Billets qui ont 'coucher de soleil' comme mot-clé.

Un coucher de soleil prémonitoire

En 1976

Une ou deux fois, ainsi à Olympie, quand le soleil se couchait sur les ruines, entre les arbres, et que s'éloignaient quelques derniers couples, un bras sur une épaule, j'ai pensé qu'il aurait été agréable d'être là avec W., dans une intimité tranquille, affectueuse. Mais j'ai songé aussitôt que les choses ne se passeraient pas du tout de cette façon-là, qu'il me presserait et n'aurait en tête que son maudit gin-tonic de début de soirée [...].

Renaud Camus, Journal de Travers, p.831

En 1995

alors que je l'attends dans la salle des Vents près d'un plateau sur une table basse en avant du canapé sous les Volcans sur un plateau où ont été disposés pour satisfaire à sa requête diverses bouteilles d'alcool de gin de whisky de champagne de vodka de whisky et une carafe de jus de fruit des verres et quelques biscuits d'apéritif d'origine d'ailleurs parfaitement industrielle il faut le reconnaître tandis que le soleil que je l'attendant a vu descendre d'abord assez lentement encore puis se précipiter choir descendre s'enfoncer se précipiter à l'horizon au couchant sur la ligne d'horizon vers le village de Sainte-Mère et au-dessus des tours de l'église et du château de ce village-là cet autre château là-bas au couchant à travers l'espace sur la hauteur au couchant sur la ligne d'horizon au-delà de la vallée dans la fenêtre dans la baie dans l'unique baie la large fenêtre avec un faste une ampleur un éclat une somptuosité d'incendie dont s'était embrasé tout le magnifique soir d'été de commençant été de solstice de cette période de l'année où la nature où le ciel où la campagne se montre à son où la nature au faîte de sa se montre à lui avec une splendeur qui dans cette attente puisqu'il n'arrivait pas que le soleil accélérait sa chute dans l'embrasement somptueux inoubliable de tout l'air de toute la vallée la campagne à travers la large baie percée à travers l'épaisse muraille où venait s'inscrire s'étaler s'inscrire se précipiter tout l'espace embrasé par le dans la dans l'immense embrasure de la vallée lui donnait à penser mélancoliquement d'abord qu'une fois encore il faut le reconnaître la coïncidence entre eux ne se faisait pas ne s'opérait pas n'allait pas s'accomplir échouait la liaison la communion le partage échouait laissant l'un et l'autre à sa à son à sa solitude devant la comme si il faut le reconnaître l'espérance d'un partage d'un échange d'un lien d'une communion était déçue une fois de plus déçue trompée écartée détournée puisqu'il faut bien le reconnaître une fois de plus ils n'allaient pas vivre côte à côte ensemble partager une fois de plus ce moment-là qui était pourtant il faut le reconnaître éblouissant comme un signe un témoignage de la complicité des de la bonne volonté du de l'amitié de de [...]

Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.113

Du rapprochement de ces deux extraits on déduira que les gens ne changent pas, ou si peu.

Hommage aux aimés

Appel aux lecteurs de longue date : je connais très peu les Journaux, et je voudrais savoir si j'ai raison d'identifier le Visiteur accidenté au Tony de Tricks et des Eglogues. [1]

[...] dans le soleil couchant à ce moment de l'année où la nature s'immobilise un moment à l'acmé de sa splendeur fermez la fenêtre avant que tout de nouveau ne reprenne sa course vers le vers la vers la nuit vers la barque vers la chute vers la diminution la chute l'éparpillement la fatigue la dissolution la disparition le raccourcissement des jours [...]
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p 133

L'été passait, un peu moins clair chaque jour. Tony Duvert
en exergue de Eté (Travers II)[2]

                                             *************

L'Inauguration de la salle des Vents m'émeut beaucoup. Plus j'avance, et plus il me semble que c'est ce livre sur le sida que, ai-je lu à plusieurs reprises, Renaud Camus a toujours refusé d'écrire. L'aurait-il finalement écrit, mais sous une forme telle que l'ouvrage ne puisse devenir un produit commercial?

et c'était lui aussi qu'on entendit parmi les premiers [...] dire de son carnet d'adresses que c'était un véritable cimetière, formule qui n'aurait que trop l'occasion de devenir un pont aux ânes des conversations de ces années-là)
Ibid, p 91

Où le Lecteur apprend, tout à fait incidemment, que le Régisseur, au moins, n'a pas été emporté par la maladie qui lui est commune, on le sait, à une exception près, avec tous les autres personnages principaux du récit (et qui s'est révélé fatale, nous allons le voir, à un certain nombre d'entre eux) [...]
Ibid, p 143

Notes

[1] La parution de Journal de Travers en mars 2007 ne laissera aucun doute à ce sujet.

[2] remarque: ne pas confondre Tony Duvert, écrivain, et "Tony", pseudonyme choisi par Renaud Camus pour l'un de ses amants dans Tricks.

Les billets et commentaires du blog vehesse.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.