Billets pour la catégorie Travers III ch.3 :

Renaud Camus - L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 13

************* Lettre de Max Jacob à Maurice Sachs, Fonds Jacob. (AA, p.187)

  • lettre, Max, Sachs, Jacob, Maurice (anagramme, persécution des juifs)

Le motif est pour moi insignifiant. Le motif est pour moi insignifiant. Le motif est pour moi insignifiant. (AA, p.187)

Il s'agit d'une phrase de Monet: «Le motif est pour moi chose secondaire : ce que je veux reproduire, c'est ce qu'il y a entre le motif et moi.» Elle est citée pour la première fois dans Été p.329, avec sa source: «Cité par Wildenstein, Monet, vie et œuvre. Bibliothèque des Arts.»

Dans L'Amour l'Automne, cette phrase de Monet est citée en deux fois, «Le motif est pour moi insignifiant», dit Monet.» page 14 et «Ce qui m'intéresse, c'est de rendre ce qu'il y a entre le motif et moi.» page 28.

  • Monet, motif, répétition

Le jour où je développais cette théorie devant le capitaine Nemo, il me répondit froidement:
«Ce ne sont pas de nouveaux continents qu’il faut à la terre, mais de nouveaux hommes!» (AA, p.187)

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers. Il s'agit du début du chapitre intitulé "Vanikoro", qui est l'île où ont trouvé refuge les rescapés de l'expédition de la Pérouse.
La phrase dans son contexte:

Cependant, toujours entraînés par ce Nautilus, où nous vivions comme isolés, le 11 décembre, nous eûmes connaissance de l’archipel des Pomotou, ancien «groupe dangereux» de Bougainville, qui s’étend sur un espace de cinq cents lieues de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest. entre 13°30’ et 23°50’ de latitude sud, et 125°30’ et 151°30’ de longitude ouest, depuis l’île Ducie jusqu’à l’île Lazareff. Cet archipel couvre une superficie de trois cent soixante-dix lieues carrées, et il est formé d’une soixantaine de groupes d’îles, parmi lesquels on remarque le groupe Gambier, auquel la France a imposé son protectorat. Ces îles sont coralligènes. Un soulèvement lent, mais continu, provoqué par le travail des polypes, les reliera un jour entre elles. Puis, cette nouvelle île se soudera plus tard aux archipels voisins, et un cinquième continent s’étendra depuis la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie jusqu’aux Marquises.
Le jour où je développai cette théorie devant le capitaine Nemo, il me répondit froidement:
«Ce ne sont pas de nouveaux continents qu’il faut à la terre, mais de nouveaux hommes!»
Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, chapitre XIX.

Pour mémoire, et sans réel rapport avec les Églogues, notons que l'équipage de l'expédition La Pérouse n'a pas eu de chance: vu la forme de l'île et sa nature géologique (volcanique), il n'y aurait pas dû y avoir de barrière de corail, ce qui explique d'ailleurs que les bateaux se soient fracassés avec autant de violence: ils ne se méfiaient pas.

  • Nemo, La Pérouse, île, chiffres

Sur la plage, les talons profondément enfoncés dans le sable, Mrs Flanders écrit une lettre, qui doit partir pour l’autre bout du pays. (AA, p.188)

Virginia Woolf, variation sur l'incipit de La chambre de Jacob (traduction inexacte, résumé)

  • Virginia Woolf, Flandres, lettre, départ/errance, incipit, sable

Elle ferait la moue. Elle ferait la moue:
— J’ai déjà passé par là. Mais après avoir réfléchi un instant : Non, je ne crois pas que j’aie encore été là.
Ils passeraient donc directement au milieu de l’autre côté de la rue, la quarante-huitième ouest, tout en devant, à un endroit entre deux voitures parquées sur le côté sud, être précautionneux pour éviter de mettre le pied dans de l’excrément de cheval, car outre les flics sur pied et en voiture qui patrouillent le quartier, il y a parfois des agents montés. (AA, p.188)

Louis Wolfson, Le schizo et les langues, p.84. La phrase suivante dans le livre fait référence à l'hôtel Flanders et le localise très précisément : importance des chiffres, des nombres. Chez Jules Verne il s'agissait de longitude et de latitude, chez Wolfson de rue et d'étage. Mais c'est la même précision, la même maniaquerie.
On remarque qu'il s'agit du même procédé que celui utilisé pour la citation de Jules Verne: ce qui n'est pas cité explicitement, les phrases entourant la citation, ont autant d'importance que la phrase citée textuellement. La citation «signale», elle agit comme un drapeau, une alerte.
La phrase dans son contexte:

Elle ferait la moue. Elle ferait la moue:
— J’ai déjà passé par là. Mais après avoir réfléchi un instant : Non, je ne crois pas que j’aie encore été là.
Ils passeraient donc directement au milieu de l’autre côté de la rue, la quarante-huitième ouest, tout en devant, à un endroit entre deux voitures parquées sur le côté sud, être précautionneux pour éviter de mettre le pied dans de l’excrément de cheval, car outre les flics sur pied et en voiture qui patrouillent le quartier, il y a parfois des agents montés. Le couple enterait dans le «Flanders» et irait au bureau d'enregistrement qui est entre les quarante-huitième et quarante-septième rues, cet hôtel semblant être formé de deux édifices reliés par derrière et don un de neuf étages et un de quatorze.
Louis Wolfson, Le schizo et les langues, p.84-85

schizophrénie comme Perceval le fou (voir note 12).

  • Wolfson (Woolf, etc), folie, fou du langage, Flandres, chiffres

Il tenait une lettre à la main. (AA, p.188)

La route des Flandres, de Claude Simon

  • incipit, Flandres, lettre

Je croyais apprendre à vivre. (AA, p.188)

phrase tronquée de Léonard de Vinci en exergue à La route des Flandres de Claude Simon : «Je croyais apprendre à vivre, j'apprenais à mourir.»

  • Léonard, Flandres, exergue, vie, mort

Ostinato rigore. Cette devise n’apparaît pas en tête du manuscrit. (AA, p.188)

Antonio Bioy Casarès, L'Invention de Morel p.15 et 113-114 dans l'édition folio.
Cette devise est celle de Léonard de Vinci.
Cette phrase apparaît deux fois dans le livre. D'autre part la nouvelle toute entière joue sur le motif de la répétition (c'est le cœur de "l'invention" de Morel (je n'ose en dire trop pour ceux qui ne l'ont pas lu).) Le contenu entier de la nouvelle peut se penser comme une illustration de la phrase de Léonard de Vinci.

  • Morel, île, Léonard, mort, répétition

En fait j’ai oublié d’acheter comme je m’étais promis de le faire, à la librairie anglaise, sous les arcades (à deux pas de l’hôtel Meurice), l’album de photographies consacré au séjour de Léonard Woolf à Ceylan. (AA, p.189)

remarque d'ordre autobiographique, qui devrait plutôt apparaître dans le journal de Renaud Camus.
La librairie est sans doute W.H. Smith.

  • Meurice/Maurice, Léonard, Woolf, Ceylan (Celan), Indes, île, arcade (a, r, c)

Sprache ist lichtend-verbergende Ankunft des seins selbst. (AA, p.189)

Lettre sur l'humanisme, de Martin Heidegger.
(Brief über den "Humanismus" (1946), in: Wegmarken, Frankfurt/M: Klostermann 2004) La langue est l'avènement dévoilant-dissimulant de l'être même. (traduction personnelle) => Que dire lorsqu'il s'agit de schizophrène (dédoublement de l'être: où est la vérité?) ou de fou du langage (fonctionnement de la langue en roue libre, selon des mécanismes propres d'autogénération — ou presque)
Songer aussi à «Lire est un combat avec l'ange»: la parole sert autant à dire la vérité qu'à la travestir, et bien malin qui sait distinguer la frontière — qui n'existe peut-être pas.

  • en allemand, langue, secret/clé, folie, vérité

En l’absence de son supérieur, il est chargé de recevoir dans l’île l’impératrice Eugénie, hôte officielle du gouvernement. Et dans l’ensemble il s’acquitte assez bien de cette mission — ce qui devrait, espère-t-il, favoriser son avancement: (AA, p.189)

Léonard Wolf reçoit l'impératrice Eugénie et lui présente la dent: cf supra, L'Amour l'Automne page 154.
Page 154, la phrase concernant l'impératrice est précédée elle aussi d'une phrase en allemand, de Rilke (Heil dem Geist, je te salue, Esprit)

  • Léonard, Eugénie, île, impératrice/reine, Indes, Ceylan, dent

: penser est une affaire de dents. (AA, p.189)

Passage tout naturel vers cette citation de Paul Celan, puisque Léonard Woolf pense que... etc; et que d'autre part l'impératrice demande à voir une dent (de fossile? je ne sais plus, mais ce sera peut-être expliqué plus loin).
Citation explicitée page 94 n note de bas de page :

Le même jour PC écrit, dans une lettre non envoyée à René Char, au sujet de la mort d'Albert Camus: «René Char! Je voudrais vous dire, en ce moment, qui est celui de votre peine, quelle est ma peine. Le temps s'acharne contre ceux qui osent être humains — c'est le temps de l'anti-humain. Vivants, nous sommes morts, nous aussi. ... Point de consolation, point de mots. La pensée — c'est une affaire de dents. Un mot simple que j'écris : cœur. Un chemin simple, celui-là.» (Paul Celan, Gisèle Celan-Lestrange, Correspondance,"La librairie du XXIe siècle", Seuil, 2001, tome I, p. 112, tome II (notes), p. 130.)
L'Amour l'Automne, p.94

Notons incidemment que Renaud Camus a beaucoup souffert des dents en mai et juin 2006, ce qui nous vaut une belle photographie de son crâne. Je ne peux m'empêcher de penser que cela a joué un rôle dans l'importance des crânes et des dents dans L'Amour l'Automne, même si d'un autre côté cela paraît bien tard (juin 2006 alors que le livre est en chantier depuis 2003). Ou serait-ce le livre qui a provoqué des maux de dents? (Car je ne me souviens pas qu'on ait trouvé une véritable explication à ces maux.)

  • Celan (Ceylan), dent, penser, Char, Albert Camus, mort, jumeau/double

Plût au ciel que je ne les eusse jamais regardées (_Would to God that I had never beheld them_), ou que (_or that_), les ayant regardées (_having done that_), je fusse mort ! (_I had died !_) (AA, p.189)

Edgar Allan Poe, Bérénice. Ce qu'il aurait fallut ne pas regarder, ce sont des dents.

