Billets qui ont 'Montesquieu' comme auteur.

Demeures : Montaigne, Mauriac, Montesquieu, Marguerite de Navarre, Blaise de Monluc, Brantôme

Michel de Montaigne

- Montaigne, Les Essais
- Brantôme, Vie des hommes illustres et grands capitaines français
- Michel Chaillou, Domestique chez Montaigne
- Michel Chaillou, Le sentiment géographique (cité ici pour analogie, parce que RC en est entiché de longue date)
- Victor Hugo, les Châtiments
- Jean Lacouture, Montaigne à cheval
- Charles de Gamaches, Le sensé raisonnant
- Montaigne, Journal d'un voyage en Italie

J'allais écrire «Je ne copie rien, il faudrait tout recopier», et je découvre que le travail est en grande partie déjà disponible.
La fin de ces quelques lignes permet de saisir ce que recherche Renaud Camus, recherche de l'osmose entre le temps et l'espace et la langue:

[...]ses lignes et ses idées mêmes sont trop mêlés de chair, d'humeurs, d'os, de pierre, de cailloux, de calculs, de temps et de souffle, pour qu'on n'éprouve pas une puissante impression d'intimité préalable, de déjà-vu, même la première fois, et de présence, disons le mot, quand on s'approche de cette tour et qu'on y pénètre. Nous le savons depuis l'école: «je suis moy-même», disait-il d'entrée de jeu, «la matière de mon livre». Cette tour l'est aussi: non qu'en ledit livre elle tienne une très grande place, ni qu'en gravir les marches usées puisse remplacer une seule page de lecture; mais l'air qu'on y respire est bien celui des phrases, elle est comme un chapitre à part, et capital, un essai supplémentaire sur ce que c'est que vivre, habiter, écrire, voir.
Renaud Camus, Demeures de l'esprit - France I - Sud-ouest, p.49

Ce projet, c'est l'anti-projet de ses années de formation, ces années où il fallait oublier la biographie, si fort liée à la géographie. Ce sentiment des lieux est déjà exprimé ici, en 1992: «Je pratique quelque chose de très peu approuvé par la modernité. Je pratique le pélerinage littéraire. J'aime beaucoup aller sur les lieux. Pharsale à cause de Claude Simon. On a tendance à ridiculiser cela. On prête aux gens qui font cela l'illusion que le lieu va donner le dernier mot du texte. Pas du tout. Je ne cherche pas un dernier mot, mais que les lieux donnent un air une terre en plus à la phrase, qu'ils creusent la phrase. La cavatine, ce qui creuse. Les Eglogues est un texte qui se creuse. La phrase sans arrêt coupée par un ailleurs, c'est-à-dire étymologiquement la métaphore.»

François Mauriac

- François Mauriac, Journal 1932-1939
- François Mauriac, La Vie et la mort d'un poète (il s'agit d'André Lafon)
- François Mauriac, Genitrix
- François Mauriac, Destins
- François Mauriac, La Chair et le sang
- François Mauriac, Mystère Frontenac
- François Mauriac, Préséances
- Claude Mauriac, Le Temps immobile, tome IV - La terrasse de Malagar
- Jean Mauriac, Malagar
- Françoise Sagan, Bonjour tristesse (cité comme repère dans les temps "modernes")
- article de Barrès à propos des Mains jointes dans l'Echo de Paris en 1910
- François Mauriac, Le Désert de l'amour
- André Lafon, L'élève Gilles
- Anne Wiazemsky, Une poignée de gens
- Regine Desforges, La bicyclette bleue (Malagar décrit sous le nom de Montillac)
- Lucienne Sinzelles, Mon Malagar (Souvenirs de la fille de domestiques de la maison, amoureuse à douze ans de Jean Mauriac. Pourquoi vois-je dans ces précisions un peu d'attendrissement camusien?)

Phrase bifrons: le caractère sinistre de la maison naît de la littérature; et la littérature est subjective:

Son [La maison de Langon] caractère sinistre est hautement subjectif — ou littéraire, si l'on préfère.
Ibid., p.60

Un amour "curieusement" physique :

Si elle déménage, c'est qu'elle a le goût du changement, ou qu'elle fuit partout des souvenirs, dont ceux d'un amour conjugal qui fut vif, et curieusement physique jusqu'en son expression écrite («On ne peut imaginer ce qu'il lui écrivait!» s'écrie en 1924 un de ses fils stupéfait, qui l'avait trouvée brûlant de vieilles lettres, et en a intercepté une.)
Ibid., p.62 [1]

Notre société postlittéraire et l'idéologie:

Je ne suis pas éloigné de penser pour ma part qu'à cette position complexe — bourgeois, mais animé d'une sourde vindicte, voire d'une franche détestation, contre plus bourgeois que lui — Mauriac doit beaucoup de sa survie littéraire et de sa survie idéologique, la première, hélas, en société postlittéraire dépendant étroitement de la seconde.
Ibid., p.64

J'aime dans ce chapitre la description du décor, de l'ameublement, comme alluvion. C'est ainsi, je crois, que doivent se meubler les demeures, chaque objet, laid, disparate, portant son histoire ne parlant qu'à ceux qui la connaissent. Une telle indulgence tendre pour les choses en dépit de leur "style" est trop rare chez Camus pour que je ne la relève pas. J'y retrouve un peu de la tante Léonie et de ses assiettes, ses potiches, ses canapés:

Ailleurs règne tranquillement le goût bourgeois ancien le plus typique, qui n'est pas du tout le mauvais goût mais qui, à ce dernier, fait gentiment sa place, au gré des alluvions d'autres maisons fermées, de générations révolues, de branches latérales éteintes.
Ibid., p.71

