!

le passage à droite (qui est effectivement retour à la source) : bon. [re :-)]

Message de VS - Objet : Antériorité et observation

Ce message répond au message "intitulé "Mythologies" de RP, trois messages plus haut.

Ne me souvenant plus de votre formulation exacte, je réfléchissais à ce que pouvait signifier "rejoindre". A tout moment, toutes les idées coexistent dans une société («De tout temps les hommes...» comme on nous apprend qu'il ne faut pas commencer les dissertations), mais il existe un discours dominant, un air du temps. Il peut arriver que les discours minoritaires, venus de différentes sources, se rejoignent et deviennent un courant plus fort. Le vent tourne, si je peux mélanger mes métaphores.
Si c'était le sens que vous donniez à "rejoindre", c'était un sens que je pouvais accepter.

Etait-ce ce que vous vouliez dire? J'ai donc repris votre phrase: sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient : non, il apparaît nettement que vous semblez faire de RC un suiveur. Je ne suis pas d'accord.

Les contre-exemples que vous donnez (Devaquet, Finkielkraut) datent de 1986 et 1987. La dénonciation par les partis de gauche des puissances de l'argent est justement une dénonciation petite-bourgeoise.
La sensibilité au Figaro sera toujours démontrable si vous voulez la démontrer, je pense que dans le même temps je pourrais démontrer une sensibilité à L'Humanité. Je suis sérieuse: en sciences sociales, l'écueil est ce filtre que joue l'esprit du démonstrateur, le risque est toujours de ne filtrer que ce qui va dans son sens.
Cependant, allez donc lire les entrées Pasqua à l'index de Journal romain : «Mais je me demande si la Restauration ne ressemblait pas à ce que nous avons sous les yeux: cette morgue, cette insolence, ce mépris affiché pour les principes du droit, cette fière ignorance de ce que peut être l'Etat.» (13/07/1986) Cela ne sonne pas très Figaro. A la même époque, un caricaturiste ne représentait plus Pauwels que coiffé d'un préservatif, à cause de ses positions sur le sida (de mémoire, mais je crois ne pas me tromper).

Mais nous sommes déjà en 1986. Mes exemples datent de 1980 et 1982. J'ai retenu quatre noms, souvent cités pour leur opposition à l'air du temps, chacun dans des genres et des styles différents Philippe Muray, Alain Finkielkraut, Maurice-G Dantec, Marc-Edouard Nabe, et je suis allée voir sur Amazon la date de leur premier ouvrage sur les sujets de société qui nous préoccupent. - P Muray, le XIXe siècle à travers les âges (1984) - A Finkielkraut La Défaite de la pensée (1987) - M-G Dantec La Sirène rouge (1993) - M-E Nabe Le Bonheur (1988)

Il reste l'influence de Barthes. Pourquoi pas. Antoine Compagnon classe Barthes dans les "antimodernes". Mais je ne vois pas très bien Barthes en influenceur du Figaro...

Je maintiens l'antériorité de RC sur les sujets évoqués plus haut. Ce n'est pas tant l'antériorité qui m'importe, d'ailleurs, que la singularité d'une réflexion qui refuse qu'on lui dicte ce qu'elle doit penser: je maintiens que les conclusions auxquelles est parvenu Renaud Camus proviennent directement de son observation du monde. Lorsqu'il lit les journaux, ce n'est pas pour s'émouvoir ce ce qu'ils racontent, mais du style dans lequel ils écrivent, quand il traverse la France, il ne la regarde pas à travers l'enthousiasme des économistes (c'est formidable, telle région se développe, la campagne se repeuple) mais à travers ses propres yeux en y appliquant ses propres goûts, etc.

En d'autres termes, RC me paraît très peu influençable, et la thèse qu'il rejoigne, dans le sens de "suivre", des idées qui préexistent me paraît absurde: tout au plus dirai-je qu'il a fortuitement les mêmes idées qu'une poignée de personnes au même moment (ou plus qu'une poignée, mais ça, c'est plutôt le débat actuel que celui de 1982-1986).
A la limite, ce qu'on pourrait lui reprocher, ce serait plutôt l'inverse: de vouloir s'en tenir à ce qu'il observe, aux données de l'observation immédiate, sans prendre en compte les chiffres des statistiques, sans vouloir apprendre à décrypter les méthodes des experts, sans vouloir faire de sociologie ou de macroéconomie, sans croire les discours: rien ne compte davantage que ses propres yeux.
C'est une méthode iconoclaste, je comprends qu'elle mette en rogne un universitaire, mais c'est une méthode qui n'est pas forcément invalide dans la mesure où l'observation du réel à travers des statistiques, toujours construites et interprétées, n'a pas démontré une plus grande fiabilité ou utilité quand il s'agit de décider que faire.