Le front était haut, très pâle et singulièrement placide ; et les cheveux, autrefois d’un noir de jais, le recouvraient en partie, et ombrageaient les tempes creuses d’innombrables boucles, actuellement d’un blond ardent, dont le caractère fantastique jurait cruellement avec la mélancolie dominante de sa physionomie. Les yeux étaient sans vie et sans éclat, en apparence sans pupilles, et involontairement je détournai ma vue de leur fixité vitreuse pour contempler les lèvres amincies et recroquevillées. Elles s’ouvrirent, et dans un sourire singulièrement significatif les dents de la nouvelle Bérénice se révélèrent lentement à ma vue. Plût à Dieu que je ne les eusse jamais regardées, ou que, les ayant regardées, je fusse mort !
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
Une porte en se fermant me troubla, et levant les yeux, je vis que ma cousine avait quitté la chambre. Mais la chambre dérangée de mon cerveau, le spectre blanc et terrible de ses dents ne l’avait pas quittée et n’en voulait pas sortir. Pas une piqûre sur leur surface, — pas une nuance dans leur émail, — pas une pointe sur leurs arêtes que ce passager sourire n’ait suffi à imprimer dans ma mémoire ! Je les vis même alors plus distinctement que je ne les avais vues tout à l'heure. —Les dents! —les dents! —Elles étaient là, — et puis là, — et partout, — visibles, palpables devant moi ; longues, étroites et excessivement blanches, avec les lèvres pâles se tordant autour, affreusement distendues comme elles étaient naguère. Alors arriva la pleine furie de ma monomanie, et je luttai en vain contre son irrésistible et étrange influence. Dans le nombre infini des objets du monde extérieur, je n’avais de pensées que pour les dents.
Edgar Allan Poe, Bérénice

  • Poe, dent, mort, folie, fantôme

Le problème pour lui, avec ses grandes jambes, c’est que l’auguste visiteuse est très lente (elle a près de quatre-vingt-dix ans). (AA, p.189-190)

Détail a propos de la visiste de l'impératrice Eugénie. Comme d'habitude, les phrases sont écartées par d'autres sujets, d'autres thèmes (ce qui écarte rassemble).

  • Léonard, Eugénie, Ceylan, dent, chiffre

Vivants nous sommes morts nous aussi. (AA, p.190)

Celan note de bas de page 94, voir supra

  • Celan, vie, mort, dent, Char, Albert Camus

Hoy, en esta isla, ha ocurrido un milagro. (AA, p.190)

L'invention de Morel : Aujourd'hui dans cette île il est arrivé un miracle.

  • incipit, Morel, île, mort, répétition

Pressée de questions Mme de Cambremer finit par dire:
« On prétend que c’est lui qui faisait vivre un monsieur Moreau, Morille, Morue, je ne sais plus.» (AA, p.190)

Proust. La rumeur concernant Monsieur de Charlus. La façon dont le nom se déforme, ainsi que l'a remarqué Saussure (dans Les mots ous les mots de Starobinski): dans la légende, les noms sont souvent déformés: «Les deux genres de modifications historiques de la légende qui peuvent passer probablement pour les plus difficiles à faire admettre sont 1° La substitution de noms /...»

  • Morel (et ses variations), vérité/mensonge, Proust, légende

Dans la cavité du dessous est caché l’œil. (AA, p.190)

Léonard de Vinci cité par Didi-Huberman dans Être crâne
De façon plus lointaine, organe de la vue, mais aussi Cyclope.

  • Léonard, crâne, vue/œil

Alors la stupéfaction me paralysa : sous les longues mèches plates de ses cheveux j’aperçus son oreille. (AA, p.190)

Lîle du docteur Moreau de Wells. L'oreille est poilue, c'est celle d'un loup (wolf).

  • île, Moreau, oreille (après la dent et l'œil), loup, wolf

« Aucun rapport bien entendu avec Morel, le violoniste, ajouta-t-elle en rougissant. » (AA, p.190)

Suite de la phrase de Madame de Cambremer quelques lignes plus haut. Là encore, écartèlement qui renforce l'association.

  • Morel, Proust, vérité/mensonge.

Progrès en amour assez lents — stop.

Livre de Jean Paulhan.
forme télégraphique ("stop")
assez lents = à Ceylan
amour : ce qui est finalement reproché à Charlus/Morel (d'où le rougissement de Mme de Cambremer).

  • Ceylan, télégramme, amour

Or il n’est pas indifférent, je crois, de se souvenir ici que Char avait un frère, plus âgé que lui, nommé Albert, avec lequel il s’entendit toujours très mal, au point qu’une fois, lors d’une dispute plus violente que les autres, « acculé comme un loup traqué », raconte-t-il, il sauta par la fenêtre au risque de se rompre les os. (AA, p.190-191)

Raconté par Laurent Greisalmer dans L'éclair au front.
Ici ce n'es plus l'amour, mais la haine. Le frère détesté, qui s'appelle Albert (renverra au motif du frère préféré par la mère).

  • Char, Albert, frère (double/jumeau), loup, amour/haine

Le portier me remit une dépêche. Il voyait bien l’importance de l’histoire. Mon ami vous me croyez morte. Mon ami vous me croyez morte. Mon ami vous me croyez morte. (AA, p.191)

Proust. confusion entre Albertine et Gilberte. Un télégramme à Venise

  • Proust, Albertine (Albert), télégramme, mort, Venise, amour/haine

Que signifie ce retour à Camus ? (AA, p.191)

Citation d' Été p.278.
Sans doute la citation d'un article de presse suite à Travers (le nom de Camus réapparaît parmi les noms des auteurs) ou suite à la parution de livres hors Églogues (Tricks, Buena Vista Park, Journal d'un voyage en France)
Problème du nom ("What's in a name?"), du double.
Dans Été, cette citation est entourée de références à Jacob, Nemo (le petit garçon héros de bande dessinée), Rinaldo (l'opéra de Haendel, avec une liste de ses variantes à travers le temps (des dates et des numéros)).
('Rinaldo'/Renaud, Haendel: Georg Friedrich (n'apparaît pas dans L'Amour l'Automne. rimes ou échos de second degré, quand on a retrouvé la source de la citation littéralement citée. Procédé déjà rencontré.))

  • Camus, double, répétition, nom, variation

Il y a sept ans, un soir, à Venise, je me souvins tout à coup que cette histoire s’appelait «W» et qu’elle était, d’une certaine façon, sinon l’histoire, du moins une histoire de mon enfance. (AA, p.191)

Georges Perec, W ou les souvenirs d'enfance

  • W (lettre), île, Venise, souvenirs, enfance, biographie ou journal, sept, chiffre (mort, persécution des juifs)

Le roman Tristan doit être lu comme un appareil à démonstration : c’est par son pur et simple fonctionnement comme texte, comme "roman", qu’il opère une série de démonstrations — chaque lecture en étant l’épreuve, et l’application. (AA, p.191)

Début de la préface de Jacqueline Risset à Tristan de Nanni Balestrini, roman dans lequel toutes les phrases reviennent deux fois et le prénom Tristan n'est jamais utilisé (remplacé par C., si l'on suppose que C. est Tristan).

  • répétition, double, Tristan, (C, la lettre)

« Ici les plus rares systèmes se sont effondrés, telles les architectures de François de Nome ; mais est resté le Canto Guerriero de l’homme toujours recommençant son étrange et nécessaire commerce avec l’invisible.» (AA, p.191-192)

Frédérick Tristan, Venise.
Nome: nom et Nemo
commerce avec l'invisible =>fantôme; systèmes effondrés =>chute, ruines

  • Tristan, Venise, Nome, anagramme, fantôme, perte

Jean-Paul Baron est né à Sedan en 1931 — c’est du moins ce qui semble ressortir de l’entrée le concernant dans Le Dictionnaire — Littérature française contemporaine (article au demeurant rédigé par lui-même, suivant les normes de l’ouvrage). Il y révèle aussi que son auteur phare, c’est Thomas Mann. (AA, p.192)

Auteur dont le pseudonyme est Frédérick Tristan.
Thomas Mann, auteur de Tristan et de Mort à Venise
Sedan => Eugénie [1]

  • Tristan, Venise, double, Eugénie, chiffres

Ce rêve est trop fort pour moi. (AA, p.192)

Apparaît ici comme il apparaissait après la phrase «Que signifie ce retour à Camus?» dans Été p.278.

  • Nemo, (Nome, anagramme)

C’est une tranquille tombe que cette tombe de corail, et fasse le ciel que, mes compagnons et moi, nous n’en ayons jamais d’autre ! » (AA, p.192)

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, le capitaine Nemo

  • thème marin, Nemo, tombeau, mort

Le plus étonnant dans tout cela est que très tard encore, en 43, un homme comme Pierre Minet, qui n’est pas suspect de sympathie pour la collaboration, peine à trouver ses mots pour dire tout le bien qu’il pense de Maurice Sachs : incomparable…, supérieurement fin…, Et que de charme ! Et quel frisson ! quel froid précieux ! Il faut être « composé » (En mal d’Aurore). (AA, p.192-193)

En mal d'Aurore est un journal.
Maurice Sachs, maréchal Maurice de Saxe

  • Sachs (Saxe/Sand/Dupin), Maurice, persécution des juifs, journal

Dupin exhume les mots-mères: « Les mots captifs que j’exhume sont la soif d’un monde décomposé. Les mots-mères, le haut-mal… » (AA, p.193)

Dupin, nom de George Sand => maréchal de Saxe
Dupin =>Poe

  • Dupin (Sand/Saxe/Sachs), origine, fou du langage

Sand fut condamné à avoir la tête tranchée, et ce jugement fut confirmé par le grand-duc de Bade : il fut exécuté au bord de la grand’route, en un lieu que ses partisans appellent encore Sands Himmelfartswiese (la prairie de l’ascension au ciel de Sand). (AA, p.193)

Karl Ludwig Sand assasina le poète August von Kotzebue.

  • Sand (Saxe/Sachs/Dupin), mort violente, Bade/Bad, en allemand, Karl, Auguste

Bien sûr j’avais déjà le souffle coupé, mais j’aurais pu réagir. (AA, p.193)

Il me semble, même si j'en deviens de moins en moins sûre au fur à mesure que le temps passe et que je trouve d'autres références à des phrases semblables (et notamment : «Alors la stupéfaction me paralysa» de L'île du docteur Moreau), il me semble qu'il s'agit d'une phrase que j'ai écrite à RC à propos de ma découverte des photos de Duane Michals.

