Billets pour la catégorie Renaud Camus hors textes :

Encore une histoire drôle

En somme, j'aurai passé toutes ces années à défendre Rémi Pellet sur la SLRC pour lui permettre en fin de compte de m'y censurer.

Hésitations

Colloque au Collège de France sur "Responsabilité de la littérature dans l'entre-deux-guerres : cas d'espèce et questions théoriques". Aujourd'hui il s'agissait de «Gide et la NRF».
Nous avions été prévenus par Fabrice Picandet qui tient le blog e-gide (un must pour tous ceux qui veulent se tenir au courant de "l'actualité" gidienne), ce qui nous a permis de rencontrer également Philippe Brin qui s'intéresse lui à Roger Martin du Gard. (Et Patrick Chartrain à Claude Mauriac: en fait, à nous tous, nous finirons par ressembler aux fugitifs de la fin de Farenheit 431, représentant chacun non un livre, mais un auteur.)

Pause dans la matinée. Nous nous présentons, nous discutons un peu, j'avoue mon embarras concernant ce blog depuis que Renaud Camus a déclaré se ranger aux côtés de Marine Le Pen: je n'ai aucune envie d'écrire des billets politiques (ce n'est pas tant qu'il n'y ait rien à en dire qu'il me semble en avoir dit ce que j'avais à en dire et que je n'ai rien à y ajouter. Au mieux le sujet[1] m'agace, au pire il m'attriste[2], mais je crains de donner une impression de fuite (de mes responsabilités, justement) si je traite de la seule activité qui me paraît sérieuse dans les activités camusiennes, la littérature (la seule qui me paraît sérieuse[3]: ce matin, Gide cité et recité insistait sur l'importance de se consacrer d'abord au futur, au long terme, à l'œuvre, à la forme… (sigh))

Mes interlocuteurs ont été aimables et même plus, encourageants, déplorant que la possibilité de débattre qui existait entre les deux guerres ait totalement disparu.
Je suis toujours surprise de m'apercevoir que dans ce genre de rencontre tout le monde connaît Renaud Camus (surprise parce qu'il est si peu souvent cité par ailleurs) — et ceux qui le lisent le plus naturellement dans ses livres les plus ésotériques sont les lecteurs de Mallarmé, Proust, Roussel, habitués à ne pas se laisser rebuter.

Enfin bon. Tout cela pour dire que je remercie mes interlocuteurs. Ils m'ont donné le goût d'envisager de me remette à écrire ici régulièrement. Reste la question de l'emploi du temps.

2-2-36. L’emploi du temps est la seule vraie question morale, celle qui contient toutes les autres. Dis-moi ce que tu fais de tes journées, je te dirai ce que tu vaux. […]
Renaud Camus, Vaisseaux brûlés

Notes

[1] Pas le sujet de l'immigration: le sujet tel qu'il est traité par Renaud Camus, qui applique désormais à ses interlocuteurs/adversaires tout ce qu'il leur reprochait: l'arme absolue de langage, qui prend la forme non de l'accusation de racisme mais de celle de stupidité. Si vous n'êtes pas d'accord avec lui, ce n'est pas que vous avez quelques raisons de douter — si ce n'est du diagnostic, au moins de la cure — non, c'est que vous avez le cerveau ramolli par la propagande et que vous êtes incapable de penser, idiots (inconscients) que vous êtes.

[2] Ce matin, le nom de Maurras a souvent été prononcé, entre autres pour faire remarquer que pendant toute une époque, si Gide tenait la NRF éloignée de la politique en prônant l'art pour l'art, c'est sans doute qu'il se sentait proche des idées politiques de Maurras qui lui voulait mettre l'art au service du politique; et je me souvenais de ce mot de Jean-Yves Pranchère me disant: «Au lieu de proclamer qu'il n'a pas lu Maurras, Renaud Camus ferait mieux de le lire!»

[3] Mais peut-on réellement séparer éthique et esthétique? Pour Gide, non (toujours ce matin). Et pour moi la question devient: n'est-ce pas lâche de ma part? Ah, ce n'est pas facile.

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