Billets qui ont 'Roubaud, Jacques' comme auteur.

Le Téléphone

Dans les herbes, dans les buissons
Dans les fleurs bleues, rouges ou jaunes
C'est pour entendre ta chanson
Que je t'appelle ô Téléphone.

Gaie comme celle du pinson
Celle de la grive en automne
Si douce qu'elle donne le frisson
Est la note du Téléphone.

Très peu utile est l'hameçon
Sans intérêt le saxophone
Pas besoin de tant de façons
Pour la prise du Téléphone.

A l'époque de la mousson
Pour fuir l'orage qui l'étonne
Il court et tombe chez les poissons
A l'eau, à l'eau, le Téléphone.

Plumages bruns, plumages blonds
Plumages roux comme l'automne
Ces cous courts ou bien ces cous longs
Ce sont des cous de Téléphone.

Becs ouverts avec conviction
Piaillant jusqu'à s'en rendre aphones
Pour réclamer double ration
Tels sont les fils du Téléphone.

Fin comme le papier canson
Comme le bec de la cigogne
Ou la truffe du hérisson
Tu as beau nez ô Téléphone.

Mais on dit qu'il a l'ambition
D'être élu maire de Carcassonne !
Je crains que dans ces conditions
Las on ne rie du Téléphone.

Jacques Roubaud, Les animaux de personne, illustré par Marie Borel

Appel à souscription pour les Livres rouges de Jean-Paul Marcheschi

Le site de la SLRC, rénové, nous annonce sans plus de précision une lecture de Jacques Roubaud dans les ateliers de Jean-Paul Marcheschi le 26 juin.

(A ce propos, je ne peux que vous recommandez chaleureusement le catalogue des Fastes contenant des poèmes inédits.)


Je pars à la recherche d'informations supplémentaires sur le site du peintre — en vain — mais j'y découvre ceci :

La Galerie Plessis et les Editions du Phâo ouvrent une souscription en faveur de la publication intégrale des volumes de la Bibliothèque des Livres Rouges - 1981-2010 - de Jean-Paul Marcheschi.


Paraphrasant encore un coup Mallarmé, on pourrait dire que tout, chez Marcheschi, existe pour aboutir à un dessin. Mais il n'est même pas besoin de paraphraser. Car le mythe fondateur et final, étrangement de la part d'un peintre (qui convoque, il est vrai, tous les styles et toutes les traditions, comme tous les moyens d'expression, de l'encre de Chine à la merde, du foutre à l'or) c'est ici, au-delà du dessin, le Livre. Chaque dessin, chaque chose vue, chaque minute vécue n'est jamais, dans cette œuvre, qu'une page d'un livre à venir: un de ces beaux livres reliés de rouge vif, couleur du sang qui bat, où nous serons un jour, et le bonheur; où nous sommes déjà, puisque toute leur alchimie, ludique et obstinée, vise à combler la béance qui nous sépare d'eux, et les signes du monde.

Renaud Camus, Chroniques achriennes, p.135

Botulisme et Oulipisme, par Jacques Roubaud

Il s'agit du n°183 de la revue Bibliothèque oulipienne, dite BO (très beau à imprimer si vous avez une imprimante couleur).

La chronologie est beaucoup plus compliquée qu'on ne l'a dit, et Jacques Roubaud apporte d'intéressantes précisions sur la rencontre Botul/Brouwer, le fondateur de l'Intuitionnisme.

Pour le reste, je vous livre quelques citations:
ex.6: «Le mou est l’Autre du dur»
@201 note tardive du Président (date? ) cf Lacan: on ne se persuadera jamais assez du fait que le Mou est, en fait, le Grand Autre ( séminaire XVIII).

ex 7: «Le mou est le mou est le mou est le mou»

ex.8: «D’un point de vue esthétique, le mou s’associe à la courbe, le dur à l’angle.»

Demeures : Bertran de Born, Fénelon, Bernart de Ventadour, Champollion

Je reprends ma tentative d'épuisement bibliographique.