  • lettre

L’ami de mon frère avait tout de même essayé de la violer, cette Lola. C’est en tout cas ce qu’elle a raconté. Et mon frère se sentait responsable : dans la Land-Rover, tout était arrangé pour trois. (AA, p.193-194)

Journal de Travers, récit d'un amant de passage, récit déjà abondamment utilisé dans les chapitre I et II de L'Amour l'Automne
Afrique, traversée du désert, sable/sand/land, Rover/Dover, frère

  • journal, Lola/Lolita, frère, sand/land/, Rover/Dover

Ce n’est qu’à l’entrée du motif du Regard (4) que les amants, transfigurés, retrouvent une voix pour s’exprimer. (AA, p.194)

Notation des leitmotivs par Jean d'Arièges dans les œuvres de Wagner. Ces notations par chiffres rappellent les coordonnées de l'île de Vanikoro, de l'hôtel Flandres de Louis Wolfson, des différentes versions de Rinaldo de Haendel p.278 d' Été.

  • Tristan, Wagner, regard (vue), motif, chiffre

Marx, pourtant, ne chercha pas à entrer en relation avec Flora : est-ce, comme on l'a soutenu, parce qu’elle lui paraissait trop avancée ? (AA, p.194)

Flora Tristan. karl Marx

  • Flora (fleur, bloom, etc), Tristan, Marx (Bax, Bach), Karl (arc, a, r, c)

Il n’y a plus d’ailleurs, à ma connaissance, que le Théâtre de la Monnaie pour chanter Wagner en français. (AA, p.194)

Souvenirs d'enfance de Renaud Camus. Se retrouve dans Journal d'un voyage en France.
la langue en tant que telle

  • souvenirs, enfance, biographie ou journal

Hier ist > Einfried <, das Sanatorium ! (AA, p.194) Thomas Mann, Tristan, allemand, langue allemande

  • Tristan, en allemand, maladie, mort, Stephen Crane

Mais revenons-en, si vous voulez bien, à l’article déjà cité paru dans L’Arche (à ne pas confondre avec L’Arc!) ************** : «Il est certain, tout d’abord, que le texte W fonctionne comme la symbolisation hyperbolique du texte P.: W est le discours d’interprétation de la trame P, tandis que P est le matériau événementiel symptomatique et non encore significatif, dont l’approfondissement et l’expression métaphorisante se déploieront en W. (AA, p.194)

Il me semble pourtant qu'il s'agit bien de L'Arc : l'article de Robert Misrahi sur Georges Perec, évoqué page 178.
Georges/George (inversion, travesti, bisexuel), arc, Robert/Bob (Wilson, Indiana, etc)

  • Perec, Bob, George/s, changement de sexe, arc (a, r, c), lettre (P, W)

On remarque dans ce fil une grande importance des prénoms et des chiffres, en premier ou second niveau (directement cités par le texte ou "sous" le texte, à partir des références identifiées).

Notes

[1] Laurent Morel, l'un des cruchons, recommande chaleureusement la lecture de L'été en enfer sur la défaite de Sedan.

Renaud Camus, L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 12

Remarque : toutes les sources ont été identifiées dans ce fil (enfin, pour la partie allant jusqu'au premier appel de notes). Certes il s'agit d'un extrait court, mais je crois que nos progrès (l'accumulation progressive des références qui permet de circuler rapidement dans le texte) méritent d'être soulignés.



************ Cette devise n’apparaît pas en tête du manuscrit. Faut-il attribuer cette omission à un oubli ? Nous ne savons pas ; comme pour tous les autres passages douteux, nous avons préféré rester fidèle à l’original, au risque d’encourir les critiques. (Note de l’Éditeur.) (AA, p.184)

La note page 115 de L'Invention de Morel est utilisée pour faire la transition d'un fil à l'autre dans L'Amour l'Automne. Autrement dit, la citation reprend la note du texte cité en conservant sa nature de note.
Une telle technique avait déjà été utilisée : le passage du fil 8 au fil 9 (p.158 de AA) se faisait en reprenant une note existant dans l'article de Marko Pajevic sur Celan.
Vertige de la "vérité": cette note nous présente les doutes d'un éditeur fictif dans un texte de fiction s'interrogeant sur la "réalité" d'une intention d'un personnage qui voulait prouver qu'il disait la vérité, qu'il ne mentait pas.
Le texte postule qu'il existe un "original", quelque chose qui fait foi; or il s'agit d'un original de fiction => Cela renvoie au fil précédent, dans lequel Renaud Camus s'interroge sur la fidélité (la vérité) d'une reconstitution des gestes quand tout a changé: que peut bien être une fidélité à l'original de fiction, dépendant lui-même de la volonté de l'auteur?

  • Morel, vérité/mensonge, Celan, note (de fin de volume)

C’est donc le professeur Morel qui écrit pour Le Monde la chronique nécrologique de Serge Lancel, philologue, archéologue et historien, membre de l’Institut, mort le 9 octobre à soixante-dix sept ans. (AA, p.184)

L'importance et la signification des chiffres ont été expliquées dans Été p.11, en particulier de 9 et de 7 => la mort. (Les chiffres structureront le dernier chapitre de L'Amour l'Automne).
Les chiffres ont une signification, ils chiffrent le monde =>code.
Le Monde: autre sens du mot "monde".
Concentration de références églogales dans une "vraie" phrase d'un "vrai" journal de la "réalité": comme si la "réalité" jouait le jeu, ce qui rapelle Mary McCarthy: «Ils croient aux signes, etc.» (préface de Feu pâle)
Serge Lancel était un spécialiste de l'Afrique antique. Il a écrit sur Saint Augustin. Il est mort le 9 octobre 2005, ce qui permet de dater l'écriture de ce fragment.

  • Morel, Lancel/Celan/Cancel, anagramme, mort, monde, sept, neuf, code

Le mari de Virginia Woolf, on le sait, tient son journal, lui aussi ; mais les entrées relatives à la santé mentale de sa femme y sont codées en tamoul et en cinghalais. (AA, p.184)

Léonardo Woolf.
Tient son journal lui aussi: comme sa femme, et comme Morel dans L'invention de Morel.
Les entrées sont codées.

  • Léonardo/Léonard, Virginia Woolf, journal, Indes, code secret

Diane se méfie du casanier, de sa clef qui tourne deux fois: l’amour quitté le vent m’endort. (AA, p.184)

extrait du dialogue des Transparents dans Les matinaux, de René Char. Il s'agit du paragraphe V, intitulé "Diane Cancel".

V. Diane Cancel
LE CASANIER
— Les tuiles de bonnes cuissons,
Des murs moulés comme des arches,
Les fenêtres en proportion, Le lit en merisier de Sparte,
Un mieoir de glibusterie
Pour la Rose de mon souci.

DIANE
— Mais la clé, qui tourne deux fois
Dans ta porte de patriarche,
Souffle l’ardeur, éteint la voix.
Sur le talus, l'amour quitté, le vent m'endort.

René Char, "Les Transparents" in Les Matinaux

Opposition de la sécurité de la maison dans laquelle on s'enferme à double tour à l'errance.
la rose : rose de Personne, «a rose is a rose is a rose», «What is in a name?» => la rose convoque l'amour et l'interrogation sur le rapport signifiant/signifié.
la clé: clé du secret, clé du code ? (un peu tiré par les cheveux concernant simplement ce fragment, mais prend sens si l'on considère la sphère sémantique de l'ensemble du fil).

  • Diane, Cancel, anagramme, rose, Char

Cependant, pour ma part je ne puis tout à fait m’empêcher de rapprocher Perceval, au moment où il se rend à Row pour y rejoindre une secte dont il s’est laissé dire qu’on y parlait des langues inintelligibles (même pour ceux qui les parlent), de Lenz, carrément, quand il partit à travers les montagnes : Die Gipfel und hohen Bergflächen im Schnee, die Täler hinunter graues Gestein, grüne Flächen, Felsen und Tannen. If Boke’s sources are accurate, the name “Lanceloz del Lac” occurs for the first time in Verse 3676 of the twelfth-century Roman de la Charrette. (AA, p.184-185)

John Thomas Perceval, dit perceval le fou, fils de Spencer Perceval, est le fou schizophrène qui écrira Autobiographie d'un fou.
Les langues inintelligibles : code. Ces langues sont destinées à parler avec Dieu (df. «Que nous envoie Dieu?» de L'Invention de Morel).
Jacob Lenz fut un écrivain du mouvement Turm und Drang.

- «quand il partit à travers les montagnes : Die Gipfel und hohen Bergflächen im Schnee, die Täler hinunter graues Gestein, grüne Flächen, Felsen und Tannen.» : citation de Lenz, la nouvelle de Georges Büchner. Incipit.

-«If Boke’s sources are accurate, the name “Lanceloz del Lac” occurs for the first time in Verse 3676 of the twelfth-century Roman de la Charrette.»: citation de Lance, de Nabokov. Début de la partie 3 de la nouvelle (incipit)
Voir quelques remarques sur les légendes, en particulier les variations autour des noms Perceval, Tristan, Lancelot.

  • Perceval, folie, Jacob Lenz et Lenz, incipit, Lance, légende, code (pour parler à Dieu)

Bien sûr un demi-siècle au moins sépare les deux épisodes, et il n’est pas question un seul instant d’atténuer tout ce qui les distingue, ou même les oppose : l’un des voyageurs, le plus tardif, a pour père un Premier Ministre anglais (mort depuis longtemps, d’un coup de couteau en plein Parlement), l’autre un obscur gentilhomme balte (qui lui survivra) ; celui-là n’a pas écrit une ligne quand il se met en chemin, l’autre est une espèce de génie, mais il a derrière lui toute son œuvre, malgré son jeune âge — lui ne se remettra jamais de l’épreuve tandis que le fils de l’assassiné, au contraire, ayant apparemment recouvré ses esprits, aura tout loisir de revenir longuement sur ce qui lui est arrivé, là-bas, sur le Gare Loch, parmi les sectateurs de la glossolalie. (AA, p.185)

Récit rapide, résumé, de deux vie, de tout ce qui sépare et rapproche les deux hommes. Pourquoi les rapprocher? A cause de leur nom et de leur quête, de leur départ => renvoie à l'errance, le contraire du "casanier.
Pour mémoire, notons un point commun entre Nabokov et John Perceval: ils ont tous les deux eu un père ministre assassiné durant l'exercice de ses fonctions.

  • biographie, mort violente, folie, fou du langage

La cavité de l’orbite de l’œil et la cavité de la pommette, et celle du nez et de la bouche, sont d’égale profondeur et aboutissent au-dessous du siège des sens, selon une ligne perpendiculaire. (AA, p.186)

Les Carnets de Léonard de Vinci cité par Didi-Huberman

» [Cavités de la face et de leurs rapports] La cavité de l’orbite de l’œil et la cavité de la pommette, et celle du nez et de la bouche, sont d’égale profondeur et aboutissent au-dessous du siège des sens, selon une ligne perpendiculaire. La profondeur de chacune de ses cavités correspond au tiers du visage humain, lequel s'étend du menton aux cheveux.» Cf. également C.D. O'Malley et J.B. de Sunders, Leonardo on the Human Body, New York, Dover, 1952 (rééd.1983), p.44-53.
Note de bas de page dans Être crâne p.18, de Georges Didi-Huberman.

