Billets pour la catégorie Travers III ch.3 :

Renaud Camus - L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 1 (creusement)

Vers l'amont.

* C’est seulement quelques mois, ou même quelques années plus tard que se manifestèrent chez lui les premiers symptômes publics de la grave maladie cérébrale qui sans doute l’avait incité, ou contraint, à présenter à la reine sa démission ; et qui devait l’obliger, assez vite, à renoncer également à son mandat de député, et à vivre désormais dans la retraite. La tradition fait remonter de nombreuses variantes. The vegetation, as might be supposed, is scant, or at least dwarfish. Néanmoins ce n’est pas de ce mal-là qu’il est mort, longtemps après, mais d’un cancer ** du côlon.
Ibid, p.149

Proposition d'analyse :

C'est seulement quelques mois ou même quelques années plus tard que se manifestèrent chez lui les premiers symptômes publics de la grave maladie cérébrale qui sans doute l'avait incité, ou contraint, à présenter à la reine sa démission; et qui devait l'obliger, assez vite, à renoncer également à son mandat de député, et à vivre désormais dans la retraite.

maladie cérébrale => thème de la folie
reine => motif récurrent: les reines d'Angleterre (Mary, Victoria), les têtes couronnées (rois, reines, impératrices, souvent en exil).

La tradition fait remonter de nombreuses variantes.

La légende (voir Tristan, p.152.)
Il se retire à cause d'une maladie, il meurt d'une autre: les composantes de la légende selon Saussure, ce qui va permettre une mémoire instable, oublieuse, qui mélange les faits (la légende fait varier soit les noms, soit les événements).

The vegetation, as might be supposed, is scant, or at least dwarfish.

Poe, Le scarabée d'or ou The gold Bug.
A noter dans l'exergue de la nouvelle "Tout de travers" (traduction de Baudelaire de "All in the Wrong" : tout faux? l'erreur est partout?) Retenir également le nom de Legrand. "gold" permet de passer à monnaie, puis vers Marx ou Monet (quand ce n'est pas "mon nez" (camus)...)
Le scarabée d'or, c'est aussi une nouvelle analysée par Ricardou dans Pour une théorie du Nouveau Roman. (N'oublions pas la dette avouée, revendiquée, de Camus envers Ricardou, grand lecteur de Poe.)

Néanmoins ce n'est pas de ce mal-là qu'il est mort, longtemps après, mais d'un cancer ** du côlon.

«Le seul avantage que je vois au cancer du côlon, c'est que, du point de vue de mes Eglogues, il est impeccable» (Rannoch Moor, p.164).
cancer => crabe, (début de La chambre de Jacob: «Oh! a huge crab»), déplacement de travers (voir Le scarabée d'or), contient a,r,c, les lettres fondatrices à double titre: «arké c'est tout de même le commencement et le pouvoir, et tout le grand arc des apparentements idoines» (Rannoch Moor, p.663))
côlon => Colomb, indien.

Harold, Wilson concentre autour de lui tout ce qu'aurait pu inventer Renaud Camus dans une fiction pour faire tenir ensemble différents mots leitmotiv de ses Eglogues: son prénom, son nom, 1976, cancer (crabe), folie (maladie mentale), mort: ces mots sont fournis là par "la réalité" (réalité: toujours entre guillemets, disait Nabokov).
Evidemment, cela fonctionne aussi à l'inverse: c'est parce qu'Harold Wilson a démissionné que Renaud Camus a choisi Harold et Wilson... Oui et non: William Burke (amant américain de Renaud Camus durant les années 1970) s'appelait William indépendamment des Eglogues, et Poe a écrit une nouvelle sur le double intitulée William Wilson et c'est un Harold qui a écrit sur Crane, et il existe bien deux auteurs du nom de Crane, dont l'un s'appelle Stephen, tandis que le Harold biographe s'appelle Bloom, Bloom et Stephen appellent Shakespeare, soit un autre William...
Ici intervient la fascination des Eglogues: que le réel fournisse obligeamment du matériel, des phrases, qui prennent place sans effort dans la fiction. Il y a réellement (en tout cas pour moi) existence ou création d'un entre deux, la possibilité d'une vie entre les pages.


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Suivre les étoiles

J'ai parlé de la difficulté de lire le chapitre III, non qu'il soit difficile (le seul chapitre réellement difficile est le sixième, parce qu'il est compact), mais il faut trouver une méthode, et l'on hésite perpétuellement entre lire par page ou lire par fil.

