Qu'est devenu ce texte? : il a été publié en 1995, il faut donc chercher dans les journaux de 1995 à 1997 ou 1998 et dans les livres écrits durant cette période (L'épuisant désir de ces choses?) pour essayer d'en retrouver des traces.

J'ai l'impression que "l'Affaire" a condamné 325 g, qui doit dormir dans les profondeurs informatiques. La dernière évocation de ce livre que je connaisse date de mai 2000 et se trouve ici:

La référence à L'Ombre gagne, devenu 325g (le poids du volume), et qui ressemble beaucoup en effet à lOpus Niger' dont il est question dans L'Epuisant Désir de ces choses, est très délicate dans le contexte actuel, essentiellement journalistique, pour le meilleur et pour le pire, c'est-à-dire éminemment a-littéraire, si ce n'est anti-littéraire. En même temps il ne s'agit pas du tout de s'abriter derrière la "littérature" pour échapper à ses responsabilités. Je pense que rien n'est plus "responsable" que la littérature. Et je suis de ceux qui pensent que Brasillach (auquel on m'a gracieusement comparé, dans la non-polémique actuelle) n'avait pas volé les balles qui l'ont percé. Cela dit L'Ombre gagne ou 325 g relèvent d'un projet littéraire ou même "philosophique" - si je puis le dire pas trop prétentieusement - qui n'a pas grand-chose à voir avec l'écriture simplette d'un journal, ni avec la controverse actuelle. Il s'agissait de rendre à l'expression déconsidérée "roman d'idées" son sens plein, et de faire un "roman" où les idées seraient les seuls personnages : les bonnes, les gentilles, les monstrueuses, les idiotes, les banales, les inattendues, les révoltantes, etc., toutes, en un carrousel assez semblable, toute proportion de génie gardée, à Bouvard et Pécuchet auquel était d'ailleurs emprunté l'exergue ("Cependant, entre les idées innocentes et les criminelles, comment faire la différence ?") [citation très inexacte, excusez-moi, je suis en voyage]. Il s'agissait d'explorer tout ce qui peut être pensable. Et le prix à payer pour ce privilège redoutable, c'était de commencer par ce qui me semblait le plus absolument inadmissible, et ce qui me semblait le moins pouvoir un seul instant (croyais-je) m'être attribué : l'antisémitisme, en l'occurrence délirant, ou bien l'opinion à peine moins répugnante que le sida était le juste châtiment des homosexuels, une vraie bénédiction du ciel du point de vue moral, la preuve que Dieu s'était réveillé et faisait enfin son travail. Une fois qu'on a passé ce barrage de l'inadmissible absolu, tout peut être pensé un moment - et non pas cru, bien entendu. Il s'agit d'un roman. Et il n'y est pas d'idée qui ne rencontre son contraire rigoureux, de sorte que celui qui les émet est un personnage impossible, personne, Personne, Ulysse Personne, dans L'Epuisant Désir de ces choses. Ce n'est nullement mon cas et l'auteur de La Campagne de France'', lui, est bien présent même si on ne lui donne guère la parole. Il vous répond du mieux qu'il peut.

L'Ombre gagne n'a jamais été publié, plusieurs éditeurs l'ayant refusé, soit qu'ils l'aient jugé exagérément scandaleux, soit qu'ils n'en aient pas compris le projet, soit que ce projet soit confus ou imbécile, ce qui se peut, soit que sa réalisation soit insatisfaisante littérairement. Mais le statut de "non-livre" va assez bien à cette oeuvre de "Personne", connue seulement par ouï-dire et par d'obscures références. Le rapprochement avec la crise actuelle est à la fois inévitable et absurde - inévitable d'un point de vue journalistique, absurde d'un point de vue littéraire ou "philosophique"; sauf peut-être (éventuellement) à un niveau très profond, très complexe, très ombreux, pour le coup, et qu'il faudrait un siècle pour explorer. Je doute qu'il me soit accordé.»

Mais sans doute savez-vous tout cela par cœur. Pour ma part, je n'ai rien rencontré de plus récent sur le sujet.

Guillaume a fait quelques photos sur le thème.