Et citons pour le plaisir:

Plus austère, l'effigie du maître à soixante-dix ans, par Marc Avoy:
«Poser ne vous fatigue pas?
— Il y a soixante-dix ans que je pose...»
Ibid., p.72

Montesquieu

- Stendhal, Voyage dans le midi de la France
- Montesquieu, De l'esprit des lois
- Rousseau, La Nouvelle Héloïse
- Tocqueville, De la démocratie en Amérique
- Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution
- Montesquieu, Dialogue de Sylla et d'Eucrate («où Gide, qui savait de quoi il parlait, voyait le plus beau monument de la langue française», p.91)

Tandis que je lisais parallèlement Pranchère sur Maistre (lecture sérieuse) et les Demeures (lecture de vacances et guide touristique), j'ai eu la surprise de rencontrer un écho de l'un à l'autre. Renaud Camus souligne de quelques phrases les ambiguïtés de Montesquieu:

Comme un Tocqueville, qui lui ressemble par plus d'un côté, Montesquieu est partagé entre ce qu'il constate objectivement, juge irréversible et s'emploie à agencer aussi harmonieusement que possible, et un fort atavisme aristocratique, qu'il ne laisse jamais prendre la haute main sur sa réflexion mais qui oriente plus d'un de ses jugements, ou, à tout le moins, de ses tropismes.
Ibid., p.86

Anecdote du fils de Montesquieu exigeant qu'on lui rende l'hommage féodal, citation de Montesquieu expliquant l'ordalie:

«Quant à la preuve par le feu, après que l'accusé avait mis la main sur un fer chaud, ou dans l'eau bouillante, on enveloppait la main dans un sac que l'on cachetait : si, trois jours après, il ne paraissait plus de marque de brûlure, on était déclaré innocent. Qui ne voit que, chez un peuple exercé à manier des armes, la peau rude et calleuse me devait pas recevoir assez l'impression du fer chaud ou de l'eau bouillante, pour qu'il y parût trois jours après? Et, s'il y paraissait, c'était une marque que celui qui faisait l'épreuve était un efféminé.»
Montesquieu cité par Renaud Camus p.88 des Demeures [2]

Conclusion de Renaud Camus qui tisse le dialogue entre la pierre et le texte:

Il ne s'agit pas de défendre l'indéfendable. La puissante tour fortifiée n'aura pas le dernier mot, tout de même. Mais son existence, le fait que la phrase et la réflexion procèdent aussi de là, de l'abri de ces créneaux, d'entre ces douves, confèrent à l' Esprit des lois, et à la pensée de Montesquieu en général, une partie de leur relief; les aident à ne jamais coïncider tout à fait avec eux-mêmes; achèvent de les rendre inépuisables, tout à fait de la même façon que De la démocratie en Amérique, significativement doublé de L'Ancien Régime et la Révolution: univers mentaux qui gagnent infiniment l'un et l'autre à n'être jamais tout à fait détachés de ce qu'ils quittent, ou plutôt qu'ils dépassent avec résolution, sans l'effacer.
Ibid., p.88

Enfin, quelques mots sur la comtesse de Chabannes qui habita là jusqu'à sa mort en 2004 (les demeures habitées sont les plus chaleureuses, les plus vivantes, même si la présence quotidienne recouvre les traces du passé):

La comtesse de Chabannes se tenait là par prédilection, ainsi qu'en témoigne, désormais désuet entre les bergères Louis XVI et les tables de tric-trac, son poste de télévision.
Ibid., p.91

Et le poste désuet parmi les meubles plus vieux que lui, dans la demeure désormais inhabitée, est bien l'image poignante de la mort et du regret.

Marguerite de Navarre

Le château de Nérac inaugure la série des non-demeures d'écrivain ou d'artiste, celles qui sont signalées par un guide ou le syndicat d'initiative local mais où il n'y a rien à voir, ou tout autre chose (des ruines, un musée,...) qu'une demeure.
Cette catégorie me fait rire: en toute rigueur ou honnêteté intellectuelles, ces lieux ne devraient pas figurer dans ce livre. Cependant, ils sont l'occasion de parler des œuvres et de rêver en regardant le ciel si les murs ou les champs sont trop désespérants.
Il ne faut pas oublier que ces voyages sont avant tout des voyages imaginaires, des lieux pour l'imagination (c'est toute la perversité du livre: vous entraîner à faire des kilomètres pour rêver sur place plutôt que dans votre chambre).

Marguerite de Navarre, sœur aînée de François Ier, grand-mère de Henri IV et grand-tante de la seconde Marguerite, Marguerite de Valois, La Reine Margot, première épouse de Henri IV.

- Shakespeare, Peines d'amour perdues
- Marguerite de Valois, Mémoires
- Alexandre Dumas, La Reine Margot
- Marguerite de Navarre, L'Heptaméron
- Marguerite de Navarre, Miroir de l'âme pécheresse
- Marguerite de Navarre, Les Marguerites de la Marguerite des princesses
- Marguerite de Navarre, Trop prou
- Marguerite de Navarre, Mont-de-Marsan
- Marguerite de Navarre, Epître à Madame la Princesse - Rabelais, Le Tiers Livre (Marguerite de Navarre en est la dédicataire).

On l'aura compris, les Demeures, au-delà de l'anecdote, nous emmènent sur les chemins de l'érudition, celle que l'on acquiert en écoutant et en regardant, sans trop se rendre compte qu'on est en train d'aimer, d'apprendre et déjà de se souvenir.