Bertran de Born

- Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires
- Eugène le Roy, Jacquou le Croquant
- Dante, La Divine Comédie (traduction Jacqueline Risset, 1985)
- Augustin Thierry, Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, de ses causes et de ses suites jusqu'à nos jours en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et sur le continent, tome X
- Dante, De vulgari eloquentia
- Dante, Convivio
- Jacques Roubaud, Les Troubadours
- Richard Sieburth (notes et édition), Walking Tour in Southern France, Ezra Pound among the Troubadours (1922. Paru aux éditions du Rocher en 2005: Ezra Pound, Sur les pas des troubadours en pays d'oc)
- Ezra Pound, Near Perigord
- Le Seigneur-Troubadour d'Hautefort, l'œuvre de Bertran de Born, traduit par Gérard Gouiran, Université de provence, Aix-en-Provence, 1987
- Ezra Pound, Cantos pisans

Magnifique château, nous dit Renaud Camus, tout sauf une demeure de l'esprit («En tant que maison d'écrivain, c'est une assez mauvaise plaisanterie.» (p.145))

Il n'importe, ce qui me plaît ici, ce sont les pages sur Ezra Pound; tout ce chapitre donne une furieuse envie de lire Pound:

Dans cette chanson [Sestina], on le sait peut-être, Bertran de Born, écarté de l'amour de sa dame, Maheut de Montagnac, recompose une femme imaginaire à partir de tout ce qu'ont de plus beau, chacune, des femmes réelles du voisinage; mais même en procédant de la sorte il ne parvient pas à créer une femme qui soit comparable à Maheut. Pound est persuadé que sous le poème d'amour peut se lire une précise et secrète signification politique; laquelle, curieusement, et c'est ce qui nous intéresse ici, aurait son répondant topologique dans le paysage des environs de Hautefort: les dames nommées dans le poème, en effet, ont toutes de puissants maris ou amants qui sont châtelains et seigneurs sur ces confins du Périgord et du Limousin où Bertran a tant guerroyé. Et le jeune Pound (nous sommes à l'été de 1912, il n'a pas encore vingt-sept ans) de prendre un train pour Angoulême et de marcher, marcher, marcher, de Châlus en Chalais et de Mareuil en Excideuil, convaincu de débusquer et de mettre en œuvre, ce faisant, les principes scientifiques de la philologie romane: c'est presque aussi fou, bien sûr, que la conviction de Saussure (dans les mêmes années) que tout la poésie latine n'est qu'anagramme, mais c'est nettement plus sportif. (...) Jamais la poésie ne fut plus érudite. Mais jamais l'érudition, non plus, ne fut plus poétique et poétiquement productive, car l'écho de ces courses folles, texte en main, se retrouve jusqu'en les Cantos pisans, écrit dans une cage de fer du camp-prison américain de Pise, en 1945. Or l'expérience était déjà évoquée en 1915 dans le poème Provincia deserta, qui fit découvrir Pound à Montale:
Depuis Hautefort, j'ai regardé vers le sud
J'ai pensé à Montaignac, là-bas, au sud.
Les mêmes thèmes sont repris et réorchestrés la même année dans Near perigord. On apprend cette fois que Bertan, après son détour par toutes les autres femmes et tous les autres châteaux du pays, est finalement persuadé que Maheut, sans lui, n'est rien d'autre que a broken bundle of mirrors[1]. C'est là le dernier vers du poème. Plus que la dame de Montagnac, il semble décrire ce que va être désormais la poésie de Pound lui-même. 1915, c'est l'année où pour la première fois, dans une lettre à son père (Glad you like the Perigord poem), apparaît le mot cantos. (p.150 à 154)

Fénelon

- Antoine Blondin, Les Enfants du Bon Dieu
- Emmanuel Carrère, Le Détroit de Behring
- Fénelon, Dialogues des morts pour l'éducation d'un prince
- Fénelon, Les Tables de Chaulnes
- Mallarmé, Un coup de dé n'abolira jamais le hasard, Le Tombeau d'Anatole
- Fénelon, Lettre à Louis XIV
- Fénelon, Explication des maximes des saints sur la vie intérieure
- Fénelon, Les aventures de Télémaque
- Fénelon, Correspondance

Evidemment, au passage, il faudrait lire Antoine Blondin:

Le royaume s'étendait de Gibraltar aux Carpathes, le roi distribuait des électorats et des grands-duchés comme des légions d'honneur, les Kirghizes lisaient Fénelon en sanglotant. (p.159)

(Diable d'auteur, comment ne pas aimer quelqu'un qui aime Les Kirghizes en sanglotant?)