La référence au livre de Didi-Huberman est explicitement fournie par Renaud Camus dans une note de bas de page, p.51 de L'Amour l'Automne. Dans cette note p.51, on trouve des références à Celan, la dent, Léonardo Woolf, Ceylan...
Remarquons, pour la folie des coïncidences, le nom de Dover dans la référence complémentaire fournie.

  • Léonard de Vinci, Léonard, crâne, Dover, note de bas de page

La pensée — c’est une affaire de dents.(AA, p.186)

Citation de Paul Celan, référence donnée p.94 de L'Amour l'Automne:

Le même jour PC écrit, dans une lettre non envoyée à René Char, au sujet de la mort d'Albert Camus: «René Char! Je voudrais vous dire, en ce moment, qui est celui de votre peine, quelle est ma peine. Le temps s'acharne contre ceux qui osent être humains — c'est le temps de l'anti-humain. Vivants, nous sommes morts, nous aussi. [...] Point de consolation, point de mots. La pensée — c'est une affaire de dents. Un mot simple que j'écris : cœur. Un chemin simple, celui-là.» (Paul Celan, Gisèle Celan-Lestrange, Correspondance,"La librairie du XXIe siècle", Seuil, 2001, tome I, p. 112, tome II (notes), p. 130.)
L'Amour l'Automne, p.94

Comme nous venons de le voir, cette citation de Celan avait déjà été utilisée p.51 de L'Amour l'Automne, là aussi en note de bas de page.

  • dent, Celan, Char, pensée, note de bas de page

Diane Cancel, c’est tantôt Diane-la-Transparente, tantôt l’enchanteresse. (AA, p.186)

  • Char, Diane Cancel, Cancel, anagramme, Celan)

La plus récente campagne de recherches lancée sur les traces de La Pérouse et des ses compagnons, à bord du bâtiment de la Marine nationale le Jacques-Cartier, a découvert un sextant, la garde d’une épée et surtout un crâne en assez bon état, lequel, d’après sa ressemblance avec un portrait de l’époque, pourrait bien être, plutôt que celui d’un marin, celui d’un des savants attachés à l’expédition.(AA, p.186)

voir ici. Je ne sais plus quel journal évoque l'émission de télévision suivie un peu par hasard par Renaud Camus sur ce sujet.
Le navire du contre-amiral d'Entrecasteaux parti à la recherche de La Pérouse en 1791 s'appelait La Recherche (cf Proust, Swann, etc).
thématique du mystère, de la recherche, de la disparition, de l'énigme.
Pour avoir assisté à une conférence lors de l'exposition de 2008, je sais que les savants actuels sont convaincus que les savants de l'expédition ont forcément mis à l'abri leurs papiers relatant leurs découvertes. Les savants contemporains tentent tous les codes possibles (à la Tintin ou à la Edgar Poe: le nombre de pas à partir du rocher...) pour deviner les coordonnées de l'enfouissement d'un coffre ou autre.

  • crâne, La Pérouse, exploration maritime (recherche des passages)

Ce qui demeure, à travers les aléas de la légende, ce sont seulement quelques épisodes et certains accessoires, apparemment secondaires : une fleur sur le plancher, un arc abandonné, un geste de la main, une intonation singulière — toujours la même, toujours au même endroit.(AA, p.186)

Starobinski, Les mots sous les mots, livre qui présente l'étude des anagrammes latins par Saussure. Saussure a pensé un moment avoir trouvé une règle de composition secrète de la littérature latine (un "code").

" Les deux genres de modifications historiques de la légende qui peuvent passer probablement pour les plus difficiles à faire admettre sont
1° La substitution de noms.
2° Une action restant la même, le déplacement de son motif (ou but).

"- A chaque instant, par défaut de mémoire des précédents ou autrement, le poète qui ramasse la légende ne recueille pour telle ou telle scène que les accessoires au sens le plus propre théâtral [sic ]; quand les acteurs ont quitté la scène il reste tel ou tel objet, une fleur sur le plancher, un [ ] [espace laissé blanc dans le texte] qui reste dans la mémoire, et qui dit plus ou moins ce qui s'est passé, mais qui, n'étant que partiel, laisse marge à - "

Saussure cité par Jean Starobinski dans Les Mots sous les mots, p.18

Cette phrase traverse l'œuvre camusienne, parfois entière, parfois à l'état de fragment. Comme dans La maison de rendez-vous, le lecteur entend cette phrase, dont il connaît chaque intonation... Le lecteur l'entend sans même avoir besoin de la lire, il la reconstitue spontanément.

  • anagramme, légende, "fleur sur le plancher", répétition, code

Lire un texte est toujours un combat avec l’ange.(AA, p.187)

Phrase issue de l'article "Tongue-in-cheek", sur l'ironie: le lecteur est toujours perdant, il ne peut et ne doit rien croire, il marche sur du doute, du tremblant.
La phrase entière est «Lire un texte est toujours un combat avec l'ange, dont nous sortons forcément vaincus.» Et la phrase suivante est celle-ci:

Lire, c'est accepter le risque d'être tourné en bourrique, de se faire prendre à hocher gravement du chef en accord avec ce que prétend la page, entraîné par le pouvoir de la rhétorique, tandis que l'écrivain, vivant ou mort, ricane et pouffe aux dépens du lecteur, car à un moment du passé, la langue autoriale était fermement engagée dans un creux de sa bouche tandis qu'il écrivait: «Le prince d'Aquitaine à la tour abolie» ou «Mon triste cœur bave à la poupe».
Guido Almansi, «L'affaire mystérieuse de l'abominable "tongue-in-cheek"», Poétique n°36, novembre 1978 p.419

Le lecteur est appelé à la méfiance. (A condition qu'il comprenne l'appel, car pour le comprendre, il faut avoir trouvé la source de la phrase... Ces citations sans référence constituent elles aussi une sorte de codage du texte, un code secret: pour comprendre, il faut trouver la clé.)

  • ange (=>Jacob), ironie, méfiance, code, clé (clé du code et clé de lecture)

"Oh, a huge crab".(AA, p.187)

Le fragment de citation des premières pages de La chambre de Jacob qui n'apparaissait pas dans le fil précédent (voir ma remarque): ce qui n'apparaît pas à autant de sens que ce qui apparaît. (De la même façon, dans la citation précédente était omis «dont nous sortons forcément vaincus»)

  • crabe, la chambre de Jacob, Virginia Woolf, cancer, clé

« Je me suis arraché à ces tendresses, j’ai arraché mon cœur mondain pour que le cancer de Dieu puisse s’étendre dans la chair. *************» Il n’est donc pas possible de prendre l’image de l’hôtel Colon au pied de la lettre comme référent. (AA, p.187)

Encore une autre signification du "monde".
Lettre de Max Jacob à Maurice Sachs ainsi que l'explicite le fil suivant.

  • cancer, Dieu (que nous envoie Dieu?), Max Jacob, monde, Sachs (Saxe, bax, sexe, anagramme)

On remarquera dans l'ensemble de ce fil une thématique du doute et de la vérité. Il existe un code, il y a un secret à découvrir, mais sans doute ne faut-il pas se faire trop d'illusions: «Lire un texte est toujours un combat avec l'ange, dont nous sortons forcément vaincus.»
Il s'agit de se battre sans illusion. Mais après tout, si Jacob n'a pas gagné son combat contre l'ange, il ne l'a pas non plus perdu:

Il resta seul, et quelqu'un lutta avec lui jusqu'à l'aurore. 26 Quand l'adversaire y vit qu'il ne pouvait pas vaincre Jacob dans cette lutte, il le frappa à l'articulation de la hanche, et celle-ci se déboîta. 27 Il dit alors : « Laisse-moi partir, car voici l'aurore. » — « Je ne te laisserai pas partir si tu ne me bénis pas », répliqua Jacob. 28 L'autre demanda : « Comment t'appelles-tu ? » — « Jacob », répondit-il. 29 L'autre reprit : « On ne t'appellera plus Jacob mais Israël, car tu as lutté contre Dieu et contre les hommes, et tu as été le plus fort. » (gn 32,25-33)

L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 11

Je rappelle qu'il y a deux axes de recherche:
- l'identification des sources,
- les règles de passage d'une phrase, d'un mot, à un autre.
Je vais tenter de "taguer", d'indexer, les phrases ou paragraphes pour mettre en évidence les liens qui les rattachent au contexte.
Je mettrai un • devant ces mots-clés (ou "liens").
Ces liens peuvent concerner soit des phrases proches, soit relever de thématiques plus générales, de même, ils peuvent jouer sur le sens ou le son ou les lettres.
J'ai retenu mon élan en plusieurs occasions, craignant le reproche que tout puisse aller avec tout à force de contorsions... Et pourtant... «C'est tout un ensemble!»

Il faut bien voir que les "passages", mots, sons ou thèmes, d'une phrase à l'autre ou d'un paragraphe à l'autre, peuvent se tenir à plusieurs niveaux : il peut s'agir de liens littéraux (le mot ou le son est présent dans la phrase, avec le même sens ou un sens différent), il peut s'agir de points communs (deux phrases vont provenir d'un même livre ou d'un même auteur, par exemple), il peut s'agir de thèmes communs n'apparaissant pas dans le texte églogal (W ou les souvenirs d'enfance et Léon Morin prêtre partagent le thème de la persécution des juifs, par exempele), il peut s'agir de reprise de thèmes reprenant une page d'une précédente Églogue (il faut alors retrouver cette page de référence), ou encore le mot important peut appartenir aux mots manquants dans une citation tronquée...
Dans tous les cas, il vaut mieux lire en entier la source identifiée. Voir affluer l'ensemble de la source (livre, article, film...) quand on lit quelques mots évocateurs est un des grands plaisirs de la lecture d'une Églogue, et c'est sans doute dans la dernière en date L'Amour l'Automne, que cette fluidité et cette rapidité sont les mieux mises en place.

Vous remarquerez qu'il y a toujours (ou presque) un nom propre parmi les mots-clés mis ainsi en évidence (travail non exhaustif bien entendu: il s'agit toujours de déchiffrage/défrichage).