Elle serait un grand poète mystique si elle était un peu moins prolixe, si sa technique était plus rigoureuse et si elle avait un sens plus affiné du rythme. [...] C'est la question du salut, et la communion du croyant avec son créateur, qui sont de très loin le principal, dans ses préoccupations et dans ses écrits.
Ibid., p.101

Blaise de Monluc

Blaise de Monluc et le père de Toulouse-Lautrec: mes deux passions découvertes dans ce livre! Castagnes et chevauchées, j'ai tué six loups et il fait grand froid, mais reprenons.

Renaud Camus commence par défendre Monluc de la réputation de cruauté qui lui est venue sur le tard:

Ce sont plutôt les Lumières qui lui ont commencé de chercher querelle à Monluc sur ce point: il est devenu l'un des emblèmes du fanatisme, et c'est ainsi encore que Michelet l'a vu, et c'est ainsi qu'il l'a montré. Si fanatique il fut, pourtant, c'était surtout de vaincre. Il estimait que les guerres étaient faites pour être gagnées. Lorsqu'il y avait sérieuse incertitude quant à l'issue d'une bataille, il aimait mieux s'abstenir, et remettre à plus tard. Ibid., p.106

C'est pour se défendre de l'accusation de trahison que Monluc s'est mis à écrire. Il plaida sa cause auprès du roi:

C'est précisément ce qu'il se mit en devoir d'expliquer, sans trop entre dans les détails de ce qui lui était reproché, avec un certain art du glissando aux passages délicats, même, mais sans rien omettre, ça non, de ce qu'avaient été ses hauts faits. Rares sont les vocations littéraires nées si tard dans une existence. Car le vieux Monluc a pris goût à ce qui n'était d'abord qu'un plaidoyer en urgence dans une assez vilaine affaire. Il a d'abord constaté, avec un certain étonnement, qu'écrire, ou plutôt dicter (il n'est pas certain qu'il est su tenir une plume) lui apportait plus de succès que guerroyer: Charles IX fut sensible à la lettre que lui envoya son vieux capitaine et que celui-ci, d'ailleurs, s'empressa de faire imprimer, à Lyon, ainsi que la réponse du roi. Non seulement il ne fut plus question de procès, mais, dès 1574, à peine Henri III sur le trône, Monluc était maréchal de France.

Une activité qui lui avait si bien réussi fut bientôt parée à ses yeux de tous les charmes. Lui qui n'avait guère songé aux Lettres dans ses années de combat, voilà qu'il commença de les prendre au sérieux et se prit d'intérêt pour leurs monuments les plus notables. Sans doute n'avait-il jamais beaucoup lu: il se fit une culture de la onzième heure. Ses leçons, il alla les chercher aux meilleures sources, et d'abord auprès de César, qui prouvait qu'un prestigieux chef de guerre ne déchoit pas en faisant des livres. Impressionné, il lui emprunta son titre.
Ibid., p.109

- Serge Brunet, De l'Espagnol dedans le ventre
- Blaise de Monluc, Commentaires
- Jean de La Varende, Nez de Cuir, gentilhomme d'amour
- Valery Larbaud, Les Poésies de A.O. Barnabooth
- Montaigne, Les Essais

Et puis Monluc fut défiguré: nez coupé, loup sur le visage: que de références églogales, camusiennes, que de recoupements (non ce n'est pas cynique, c'est du rêve, de la reconstitution, un enchevêtrement des phrases et de la vie).

Ajoutons pour finir Montaigne parlant du chagrin de Monluc à la mort de son fils, chagrin de n'avoir pas su lui dire qu'il l'aimait:

«Feu M. le Mareschal de Montluc, ayant perdu son fils, qui mourut en l'isle de Maderes, brave gentilhomme, à la verité, et de grandes esperances, me faisoit fort valoir, entre ses autres regrets, le desplaisir et creve-cœur qu'il sentoit, de ne s'estre jamais communiqué à luy: et, sur cette humeur d'une gravité et grimace paternelle, avoir perdu la commodité de gouster et bien connoître son filz, et aussi de lui déclarer l'extreme amitié qu'il luy portoit, et le digne jugement qu'il faisoit de sa vertu. « Et ce pauvre garçon, disoit il, n'a rien vu de moy qu'une contenance refroignée et pleine de mespris, et a emporté cette creance, que je n'ay sceu ny l'aimer ny l'estimer selon son merite. A qui gardoy-je à descouvrir cette singuliere affection que je luy portoy dans mon âme? estoit-ce pas luy qui en devoit avoir tout le plaisir et toute l'obligation? Je me suis contraint et gehenné pour maintenir ce vain masque, etc»
Montaigne, De l'affection des pères aux enfants, cité par Camus dans les Demeures, p.114

L'épée, la plume, le cœur, la blessure hideuse : comment rêver personnage plus romanesque?

Pierre de Brantôme

J'ai mis un moment à admettre ce que me révélaient les pages suivantes sur les trois châteaux de Bourdeilles: le premier est vide et à moitié en ruine, le deuxième que Brantôme a sans doute beaucoup fréquenté appartenait à sa belle-sœur et ne peut être dit "demeure de Pierre de Brantôme", le troisième, plutôt hôtel particulier que château, ne se visite pas. Cependant, enchanté par le village, Renaud Camus recommande chaleureusement la visite des lieux.
Et non, ce n'est pas une plaisanterie, c'est bien la vertu étrange de ce guide: parfois nous faire visiter rien, ou autre chose.
Qu'importe, puisque ce n'est qu'un prétexte pour bavarder de littérature, architecture, histoire, aménagement du territoire et politique culturelle (les deux derniers points le moins possible et uniquement par contrainte).