Ici mon plaisir va aux phrases, aux fragments de phrases, dans la description stylistique ou biographique de Fénelon:
«[...] Lettre à Loui XIV : Racine écrivant sous la dictée de Vauban» (p.161); «Cet idiot de Grand Dauphin» (p.160); «les Tables peuvent aller rejoindre l'immense cimetière des plans sur la comète» (p.161), «le nom d'Ithaque, capitale de tous les retours» (p.164)

Et toujours la question du goût, et des états culturels:

L'admirable tympan roman, l'un des plus beau du Quercy, avec celui de Beaulieu-sur-Dordogne, ne paraît pas l'avoir frappé, ce dont nous ne saurions nous étonner — l'art roman n'a été inventé qu'un siècle et demi plus tard. Comme c'est troublant, tout de même, et instructif, et humiliant! Voilà une intelligence de premier ordre, incontestablement, et elle n'aperçois même pas, alors qu'elle a le nez collé sur elle, une œuvre d'art qui nous met en extase... Est-ce que nous ne pouvons voir que ce que distingue notre temps? Aimer, ou détester, que ce qu'il remarque? Penser, ou concevoir, que ce qu'il conçoit et pense? Mais que valent alors nos admirations et nos dégoûts, nos indignations et nos engouements? Les idées ne sont-elles que des modes, comme paraît l'insinuer le psittacisme de l'heure (de toute heure), et la réflexion la plus profonde (croyons-nous) est-elle soumise aux mêmes aléas que l'esthétique? L'histoire de la philosophie n'est-elle qu'une sous-section de l'histoire de l'art, ou plus simplement de l'histoire du regard? Et faut-il toujours en revenir à la question de Berenson, informé que Pie XII avait eu une apparition de la Vierge:
«Ah oui? Dans quel style?» (p.165 à 168)

Bernart de Ventadour

- Urc de Saint-Circ, Vida
- Jacques Roubaud, Les Troubadours

Ici, le brouillard est maximal. La noblesse et la poésie se fondent. Le temps a passé, et rien n'est bien certain, même le château s'effondre. Langue d'oc et trobar leu.
C'est autant de gagné pour la rêverie et les légendes.

Champollion

Le pire des chapitres, peut-être, avec celui concernant Maillol (le pire signifiant : donnant le moins le désir de se déplacer, donnant le désir de ne pas se déplacer).

Je n'ai pas trouvé de référence bibliographique, même allusive, dans ce chapitre. Il faut dire aussi que je ne le relis pas de très près, découragée par ce que je sais s'y touver: la vérité, hélas.
Ce n'est plus Champollion le sujet du chapitre, mais Figeac, et plus largement, la manie de muséifier la France en montant en épingle tout et n'importe quoi.
En l'occurence, Champollion n'étant pas n'importe qui mais un immense savant, les fonds disponibles ont été importants, et les dégâts en proportion.

Je cite un passage nostalgique; j'oublie, volontairement, le musée stupide et la ville transformée en Disneyland:

Il semblerait qu'il n'y ait que la gêne, la fatigue, l'indifférence, le grand âge, qui sait, autant et plus que la sagesse ou que le goût, pour protéger du massacre et de l'interventionnisme à tout prix, souvent inutile, presque toujours dommageable. Il y a dans la ville des jardins merveilleux qui se donnent l'air et les gants de paraître abandonnés, qui le sont parfois — ce ne sont pas les moins séduisants — et que de vieilles ruelles tortueuses contournent avec délicatesse, pour ne pas les déranger dans leur retrait. A travers eux, sur la pointe des pieds, par-dessus de vieux murs oubliés des aménageurs, on aperçoit quelques façades épargnées, qui ne savent même pas le danger qui les guette, et auxquelles il est laissé loisir, exceptionnellement, de paraître leur âge, tout leur âge, rien que leur âge: d'habiter à l'écart l'intimité du temps. (p.189-190)

Et le chapitre est si désolé qu'il se termine sur l'évocation d'une autre maison, en Isère.