Je rappelle que ce genre de billet est difficilement compréhensible sans le livre à la main. A défaut, il est toujours possible de se reporter au texte en ligne pour en avoir une vision globale, car il se trouve dans ce billet totalement émietté. Or le plaisir des Églogues tient à la vitesse qu'on acquiert, c'est-à-dire à l'exact inverse de la minutieuse lecture tentée ici.



*********** Je croyais apprendre à vivre, j’apprenais à mourir. (AA, p.170)

Exergue, dû à Léonard de Vinci, de La route des Flandres de Claude Simon. (La note, le passage d'un fil à l'autre, se fait justement sur le mot "Flandres".)

  • Léonard, Claude Simon, Flandres, La route des Flandres, vie, mort, exergue

Il tenait une lettre à la main, il leva les yeux me regarda puis de nouveau la lettre puis de nouveau moi. (AA, p.170)

Incipit de La route des Flandres. Je rappelle l'importance des incipits (hommage à Barthes).

  • Claude Simon, Flandres, La route des Flandres, lettre, incipit

Il n’y avait rien d’autre à faire que partir. (AA, p.170)

Fragment de l'incipit de La chambre de Jacob. Cette phrase apparaît dans une lettre qu'écrit l'un des personnages nommé Betty Flanders.

  • Virginia Woolf, Jacob's Room, incipit, départ/voyage, partir/quitter, Betty Flanders, Flandres, lettre (ces quatre derniers mots constituent des liens plus lâches (il s'agit d'arrière-plan, en quelque sorte), mais liens dont il est impossible de ne pas avoir conscience dès lors qu'on lit La chambre de Jacob, sans se contenter simplement d'avoir identifié la source de la phrase).

Êtes-vous sûr de vouloir quitter ? (AA, p.170)

C'est la phrase de Word (mot !) quand on veut fermer l'application. Cette phrase fait partie de ces phrases glânées par RC au cours de son travail sur ordinateur, que ce soit ce genre de message ou du spam. Quitter/partir/mourir. Quitter = cancel.

  • Cancel, quitter/partir, mort, Diane Cancel, René Char, arc, Diane, Celan (en italiques, les liens "faibles", les associations non directement présentes dans le fragment ou la phrase analysé, mais que le lecteur apprend progressivement à reconnaître pour les rencontrer à intervalles réguliers dans le texte).

(l’ombre d’Archer, son fils aîné, tomba sur le papier à lettre) (AA, p.170)

La chambre de Jacob, première page. La "lettre", dédicataire du livre ("À la lettre"). Archer, arc: a, r, c, les trois lettres fondamentales des Égloguesarké c'est tout de même le commencement et le pouvoir, et tout le grand arc des apparentements idoines» (Rannoch Moor, p.663))

  • Virginia Woolf, Jacob's Room, incipit, ombre, lettre, Betty Flanders, Flandres, arc, filiation

(Scarborough is seven hundred miles from Cornwall) (AA, p.171)

La chambre de Jacob, première page toujours.

  • Virginia Woolf, Jacob's Room, incipit, départ/voyage, partir/quitter

(Que le monde est beau, Bien-Aimée ! Que le monde est beau !) (AA, p.171)

Cantique du printemps, O. V. de L. Milosz. (Habituellement Renaud Camus transforme cette citation: «Que le monde est beau, Bien-Aimé! Que le monde est beau!» (ce qui n'a l'air de rien mais complique singulièrement l'identification).
Cette phrase annonce le début d'une nouvelle thématique.
Reprend les mots et les thèmes d'une citation de Matthew Arnold: «for the world, which seems / To lie before us like a land of dreams, / So various, so beautiful, so new,» (Car le monde, qui semble étendu devant nous comme une terre de rêves, si varié, si beau, si neuf...).
Ces vers d'Arnold vont être étroitement entrelacés à une phrase de Virginia Woolf, à la manière des deux thèmes d'une sonate.
La citation d'Arnold a pour mot pivot le mot "monde", celle de Woolf le mot "vie": tout naturellement, après avoir rencontré "le monde" dans cette citation de Milosz viennent les mots "la vie" dans la phrase suivante de L'Amour l'Automne.
Printemps = spring = source = vie et eau.

  • monde, love, Matthew Arnold, Dover Beach, Douvres, plage (thème marin)

(car la vie, comment la vie, combien la vie, au lieu d’être faite de petits incidents séparés qu’on vivrait rencontrerait-— éprouverait un par un l’un après l’autre devenait bouclée se présentait soudain de façon circulaire et totale devenait enveloppante et complète comme une vague qui vous emporte avec elle et vous précipite avec elle, là, avec un bel éclat avec un heurt violent avec un élan violent sur la plage et vous-- précipite avec elle sur la plage, avec un élan formidable) (AA, p.171)

Tâtonnement, hésitation, de Renaud Camus dans sa tentative de traduction de cette phrase qui provient de Promenade au phare, partie I, chapitre 9.
Fausse hésitation, puisque RC connaît le sens de cette phrase, et vraie hésitation, comme devant toute traduction.

  • Virginia Woolf, To the Lighthouse, vague, plage (thèmes marins), vie

(Oh mon amour, soyons-nous fidèles l’un à l’autre
Car le monde, qui semble étendu devant nous
Comme une terre de rêve…_) (AA, p.171)

Extrait de Dover Beach, l'autre motif de la sonate.
Similitude de construction : car la vie, au lieu d'être... est en réalité // car le monde, qui semble... ne contient en réalité => deux illusions qui seront démenties.

  • Matthew Arnold, Dover Beach, Douvres, monde, love

(Conrad, la dernière fois qu&#146;il le vit, dans l’encadrement de la porte de sa chambre d’hôtel, à Douvres, ne douta pas un seul instant que jamais plus il ne poserait les yeux sur lui) (AA, p.172)

Douvres = Dover. Chambre de Stephen Crane // chambre de Jacob quelques lignes plus haut.
Voir le texte de Conrad et la note 10, en particulier page 163.

  • Conrad, Stephen Crane, Douvres, maladie, mort

(Weiss und geradlinig liegt es mit seinem langgestrecken Hauptgebaüde…) (AA, p.172)

Tristan de Mann, description du sanatorium. Le blanc ("weiss") est la couleur (avec le vert) de Passage. Couleurs liées au tennis, entre autres.
La dernière fois que Conrad vit Crane, celui-ci s'apprêtait à partir en sanatorium sur le continent.

  • Tristan, blanc, maladie, mort

(So various, so beautiful, so new… ) (AA, p.172)

Le monde semble beau, nous dit Arnold, alors qu'en réalité il est cruel et incompréhensible (comme deux armées s'affrontant dans la nuit). Renaud Camus semble illustrer ce jugement de Matthew Arnold en juxtaposant amour et maladie, amitié et mort, sans transition.
Peut-être justement ne s'agit-il pas d'opposer les pôles plaisants et cruels de la vie, mais bien de les accepter ensemble comme composants inséparables de la vie.

  • Matthew Arnold, Dover Beach, monde

La voix avait une extraordinaire tristesse. La voix était d’une extraordinaire tristesse. Son appel était d’une tristesse extraordinaire. De toute façon l’enfant s’éloignait sans l&#146;entendre, le long de la plage. Il dépassa un homme et une femme énormes, écarlates, démesurés (et déjà le jour baissait), couchés tout près l’un de l’autre, sans mouvement, côte à côte. Il dépassa une grosse femme en noir, assise sur le sable, que les vagues entourèrent bientôt, et qui n’était qu’une roche, couverte de ces algues qui font un bruit étrange quand on les écrase (Jacob se sentit perdu). (Jacob se sentit perdu). Il . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . qui en réalité était celui d’un mouton (????????????)
«Le voilà! s’écria Mrs Flanders, faisant le tour de la roche, ayant couvert en quelques pas toute l’étendue de la crique. Qu’est-ce qu’il a encore déniché? Jette ça, Jacob. Jette ça par terre immédiatement. Encore une abomination j’en suis sûre.» (AA, p.172-173)

Retour à la tristesse, directement après l'émerveillement du monde "So various, so beautiful, so new...".
Citation de La Chambre de Jacob. Jacob est un enfant qui s'est éloigné de sa mère sur la plage. Il y a trouvé un crâne de mouton qui horrifie sa mère quand après quelques minutes d'inquiétude l'enfant est retrouvé. (Ce qui enchante l'enfant est ce qui horrifie la mère: monde merveilleux ou horrible?)

  • Betty Flanders, La chambre de Jacob, Jacob, incipit, crâne, sable, vague (thème marin)

Êtes-vous sûr de vouloir quitter? (AA, p.173)

Reprend la phrase rencontrée déjà page 170. Sorte de refrain. Est-ce l'application que l'on quitte (Word = mot, si proche de world, monde), ou le monde, ou la vie? (Cf. la phrase précédente: «La voix était d’une extraordinaire tristesse.»)

  • cancel, départ/voyage, partir/quitter, mort

Elle adorait ces jardins. (AA, p.173)

Anne Wiltsher, dont on peut supposer qu'elle est morte d'un cancer. (Elle aimait ces jardins, la vie, le monde so beautiful, so new...)
Anecdote relevant du journal, concernant le voyage en Angleterre => "nappage", c'est-à-dire passage de la fiction à la vie sans rupture, sans avertissement.

  • maladie, cancer, mort, référence à une anecdote vécue (nappage)

Chez l’homme, c’est le cancer du côlon qui est de loin le plus fréquent. (AA, p.173)

Information médicale. Réflexion contemporaine de 2003 (Rannoch Moor), quand Renaud Camus souffrait à l'aine et s'interrogeait sur son mal.
côlon => Colomb, découverte de l'Amérique, hôtel Colomb, Denise Colomb, etc. «Le seul avantage que je vois au cancer du côlon, c'est que, du point de vue de mes Eglogues, il est impeccable.» Rannoch Moor p.164
Cancer => "crabe" en argot. Or l'incipit de Jacob's room contient l'exclamation «A huge crabe!», non reprise ici dans ce fil. Certaines allusions restent souterraines, mais ne peuvent être ignorées du lecteur qui se donne la peine de lire les livres cités.

  • cancer, crabe, côlon, maladie, mort

Mon chien Horla ne me quittait plus guère. (AA, p.173)

Mon chien Horla : le chien qui aimait son maître ("Au chien Horla resta l'amour pour son maître", Vie du chien Horla, p.42).
Ici je ne vois pas les liens : j'associe Horla et folie, mais qu'y a-t-il comme référence à la folie dans ce fil? Ou est-ce le départ d'une thématique sur la folie dans les pages à venir? Ou plus haut (spatialement dans la page) dans les autres fils?