Message de RP - Objet : Vous mélangez tout

Je rentre tardivement at home, suis très fatigué, mais comme les messages ne paraissent que 72heures après leur envoi, autant ne pas perdre de temps.

Je n'ai pas dit que tout RC rejoignait l'air du temps, fort heureusement (je doute que Tricks se lise tous soirs dans les chaumières de Normandie ou du 7ème arrondissement, non plus que Passages et autre Eté : je suis un fervent camusien, excommunié, mais persévérant).

J'ai dit seulement que les positions du Parti sur quelques (pas tous) sujets "sensibles" retrouvent les positions du Figaro et de son lectorat traditionnel (et familial) :
1° la dénonciation du "fiscalisme" et singulièrement des impôts progressifs (et donc redistributifs)
2° la dénonciation de l'immigration et singulièrement de l'invasion musulmane
3° la dénonciation du relativisme culturel et l'affirmation de la hiérarchie des cultures (et des "races" entendre"civilisations" avec l'une moins égale qu'une autre)
4°la dénonciation des méfaits de l'égalitarisme, à l'école tout spécialement
5°la dénonciation des sociétés de méfiance, du rapport de force, (opposées aux sociétés de la "confiance", du contrat, cf. les travaux d'A. Peyrefitte* de l'Académie française, quand il fut Professeur au Collège de France (!!!))
etc.
Vous n'allez quand même pas me dire qu'il ne s'agit pas du fond commun de la Droite française traditionnelle et de son journal de référence (même new look) ?

Certes vous pourrez toujours arguer de l'antinatalisme du Parti pour l'opposer au Fig., mais vous conviendrez que depuis la mort de Michel Debré, les vaticinations de P. Chaunu se font plus rares dans ce journal et dans ce milieu)

Quant aux propos d'Eric Zémour sur Chirac ils valent bien ceux de RC sur Pasqua (la droite intellectuelle s'émancipe !)

  • A propos, le livre Autour d'A.Peyrefitte, valeurs et modernité qui sont des "Mélanges" à la gloire dudit, ... n'est pas de meilleure qualité que les "Mélanges" universitaires ordinaires. Tout fout le camp...

Message de VS - Objet : Poor you

Je mélange tout, mais vous vous relisez mal (à moins que vous ne sachiez pas ce que vous écrivez) : ce n'est pas moi qui ai écrit «sont-ce les idées politiques r-camusiennes qui se répandent ou bien Renaud Camus qui rejoint celles qui préexistaient.»

Moi ça m'est égal de penser comme le Figaro, que RC pense comme le Figaro, que le parti pense comme le Figaro, tant que vous ne venez pas insinuez qu'il y a copiage (jonction, je veux bien, disais-je). J'ai finalement l'impression que le plus difficile pour vous, c'est d'admettre que vous pensez comme le Figaro.

Message de RP - Objet : So sorry

Je suis désolé que le titre du message vous ait froissée : je n'avais aucune intention de le faire. Il y a que je me sentais moi même un peu blessé de me voir intenter un procès que je ne paraissais pas mériter :
je n'ai jamais pensé
1°que l'oeuvre de RC se réduisait à un travail journalistique.
2° que RC était "opportuniste"
ce que vous sembliez me faire dire.

Je maintiens seulement que "les idées politiques" que défend aujourd'hui Renaud Camus, me paraissent :
1°très éloignées de celles qui étaient celles d'un "militant" (très relatif je sais) du CERES (courant interne au PS), d'un électeur de F. Mitterrand puis de JP Chevement et/ou des Verts : cf. ma remarque sur la phrase imputant les faiblesses des noirs au racisme
2° conformes à l'évolution d'une bonne partie de l'opinion publique

Ce qui me désole, ce n'est pas le virage à droite, qui m'est complètement indifférent (je ne vote plus depuis de longues années, et mon incivisme me paraît plus désolant (poor de moi en effet) qu'un vote pour la Droite, surtout que celle-ci reste très pasteurisée), c'est que RC s'abaisse parfois à des procédés journalistiques (pas de vérification des sources, utilisation de documents de troisième main, allégations sans preuve, reprise "a-critique" des propos des journalistes-amis, etc.) dont il a été la victime directe (cf. nos débats sur l'impôt, le taux de succès d'une génération au bac, les droits des étrangers, etc.)

Message de VS - Objet : (finalement, je comprends qu'on lasse)

Moi (par ordre chronologique) : Le site du parti permet de s'apercevoir que les idées r-camusiennes sont bien plus répandues et partagées qu'il ne le semblait au premier abord.