Notes

[1] Un miroir, un interprète qui donne vie: et je vois se dresser Pale Fire.

Les Fastes, exposition Marcheschi au musée de la préhistoire de Nemours.

Pluie et froid, panne de voiture. Problèmes d'organisation, besoin d'ubiquité, comme d'habitude. Aller à Nemours voir des statues, imaginant les talons aiguilles s'enfoncer dans la boue, cela valait-il la peine, je connaissais déjà le musée, dépouillé et solitaire parmi les arbres.

Il ne pleuvait plus, il faisait encore froid. A l'entrée nous attendaient des corbeaux autour d'un lac noir, oiseaux mazoutés, réminiscence de Poe, «son frère», nous dit Rémi. Horus est magnifique contre le fond vert, dansant et prêt à s'envoler, il appartient aux lieux et semble jailli de la forêt. Des habitués reconnaissent un "clone" de Raülh, le sanglier corse (clone puisque en bronze et non en cire). Un officiel terminait son discours sous un auvent, je reconnus Jean-Paul Marcheschi, superbe en chemise et blanche et veste noire, et Jacques Roubaud en bleu marine, les cheveux plus courts qu'au dernier jeudi de l'oulipo, ayant (à ma grande surprise) troqué ses pataugas pour quelques chose qui ressemblait à des converses.

J'ai vite abandonné l'espoir d'approcher du buffet, disons que je n'y tenais pas, et je suis entrée dans le musée par une porte de service, ce qui fait que je me suis trouvée brutalement en face du Grand Lac.




C'est tout simplement splendide. Les pages claires rétro-éclairées fournissent juste la lumière nécessaire à faire de l'eau un miroir pour les pages noires, et les angles ajoutent à la profondeur, à l'abîme et l'abyme (comment choisir?) Le tout communique une profonde impression d'apaisement et de méditation, face à ces pages noircies et ce lac sombre remontent des souvenirs de forêts, de cascades claires et de lacs de montagne. C'est très étonnant.

A l'étage se trouve une salle réservée aux œuvres claires, Oracles, Morsures de l'aube, Paradis (inspiré du Titien, il me semble) et magnifique Scapulaire de la scriptrice que je ne connaissais pas.

Dans d'autres salles les œuvres marcheschiennes se mêlent aux pièces préhistoriques et se fondent étrangement, entre clin d'œil et appartenance.
J'ai ri en voyant Raüh et son ancêtre (si l'on considère Raülh contemporain) ou Raülh et son petit frère (si l'on considère que Raülh remonte à l'ancienne Egypte).




J'ai passé un long moment, très long moment, dans l'auditorium, à écouter Jean-Paul Marcheschi parler de son œuvre et raconter des légendes, à voir l'eau couler en surimpression sur le feu, m'endormant à demi, la voix me poursuivant dans mes songes.


Le catalogue de l'exposition contient des poèmes de Jacques Roubaud écrits pour l'occasion. Celui-ci semble être entré totalement en résonance avec l'œuvre marcheschienne.

