Billets qui ont 'drague' comme mot-clé.

Vous avez de beaux yeux

Un soir, Michel [Foucault] nous a raconté, à Hervé [Guibert] et moi, comment il l'a rencontré. Il l'a remarqué pour sa beauté parmi le public de son cours du Collège de France, ouvert à tous ainsi que le veut l'institution. […] Ça l'amuse de nous amuser en détaillant la façon dont il l'a abordé. Il ne savait pas comment s'y prendre. Alors, quand le garçon, à la fin du cours, est venu chercher sur la table le magnétophone qu'il y avait posé afin d'enregistrer le cours, comme ils sont nombreux à le faire dans le public, Michel prétend n'avoir rien trouvé de mieux à lui dire pour engager la conversation que quelque chose comme «Oh, vous avez un joli magnétophone», et ça le fait rire de nous faire rire ainsi qu'on le fait de joie en constatant qu'il y a au moins une situation dans laquelle il n'a pas l'air tellement plus intelligent que nous.

Mathieu Lindon, Ce qu'aimer veut dire, p.130
Le titre est une référence à cela.

Chacun sa chance

Le fétiche, c'est le désir même. Le refouler, c'est étouffer son désir. Il ne faut pas l'envisager pour ce qu'il exclut, il n'est pas une phobie, ce n'est pas lui qui dicte les «ceci ou cela s'abst. », mais positivement, pour ce qu'il recherche. Il ne faut pas non plus le considérer au niveau individuel, chez chacun d'entre nous séparément, mais globalement, chez l'ensemble des acteurs de la vie sexuelle. Frappe alors son extrême diversité, semblable à celle des goûts, dont il n'est qu'une variante un peu plus têtue.

Ainsi j'aurais un fétiche de la moustache, ou du poil, ou de la petite taille, mais d'autres ont un fétiche des énormes sexes, des yeux bleus, des yeux verts, des tatouages, de la corpulence, de l'âge mûr, du grand âge, des tempes argentées, de la calvitie. Rien apparemment qui ne puisse faire l'objet d'un goût fétichiste. Comme le charme, comme la séduction, comme l'intelligence, comme l'affection, comme la tendresse, le fétiche sape la morne dictature sexuelle de la beauté, la fastidieuse tyrannie de la jeunesse. Grâce à eux, grâce à lui, elles ne sont plus seules à susciter le désir. Vous trouvez ce type affreux, moi il me met en rut. II n'est presque personne qui n'ait à offrir pâture à un fétiche quelconque. 86 ans? —Le pied! 9 ans et demi? —Moi, moi! Monté comme un cheval? —Je craque! Comme un caniche? —Ça me rappelle mes touche-pipi chez les bons pères, j'achète! Des poils sur les épaules? —Houba houba! Le pubis glabre? —Génial! 210 kilos? —Ça commence à devenir intéressant... On voit ses côtes, un fakir? —Tout ce que j'aime! Bossu? —Mon rêve! Le nez cassé, chauve, pas de cou, la vraie bête? —Arrête, j'vais jouir! Rien, pas la moindre particularité? —Mais c'est justement ça qui me touche, chez lui, et qui me fait bander...

Et puis bien sûr il y a les vrais fétichismes, dans l'acception plus traditionnelle du mot, le cuir, le caoutchouc, les «costumes trois-pièces», les slips Petit-Bateau, les baskets sales, les pardessus en loden, les uniformes de CRS, de pompier, de député socialiste, de Maire de Paris, les jarretelles noires, les lunettes, et de quoi déjà a-t-il été récemment question dans un «Reflet» de Gai Pied, la bambinette? Voyez comme, grâce au fétiche, chacun a sa chance, et comme il moque, narquois, l'autorité, qu'on avait crue irréversible, de la nature. Ce garçon ne vous dit rien? Peut-être vous émouvrait-il un peu davantage dans sa tenue de gardien de la paix? Not your trip? Mais ce ne sont pas les seules particularités physiques, ou les «accessoires», qui peuvent s'ériger en fétiches, des pratiques aussi bien. Tel aime qu'on lui masse les doigts de pied, ou les baisers dans le cou, ou les lavements, ou pisser sur ses petits camarades. Songeons encore aux possibles lieux d'action : fétichisme de l'ascenseur, du sexe de masse dans les cabines téléphoniques, de l'enculage sur motocyclette à deux cents à l'heure le long d'une autoroute (soyez prudents), du phare isolé sur son rocher.