Un deuxième chapitre est consacré à un second lieu : le château de Richemont à Saint-Crépin-de-Richemont, tant il est vrai que ce sont les lieux qui organisent le livre, et non les hommes.
C'est l'occasion de tout ce que j'aime chez Renaud Camus:

Certes, Brantôme, malheureusement, est mort en 1614 et pas en 1914 ou 1994, en conséquence de quoi il ne faut pas s'attendre, même à Richemont, à rencontrer son encrier, ses lunettes, ses papiers buvards, ses pantoufles et sa lampe de chevet: ce n'est pas comme s'il venait de sortir dans le jardin pour inspecter ses poiriers ou s'il s'était absenté quelques jours pour assister à Périgueux à un colloque sur la femme dans les guerres de Religion ou sur les rapports entre écriture et vie militaire.
Ibid., p.131

- Brantôme, Œuvres complètes publiées d'après les manuscrits, avec variantes et fragments inédits, par Ludovic Lalanne, Société de l'histoire de France (référence donnée en note de bas de page, p.137- Dix tomes: lus ou pas lus?)
- Brantôme, Recueil des dames, poésies et tombeaux, titre des œuvres choisies de Brantôme dans la Pléiade
- Brantôme, Vie des hommes illustres et grands capitaines français
- Brantôme, Vie des grands capitaines étrangers
- Brantôme, Vie des dames illustres
- Brantôme, Vie des dames galantes
- Brantôme, Anecdotes touchant les duels
- Anne-Marie Cocula-Vaillières, Brantôme. Amour et gloire au temps des Valois

Chute de cheval assez grave, querelle avec le roi, bannissement de la cour, Brantôme se retire et écrit ses chroniques, non sans conserver tout son amour à la cour des Valois. Exil et nostalgie:

Il constate que l'exil de la reine [Marguerite, la Reine Margot] n'est pas aussi dur qu'il l'avait craint et observe même avec surprise et émotion, dans la fastueuse et savante petite cour que Marguerite a su réunir autour d'elle-même à Usson, quelques vestiges de cette cour des Valois qui a été toute sa vie et dont il est persuadé qu'il n'en renaîtra jamais de pareille, d'aussi raffinée, d'aussi noble à la fois et d'aussi amusante.
Ibid., p.138

Notes

[1] Claude Mauriac, Les espaces imaginaires, p.509

[2] De l'esprit des lois, fin du chapitre XXVII

L'autorité contre les Lumières, de Jean-Yves Pranchère

ou : A la poursuite de la cohérence impossible.

Karl Jasper, dans Introduction à la philosophie, propose de choisir un philosophe et de l'étudier à fond — en le resituant dans son contexte historique, en lisant ses commentateurs, ses détracteurs, etc. Il prétend qu'ainsi on couvre à plus ou moins long terme tout le champ philosophique.
Jean-Yves Pranchère semble confirmer le bien-fondé de cette démarche: en étudiant l'œuvre de Maistre, il nous présente l'ensemble des idées depuis Saint Augustin jusqu'aux Lumières (en poussant à l'occasion jusqu'à Carl Schmitt), dans les champs de la philosophie politique et de l'histoire.


Cette étude (à l'origine une thèse: ce livre en est la réduction à des proportions plus ordinaires) porte sur l'ensemble de l'œuvre de Joseph de Maistre. Il s'agit de prouver, en dépit de l'apparence souvent contradictoire de ses écrits, la cohérence de cet écrivain contre-révolutionnaire prolifique, ou plus exactement, d'établir à partir de quelles hypothèses il convient de le lire pour ne pas se heurter aux contradictions qui ont si souvent étonné les interprètes, tant et si bien qu'il existe sur l'œuvre de Maistre des lectures tout à fait divergentes, voire opposées.

Le plan suivi pour chaque idée étudiée est à peu près celui-ci: exposé rapide ou résumé de la thèse de Maistre, récapitulatif des interprétations données au cours du temps par différents commentateurs (interprétations contradictoires ou se chevauchant), et démontage/remontage des positions maistriennes pour en exposer les articulations et les conditions de validité (explicitation des hypothèses implicites ou disséminées dans l'ensemble de l'œuvre, remise en perspective dans les contextes historiques et philosophiques). Il s'agit donc d'un travail d'organisation et de mise en ordre logique.

Maistre était horrifié par les conséquences des idées de la Révolution française, il souhaitait un retour à l'autorité de la tradition s'appuyant sur le roi et le pape, et donc sur Dieu.
S'il est possible d'articuler rationnellement ses thèses et d'en démontrer un certain bien-fondé au vu de leur objectif (une vie paisible pour tous, la paix, le repos des citoyens, y compris au prix du sacrifice d'innocents), dans le même mouvement ce travail d'articulation met cruellement en lumière les deux ou trois apories majeures auxquelles s'est heurté Maistre, concernant la souveraineté ou la marche de Dieu dans l'histoire.



Le plaisir de ce livre n'est pas qu'un plaisir de contenu, c'est également un plaisir de style et de procédé.
JY Pranchère s'attache à isoler les nuances, à identifier les différences ou les ressemblances entre deux arguments maistriens, ou les arguments de deux philosophes, et à prendre le lecteur à contre-pied en retournant une argumentation, tant il est vrai que toute idée poussée à son paroxysme finit par rejoindre son contraire[1]. Il naît un grand plaisir de lecture à ce jeu sur les paradoxes et les glissements continuels de sens, glissements qui permettent selon les moments de défendre Maistre contre ses détracteurs ou de l'attaquer quand il semble avoir trop facilement raison (et Pranchère semble se prendre lui aussi au jeu de la contradiction, prenant un malin plaisir à établir la liste des interprétations qui ont couru sur tel ou tel point de la doctrine maistrienne, pour à son tour les contester).