  • maladie, folie, amour (love), ombre (fantôme)

Quelques années plus tard, dans son livre Mysteries, Wilson s’étendit plus longuement sur la théorie du professeur Bach en tant que conflit intérieur. (AA, p.173)

Le professeur Bach fut un travesti et un faussaire, qui écrivit un livre sur papier orange non publié à ce jour, si j'ai bien compris. Ce livre est réputé illisible mais il a fasciné Colin Wilson.
Le professeur Bach est morte d'un cancer, mais cela n'apparaît pas ici: il s'agit d'un détail que le lecteur doit apprendre par lui-même, en faisant ses propres recherches. Il s'agit d'un lien souterrain, d'un point commun caché.
Notons l'évolution : "Elle" aimait ses jardins (femme); "chez l'homme" (homme), le professeur Bach (travesti) => sorte de glissement vers la fusion ou la confusion (Mysteries)

  • Bach (Bac, Bax, etc), Wilson, inversion, cancer, maladie, mort

L'ensemble de ces phrases se présente ensemble:

Êtes-vous sûr de vouloir quitter ? Elle adorait ces jardins. Chez l’homme, c’est le cancer du côlon qui est de loin le plus fréquent. Mon chien Horla ne me quittait plus guère. Quelques années plus tard, dans son livre Mysteries, Wilson s’étendit plus longuement sur la théorie du professeur Bach en tant que conflit intérieur. (AA, p.173)

Quels sont les points d'attache qui lient ces phrases entre elles (présentées sans interligne, ensemble, dans la mise en page minutieuse du livre)? Elles paraissent très décousues. Elles présentent une note inquiétante, entre l'imparfait de «Elle aimait ses jardins», l'information sur le cancer, la connotation (au moins pour un Français) du nom Horla, et Mysteries et conflit intérieur.
Nous sommes à un carrefour, ces phrases sont comme autant de routes à emprunter.
Cette impression de transition va se continuer dans les phrases suivantes, puisque bien que liés par un certain nombre de mots-clés et de thématiques, plusieurs nouveaux champs vont être ouverts. (Enfin nouveaux... Nouveaux pour ce fil, car nous les avons déjà rencontrés pour la plupart).


Que nous envoie Dieu ? (AA, p.174)

Note 5 en fin de volume de L'invention de Morel (p.124 dans la collection Folio): «Morel est l'auteur de l'opuscule Que nous envoie Dieu? (paroles du premier message de Morse); et il répond: Un peintre inutile et une invention indiscrète.»
L'invention de Morel est en fait un journal. Sans vouloir déflorer le sujet pour ceux qui voudraient le lire, c'est une nouvelle sur la mort (et la vie, et l'amour: comment faire survivre ceux qu'on aime? une solution possible: la répétition): la phrase citée ici n'est qu'un signe vers le livre en son entier.

  • Morel, L'invention de Morel, île, mort, amour (love), répétition

Mais en ce qui concerne ces aristocrates dont vous me parlez, qui étaient partis tenter leur chance au Maroc et qui regagnent la métropole aussi désargentés qu’ils étaient partis, non, ce n’étaient pas des locataires, ni même des personnes qui faisaient à Royat une cure : ils habitaient une grande maison à vérandahs, toute proche de la villa anglo-indienne des Duparc, sur le versant opposé de la petite vallée. Je les vois encore : les garçons courent dans le jardin, se taillent des arcs, se fraient un passage entre les bambous, près du bassin. Coiffés de casques d’explorateurs, ils tracent des routes dans le sable, et se partagent des empires à coups de marrons d’Inde. Ou bien, le haut du corps passés dans des casaques à manches larges, ouvertes, frappées d’une croix sertie de traits divergents, ils se livrent à des duels sans merci contre les gardes de M. le Cardinal. Ou encore ils se livrent à des parties de cache-cache, dans ma chambre plongée dans le noir :
« Minuit sonnant, le diable entrant… »
Ils ont alors le visage dissimulé par des masques précieux mais qu’ils prennent, comme tout le monde dans la maison, pour de simples jouets. Et pourtant quelqu’un a pris soin un jour, un jour lointain, un jour déjà lointain à cette époque (il s’agit sans doute de l’oncle Heurtebise, l' "explorateur de boucles", celui qui…), quelqu’un a pris la peine d’écrire à l’intérieur, sur de petites étiquettes pour livre de classe, d&#146;une encre presque effacée désormais, des mots mystérieux : banda, bamba, bongo, kra, marka, nago, sango, zande, zamble, dan, cercle de Man (ou Libéria occidental). Sources du Niger. Et l’on découvre au matin un petit saxe brisé, le marquis séparé à jamais de sa marquise, ou le berger de sa bergère, qui maintenant a l’air de lui tourner le dos. (AA, p.174-175)

Tout ce passage reprend des souvenirs d'enfance qu'on retrouve dans Échange.

L'Amour l'Automne s'appuie sur les journaux contemporains de son écriture (soit Rannoch Moor, Corée l'absente, Le Royaume de Sobrarbe et Journal de Travers (d'une part parce qu'il a été mis au propre durant cette période, d'autre part parce qu'il est un des piliers, par contruction, de l'écriture des Travers, chaque Travers correspondant à une saison de Journal de Travers); sur un corpus d'œuvres dont la liste est à dresser (et à lire...) au fur à mesure de la lecture de L'Amour l'Automne, et sur des citations des quatre Églogues parues précédemment.

Lorsqu'on identifie un passage d'une précédente églogue comme source de la page de L'Amour l'Automne qu'on est en train de lire, on constate souvent que tous les thèmes apparaissant dans la source y sont repris, comme si l'extrait d'origine fournissait un canevas, une matrice, à la page en cours de lecture: ce qui fait le lien entre les phrases, ce n'est plus leurs rapports entre elles mais leur commune référence à un même extrait. La transition, le passage, se fait via un tiers texte.
Cette technique illuste également l'un des thèmes du livre: le double et la répétion, mais aussi la variation, car toute répétition met en jeu une variation, même infime. Rien n'est jamais parfaitement identique, le temps joue (la mort à l'œuvre...).

Extrait d' Échange ayant été transposé dans L'Amour l'Automne:

C'est l'époque où tout le monde revient du Maroc. [...] Mais en ce qui concerne les colons titrés dont vous me parlez, et qui regagnent, aussi peu argentés qu'ils étaient partis, la métropole, non: ils habitent cette grande maison à vérandahs, toute proche de la villa anglo-indienne des Duvert, sur le versant opposé de la petite vallée. Les garçons courent dans le jardin, se taillent des arcs, se fraient un passage entre les bambous. Coiffés de casques d’explorateurs, ils tracent des routes dans le sable, et se partagent des empires, à coups de marrons d’Inde. Le haut du corps passés dans des casaques à manches larges, ouvertes, frappées d’une croix sertie de traits divergents, ils se livrent, sur les marches du perron, à des duels sans merci. Ou bien ils font des parties de cache-cache, la nuit, dans la chambre de Denis plongée dans le noir. Ils ont alors le visage dissimulé par des masques précieux, mais qu’ils prennent, comme tout leur entourage, pour de simples jouets. Pourtant quelqu’un a pris soin, un jour, d’écrire à l’intérieur, sur de petites étiquettes pour livres de classe, d’une encre presque effacée désormais, des mots mystérieux : banda, bamba, bongo, kra, marka, nago, sango, zande, zamble. Dan, cercle de Man (ou Libéria oriental). Boucle du Niger. Et l’on découvre, au matin un petit saxe brisé, le marquis qui fait sa révérence, son tricorne à la main, séparé à jamais de sa marquise, ou le berger de sa bergère, qui maintenant a l’air de lui tourner le dos.
Denis Duparc, Échange, p.109-110

On a vu que masque renvoie à "personne" (persona). Zamble revoie à Zemble et à Nabokov, Pale Fire. Séparation des statues, amour brisé.

Quelques remarques: - les gardes de M. le Cardinal : Les Trois Mousquetaires. Nous savons depuis Outrepas que ce livre a compté («je l'aime beaucoup, que je l'ai beaucoup lu, qu'il a même eu une grande influence sur ma vie puisque ce sont probablement de lointains souvenirs des Trois Mousquetaires qui m'ont incité à m'établir dans le Gers.» Outrepas, p.596) - la chambre de Denis (1976) devient "ma chambre" (2007) - l'oncle Heurtebise : il y a de nombreux oncles dans la famille camusienne, le terme étant utilisé avec largesse. (Je recommande d'ailleurs de lire Kråkmo et Journal d'un voyage en France ensemble[1]. Ils se complètent l'un l'autre en ce qui concerne la généalogie familiale.)
Je n'ai pas réussi à identifier l'oncle Heurtebise (autrement dit, je ne sais de qui il est le frère ou le mari). Il apparaît dans Échange p.89 : «Près de vingt ans plus tôt, l'oncle Heurtebise qui, à la suite d'une histoire de jeu dont les détails seront maintenus secrets, s'est engagé sur un voilier de la marine marchande, fait un faux-pas au marchepied d'une vergue, et tombe dans la baie de Vera-Cruz.» Plus loin dans Échange, il sera précisé qu'il est dévoré par les requins (référence à retrouver). - l'explorateur des boucles : généralement, ce terme est associé au grand-père de Barthes, le capitaine Binger.

  • arc, masque (persona), Niger, Binger, départ/voyage, exploration/passage, saxe (sexe, Saxe, etc), Indes (anagramme Denis), orient/occident, nappage (souvenirs d'enfance)

L’ombre de l’avion dépasse les haies, enjambe comme si de rien n’était, sans à-coups, les barrières blanches fraîchement repeintes de ce pays de bocage, affecte même de suivre exactement les petites routes qui suivent exactement la côte au-dessus des falaises blanches de la côte du matin comme l'une de ses voitures régulières ou l’un de ces autocars ou l’un de ces petits trains réguliers de train électrique qui poursuivent leur chemin régulier mécanique bien réglé dans l’un de ces matins réguliers comme les petits caractères transparents réguliers de dimanches réguliers de la côte jusqu’à ces étranges constructions blanches sur pilotis qui s’avancent sur la mer comme des esquisses de casinos victoriens régulière que l’ombre régulière enjambe sans à-coups fraîchement repeints transparents mécaniques réguliers. (AA, p.175-176)

"petits caractères réguliers" est une expression réccurrente dans Passage. Il s'agit de l'Angleterre vue d'avion : voir les pages 109-110, 112, 128 de L'Amour l'Automne.