Nous avons vu un exposé intégral du premier fil; et nous avons commencé une lecture par page, ou plutôt par "feuille", en prenant en considération l'ensemble de ce qui se présentait sous nos yeux lorsque le livre était ouvert (page 149, pages 150-151, pages 152-153).

Sur une remarque de Philippe, je tente une autre approche : « suivre les étoiles ». Il s’agit de suivre un fil jusqu’à la première note * que l’on rencontre, descendre alors lire cette note *, qui elle-même contient une note **, descendre lire cette note **, et ainsi de suite.
A la fin d’une note, la lecture normale consiste à revenir à la note précédente. Cette façon de lire est la plus naturelle à l’écran (pour passer au fil suivant il faut cliquer sur l'étoile ou les étoiles: quand il n'y en a qu'une, c'est peu visible).

Je vais donc créer autant de billets que de notes de bas de page déjà analysées jusqu'en novembre, en copiant/collant les extraits des précédents billets correspondant aux extraits du texte suivi d'étoiles en étoiles (de note de bas de page en note de bas de page). (En d'autres termes, il est inutile que vous lisiez les cinq billets suivants si vous avez lu les précédents.)
Cela permettra de mettre en évidence la façon dont la lecture (le lecteur) s'enfonce dans le texte, le creusant, descendant de niveau en niveau.

- écrire un billet qui sera le compte rendu de la lecture du 3 décembre (en reprenant un peu plus haut, à la sixième note, pour assurer la transition).


Le texte :

Il s’est produit dans le monde, durant leur voyage (et tandis que, logés chez les uns ou les autres aux États-Unis, toujours entre deux trains, entre deux avions, entre deux occasions de voiture ou de camion, ils n’avaient guère l’occasion de voir la télévision, de lire les journaux ou d’écouter la radio), toute sorte d’événements petits ou grands dont ils prennent connaissance en vrac, à leur retour, et sans avoir la possibilité, bien souvent, d’en reconstituer l’ordre chronologique, ni d’en apprécier correctement l’importance relative. Ainsi Harold Wilson, le Premier Ministre anglais, a-t-il surpris tous les commentateurs, et plus encore les électeurs, en annonçant qu’il quittait le pouvoir *.
J.R.G. Le Camus et Antoine du Parc, L'Amour l'Automne, p.149


Quelques pistes d'analyse :

Il s’est produit dans le monde, durant leur voyage (et tandis que, logés chez les uns ou les autres aux États-Unis, toujours entre deux trains, entre deux avions, entre deux occasions de voiture ou de camion, ils n’avaient guère l’occasion de voir la télévision, de lire les journaux ou d’écouter la radio), toute sorte d’événements petits ou grands dont ils prennent connaissance en vrac, à leur retour, et sans avoir la possibilité, bien souvent, d’en reconstituer l’ordre chronologique, ni d’en apprécier correctement l’importance relative. (L’Amour l’Automne, p.149)

Référence sans doute (en pratique, « sans doute » est toujours présupposé) au voyage aux Etats-Unis en 1976. voir Journal de Travers p.1050 ainsi que L’Amour l’Automne (noté AA dans le reste de ce billet) p.113 :«Et à Paris, qu'est-ce qui se passe?»

Reconstituer l’ordre chronologique : problème des Eglogues… Qu'est-ce qui renvoie à quoi? La même remarque —il s'est produit pendant leur voyage — peut renvoyer à avril 2004, au retour de Corée (cf. Corée l'absente (pourquoi ce voyage-là? parce qu'il s'est accompli en avion et que le chapitre II fait de nombreuses références à l'Angleterre vue d'avion)).
Cependant, et malicieusement, n'oublions pas le reproche: «Vous attachez sans doute trop d'importance, dans votre analyse, aux dates et aux éléments biographiques.» Echange p.200.

Ainsi Harold Wilson, le Premier Ministre anglais, a-t-il surpris tous les commentateurs, et plus encore les électeurs, en annonçant qu’il quittait le pouvoir *. (AA, p.149)

Harold Wilson : annonce de son départ le 16 mars 1976, départ effectif le 5 avril. Permet de dater précisément "le voyage", sauf que naturellement, le régime de la vérité dans les Églogues est celui de la fiction. Néanmoins, Journal de Travers permet de savoir qu'il y a réellement eu un voyage aux États-Unis à ce moment-là (leur voyage: William Burke + Renaud Camus). (Hypothèse de travail: le journal dit la vérité (il ne ment que par omission, parfois...) Il s'agit ici de deux événement réellement survenus aux mêmes dates, le voyage et l'annonce de la démission.)