Renaud Camus, Chroniques achriennes, p.43-44

Court cours

il est longuement question du douanier, un jeune paysan normand, ou lorrain, rencontré dans une tasse, place Dupleix, et qui faisait là son service, comme douanier. Non c'est du Morvan qu'il venait. Il était remarquable surtout par le quadrillage parfait que dessinaient les muscles, sur son ventre. Un astérisque renvoie, par le moyen d'une longue flèche au tracé compliqué, à une note qui précise alors que ce garçon a été vu pour la dernière fois au bar Orphée, avant hier soir, jeudi 13 mai 1977: il dansait frénétiquement, et très bien, seul au milieu de la piste.
Renaud Camus, Travers, p.23

Un flirt avec un douanier, c'est bien la dernière chose dont nous ayons besoin.
Ibid, p.26




précision le 25/06/09

Les flirts sont à retrouver dans le journal de Travers. La dernière phrase citée intervient page 231, où il s'agit de William Burke :

Dieu danse au Studio 54, très bien, d'ailleurs, seul, bras levés, souriant tout entier à lui-même, abîmé dans le rythme de la musique.

De beaux draps

Othon était un merveilleux garçon élégant et racé beau comme un Dieu ses cheveux étaient blonds ses lèvres purpurines ses yeux bleus ses dents blanches son nez rectiligne son corps mince et bronzé une magnifique musculature un sourire angélique Le ravissant et timide Oscar avait subtilement fait sa conquête trois jours avant en lui touchant la main d'un air mystérieux il avait murmuré Venez cher Othon pourrais-je vous parler nous allons nous promener dans le parc Comme la campagne est belle en ce radieux après-midi d'automne Vous a-t-on déjà dit que vous avez de beaux yeux? et soudain le beau blond fut conquis […] Et soudain le merveilleux jeune homme au visage angélique aux muscles de fer aux dents racées aux yeux élégants à la voix purpurine bel enfant des Dieux merveilleuse apparition qui comblait tous les rêves de bonheur d'Oscar se laissa séduire Oscar lui ayant dit Vous a-t-on déjà dit que vous avez de belles oreilles? et soudain il sentit la formidable verge du merveilleux Viking qui s'enfonçait entre ses jambes et le cœur d'Oscar se serra à éclater Et il se rappelait la longue promenade qu'ils avaient faite sous les palmiers jusqu'à la grève où mouraient les vagues de l'océan Pacifique il regardait discrètement la merveilleuse musculature du garçon blond aux pieds gracieux et virils aux genoux purpurins et sa voix blanche son nez bleu ses yeux rectilignes ses dents minces et bronzées son sourire de vingt-quatre centimètres sa verge angélique Et au loin le soleil se couchait lentement dans un torrent de feu spectacle inoubliable et féérique jamais Oscar n'avait rien vu d'aussi beau et habilement il effleura la main du bel Aryen Bas les pattes sale tante Non il mit la main sur l'épaule du bel Othon et lui dit Vous a-t-on déjà dit que vous aviez de beaux draps? et soudain Othon captivé posa ses lèvres sur celles d'Oscar tout en le recouvrant de son corps nu Comme fut infinie la volupté de ce baiser! et soudain une merveilleuse verge pénétra Oscar qui gémit d'abandon voluptueux et infini Et il se rappelait le jour de leur premier baiser, là sur le rivage purpurin, dans l'incendie radieux d'un coucher de soleil apocalyptique Il avait admiré longuement le merveilleux Othon et lui avait dit Vous a-t-on déjà dit que vous avez un beau cul? Le vôtre aussi est beau, avez répondu le beau Viking en rougissant Uh! Uh! répartit Oscar, vous dites cela pour me faire plaisir Et soudain il avait senti l'organe puissant du blond éphèbe qui pénétrait en lui comme une extraordinaire brûlure qui désaltérait son inextinguible faim de voluptés infinies Et il se rappelait la récréation où, après qu'ils se fussent réunis dans la cour du collège, Othon lui avait pris la main en murmurant Combien gagne ton père? Non, Oscar avait dit T'a-t-on dit que t'as de beaux boutons? Notre amitié est inextinguible et purpurine, avait rétorqué Othon, et ma bite est bien plus longue que la tienne Non il rétorqua Oserai-je déposer à tes peids bien-aimés une humble requête? Et Oscar ravi et confus avait répondu C'est moi qui te supplie de condescendre à me donner un ordre ô mon amical ami Alors Othon avait murmuré du haut de sa resplendissante blondeur Je voudrais te voir ce soir après le repas […]

Le voyageur de Tony Duvert, p.162
(Les italiques sont dans le texte original).
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