  • blanc, ombre, voyage, passage, répétition, nappage (retour de Corée, vraisemblablement)

(Deux scènes d’enculage)
(Nous avons perdu l’Indochine)
(Les Aventures du capitaine Corcoran) (AA, p.176)

Il est assez difficile d'attribuer une source précise aux scènes d'enculage, mais il s'agit probablement de Journal de Travers.
Puis retour à Échange:

Juste en dessous est la cuisine, à moitié souterraine, au carrelage vert et blanc. Sa mère y entre un soir en coup de vent tandis qu'il y dîne seul, tout en lisant entre deux bouchées, les aventures aux Indes du capitaine Corcoran. Nous avons perdu l'Indochine, s'écrie-t-elle, comme on dirait : un vase de Chine.
Denis Duparc, Échange, p.110

Les aventures du capitaine Corcoran se déroule en Indes. Selon le procédé évoqué plus haut, le reste de la page 110 d'Échange est donc utilisée dans l'écriture de L'Amour l'Automne, mais très vite, par allusion.

  • Indes, Indochine, sexe, nappage (évocation de 1976 (journal de Travers) et évocation de l'enfance).

Il y aurait là-bas, à l’autre bout du monde, une île. Elle s’appelle W.
Elle est orientée d’est en ouest ; dans sa plus grande longueur, elle mesure environ quatorze kilomètres. Sa configuration générale affecte la forme d’un crâne de mouton, dont la mâchoire inférieure aurait été passablement disloquée. (AA, p.177)

W ou les souvenirs d'enfance de Georges Perec, p.93 Incipit de la deuxième partie.
Crâne de mouton <=> le début de La chambre de Jacob.
Mâchoire <=> dent

  • île, lettre, W, crâne, persécution juive, dent, La chambre de Jacob

Cancel. Cancel. (AA, p.177)

Déja vu : annuler une opération sur un traitement de texte.

  • Celan, Diane Cancel (=>Char), quitter/partir/mourir

Une pensée est une phrase possible. (AA, p.177)

Pierre Alféri. Chercher une phrase
Points d'attache possibles avec les phrases qui entourent celles-ci via le "La pensée — c'est une affaire de dents", phrase écrite par Celan à Char au moment de la mort d'Albert Camus (voir L'Amour l'Automne p.94.)

  • pensée, dent, crâne, Celan

Rêveurs des bords de la Sorgue, les Transparents sont des êtres simples et purs que Char ressuscite, qu’il crée et recrée aux frontières du réel et du fantasme : il convoque en groupe ces minces silhouettes et ce sont autant de fantômes fragiles et cléments qui se regroupent autour de lui dans une danse étrange et pénétrante :(AA, p.177)

Diane Cancel faisait partie du groupe de vagabonds nommés "les Transparents" ayant joué un rôle dans la jeunesse de René Char. Il les évoque dans le poème «Les Transparents», dans le recueil Les Matinaux.

Apparaissez, formes de glace (AA, p.177)

dernière strophe du poème "Les Transparents" de René Char

  • Diane Cancel, Char, Celan, ombre (fantôme)

(Sobbing, but absent-mindedly, he ran farther and farther away until he held the skull in his arms.)(AA, p.177)

Jacob, le crâne de mouton dans les bras, dans les premières pages de Jacob's Room. => la forme de l'île dans W ou les souvenirs d'enfance dans Perec.

  • Jacob, crâne, Virginia Woolf, Georges Perec, W ou les souvenirs d'enfance

Robert M. le remarque fort bien : «Si l’on utilise les renversement graphiques et l’examen des possibilités de la lettre V, comme le fait Perec à la page 106, on est conduit à passer de M à W. (AA, p.178)

Robert Misrahi, numéro de L'Arc sur Perec (Robert Misrahi fut un professeur de Renaud Camus. Il était présent à la Sorbonne lors de la conférence qui devint Syntaxe ou l'autre dans la langue. Une longue note lui est d'ailleurs consacrée dans ce livre).

  • Perec, W, inversion, Robert (Bob)

Contentons-nous cette fois d’un demi-tour. Contentons-nous cette fois d’un demi-tour. Ne sommes-nous pas en milieu secrètement hellène? (AA, p.178)

Le souverain s'avarie, intervention de Jean-Pierre Vidal lors du colloque à Cerisy sur Robbe-Grillet en 1975. Cette intervention porte essentiellement sur Les Gommes.
hellène = L, N

  • Robbe-Grillet, inversion, lettre, L, N, Les Gommes

Guillaume, qu’es-tu devenu Et les promenades dans la forêt, d’un sentier l’autre, sur la colline bien-aimée qui domine Perth, étaient encore, étaient déjà, un dialogue avec Protée. (AA, p.178)

Guillaume = William (Burke). (Est-ce cela? C'est une hypothèse possible, mais il ne faut pas être trop littéral ici: il ne me semble pas que Renaud Camus soit jamais allé en Ecosse avec William Burke. Le prénom est sans doute une transposition.
Protée : change de formes et connaît l'avenir.

  • nappage (souvenirs + transposition), William, Ecosse

Qui parle là ? Mais qui parle? (AA, p.178)

Qui parle là? : S/Z (On m'a fait remarquer que cette locution était très employée (elle et ses variations: "D'où tu parles?", etc), mais comme je demeure persuadée du rôle fondamental de la phrase «Que pourrait être une parodie qui ne s'afficherait pas comme telle?» pour comprendre Travers, et que cette phrase vient de S/Z, je maintiens ma position.
Pas de "mots-clés" à proprement parler. Ces interrogations sont destinées à maintenir le lecteur sur ses gardes: que lit-il? Quel statut accorder aux phrases? Fiction, réalité?


Le temps a donné la solution malgré toi. (AA, p.178)

exergue des Gommes de Robbe-Grillet. Exergue tiré de Sophocle.
L'intervention de Jean-Pierre Vidal (cf.supra) porte principalement sur Les Gommes.

  • Robbe-Grillet, Les Gommes, exergue, vie, mort

Il y a fallu un quart de vie, une demi-vie, un tiers de vie, on ne le saura qu’à la fin : mais j’ai bel et bien fini par atteindre, homme mûr et sans doute un peu davantage, ce monument que je n’avais fait qu’apercevoir de loin, adolescent, au terme d’une promenade interminable déjà, parmi ces hautes collines qui dominent la Tay. Il fallut vaincre des chiens, il fallut contourner des fils — ou l’inverse, je ne sais plus : mais nous y sommes arrivés. Le mystère cependant n’est qu’en partie levé, car ce trophée peu visité, certainement, est aussi peu entretenu, et la plupart des lettres de l’inscription qu’il porte sont plus qu’aux trois-quarts effacés. Les deux amants n’ont presque rien pu lire, sinon ce nom, Grant, qui sans autres détails ne les a guère avancés, tant sont nombreux les Grant [-> Perry, Peary (Pass. 86 / 89] en ce pays, et sans le moindre dictionnaire biographique. (AA, p.178-179)

Le temps a donné la solution : quarante ans plus tard...
Il a fallu un quart de vie, etc: référence à cette anecdote racontée dans Rannoch Moor p.436.
Il y a distorsion: ce n'était pas Grant, mais Graham.
L'inscription à demi effacée revient : dans le geste de la mère tâchant de déchiffrer une inscription dans la pierre (voir la fin du billet en lien), dans le tabeau souvent cité Et in Arcada ego.
Les deux amants : Pierre et RC.

  • Ecosse, Grant, nappage (souvenirs + anecdote qui appartient au journal), répétition

Ce qui est sûr en tout cas c’est qu’il ne s’agit pas du général de la guerre de Sécession, le président américain, le successeur de Johnson, celui dont la jeune et naïve fiancée, si l’on en croit ce qu’elle écrit en toute candeur dans ses Mémoires, avait baptisé d’après lui l’un des piliers de son lit à baldaquin (AA, p.179)

Ulysse Grant. Travers page 14 (cette page fait référence à Marion Bloom dans Ulysses).

  • Ulysse, Grant, Johnson

(nous buvons coupe sur coupe de crémant rose. Hugh Person nous montre une grande toile turque du XIXe siècle, achetée pour rien, paraît-il, et qu’il a l’intention de vendre pour financer Bad, film où doivent jouer Perry King et Carroll Baker (elle interprète le rôle d’une certaine Hazel, la directrice d’un institut d’électrolyse, qui marginalement dirige toute une équipe de tueuses à gages. (AA, p.179)

Passage de Grant à Hazel : Michael Grant et John Hazel sont les deux auteurs du Who's Who in Classical Mythology, (note de bas de page dans Été, p.152). anecdote de Journal de Travers.
Turque : Orient.
Person : Nabokov, persona => masque, Ulysse, Pessoa, etc.
Carroll => Carl, Charles, Karoly, etc; Baker => bac, Bach, Bax, etc
Hazel <=> fille de John Shade (ombre) dans Pale Fire et mère de Lolita, il me semble.
King = roi (roi fou, Boris, Nabokov et Robbe-Grillet)
tueuses à gages (thématique violente des Robbe-Grillet utilisés dans les premières Églogues : Projet d'une révolution à New York, La maison de rendez-vous, Souvenirs du triangle d'or.)

  • Orient/occident, roi, personne, Carl, Bach, arc, Nabokov, Robbe-Grillet...

(La murette occidentale, c’est une autre histoire. La murette occidentale de Central Park, c'est une autre histoire. (AA, p.179)

Repris de Passage. Opposé à la murette orientale : «La murette orientale de Central Park doit être suivie un dimanche matin, par beau temps, après qu'il a neigé. Les trottoirs sont larges. À cause de la glace, il marche à pas serrés, égaux, étonnamment réguliers. Il porte un pardessus croisé, à larges revers. Et je n'invente rien, dit Peter Morgan : la murette occidentale, maintenant, c'est une autre histoire.» Passage

  • passage, orient/occident, nappage, parc, arc

A Lahore, par 120 degrés Fahrenheit, les deux médecins font un match de cricket. (AA, p.179)

Henry Jean-Marie Levet, Cartes postales, «British India»

  • Henry JM Levet, Lahore, Indes

Au sortir de l’université de Virginie, Poe s’engagea dans un régiment qui très rapidement fut envoyé en Caroline du Sud.

Poe prend le nom de Perry. Il collecte là les détails qui lui permettront d'écrire plus tard Le scarabée d'or.
Caroline du Sud, ville de Charleston => Charles, karl, arc, etc
régiment : contexte militaire. fait le lien avec Grant qu'on vient de voir.
Virginie, Caroline du Sud : états du Sud dans la guerre de Sécession.

  • Poe, Virginie, Caroline du Sud (les états d'Amérique, motif de Passage)

Il fiume no, il fiume basta ! Bisogna dimenticarselo, il fiume.

L'adieu au fleuve dans Primo della Rivoluzione, la fin d'une époque

  • Primo della Rivoluzione, la perte, l'Italie

C’était pendant les jours de la « peste » de Naples.