Exemple : les poèmes "Tridents" (13 syllabes de trois vers de 5, 3, 5 syllabes)

que les couleurs sont
des noms propres
descendant de l'ombre

noir gris très noir gris
plutôt noir
monstres ordinaires

regarde le Lac
enfermé
dans sa gaze noire

Roubaud a également décliné la forme "pharoïne": «une pharoïne a six strophes, chacune de six vers. Les vers de chaque strophe sont terminés par des mots-rimes, toujours les mêmes, ou des équivalents des mêmes, dans chaque strophe, mais tournant de strophe en strophe selon un mouvement, toujours le même, qui caractérise la forme.» (p.44 du catalogue Les Fastes, éditeur Lienart).
Voici une strophe, ce qui ne montre rien de la complexité de la pharoïne, mais prouve l'art de Roubaud:

Un mot contient la nuit entière, entière une voix dit la nuit.
Une nuit se concentre jusqu'au point d'un mot,
Celui qui aura charge de parler un monde:
Le «brouillas» d'espace et de temps
Que manifestera la voix,
Emplie de reconnaissables fantômes.

in C Déductions des sommeils, iii: mots

Identification des citations de la fille

Si clair leur incarnat léger / Qu’il voltige dans l’air, assoupi de sommeils touffus.
Renaud Camus, Théâtre ce soir, p.35
Stéphane Mallarmé, Après-midi d'un faune, "Eglogue" (mis en musique par Claude Debussy).
Chez Mallarmé, les vers se présentent ainsi :
Si clair,
Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
Assoupi de sommeils touffus.
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Ô Corse aux cheveux plats, que ta France était belle / Au grand soleil de Messidor!
Ibid, p.35
Auguste Barbier, L'Idole

La ponctuation et les majuscules ont été modifiées :
Ô Corse à cheveux plats ! que ta France était belle
Au grand soleil de messidor !
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.247

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Toutes les passions s'éloignent avec l'âge, / L'une emportant son masque et l'autre son couteau. / Comme un essaim chantant d'histrions en voyage / Dont le groupe décroît derrière le coteau…
Ibid, p.36
Victor Hugo, Tristesse d'Olympio, mis en musique par Victor Massé (1822-1884)
Un point a remplacé une virgule.
Toutes les passions s'éloignent avec l'âge,
L'une emportant son masque et l'autre son couteau,
Comme un essaim chantant d'histrions en voyage
Dont le groupe décroît derrière le coteau.
-----------------------------------------------
Toujours il y eut cette rumeur, toujours il y eut cette langueur…
Ibid, p.37
Saint-John Perse, Amers

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Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles / Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs
Ibid, p.38
Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre

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Le temps léger s'enfuit sans m'en apercevoir
Ibid, p.38
Philippe Desportes, Les amours de Cléonice
Déjà présent dans Été, p.44

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Eurotas, Eurotas, que font ces lauriers-roses / Sur ton rivage en deuil par la mort habité ?
Ibid, p.39
Casimir Delavigne, Aux ruines de la Grèce païenne

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La vie est plus vaine une image / que l' ombre sur le mur./ Pourtant l'hiéroglyphe obscur / qu' y trace ton passage…
Ibid, p.40
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 70

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Et le bleu Titarèse, et le golfe d’argent / Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire, / la blanche Oloossone à la blanche Camyre.
Ibid, p.41
Alfred de Musset, La nuit de Mai

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Que Paris était beau à la fin de septembre !
Ibid, p.42
Guillaume Apollinaire, Alcools, "Vendémiaire"

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comment disais je il y a des yeux par lesquels je n'ai pas vu des foules sans moi se sont jetées sur des pierres des vérités sans moi ont trouvé le bout de leur chaîne
Ibid, p.43
Jacques Roubaud, Signe d'appartenance

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Tranquilles, cependant, Charlemagne et ses preux / Descendaient de la montagne et parlaient entre eux.
Ibid, p.43
Alfred de Vigny, Nuit pyrénéenne, "Cor III"
variante: «Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.»

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Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine…
Ibid, p.44
André Chénier, La jeune Tarentine

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Tout puissants dans nos grands gouvernements militaires, avec nos filles parfumées qui se vêtaient d'un souffle, ces tissus, nous établîmes en haut lieu ces pièges à bonheur.
Ibid, p.44
Saint-John Perse, Anabase, chant IV

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Les chevaux de la Mort commencent à hennir. Ils sont joyeux, car l'âge éclatant va finir.
Ibid, p.45
Victor Hugo, Toute la lyre, "A Théophile Gautier"

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Que de grâces, Bon Dieu! Tout rit dans Luxembourg !
Ibid, p.46
Jean de La Fontaine, Sonnet II