Exemple : la théorie maistrienne du langage

Cet exemple est représentatif de la façon dont l'étude de Maistre permet de balayer l'ensemble des théories sur un sujet. Il dégage en quelques pages les différences et les articulations entre les différentes réflexions sur le langage, de Platon à Steiner.
Je choisis cet exemple d'une part parce qu'il est court (choisir la souveraineté reviendrait à copier la moitié du livre), d'autre part parce qu'il m'intéresse de déposer ici ce condensé sur le langage afin de pouvoir le retrouver facilement, enfin, parce qu'il montre que même sur un sujet secondaire, le langage (secondaire par rapport aux grands thèmes de la souveraineté et de l'histoire), cette étude menée sur les théories de Maistre ne nous fait grâce d'aucune analyse.

L'ennui est que l'argumentation est si serrée qu'il est difficile de ne pas tout recopier. Je mets cependant quelques passages entre crochets. Avantage colatéral, les notes de bas de page fournissent pour leur part une première bibliographie sur le thème.

[…] ; lorsque Maistre déclare que « Dieu seul a le droit de donner un nom » (OC I p.290 [2]) et que les noms expriment les essences, il semble bien admettre une nature magique du mot, d’après laquelle le mot serait en lui-même donation de l’essence de la chose et donc pouvoir sur la chose. […]

[…] Du point de vue de ce savoir linguistique, la thèse maistrienne selon laquelle «le nom de tout être exprime ce qu'il est, et dans ce genre il n'y a rien d'arbitraire» (EPL[3], OC I p.291) exprime soit une erreur — la croyance dans un lien interne et naturel entre la chose et son nom — soit une tautologie sans conséquence, qui est que, dans chaque langue, chaque être porte le nom qu'il porte. Mais, d'un autre côté, dans la mesure où elle distingue la chose (le référent) de l'idée (du signifié) et affirme l'identité de la pensée et de la parole, la négation maistrienne de l'arbitraire du signe semble rencontrer une des intuitions les plus fortes de la linguistique issue de Saussure: l'intuition formulée par Benveniste qu'«entre le signifiant et le signifié, le lien n'est pas arbitraire»[4]; intuition qu'exprime d'ailleurs le terme même de «signifiant», pourvu qu'on lui garde sa valeur de participe présent. On sait que Benveniste a été précédé sur ce point par Humboldt, qui a fortement critiqué la conception d'après laquelle les mots ne sont que des signes arbitraires des choses; aussi certains commentateurs ont-ils pensé que Maistre, par son refus de la thèse de l'arbitraire des mots, pouvait être rapproché de Humboldt[5]. La tentation surgit ici de faire apparaître Maistre, non plus comme un penseur dépassé par les surgissements de la linguistique, mais au contraire comme le précurseur d'une pensée attentive à l'intrication de la pensée et du langage.

Il faut cependant résister à cette tentation. La thèse du lien nécessaire du signifiant et du signifié, telle que l’a soutenue Benveniste, ne fait que reformuler l’intuition saussurienne de l’indissociabilité du son et de la pensée ; pour cette raison même, elle ne contredit pas la thèse saussurienne de l’arbitraire du langage. Il faut souligner ici que la thèse de l’arbitraire, au sens de Saussure, n’est pas une prise de parti dans le débat inauguré par le Cratyle de Platon autour de la question de savoir si le langage est naturel ou conventionnel ; elle est bien plutôt la récusation de ce débat : que les signes linguistiques soient arbitraires signifie qu’ils ne procèdent ni d’une mythique ressemblance aux choses, ni d’une impossible convention qu’auraient passée entre eux des hommes décidant d’inventer le langage, mais qu’ils sont à la fois contingents par rapport à la nature et historiquement déterminés La linguistique saussurienne récuse la question de l’origine du langage, ou situe cette origine dans le fonctionnement même du langage [6], pour pouvoir étudier les systèmes de signes linguistiques dans les transformations historiques de leurs usages. La ressemblance avec la théorie maistrienne du langage n’est que ponctuelle : elle tient à ce que maistre reconnaît l’historicité du langage dans la mesure où il nie que celui-ci puisse être d’origine conventionnelle. Lorsque Maistre déclare que « nulle langue n’a pu être inventée, ni par un homme qui n’aurait pu se faire obéir, ni par plusieurs qui n’auraient pu s’entendre » (SSP, 2[7], OC IV p.87), il rencontre l’enseignement de la linguistique en récusant la question de l’origine du langage, telle qu’elle a été posée par la philosophie des Lumières, pour poser que le langage a son origine en lui-même et ne peut pas être compris à partir de la nature ou de l’artifice.