Vous : Je maintiens seulement que "les idées politiques" que défend aujourd'hui Renaud Camus, me paraissent [...] conformes à l'évolution d'une bonne partie de l'opinion publique.

Euh...

Lady Morgan

Guillaume Cingal a cité incidemment cette phrase, et Renaud Camus a aussitôt demandé des renseignement sur cette dame:

Egotism is the sin of my autobiography, and vanity naturally takes the pen to trace its dictation.

Sydney Owenson, Lady Morgan. Passages from My Autobiography, 1859.

PS le 12 août 2009

Il reste à vérifier qu'elle apparaît effectivement dans L'Amour l'Automne. A suivre.

L'ombre gagne

Qu'est devenu ce texte? : il a été publié en 1995, il faut donc chercher dans les journaux de 1995 à 1997 ou 1998 et dans les livres écrits durant cette période (L'épuisant désir de ces choses?) pour essayer d'en retrouver des traces.

J'ai l'impression que "l'Affaire" a condamné 325 g, qui doit dormir dans les profondeurs informatiques. La dernière évocation de ce livre que je connaisse date de mai 2000 et se trouve ici:

La référence à L'Ombre gagne, devenu 325g (le poids du volume), et qui ressemble beaucoup en effet à lOpus Niger' dont il est question dans L'Epuisant Désir de ces choses, est très délicate dans le contexte actuel, essentiellement journalistique, pour le meilleur et pour le pire, c'est-à-dire éminemment a-littéraire, si ce n'est anti-littéraire. En même temps il ne s'agit pas du tout de s'abriter derrière la "littérature" pour échapper à ses responsabilités. Je pense que rien n'est plus "responsable" que la littérature. Et je suis de ceux qui pensent que Brasillach (auquel on m'a gracieusement comparé, dans la non-polémique actuelle) n'avait pas volé les balles qui l'ont percé. Cela dit L'Ombre gagne ou 325 g relèvent d'un projet littéraire ou même "philosophique" - si je puis le dire pas trop prétentieusement - qui n'a pas grand-chose à voir avec l'écriture simplette d'un journal, ni avec la controverse actuelle. Il s'agissait de rendre à l'expression déconsidérée "roman d'idées" son sens plein, et de faire un "roman" où les idées seraient les seuls personnages : les bonnes, les gentilles, les monstrueuses, les idiotes, les banales, les inattendues, les révoltantes, etc., toutes, en un carrousel assez semblable, toute proportion de génie gardée, à Bouvard et Pécuchet auquel était d'ailleurs emprunté l'exergue ("Cependant, entre les idées innocentes et les criminelles, comment faire la différence ?") [citation très inexacte, excusez-moi, je suis en voyage]. Il s'agissait d'explorer tout ce qui peut être pensable. Et le prix à payer pour ce privilège redoutable, c'était de commencer par ce qui me semblait le plus absolument inadmissible, et ce qui me semblait le moins pouvoir un seul instant (croyais-je) m'être attribué : l'antisémitisme, en l'occurrence délirant, ou bien l'opinion à peine moins répugnante que le sida était le juste châtiment des homosexuels, une vraie bénédiction du ciel du point de vue moral, la preuve que Dieu s'était réveillé et faisait enfin son travail. Une fois qu'on a passé ce barrage de l'inadmissible absolu, tout peut être pensé un moment - et non pas cru, bien entendu. Il s'agit d'un roman. Et il n'y est pas d'idée qui ne rencontre son contraire rigoureux, de sorte que celui qui les émet est un personnage impossible, personne, Personne, Ulysse Personne, dans L'Epuisant Désir de ces choses. Ce n'est nullement mon cas et l'auteur de La Campagne de France'', lui, est bien présent même si on ne lui donne guère la parole. Il vous répond du mieux qu'il peut.

L'Ombre gagne n'a jamais été publié, plusieurs éditeurs l'ayant refusé, soit qu'ils l'aient jugé exagérément scandaleux, soit qu'ils n'en aient pas compris le projet, soit que ce projet soit confus ou imbécile, ce qui se peut, soit que sa réalisation soit insatisfaisante littérairement. Mais le statut de "non-livre" va assez bien à cette oeuvre de "Personne", connue seulement par ouï-dire et par d'obscures références. Le rapprochement avec la crise actuelle est à la fois inévitable et absurde - inévitable d'un point de vue journalistique, absurde d'un point de vue littéraire ou "philosophique"; sauf peut-être (éventuellement) à un niveau très profond, très complexe, très ombreux, pour le coup, et qu'il faudrait un siècle pour explorer. Je doute qu'il me soit accordé.»

Mais sans doute savez-vous tout cela par cœur. Pour ma part, je n'ai rien rencontré de plus récent sur le sujet.

Guillaume a fait quelques photos sur le thème.

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