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La joie venait toujours après la peine.
Ibid, p.47
Guillaume Apollinaire, Alcools, "Le pont Mirabeau"

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Ne pourrons-nous jamais, sur l'océan des âges, / Jeter l'ancre un seul jour?
Ibid, p.47
Lamartine, Le Lac

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Ô fraîcheur, ô fraîcheur retrouvée parmi les sources du langage!…
Ibid, p.48
Saint-John Perse, Vents

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La douleur de ta fille au tombeau descendue, / Par un commun trépas / Est-ce là quelque dédales, où ta raison perdue ne se retrouve pas?
Ibid, p.49
François de Malherbe, Consolation à M. du Perrier

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Amants, heureux amants, voulez-vous voyager? Que ce soit aux rives prochaines.
Ibid, p.50
Jean de La Fontaine, Fables, livre IX, fable 2, "Les deux pigeons"

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Au lieu que toi, sublime enceinte, / Tu es couleur du temps :/ Neige en Mars ; roses du printemps… / Août, sombre hyacinthe.
Ibid, p.51
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 33

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Je verrai les chemins encor tout parfumés / Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés ?
Ibid, p.52
Jean Racine, Iphigénie, Acte IV, scène 4

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Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, / Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Ibid, p.53
Jean Racine, Bérénice, Acte IV scène 5

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L'Aufide a débordé, trop plein / de morts et d'armes. La foudre au Capitolin / tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne. / En vain le grand pontife a fait un lectisterne / et consulté deux fois l'oracle sibyllin…
Ibid, p.54
José Maria de Hérédia, Les trophées, "Rome et les Barbares"; Après Cannes

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On jase dans tout le district / De nos mains désunies. / Songe à mon coeur fidèle et strict, / A sa peine infinie.
Ibid, p.56
René Chalupt, L'infidèle

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Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes / Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir.
Ibid, p.57
Marcelline Desbordes-Valmore, Les roses de Sâadi

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Ah Dieu! que la guerre est jolie / Avec ses chants, ses longs loisirs…
Ibid, p.57
Guillaume Apollinaire, L'adieu au cavalier

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Donne-lui tout de même à boire, dit mon père…
Ibid, p.58
Victor Hugo, La Légende des siècles, XLIX

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C'est pourtant vrai qu'elle lui dit: «Paul, je vous aime!» / À bord de la «La Ville de Permambuco».
Ibid, p.59
Henry Jean-Marie Levet, Cartes postales, "Afrique occidentale"

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Laissez-nous savourer les rapides délices / Des plus beaux de nos jours…
Ibid, p.60
Lamartine, Le Lac

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Mille chemins ouverts y conduisent toujours…
Ibid, p.61
Jean Racine, Phèdre, acte I, scène III,

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C'est la verte douceur des soirs sur la Dordogne, / Écoutez, les Gascons: c'est toute la Gascogne!
Ibid, p.62
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte IV, scène III

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Ombre, que l'ombre efface…
Ibid, p.63
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 12

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«Ce que vous avez là dans votre assiette ne figure pas sur la carte.»
Ibid, p.64
Henri Michaux, Un certain Plume, "Plume au restaurant"

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Divague ma Folie, enfante pour ma joie / Un consolant enfer peuplé de beaux soldats, / Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas / Tire d’étranges fleurs dont l’odeur me foudroie.
Ibid, p.65
Jean Genet, Le Condamné à mort

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Rien n'est jamais acquis à l'homme.
Ibid, p.66
Louis Aragon, La Diane française

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Et plus tard un ange, entrouvrant les portes, / Viendra ranimer, fidèle et joyeux, / Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Ibid, p.66
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, "La mort des amants"
Ce poème fut souvent mis en musique, et notamment par Gustave Charpentier, Debussy, Luis de Freitas Branco.