Cette position ne peut cependant pas être confondue avec la thèse fondatrice de la linguistique situant l’origine du langage dans son fonctionnement même. Si Maistre récuse la question de l’origine du langage, c’est uniquement au sens où cette question vise une origine humaine. Ce refus ne signifie pas que le langage humain est à lui-même sa propre origine ; il signifie bien plutôt que le langage humain porte en lui-même sa propre origine transcendante, qui est le langage lui-même compris comme l’Origine absolue — le Logos ou le Verbe divin. Cette origine est interne au langage, puisqu’elle est le langage même, et en ce sens elle n’est pas antécédente au langage ; mais elle est antérieure au langage humain, en tant que celui-ci n’est qu'une émanation ou une création du Verbe primitif. « Les langues ont commencé ; mais la parole jamais, et pas même avec l’homme. L’un a nécessairement précédé l’autre ; car la parole n’est possible que par le VERBE » (SSP, 2, OC IV p.99). La récusation de la question de l’origine des langues n’a donc pas chez Maistre le sens qu’elle aura dans la linguistique — et qu’elle avait déjà chez Rousseau butant dans son second Discours sur le fait que la langue, la tradition, la pensée et la société « se précèdent l’une l’autre, se postulent et se produisent réciproquement »[8] : le cercle logique de la précession du langagepar lui-même délimitait alors le champ de l’autonomie du langage comme objet d’étude. Maistre se réfère à l’occasion aux « embarras de l’origine des langues » reconnus par Rousseau ; mais il lui semble que ces embarras ne peuvent conduire qu’à une seule conclusion : si les langues n’ont pas pu être inventées par l’homme, c’est que la « force qui préside à la formation des langues » n’est pas humaine, mais divine (OC IV p.87-89). Parce que le langage est divin, les langues sont l’œuvre de Dieu. Le refus de l’origine conventionnelle du langage qui semblait rapprocher Maistre de la linguistique, le rejette aux antipodes de celle-ci : alors que la linguistique affirme à travers l’arbitraire du signe l’historicité et la contingence naturelle du langage, Maistre affirme à travers l’origine divine des langues que le langage a dans son historicité même le caractère d’une nécessité naturelle. Non seulement le langage est naturel à l’homme, mais les langues mêmes ne naissent ni ne se développent au hasard ; leur nécessité est divine.

On comprend alors que le refus de l’arbitraire du signe puisse déboucher chez Maistre dans un étymologisme qui soutient non seulement que « les langues renferment une métaphysique cachée et profonde » (OC VII p.445), mais encore que « chaque langue, prise à part, répète les phénomènes spirituels qui eurent lieu dans l’origine » (OC IV p.97). L’autorité de l’étymologie se fonde sur la proximité de l’origine des mots avec l'Origine des origines, la parole divine. L'étymologie est vraie, comme les idées innées sont vraies, parce que les noms sont faits par Dieu et que Dieu n’est pas trompeur : puisque les noms relèvent, comme les constitutions politiques, de la « juridiction immédiate » de Dieu, l’origine des noms doit nous rapprocher du Langage de l’origine qui est à l’origine du langage. On ne reviendra pas sur les étymologies fantaisistes du deuxième entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg, venues en droite ligne d’Isidore de Séville, qui ont suscité les moqueries des philologues. On doit en revanche remarquer la disproportion qu’il y a entre les remarques étymologiques de Maistre — du type : « beffroi vient de Bel EFFROI » — et la thèse métaphysique que ces descriptions doivent illustrer, celle d'un écho de la puissance créatrice du verbe divin dans la formation des langues humaines. Cette disproportion interne à l'étymologisme maistrien signale le paradoxe constitutif de la théorie maistrienne du langage, qui tire argument du fait que les signifiants ont une histoire — ce qui est l’arbitraire du signe au sens de Saussure — pour affirmer que les signes "ne sont pas" arbitraires. L’histoire des mots est mobilisée pour manifester l’anhistoricité de l’origine divine : alors même qu’elle montre qu’il n’y a pas de sens propre des mots, puisque les mots se transforment les uns dans les autres, l’étymologie est prise pour l’indication du sens vrai [9]. Ce paradoxe ne fait qu’exprimer la structure même de l’historicisme maistrien, d’après lequel l’historicité elle-même est fondée dans l’éternité divine : comme toute œuvre providentielle, le langage est simultanément nature et histoire.

La comparaison de Maistre avec Humboldt peut ici être éclairante : loin que l’on puisse rapprocher les deux auteurs, il faut constater que tout les oppose[10]. La linguistique de Humboldt s’oppose au « logocratisme » de Maistre comme une "anthropologie" des "discours" à une "métaphysique" des "noms". Selon Maistre, les mots ne sont pas arbitraires parce qu’ils sont l’œuvre de Dieu, la parole humaine ne pouvant avoir d’autre origine que l’expansion du Verbe divin ; pour Humboldt, les mots ne sont pas arbitraires parce qu’ils sont, selon sa propre expression, « l’œuvre de l’homme »[11]. Lorsque Humboldt pose que les mots ne sont pas arbitraires, il veut précisément dire que les mots "ne sont pas seulement des signes" et que le modèle du signe ne rend compte que de certains usages du langage et non du langage lui-même.Tout signe est arbitraire, puisque ce qu’il désigne est indépendant de lui ; mais les mots ne sont pas des signes, parce qu’ils forment avec la pensée qu’ils évoquent un tout indissoluble : la « dépendance mutuelle et complémentaire de la pensée et du mot » fait que les mots signifient la pensée comme seuls ils peuvent la signifier. Cette unité indissoluble de la pensée et des mots n’est pas une identité : le langage est « l’organe formateur de la pensée » selon le régime d’une "interaction". La pensée ne serait rien sans le langage, où elle trouve son achèvement et hors duquel elle ne serait pas mêmepossible ; mais l’interprétation de la pensée et des mots ne se résout pas dans une identité ou une transparence qui abolirait leur différence. Une des thèses les plus célèbres de Humboldt est que « nul ne donne au mot exactement la même valeur qu’autrui », de sorte que « toute compréhension est toujours en même temps non-compréhension »[12] : cette thèse, qui exprime exactement ce par quoi le mot ne relève pas du signe, implique en même temps que la signification des mots reste toujours en partie indéterminée, libérant ainsi l’espace de jeu où la spontanéité de la pensée s’exerce et agit en retour sur le langage. Ainsi le langage et la pensée se transforment-ils ensemble, témoignant à la fois de la nécessité de leur lien et de la contingence historique de leur unité. Rien n’est plus éloigné de la nostalgie maistrienne pour la langue d’avant Babel que cette théorie qui implique que la diversité des langues est un bienfait permettant une interaction plus riche entre les hommes.