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Travers III, chapitre 3, pages 152-153

Vos trouvailles et corrections sont bienvenus en commentaires, je les intégrerai dans le texte. J'essaie de mettre un maximum de lien vers les photos illustrant le livre.



donc été atteint hier, juste avant Tristan. Il a caché dans ses pièces son propre nom, un beau nom, William. Le coup partit. Le coup partit. Un revolver à la


rouge située immédiatement au-dessous de la nôtre, directement sur l'avenue de Royat, on disait qu'elle était amoureuse du conducteur du tramway,


en français le texte d'un artiste conceptuel, dont il a besoin pour une exposition à Paris. Après quoi nous sommes ressortis pour aller à une soirée


années durant l'"homme d'affaires" de Warhol ou son social secretary, si vous voulez, son conseiller en matière de relations publiques et de rela-


Clever boy ! And so sweet, really. Qu'est-ce qu'il a bien pu devenir? C'était un ami de Mark. J'aurais très bien pu tomber amoureux de lui,


se montre plus résignée, plus diplomate peut-être, et sans doute mieux au fait, surtout, du caractère inéluctable de la présence de pareil objet; en plus elle doit ménager les sentiments contradictoires de sa fille Cam ******, qui refuse absolument d'essayer de dormir si ce morceau de carcasse lui est visible, et de son fils, qui, lui, refuse non moins véhémentement de fermer



****** Lui s'était mis dans la tête, je ne sais comment ni pourquoi, que Cam, de tous les enfants de la maison, était le favori du vieux poète, Augustus Carmichael - ce qui était un peu inattendu, et s'accordait mal avec les autres données, parce que Carmichael est considéré par plusieurs commentateurs (à vrai dire sans arguments tout à fait convaincants : on ne sait pas très bien d'où leur vient cette quasi-unanimité, sinon d'une certaine propension qu'ils ont à se copier les uns les autres) comme homosexuel ou "achrien", pour reprendre le terme proposé par Camus & Duparc); or c'est en fait un autre des invités, William Bankes, qui a une prédilection pour la petite fille (que son nom un peu ambigu m'avait fait prendre d'abord, en ce qui me concerne, pour un garçon) ; mais cet autre invité, dans un des nombreux ouvrages qui se chargent d'explorer le roman et d'en faciliter ou d'en éclairer la lecture pour les amateurs, les passionnés ou les débutants, est confondu précisément, avec le vieux poète (dont le recueil, paru pendant la guerre, rencontre un succès inattendu: «The war, people said, had revived their interest in poetry»); de sorte qu'après tout il y a peut-être bien une explication à cette erreur, qui ne ferait que s'appuyer, comme il arrive bien souvent, sur une erreur antérieure — le réseau gigantesque de l'erreur doublant et multipliant, multipliant infiniment, car ses embranchements sont multiples, celui de la vérité, si tant est que tel soit le mot qui convienne en l'occurrence, puisque c'est tout de même d'un ouvrage de fiction, officiellement, que nous parlons ici; la distinction n'étant pas nécessairement pertinente, néanmoins (du moins du point de vue qui nous intéresse pour le moment), fiction, erreur et vérité étant le théâtre (ou vaudrait-il mieux dire la carte, le territoire, l'espace) d'enchaînements, de liaisons et d'embranchements dont la solidité, la pertinence et pour tout dire le caractère "performatif " n'ont rien à s'envier réciproquement.

Quel nom étrange, toute de même - pour une fille comme pour un garçon. Était-il courant au temps de la reine Victoria? S'agit-il d'une abréviation?

Cam sera de la promenade au phare, en tout cas, lorsque celle-ci s'accomplira enfin, des années plus tard, tout ayant changé entre-temps. Un bras dépassant de la barque, elle s'amusera à laisser les vagues lui filer entre les doigts. C'est la première fois qu'elle voit l'île de loin, un peu comme on contemple une image dans un livre. Elle trouve qu'elle ressemble à une feuille : une feuille posée sur les flots. Et ce serait là, s'il en était besoin, un autre élément d'identification, car la comparaison avec une feuille est l'un des ponts aux ânes de toute description de Skye. Elle est d'ailleurs assez juste, surtout si l'on songe à une carte, ou bien au spectacle qu'on peut avoir du ciel, dans un avion en route vers les confins de l'archipel.