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Que sont mes amis devenus / Que j'avais de si près tenus / Et tant aimés ?
Ibid, p.67
Rutebeuf, Que sont mes amis devenus

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Nous avançâmes au milieu de ce qui porte un nom / et que nous avions appris à nommer.
Ibid, p.68

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Au moment de plonger dans les vagues du songe / Tu sembles hésiter.
Ibid, p.69
Jean Cocteau, Plain-Chant

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Très haut amour, s'il se peut que je meure / Sans avoir su d'où je vous possédais, / En quel soleil était votre demeure / En quel passé votre temps, en quelle heure / Je vous aimais...
Ibid, p.70
Catherine Pozzi, "Ave"

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La Treizième revient… C’est encore la première.
Ibid, p.71
Gérard de Nerval, Chimères, "Artémis".

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Sur un fangeux hiver, Douve, j'étendrai, / Ta face lumineuse et basse de forêt…
Ibid, p.72
Yves Bonnefoy, Du mouvement et de l'immobilité de Douve, "Le seul témoin, VI"
Coquille ou variation? La version gallimard poésie page 72 donne "j'étendais"

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C'était l'heure divine où, sous le ciel gamin / Le geai gélatineux geignait dans le jasmin.
Ibid, p.73
René de Obaldia, Innocentines, "Le plus beau vers de la langue française"

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Connaissez-vous Henri Suso ? / Ruysbrock surnommé l’Admirable ? / et Joseph de Cupertino / qui volait comme un dirigeable ?
Ibid, p.74
Max Jacob, Derniers poèmes, "Connaissez-vous Maître Eckart?"
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.356

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Et d'abord, je t'ai reconnue, Thalie!
Ibid, p.75
Paul Claudel, Première ode, "Les Muses"

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Ô combien de marins, combien de capitaines / Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines…
Ibid, p.76
Victor Hugo, Oceano Nox

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Et la garde qui veille aux barrières du Louvre / N’en défend point nos rois…
Ibid, p.76
François de Malherbe, Consolation à M. du Perrier

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Que ton éternité nous frappe et nous accable, / Dieu des temps, quand on cherche un peuple dans du sable!
Ibid, p.77
Alphonse de Lamartine, La Chute d'un ange

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Aux accords d'Amphion les pierres se mouvaient, / Et sur les monts thébains en ordre s'élevaient.
Ibid, p.78
Boileau, Art poétique, chant IV

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Le soir, comme d’un cerf la fuite vers la source / Ne cesse qu’il ne tombe au milieu des roseaux, / Ma soif me vient abattre au bord même des eaux.
Ibid, p.79
Paul Valéry, Charmes, "Fragments du Narcisse"

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Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.
Ibid, p.81
Félix Arvers, Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.

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Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs…
Ibid, p.82
Louis Aragon, Roman inachevé

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Je ne me sentis plus guidé par les haleurs.
Ibid, p.83
Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre

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Et plus que l'air marin la douceur angevine.
Ibid, p.84
Joachim du Bellay, Heureux qui comme Ulysse

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Et moi je lui tendais les bras pour l'embrasser…
Ibid, p.86
Jean Racine, Athalie, acte II, scène 5
variante: «Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.»

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Au bord tristement doux des eaux je me retire.
Ibid, p.87
Jacques Davy du Perron, Au bord tristement doux des eaux je me retire.
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.43

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Mon enfant, ma soeur, / Songe à la douceur / D'aller là-bas vivre ensemble!
Ibid, p.88
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, "L'invitation au voyage"

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Toi que l’on dit qui bois de cette eau presque absente, / Souviens toi qu’elle nous échappe et parle-nous…
Ibid, p.90
Yves Bonnefoy, Pierre écrite, "Une voix", p.248 edition Gallimard poésie

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Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes ? / Tant de grands bâtiments en masures changés ? / Et de tant de chardons les campagnes couvertes, / Que par ces enragés ?

Ibid, p.91
François de Malherbe, Fragments d'une ode à M. le cardinal de Richelieu

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Lorsque je serai mort depuis plusieurs années, / Et que dans le brouillard les cabs se heurteront, / Comme aujourd’hui (les choses n’étant pas changées)…
Ibid, p.92
A.O. Barnabooth, "Vœux du poète"

Le Maki Mococo

Le Maki Mococo
Son kimono a mis
Pour un goûter d'amis :
Macaque et Okapi
L'Macaque vient d'Macao
L'Okapi d'Bamako.

