Billets qui ont 'Gogol, Nicolas' comme auteur.

Bibliothèque essentielle de nasologie fondamentale

Message de Renaud Camus déposé le 21/02/2005 à 09h08 (UTC) sur la SLRC

Sterne, Tristram Shandy
Gogol (Chostakovitch), Le Nez
Poe, Lionnerie
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac
La Varende, Nez-de-cuir, gentilhomme d'amour
Karen Blixen, Soirée de Copenhague

[Travers] Et la fin

[...] tout n'était qu'allusion, citation, renvoi, et relevait d'évidence de la conspiration insidieuse, perverse, qui s'ourdit de toute part autour de moi, et dont je sais chaque jour un peu mieux, heureusement, remarquer et interpréter les signes. Et que fallait-il penser des mots qu'on apercevait nettement sur le revers de la couverture, ce rectangle que les doigts du lecteur maintenaient presque attenant au premier, séparé de lui seulement par le dos étroit, légèrement concave, de la mince reliure de carton glacé : De quoi riez-vous? C'est de vous-même que vous riez!... Mais il y avait pire, bien pire. Car le récit dans lequel Duane était plongé, ou se prétendait plongé, ce n'était pas celui qu'illustrait plus particulièrement le dessin. Je le vérifiais, bien inutilement car c'était écrit, et le hasard ici n'a que faire, en passant derrière lui. C'était Le Journal d'un fou.

J'ai pris moi-même le Second volume, comme l'appelle, non sans quelque abus, Denoël, son éditeur, de Bouvard, et je me suis couché moi aussi. Nous avons donc lu assez longtemps, tous les deux, dans nos lits jumeaux, sans relever ni tourner la tête, et sans un mot.

Renaud Camus, dernière page de Travers

remarque: Ici interviennent des problèmes de traduction. Impossible de retrouver «De quoi riez-vous? C'est de vous-même que vous riez!...» dans mon exemplaire des nouvelles de St-Pétersbourg. Je suppose que cela pourrait être «Laissez-moi! Que vous ai-je fait?», au début de Le Manteau, traduit par Henri Mongault © Gallimard 1938. Mais c'est une hypothèse tirée par les cheveux.

De même, je lis «Maman! Sauve ton malheureux fils! Laisse tomber une petite larme sur sa tête douloureuse!» (traduction Sylvie Luneau © Gallimard 1966) tandis que je trouve dans Vaisseaux brûlés «Mère chérie, sauve ton pauvre fils ! Laisse tomber une petite larme sur sa pauvre tête malade!»

La complexité augmente: il ne s'agit plus simplement de lire les livres identifiés pour retrouver les résonnances, il faut en plus trouver quelle traduction a été utilisée.

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Message de Yerres-Matin (RC) déposé le 13/06/2004 à 08h59 (UTC)

Anne effet...

L'édition de poche Garnier-Flammarion (1968!) des Récits de Pétersbourg porte sur la couverture un dessin de Jean-Pierre Reissner (re - !) représentant un nez soigneusement dessiné fiché sur un visage composé exclusivement de signes d'écriture (ou, si vous préférez, taillé dans une page d'écritures de différentes couleurs). On peut lire au dos du volume : «De quoi riez-vous ? C'est de vous-même que vous riez !...» Gogol, Le Révizor, Acte V, scène VIII.

La folie

Il y a fascination de la folie chez Renaud Camus. Nodier, Donizetti, le fou d'Angèle dans Echange, Journal d'un fou et Lettres d'un fou pour Travers, la fascination pour von Ungern, Höderlin, Nietzsche, «Ô fous, nos gentils fous, qui de vos hantises ambulatoires sillonniez ces pentes en tous sens, vos paquets mal ficelés sous les bras, dans quels vieux journaux serriez-vous quelles vieilles lettres, sur votre cœur, et qui vous disaient quoi de ce que c'est que d'être ?» p17 Élégie de Chamalières, et le "décuvage de poussière d'ange" de WB se fait bel et bien en hôpital psychiatrique.
Est-ce que le propre de la folie (littéraire si l'on veut, heureuse, heuristique peut-être, mais folie quand même, en tant qu'elle est une forme de négation du réel) ce n'est pas justement de donner excessivement du sens?
question de Rémi Pellet
Cela me rappelle furieusement Buena Vista Park. Page 89, «Massacre: […] Le bathmologue fou ne peut prononcer une phrase sans songer à tous les discours qu'elle écrase.» Remplacer "discours" par "sens", et vous retrouvez votre phrase.

L'étrangeté du parti, pour moi, c'est qu'il n'apparaît pas dans Buena Vista Park. J'ai souvent l'impression que BVP est la carte astrologique du ciel de RC, et qu'il aura passé sa vie à accomplir ce qui est écrit dans ce livre, Macbeth obéissant à un oracle par lui-même prononcé. Ce serait l'inverse d'une négation du réel: faire survenir le réel à partir de l'écrit. Rendre l'écrit réel.
Sauf le parti. Je ne trouve pas trace du parti dans BVP. Je trouve les prémices de l'affaire, mais pas celles du parti. Le parti paraît être la conséquence de Corbeaux. Choc qui bouleverse la carte tracée. "L'affaire" redonne sa primauté au quotidien, à l'événement, contre l'écrit, habituellement premier. Le parti serait-il tentative de réorganiser cela, de refaire passer l'écrit en premier?

(Je donne trop de sens? Avouons-le, ma propre folie n'est pas si loin, ce n'est pas pour rien que je me sens chez moi dans les textes de RC…)


Ici j'articulerais volontiers une réflexion sur la peinture de Marcheschi, sans trop savoir comment m'y prendre. La folie de RC vous dérange, ou vous interroge, qu'en est-il de la terreur qui se dégage de certains tableaux marcheschiens? N'y a-t-il pas la même surprise de trouver la folie chez Renaud Camus, homme "peu métaphysique" mais "ironique" (selon R. Barthes) que de trouver la terreur chez Marcheschi, homme de douceur? N'y a-t-il pas tout simplement (!) exploration des abîmes?
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