Sans doute Maistre semble-t-il se rapprocher de Humboldt lorsqu’il déclare : « nous ne lisons pas du tout les mêmes choses dans les mêmes livres. » Mais le commentaire même que Maistre donne de cette formule montre la distance qui le sépare de Humboldt : si nous ne comprenons pas tous les mêmes phrases de la même façon, ce n’est pas parce que les mêmes signifiants ont pour chacun une valeur différente, autrement dit une historicité spécifique ; c’est parce que les idées innées ne sont pas activées en chacun de nous avec la même acuité : « quoiqu’il y ait des notions originelles communes à tous les hommes, et qui sont en conséquence accessibles, ou plutôt naturelles à tous les esprits, il s’en faut néanmoins qu’elles le soient toutes au même point. Il en est, au contraire, qui sont plus ou moins assoupies, et d’autres plus ou moins dominantes dans chaque esprit » (SSP, 7, OC V p.55). Aussi bien la thèse maistrienne de l’identité de la pensée et de la parole est-elle l’absolue antithèse de la thèse humboldtienne que pensée et parole se transforment l’une l’autre dans leur interaction. Humboldt décrit le langage et la pensée comme deux termes formant ensemble une unité indissoluble ; Maistre voit la parole et la pensée comme une seule et même réalité — ce qui veut aussi bien dire que le langage n’a aucune pesanteur propre. Maistre ne pense pas, comme Humboldt, que le langage forme la pensée ; tout au contraire, il ne voit rien d’autre dans le mot que le signe de la pensée préexistante : « la pensée préexiste nécessairement aux mots qui ne sont que les signes physiques de la pensée » (SSP, 2, OC IV p.102). Humboldt pense que le langage n’est pas arbitraire parce qu’il est fait de signes, Maistre pense l’inverse : que le langage n’est pas arbitraire parce qu’il est absolument signe et qu’il est par là même absolument transparent à ce dont il est le signe. Cette pensée s’exprime à sa limite dans la thèse proprement insoutenable que c’est « la même chose de demander la définition, l’ essence ou le nom d’une chose » (OC VI p.106). La parole est la pensée parce qu’elle n’est que la pensée ; le nom est l’idée parce qu’il n’est que le signe de l’idée et qu’il n’y a rien d’autre en lui que l’idée dont il est le signe. C’est pour finir l’évanescence même du signe devant la chose — l’extrême de son arbitraire — qui fait sa nécessité ; c’est en tant qu’il est purement signe que le signe est magie, c’est-à-dire révélation de l’essence de la chose mise à disposition dans le nom. Le paradoxe est alors que la thèse du caractère nécessaire des noms — thèse qui, reliant toute nomination à la nomination originelle et créatrice du Verbe divin, porte en elle la croyance antique dans le pouvoir des noms — est absolument identique à la réduction du langage à un simple ensemble de signes désignant les idées innées mises en nous par Dieu. C’est précisément parce que le langage n’est que l’ensemble des signes des idées innées que « c’est une folie égale de croire qu’il y ait un signe pour une pensée qui n’existe pas, ou qu’une pensée manque d’un signe pour se manifester » (SSP, 2, OC IV p.106). C’est donc pour finir vers une linguistique cartésienne que fait signe la théorie maistrienne du langage : si mystiques que soit les accents de la « théorie des noms », cette théorie est cartésienne en ce qu’elle affirme simplement, d’une part, l’existence d’une grammaire universelle du langage, grammaire identique aux structures fondamentales de la pensée (identité de la parole et de la pensée fondées dans la forme unique du Verbe divin), et, d’autre part, l’existence d’une sémantique universelle, toute langue n’étant qu’un ensemble de signes désignant un même ensemble de significations premières et universelles, constituées par les idées innées (la langue édénique étant la nomenclature parfaite des idées innées.

Jean-Yves Pranchère, L'autorité contre les Lumières, p.322 à 329

Tout est là: l'exposé initial (le nom comme essence magique), le balayage du champ de la linguistique (et son grand partage entre les défenseurs de l'arbitraire du signe et ceux qui pensent l'inverse), le retour à la position initiale, mais une position déplacée: il ne s'agit plus d'une essence magique mais d'idées innées, c'est Descartes et la raison qui sont convoquées, comme signe d'un Verbe divin. On voit par ces quelques lignes combien la lecture Maistre/Pranchère mène à des conclusions tout à la fois connues d'avance et inattendues.



Manuel de philosophie politique

Le contexte et les définitions sont à chaque moment primordiaux, et le livre peut servir de manuel de philosophie politique.