Le Maki Mococo
Fait goûter ses amis
Pas de macaronis
Mais d'un cake aux kiwis
D'esquimaux au moka
Et kakis en bocaux
Quart de lait de coco
Cacao ou coca
Dans des bols en mica.

« Qui joue au mikado ? »
Dit l'Maki Mococo
Le Macaque dit oui
L'Okapi ne dit mot.

L'Macaque est un coquin
L'acolyte Okapi
Est du même acabit.
Le Macaque qu'a un coup
Pour gruger les gogos
Rafle tous les kopeks
Du Maki Mococo.

« Ah, mais, quoqu'c'est quoqu'ça ?
Dit l'Maki Mococo
Ton bien est mal acquis. »
Le Macaque dit « quoi ? quoi ? »
« Qui ? Qui ? » dit l'Okapi.

Le Macaque démasqué
Par le Maki Mococo
Prit sa kalachnikoff
Acquise à Malakoff
De Pépé le Moko
Qu'en canne il maquilla
C'est kif kif Chicago.

Mais le Maki Mococo
Au menton les boxa
Le Macaque est K.O.
L'Okapi dans l'coma.

« Ah mes jolis cocos
Comme vous êtes comiques ! »
Dit le Maki Mococo
Saisissant son kodak
Pour immortaliser
Cette scène à jamais
En un bel emaki
A vendre sur les quais
Conti ou Malaquais
Et qu'on ne l'oublie plus.

Le Maki Mococo
Est né à Mexico.
Il s'appelle Dudu.

Jacques Roubaud, Les animaux de personne,
poèmes illustrés par Marie Borel et Jean-Yves Cousseau

Le mouton à grosses fesses

Le Mouton à grosses fesses

(Le lever)
Le soleil sort de la nuit noire
Le Mouton sort de sa baignoire
Il mange un yaourth à la poire.
Avant de partir à la foire
Il met ses roses bermudas,
Choix discutable je le confesse
Pour un Mouton à Grosses Fesses.

(le mouton au bureau)
Le soleil fait de gros efforts
Le Mouton sue par toutes ses pores
Mais il a beau baisser le store
La chaleur monte et monte encore
Car nous sommes en Ouganda
Pays un peu loin de la Perse
Patrie du Mouton à Grosses Fesses.

(le mouton au bureau, suite)
Le soleil dépasse les bornes
Le Mouton sue jusqu'à ses cornes
Il décroche son téléphone
Encore un appel du cap Horn
La sueur trempe son agenda
Cela fera fondre ma graisse
Pense le Mouton à Grosses Fesses.

(la sieste)
Le soleil penche sur les cimes
Le Mouton pense à son régime
Une biscotte? du gouda?
Hélas! il va dans la cuisine
Où le chocolat le fascine
Ensuite sous la véranda
Il sombre en une lourde sieste
Malheureux Mouton à Grosses Fesses!

(le soir) Le soleil rentre dans sa boîte
Le Mouton va danser en boîte
Il prend la biche entre ses pattes
La regarde de ses yeux moites
Et dit "aimez-vous Dalida?"
Choix surprenant je le confesse
Chez un Mouton à Grosses Fesses.

(le retour)
Le soleil dort dans la nuit noire
Le Mouton est au désespoir
La biche l'a chassé sans gloire
Elle a dit "non, mais quelle poire!"
En partant avec le panda
Il est très dur je le confesse
D'être un Mouton à Grosses Fesses.

Jacques Roubaud, Les animaux de personne
Marie Borel, illustrations


Ce livre est illustré par Marie Borel, que je rencontrerai à Plieux en octobre 2003, puis chez Marcheschi en novembre 2006 (Marie que j'aime beaucoup. Je me souviens de sa coiffure rose et hérissée à Plieux, et du sourire de RC, et de son geste en lui montrant ses cheveux (visiblement la coiffure était nouvelle).

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