Billets qui ont 'Saint-John Perse' comme auteur.

Croisements et sources

J'avais noté ici ces phrases qui m'amusent, elles devaient entrer dans la rubrique "Citations de RC".

«Bah, nous verrons bien!» C'est ce que répliquait bravement le vieux M. Renan, obèse et presque impotent, quand on le prévenait, à l'Académie française, que le candidat Loti passait pour avoir de certaines mœurs…

Renaud Camus, Élégies pour quelques-uns (1988), p.50

Mais j'en ai croisé une autre occurrence qui permet d'en dater la première apparition dans un écrit camusien:

[…] à Florence, invece, je retourne toujours à la pension Quisisana, et cette fois-ci je m'y suis vu attribuer la plus belle chambre que j'y ai jamais eue, la plus belle chambre de l'hôtel, la plus chère, aussi, mais il paraît que les chèques sont acceptés, nous verrons bien, comme disait paraît-il Renan à l'Académie française quand on y faisait circuler le bruit que le candidat Pierre Loti aurait bien pu avoir des mœurs un peu spéciales…

Vigiles, p.23, entrée du 23 janvier 1987, livre publié fin 1989



Et donc j'en profite pour donner quelques autres relevés au fil de ma lecture (plutôt qu'une hypothétique synthèse : toujours ça de pris, ne dirait pas le héron).

Ainsi croisé-je ce matin Pedro, dont j'avais lu les tribulations hier soir dans un autre contexte. (Voici une occasion d'étudier les transpositions et les variations de style: qu'est-ce qu'un style élégiaque?)

Mardi 31 mars, 10 heurses du matin. Coup de téléphone et visite de mon ami madrilène, Pedro, hier après-midi. […] Nous partageons une grande passion pour Lisbonne. Il a passé la moitié de l'année dernière à New York, qu'il dit sinistre. Madrid, en revanche, est bouillonnante de vie, d'après lui, et très gaie. Je devrais me renseigner sur la Casa Vélazquez, et sur les possibilités qu'elle offre aux artistes français. Le plus stupéfiant des récits de Pedro est celui où, par je ne sais plus quels enchaînements obscurs, mais parfaitement logiques, revenant de l'Inde, qu'il connaît bien, ou de Tibet, où il compte retourner pour un mois, depuis la Chine, il se retrouve à Clermont-Ferrand, mais il errait au hasard et voici que…). Il m'encourage toujours vivement à visiter son île natale, La Palma.

Vigiles, p.120-121, entrée du 31 mars 1987, livre publié fin 1989


La vérité ne daigne pas condescendre à la glose fastidieuse où la vraisemblance est contrainte. Manuel, mon ami de Madrid, Canarien d'origine, est un grand voyageur, quoique mal argenté. Par quel tour de passe-passe de l'expédient, des liaisons d'aventure, des heurs et des astuces d'agences à prix réduits, se retrouva-t-il un jour, rentrant du Tibet, qui déambulait dans Clermont-Ferrand?

L'histoire ni lui ne le racontent, à moins que mon pauvre cerveau, pour mieux accoler le puy de Dôme à l'Himalaya[1], nos chaumes avec le toit du monde, la préfecture avec le Potala, ne se soit empressé d'enterrer les détails. «Eh bien, d'un coup», me racontait à l'appareil, en ménageant mieux ses effets que les deniers du roi d'Espagne, ce phlegmatique explorateur de mandalas (il travaille à la Telefonica, quand ça lui chante et qu'il désire prendre à bon compte le pouls de l'univers et le mien), «d'un coup, sans m'être rendu compte de rien, no, sans que je me sois aperçu que je quittais une ville et que j'entrais dans une autre, j'ai découvert, tiens-toi bien , que je marchais dans ton pays, dans Chamalières, dont tu m'avais tellement parlé, souviens-toi, tout un soir à Sepulveda…

L'Élégie de Chamalières, p.19-20, éd. Sables (juin 1989)



Le même jour (31 mars 1987) est notée une partie de la citation qui sera reprise en exergue d' Élégies pour quelques-uns: «Et le train passe et l'heure passe et le temps passe…»[2]

Toujours dans la même page 121, Anabase de Saint-John Perse en passant: «Et l'aisance dans les voies»

Deux pages plus loin, une citation rencontrée dans Journal d'un voyage en France apparaît sans trop d'explications:

Je suis peu sensible à l'humour de la terreur. «La peur aura été la grande passion de mon existence.» Qui règne par la peur et qui la fait régner ne me paraîtra jamais, de quel métaphysique ou nietzschéen point de vue que ce soit, attirant.

Vigiles, p.127, entrée du 4 avril 1987, livre publié fin 1989


J'ai beau tourner et retourner la fameuse phrase de Hobbes, son exaspérante amphibologie, où le sens vulgaire finit toujours par l'emporter, lui préserve une présence irréductible, comme d'un objet maléfique qu'on ne peut jeter mais qu'on ne sait où cacher, pour qu'il vous laisse dormir, dans une minuscule chambre rouge, sans tiroirs et sans recoins: «La peur a été la grande passion de mon existence.»

