(Quand j'écris: "lire Renaud Camus", comprendre les "vrais" livres, pas les conférences données devant des auditoires d'extrême-droite ou les anthologies de communiqués du PI (en résumé, pas ce qui mène désormais RC à souhaiter avoir le succès de Dieudonné (cf l'entrée du journal du 6 mai 2013). Mon Dieu, que nous sommes loin du temps où les références étaient Chateaubriand, Nabokov ou Claude Simon.) (Et j'imagine déjà Renaud Camus s'exclamer: «Mais ce n'est pas du tout ce que j'ai écrit, ce que j'ai écrit, c'est que…». C'est toujours son excuse: nous déformons ses paroles, nous ne le comprenons pas (ce qui sous-entend que nous sommes soit stupides (hébétés), soit malveillants). Mais il est également possible que nous le comprenions mieux que lui-même (je songe à ce texte d'Emmanuel Carrère qui m'avait tant plu quand je l'avais découvert (c'était en août 2002, tout au début de ma lecture de RC): «Au fond, la limite de Renaud, c’est qu’il croit qu’il n’a pas d’inconscient». Or jamais l'inconscient n'a paru parler plus fort, crier presque: «Regardez-moi! Regardez-moi!»))).

J'en viens donc à cette impression annoncée en titre :
Le texte, orphelin de son père, l'auteur, devient l'enfant adoptif de la communauté des lecteurs. Incapable de se porter secours à lui-même, il trouve son pharmakon dans l'acte de lecture. Mais cela ne pas sans conflit, comme je vais l'esquisser trop brièvement. La conjonction entre écriture et lecture n'est pas une accolade tranquille.

Paul Ricœur, "Eloge de la lecture et de l'écriture", in Etudes théologiques et religieuses 64, 1989, P.403
Quand je "lis Renaud Camus" (les guillemets pour reprendre les parenthèses ci-dessus), j'ai l'impression désormais de prendre soin d'un enfant abandonné par son père parti courir la gueuse politique.

Serons-nous, lecteurs, assez forts pour défendre cet enfant contre son père? Je me sens démunie. Il va y falloir beaucoup de temps, d'efforts et de courage. Certains pensent me réconforter en me disant des choses du style «Mais non, on le lira encore, regarde, on lit Drieu La Rochelle».
Mais moi je ne rêvais pas de Drieu La Rochelle pour [l'œuvre de] Renaud Camus, mais de [la reconnaissance accordée à] Gide ou de Claude Simon (oui, surtout Claude Simon, à cause de l'invention d'un nouveau type non-narratif).

Les textes ont conservé leur valeur, mais qui les lira, et quand, et pour leur faire dire quoi ?