  • premier fil

Déjà vu.

  • deuxième fil

Idem.

  • troisième fil

en français le texte d'un artiste conceptuel, dont il a besoin pour une exposition à Paris. Après quoi nous sommes ressortis pour aller à une soirée donnée pour Victor Hugo, un des collaborateur d' Interview, qui est connu surtout pour ses inventives vitrines (page152 à 154, je déborde pour respecter le sens).

Journal de Travers, p.64
Victor Hugo: encore en activité aujourd'hui. Connu pour sa queue (autant que pour ses vitrines?))

  • quatrième fil

années durant l'"homme d’affaires" de Warhol ou son social secretary, si vous voulez, son conseiller en matière de relations publiques et de relations tout court, en somme, son introducteur dans les milieux de la très grande fortune et de l’aristocratie, son principal rabatteur de clients pour des portraits parmi les gens illustres ou richissimes. (là encore, pp 152 à 156 pour le sens.)

Je rappelle qu'il s'agit de Fred Hughes.

  • cinquième fil

Clever boy ! And so sweet, really. Qu'est-ce qu'il a bien pu devenir? C'était un ami de Mark. J'aurais très bien pu tomber amoureux de lui,

Sans doute un certain Dimitri. Voir l'explication ici.
Les deux fils sont suffisamment intriqués pour que j'ai cru longtemps que c'était Hughes qui avait envoyé la carte postale (importance de la syntaxe dans la compréhension).
C'était un ami de Mark : sans presque aucun doute William Burke. Renaud Camus nous a conseillé de chercher du côté de Green. Mark est le héros de Terre lointaine, surnom de William Burke avant que RC ne connaisse son nom. On trouve dans Terre lointaine: «C'était un ami de Nick».

  • sixième fil

se montre plus résignée, plus diplomate peut-être, [...] non moins véhémentement de fermer

Résumé d'un passage de Promenade au phare. Intérêt stylistique (changement de point de vue: nous voyons du point de vue de Mme Ramsay le dilemme à dénouer). Porte un jugement sur Mme Ramsay, l'héroïne, suppose les motivations vraisemblables de ses actes. Analogie (clin d'œil à?) avec «ils parlent du roman qu'ils viennent de lire tout à fait comme si les personnages appartenaient à la» (L'Inauguration de la salle des vents p.229 à propos des personnages de La Jalousie de Robbe-Grillet)

  • septième fil

Note au précédent fil: il s'agit toujours de Promenade au phare

****** Lui s'était mis dans la tête, je ne sais comment ni pourquoi, que Cam, de tous les enfants de la maison, était le favori du vieux poète, Augustus Carmichael - ce qui était un peu inattendu, et s'accordait mal avec les autres données,

Lui : Renaud Camus, l'auteur, le narrateur.
s'était mis dans la tête (...) ce qui était un peu inattendu, et s'accordait mal avec les autres données : décrit un phénomène que nous connaissons bien, ces faux sens ou contresens de lecture qui viennent d'on ne sait d'où et persistent dans la mémoire et résistent aux preuves (ce qui me fait penser à l'une des phrases de Proust que j'utilise le plus fréquemment: «Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances» (Du côté de chez Swann)
Augustus Carmichael: Augustus («Augustus Carp m'a conduit à Augustus de Morgan, et Augustus de Morgan (né en Inde en 1806), à Ada Augusta Byron, Lady Lovelace, ...» (Rannoch Moor p.742); Agostino de Prima della Rivoluzione, Augustin (du liebe Augustin, Mahler), Augustin ou le maître est là
Carmichael: Car, arc, etc et assonnance avec Cam (par la grâce de V Woolf, pas de RC!)

parce que Carmichael est considéré par plusieurs commentateurs (à vrai dire sans arguments tout à fait convaincants : on ne sait pas très bien d'où leur vient cette quasi-unanimité, sinon d'une certaine propension qu'ils ont à se copier les uns les autres) comme homosexuel ou "achrien", pour reprendre le terme proposé par Camus & Duparc);

