Et puis, surprenant, cette évocation d' Eloge du paraître dans un contexte médical :

Puisque l’adolescence aime bien se montrer par son apparence, il est curieux que celle-ci soit négligée par la culture éducatrice ambiante au profit d’un soit-disant « être » qui serait tapi sous chaque identité. Or le paraître, comme le langage, participe du code, et une attention faite au langage ne saurait se passer de la manière dont l’individu se donne à voir dans le paraître. Nous voulons souligner, comme l’indique Renaud Camus (7), que « le paraître est du côté de la civilisation. C’est le moins qu’il puisse faire, puisque c’est lui qui l’a créée ». Si nous acceptons cette hypothèse sur laquelle nous pourrions disserter infiniment, un adolescent, comme tout homme, sort de la barbarie le jour où il se voit, comme le dit encore Renaud Camus, « dans un miroir ou dans le cours, Narcisse, d’une onde claire ». L’éducation par la parole, et celle par les formes symboliques diverses, comme mesure préventive, se double de la nécessaire prise en compte des modalités de paraître, non celles du consumérisme marchand des marques commerciales et des modes adolescentes, mais celles du souci de la forme ou des formes travaillées dans le rapport à soi et aux autres. Symbolisation, expression langagière, nomination des émotions, souci travaillé du bien paraître, comme moyens de faire entendre ce qui se vit mal, nous semblent des viatiques incontournables de prévention de l’idéation suicidaire chez l’adolescent.


source
le 16/04/2008