Malaparte, La Peau. Après la guerre : contexte militaire. la peste : au sens figuré ou littéral, parcourt L'Amour l'Automne. Ici sens figuré. Titre d'un roman d'Albert Camus, le "double" de Renaud Camus.

  • La peau (Poe), peste, Italie

Les mots sinistres : — Pas de craie — étaient écrits sur la porte en caractères de craie.

Edgar Poe, Le roi Peste. caractères = lettres

  • Poe, peste, lettre

Je restais seul en ma qualité de roi.

???

Ce qui s’est passé, ce que j’ai vu la nuit dernière est tellement étrange, que ma tête s’égare quand j’y songe.

L'invention de Morel ??


Mais, à mon grand étonnement, le chancelier me frappa de son bâton et me fit rentrer dans ma chambre.

Journal d'un fou, Gogol

  • folie, roi, journal

Je deviens fou. Mais, est-ce moi ? Est-ce moi ? Qui serait-ce ?(AA, p.179)

  • folie, le Horla, identité

Cette histoire a tellement obsédé Laplace qu’il en a fait le prétexte de son roman.

  • Duras, Lahore, Indes, Le Vice-Consul

Contre le grillage qui entoure les tennis déserts, il y a une bicyclette de femme qui appartient à Anne-Marie Stretter.

  • Duras, tennis, bicyclette, Le Vice-Consul

Sir Ralph prit sa main. Sir Ralph prit sa main. Sir Ralph prit sa main :(AA, p.179)

  • Robbe-Grillet, La maison de rendez-vous, répétition, Sir Ralph, Ralph Johnson

— Mais ce que j’aimerais comprendre c’est Venise : pourquoi Venise ?(AA, p.179)

Passage, p.77
Je ne sais pas exactement que faire avec cette phrase: est-ce une citation d'un roman de Duras, ou une question de RC à propos de Duras, ou d'un lecteur de RC à propos de l'omniprésence de Venise dans les premières Églogues?

— C’est-à-dire, c’est un peu simple de croire que l’on vient de Venise seulement, on peut venir d’autres endroits qu’on a traversés en cours de route, il me semble. (AA, p.180)

phrase de l'auteur? (La phrase «Certaines phrases sont de l'auteur», prononcée par RC alors que je questionnais sur des sources, est devenue fétiche entre nous).
Importance de chaque lieu: on vient toujours d'ailleurs, situé avant ou après le point choisi en référence.

  • Duras, Venise, passage, départ/voyage

— Non. Ne partez pas… Je vous en prie… Ne partez pas tout de suite.

Sir Ralph s’incline à nouveau, sans changer de visage, comme s’il savait depuis toujours que les choses se passeraient ainsi : il attend cette phrase, dont il connaît à l’avance chaque syllabe, chaque hésitation, les moindres inflexions de la voix, et qui tarde un peu trop seulement à se faire entendre. (AA, p.181)

Citation de la La maison de rendez-vous, de Robbe-Grillet, p.53-54.
phrase prononcée par Lauren pour retenir Ralph Johnson.

Je la recopie ici exactement:

«Non. Ne partez pas… Je vous en prie… Ne partez pas tout de suite.» Sir Ralph s’incline de nouveau, sans changer de visage, comme s’il savait depuis toujours que les choses se passeraient ainsi : il attend cette phrase, dont il connaît à l’avance chaque syllabe, chaque hésitation, les moindres inflexions de la voix, et qui tarde un peu trop seulement à se faire entendre.

  • Robbe-Grillet, La maison de rendez-vous, répétition, Sir Ralph, Ralph Johnson

La réalité c’est que le tennis, en plus d’être un sport, un sport cruel, bien plus cruel et féroce que l’amour (cosi almeni se lo figurava lei), est aussi un art, et qu’il exige, comme tous les arts, un talent particulier.(AA, p.181)

Le jardin des Finzi-Contini. Phrase récurrente, sous de nombreuses variations, depuis Passage. (Ces nombreuses variations permettent au lecteur régulier «d'attendre cette phrase», qu'il connaît effectivement à l'avance, et qu'il reconnaît à travers ses diverses formes.)
la perte, dans le sens où il s'agit de l'adieu à une époque.

  • tennis, répétition, love, persécution des juifs, le jardin des Finzi-Contini, Italie, la perte

Les Ross sont la grande dynastie de la recherche des passages. Le neveu, le futur sir James Clarke Ross, est à dix-neuf ans en la compagnie de Parry lorsque celui-ci, en 1819, atteint et découvre la presqu’île de Melville, le point extrême qu’il ait atteint ; cette même presqu’île de Melville que l’oncle, sir John, dépassera dix ou douze années plus tard. (AA, p.181)

La recherche des passages est à lui seul LE thème des Eglogues...
Parry / Perry, le pseudonyme de Poe

  • Melville, île, thème marin, recherche des passages, Clark (Mark, arc, etc)

Souvent, dessous la vague, loin de cette corniche, il a vu les os des noyés tenter une ambassade, comme on jette les dés. (AA, p.182)

Hart Crane, premiers vers du "Tombeau de Melville", section de son grand poème The Bridge.
Jeter les dés => Mallarmé. La disposition du chapitre IV de L'Amour l'Automne rappellera Le coup de dé.

  • Crane, Melville, mort, thème marin

Le film répond à son titre : Léon Morin y envahit tout l’écran — il y est beaucoup plus présent que dans le roman de Beck, très autobiographique, et donc centré sur l’héroïne, naturellement.

Léon Morin, prêtre, film de Jean-Pierre Melville

  • Melville, Morin (Morel/Moreau/Moran, etc), Beck (Bac/Bach/Bax, etc), persécution des juifs

En fait, ce qui peut prêter à confusion, c’est que Canaletto a peint deux vues de Greenwich, prises l’une et l’autre de l’île des Chiens.

  • double, répétition, île, Canal (lacan, Venise, etc)

O, the navies old and oaken,
O, the Temeraire no more ! (AA, p.182) Derniers vers du "Téméraire, poème d'Herman Melville, placés en exergue de la section "Cutty Sark" de The Bridge d'Hart Crane
Ce poème de Melville est un requiem pour un navire défunt.
Précédemment a été cité At Melville's Tomb, section de The Bridge, requiem pour Herman Melville: la composition n'est ni en miroir, ni en abyme, mais plutôt tressée. On songe aux messages lumineux capables de prendre des chemins tortueux grâce à des jeux de miroirs inclinés.

  • Melville, Crane, navire (thème marin), mort, exergue

Quant au Station Hotel, pour dire toute la vérité, il a été tellement rénové et agrandi, depuis l’époque où le compositeur y venait dès l’automne avec sa maîtresse, que la chambre qu’ils occupaient — qu’il s’agisse de la 7, de la 9 ou de la 11 selon les versions — de toute façon ne donne plus sur la mer ; de sorte que, voudrait-on marcher sur leurs traces, et essayer de reconstituer les sentiments et les impressions qui peuvent avoir été les leurs, on ne saurait pas si mieux vaut la même pièce exactement, mais qui n’a plus du tout, quoiqu’elle n’ait nullement changé, le même caractère, puisqu’elle ouvre à présent sur une cour étroite ; ou bien une autre, qu’ils n’ont pas pu connaître puisqu’elle n’existait même pas de leur temps, mais dont la fenêtre ouvre sur l’océan et permet de contempler l’île noire comme ils ont pu le faire, les sables d’argent, Camustarrach et le large. Où est la fidélité, dans un cas pareil ? Où est l’exactitude la plus grande ? Où est la répétition la plus rigoureuse des gestes, des attitudes et surtout des regards ?(AA, p.182-183)

Vieux problème philosophique du bateau de Thésée.
Le passé irreprésentable, pas de répétition à l'identique possible (soit l'inverse de ce que nous raconte L'invention de Morel).

  • Bax, répétition, double, vérité/mensonge, les chiffres, île, sable, océan (thème marin), nappage (épisode du journal)

Je sens avec déplaisir que ces pages se transforment en testament. Ainsi le même paragraphe exactement se présente deux fois, dans le roman, au début et à la fin, la seule différence entre ses deux occurrences étant qu’à la seconde (qu’enserrent des guillemets, il est vrai), l’expression latine en italique, à la dernière ligne, est suivie d’une note :(AA, p.183)
Je placerai ce rapport sous la devise de Léonard — Obstinato rigore ************ et m'efforcerai de la suivre.» (AA, p.184)

- «Je sens avec déplaisir que ces pages se transforment en testament»: citation d'une phrase apparaissant deux fois dans L'invention de Morel. menace de la mort (journal qui devient un testament)
- «Ainsi le même paragraphe exactement se présente deux fois, dans le roman, au début et à la fin, la seule différence entre ses deux occurrences étant qu’à la seconde (qu’enserrent des guillemets, il est vrai), l’expression latine en italique, à la dernière ligne, est suivie d’une note» : description, quasi explication de texte, d'une particularité de L'invention de Morel. (cf infra, où je donne les deux citations tirées du livre)
- «Je placerai ce rapport sous la devise de Léonard — Obstinato rigore et m’efforcerai de la suivre.» : citation d'une phrase apparaissant deux fois dans L'invention de Morel.
Entre les deux phrases citées, il en manque une (voir ci-après), qui évoque une accusation de mensonge, accusation qui serait infondée selon le narrateur. La phrase qui manque a son importance, car on ne peut manquer de la lire lorsqu'on recherche la source des citations => cas de figure où ce qui manque compte autant voire plus que ce qui est présent.


Je sens avec avec déplaisir que ces pages se transforment en testament. S'il doit en être ainsi, il me faut faire en sorte que mes affirmations puissent être contrôlées; de cette façon, personne, pour m'avoir jugé ici suspect de fausseté n'aura lieu de croire que je mens, quand je dis que j'ai été condamné injustement. je placerai ce rapport sous la devise de Léonard — Obstinato rigore — et m’efforcerai de la suivre.»
Adolfo Bioy Casarès, L'invention de Morel, p.15

J'ai noté au début de ce journal:
«Je sens avec avec déplaisir que ces pages se transforment en testament. S'il doit en être ainsi, il me faut faire en sorte que mes affirmations puissent être contrôlées; de cette façon, personne, pour m'avoir jugé ici suspect de fausseté n'aura lieu de croire que je mens, quand je dis que j'ai été condamné injustement. je placerai ce rapport sous la devise de Léonard — Obstinato rigore — et m’efforcerai de la suivre.»
Ibid, p.113-114

  • Léonard, Morel, île, double, répétition, vérité/mensonge, journal, mort, exergue

Notes

[1] note le 29 octobre 2011: Ajouter Parti pris

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