Petite pique envers les commentateurs. On remarque que RC n'a pas lu que Woolf, mais aussi des études sur Woolf. Problème de la critique "hors texte" (comme la culture hors sol), quand elle ne fait plus que s'entre-lire sans revenir aux textes.
Via achrien, une référence à Travers et à deux autres hétéronymes.

or c'est en fait un autre des invités, William Bankes, qui a une prédilection pour la petite fille (que son nom un peu ambigu m'avait fait prendre d'abord, en ce qui me concerne, pour un garçon);

William Banks : un William, et Banks, banc, banque, banquier (Stern)
Plusieurs prénoms ambivalents : Charlie, dans L'Ombre d'un doute, Charlie, dans la journée à la plage racontée par un blog, ce qui reprend le terme de l'inversion.

mais cet autre invité, dans un des nombreux ouvrages qui se chargent d'explorer le roman et d'en faciliter ou d'en éclairer la lecture pour les amateurs, les passionnés ou les débutants, est confondu précisément, avec le vieux poète (dont le recueil, paru pendant la guerre, rencontre un succès inattendu: «The war, people said, had revived their interest in poetry»);

les amateurs, les passionnés ou les débutants: il est amusant de voir la diversité des publics concernés — et qui pourraient paraître s'exclure les uns les autres, et pourtant, à y réfléchir, non. C'est le lecteur qui fait le texte, l'amateur ou le débutant liront le même texte mais n'y liront pas la même chose...

de sorte qu'après tout il y a peut-être bien une explication à cette erreur, qui ne ferait que s'appuyer, comme il arrive bien souvent, sur une erreur antérieure — le réseau gigantesque de l'erreur doublant et multipliant, multipliant infiniment, car ses embranchements sont multiples, celui de la vérité, si tant est que tel soit le mot qui convienne en l'occurrence, puisque c'est tout de même d'un ouvrage de fiction, officiellement, que nous parlons ici;

«l'erreur laisse des traces», citation d' Échange p.143.
Retour du motif de l'embranchement et du carrefour, non plus à l'occasion de la conversation mais de l'erreur. Superposition de deux possibilités de se perdre, une dans la reconstitution des conversations, une dans la vérification des faits et le démontage des erreurs... La carte sert moins à se guider qu'à se perdre.

la distinction n'étant pas nécessairement pertinente, néanmoins (du moins du point de vue qui nous intéresse pour le moment), fiction, erreur et vérité étant le théâtre (ou vaudrait-il mieux dire la carte, le territoire, l'espace) d'enchaînements, de liaisons et d'embranchements dont la solidité, la pertinence et pour tout dire le caractère "performatif" n'ont rien à s'envier réciproquement.

Le mensonge ou l'erreur peut être prouvé tout aussi bien que la vérité. Je ne pense pas qu'il faille lire dans ce passage une profession de foi cynique ou sceptique, mais plutôt un émerveillement devant la multiplicité de la réalité qui permet des interprétations en tous sens ("la cohérence échevelée du monde").

Quel nom étrange, toute de même - pour une fille comme pour un garçon. Était-il courant au temps de la reine Victoria? S'agit-il d'une abréviation?

Retour à Cam après des digressions. Comme d'habitude, on remarque que le cerveau fait naturellement la liaison: disjoindre, c'est lier, selon une observation de Ricardou.
thématique des reines d'Angleterre.

Cam sera de la promenade au phare, en tout cas, lorsque celle-ci s'accomplira enfin, des années plus tard, tout ayant changé entre-temps. Un bras dépassant de la barque, elle s'amusera à laisser les vagues lui filer entre les doigts. C'est la première fois qu'elle voit l'île de loin, un peu comme on contemple une image dans un livre. Elle trouve qu'elle ressemble à une feuille : une feuille posée sur les flots. Et ce serait là, s'il en était besoin, un autre élément d'identification, car la comparaison avec une feuille est l'un des ponts aux ânes de toute description de Skye. Elle est d'ailleurs assez juste, surtout si l'on songe à une carte, ou bien au spectacle qu'on peut avoir du ciel, dans un avion en route vers les confins de l'archipel.

Retour au résumé du livre. Retour au problème de l'identification de l'île, question qui court depuis la p.129: «En fait d'après un autre, il n'y a dans le texte que trois indications déterminantes à ce sujet» (L'AA, p.129)
Retour au voyage en avion, qui clôt le chapitre II.

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