Par habitude et manie de l'indexation (mon souci étant toujours de "retrouver vite"), je copie ici quelques points de repère, qui sont des définitions ou des balisages me permettant d'utiliser mon exemplaire comme dictionnaire de notions.
Attention, c'est totalement subjectif et incomplet, les pages indiquées sont des points de départ ou des conclusions, ce n'est qu'un outil à ma main (sachant que la table des matières très détaillée est une aide précieuse en cours de lecture).

idéologie (tradition marxiste et Hannah Arendt) : p.15
traditionalisme (Bonald) p.31
réforme (restauration) p.62
libéralisme (définition la plus générale) p.65
système p.109
loi p.149
pouvoir absolu / pouvoir arbitraire (Bonald) p.155
justice et résistance p.157
un droit (Le Mercier de la Rivière) p.190, note 7
liberté (selon Montesquieu) p.190-191
libéralisme p.193
légitimité politique p.195
liberté individuelle, droits de l'homme, droits du citoyen (démocrates/libéraux) p.195
société (selon Burke) p.198, note 18
démocratie / république p.202
volonté générale / volonté de tous p.203-204
théocratie (Saint-Just, Saint-Martin, Rousseau) p.211
préjugé (Voltaire, Maistre) p.216
despotisme (Montesquieu, Maistre) p.218
religion p.223
augustinisme politique p.235, note 70
gallicanisme politique et religieux p.237
Déclaration du clergé gallican sur le pouvoir de l'église en 1682 (Bossuet. 4 articles) p.238, note 73
pouvoir absolu / pouvoir arbitraire (Maistre) p.240
droits de l'homme (thomisme / moderne) p.249
souveraineté (Hobbes, Puddendorf, Kant) p.258 (Popper p.267)
dénégation p.268 et 254
historicisme p.270 (Fichte, Feuerbach, Haym p.272-273)
nihilisme ou rienisme p.283
protestantisme (selon Maistre) p.287
interprétation, (Charron) cercle herméneutique (modernes) p.289
double origine de la science p.293
positivisme (Comte) p.299
philosophie (Lumières, Descartes, Malebranche) p.303
individualisme (selon Maistre) p.305
rationalisme et traditionalisme p.311
raison p.315, p.321
trois preuves de l'existence de Dieu (analysées et détruites par Kant) p.316
idée innée p.319 chez Kant p.320
arbitraire du signe chez Saussure p.324
thèse de Humboldt p.327
traditionalisme de Bonald p.329 et 332
traditionalisme (thèse catholique orthodoxe) p.333 (révélation et raison)
nature / histoire (Les Lumières) p.353
historicisme p.357
fait / droit, droit naturel / droit positif p.357
traditionalisme de Bonald p.329, 332
histoire (le tout de ce qui est) p.358
loi naturelle chez Locke p.362
loi naturelle dans la tradition jusnaturaliste p.364
loi naturelle selon Maistre p.364
finalisme thomiste p.365
nature pour Maistre p.365-366
finalité thomiste / maistrienne p.367, 368
loi naturelle (transcendante) / loi de la nature p.368
liberté / volonté p.376
occasionalisme p.377
causes secondes (thomisme / Malebranche) p.378
philosophie de l'histoire p.389
travail comme drogue : Voltaire p.396
mal pour Leibniz p.398 => jugement de Hegel p.399
souveraineté p.430-431
modernité p.434-435
dialectique des Lumières p.436
autoritarisme dogmatique p.443
le droit (Kant, Philonenko) p.445



Notes

[1] cf. le titre du livre: Maistre a utilisé les arguments des penseurs des Lumières contre la Révolution.

[2] Œuvres complètes, Vitte, Lyon, 1884-1886, reprint Olms, Hindelsheim, 1984, tome I p.290.

[3] Essai sur le principe générateur des constitutions politiques

[4] E. Benveniste, «Nature du signe linguistique», in Problèmes de linguistique générale 1 Tel/Gallimard, 1976, p.51. La thèse de Benveniste ne doit pas être confondue avec celle de Jakobson. Jakobson refuse l'arbitraire du signe au nom de la motivation naturelle du langage. Benveniste maintient la thèse de l'arbitraire du signe en tant qu'elle affirme l'historicité du langage (son absence de motivation naturelle); mais il souligne que le signe est nécessaire 1° en tant que chaque signifiant signifie son signifié et 2° en tant que chaque signifiant est porteur d'une valeur qui contribue à son sens et qui est motivée par l'ensemble du système des signes.

[5] E. Gianturco, Joseph de Maistre and Giambattista Vico, New York, 1937, p.182

[6] Cf. H. Meschonnic, Le signe et le poème, Gallimard, paris 1975, p.123sq, 208sq.

[7] Les Soirées de Saint-Pétesbourg, 1809-1821, éd. posthume 1821

[8] J. Derrida, « Le cercle linguistique de Genève », in Marges de la philosophie, Minuit, Paris, p.175. J. Derrida étudie la pensée de Rousseau à la lumière de la logique paradoxale du supplément. Celle-ci est aussi à l’œuvre chez Maistre (la foi est le supplément qui permet à la raison d’être elle-même) ; c’est encore l’un des fils qui relie Maistre à Rousseau.

[9] C’est le paradoxe étudié par Jean Paulhan dans "La preuve par l’étymologie" (Œuvres complètes III, Cercle du livre précieux, paris 1967, p.263sq).

[10] On peut en revanche penser avec Georges Steiner (« Logocrats (A note on de Maistre, Heidegger and Pierre Boutang)» in "Langage and Politics", Bruyklant, Bruxelles, 1982, p.70-71) que la théorie maistrienne du langage contient la théorie heideggerienne « "in nuce" » ; mais c’est précisément dans la mesure où la pensée de Heidegger, au contraire de Humboldt, est marquée par l’étymologisme, par la réduction du langage au nom et par la facination pour le sacré, pour "la coincidentia oppositorum" dont la figure de rhétorique est l’oxymore. Cf. H. Meschonnic, Le signe et le poème, op. cit. p.373sq et Le langage Heidegger, Puf, Paris, 1990

[11] J. Trabant, "Humboldt ou le sens du langage", Mardaga, Liège, 1992, p.67. Nous suivons dans ce qui suit les analyses de ce livre remarquable.

[12] W. von Humboldt, "Einleitung zum Kawi-Werk", p.14, in "Schriften zu Sprache", Reclam, Stuggart, 1985, p.59.

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