Journal d'un voyage en France (1981), p.520-521

Notes

[1] «Le puy de Dôme, la montagne sacrée du pays», Roman Furieux (1986), p.59

[2] Pierre de Massot, référence précisée dans Élégies pour quelques-uns.

Renaud Camus - L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 15 (vers la surface)

A la fin de la note 16 (aval), nous reprenons le cours de la note 15 (amont).

Le reste de la note 15 se compose de sept paragraphes, dont six sont une réflexion sur l'identité. Il s'agit d'une démarche réflexive, que l'on peut ancrer dans le goût de dispar-être de Renaud Camus: comment articuler le goût des voyages, le goût de la dissolution dans les paysages, les ciels, les histoires, l'histoire, les bibliothèques, comment concilier tout cela et l'affirmation d'un enracinement, d'un attachement à un sol et une culture — les deux étant réputés être la même chose? Comment, mais surtout pourquoi, au nom de quoi? Cela est-il logique, cohérent, cela se justifie-t-il?

Il s'agit finalement d'une note où il y a peu à commenter dans le sens habituel du travail qui se fait ici: peu de sources à trouver, peu de mécanismes de passage à mettre à jour, il n'y a qu'à se laisser porter par les phrases, pour les approuver ou les désapprouver, les aimer ou les détester, en fonction de ce que nous aimons ou de ce que nous savons.

Il est également loisible ici d'observer le travail de désaisissement de l'auteur, qui expose sur un mode lyrique (donc amoureux, par opposition à un ton froid et rationnel) des idées auxquelles il s'oppose dans d'autres textes. (Mais s'y oppose-t-il vraiment, ou se contente-t-il d'en préférer d'autres? Rappelons la définition du dilemme moral selon Renaud Camus: non pas choisir entre le bien et le mal, mais entre deux biens.)


***************Cela d’autant plus, bien entendu, que ces États, et tout particulièrement dans l'hypothèse où ils coïncideraient (ou prétendraient coïncider) avec une supposée “nation”, avec un peuple, une “ethnie”, une “race” ****************, semblent bien, et nous serions les derniers à le déplorer, avoir fait leur temps. (AA, p.202-203)

Voir le commentaire déjà intervenu ici: «Il devient difficile de déterminer, à la seule lecture de L'Amour l'Automne et sans référence extérieure, ce que pense l'auteur.»

Ils sont un cadre d’évidence inadéquat à l’économie, à la pensée bien entendu, à la gestion des ressources de la terre ou de la qualité de l’air ; mais d’abord à l’homme, tout simplement, à la femme, à la vie, à l’être, à la personne. Comment imaginer en effet qu’à l’heure où chacun de nous vibre de phrases, de mots, d’images, d’idées et d’associations d’idées qui proviennent des coins les plus divers de la planète, de ses langues et de ses cultures, de ses bibliothèques et de ses écrans, de ses chansons et de ses serments d’amour, comment imaginer qu’on puisse consentir à voir son identité réduite aux quelques indications qui sont portées sur un passeport, quand bien même il s’agirait d’un passeport “européen”? (AA, p.203-213)

Le cadre d'une "nation" est non seulement peu adapté à la dimension économique et matérielle de la vie, mais il n'a plus grand sens dans la sphère culturelle, voire humaniste, où les progrès technologiques (information et voyage) permettent de se sentir "citoyen du monde": pourquoi réduire une identité à une terre, et non la laisser embrasser la Terre? Une personne (en italique dans le texte) est-elle strictement un nom et une date sur un passeport? Peut-on réellement la réduire à cela?
On voit affleurer en filigrane la question du nominalisme et des universaux, et donc Wiggenstein (finalement, n'est-ce pas le sujet de L'Amour l'Automne? «à la lettre»).

Il faut accepter sa nationalité comme un vieux sage accepte les honneurs : pour la seule raison que les refuser serait faire un éclat complètement inutile, et leur accorder beaucoup plus d’importance qu’il ne convient de leur en concéder. Il serait absolument vain de perdre une heure ou deux, ou deux jours, ou deux ans, à dénoncer son appartenance à tel ou tel État. (AA, p.214-219)

La logique serait donc de se proclamer apatride, voyageur. Mais à quoi bon faire un éclat? Le temps presse, la mort attend, vivre est plus urgent.

Au fond de soi l’on sait bien que cette appartenance n’est rien. Cette assurance doit suffire. (AA, p.219-220)

Soumission à l'état des choses, appel à la sérénité intérieure.
(Lorsqu'on connaît un peu (les écrits de) Renaud Camus, cela fait sourire: comme s'il se résignait jamais au raisonnable… [1])

Détachement à la fois du fond («on sait que cette appartenance n'est rien») et de la forme («il faut accepter sa nationalité»). Liberté intérieure par soumission extérieure.

Quel contemporain, surtout s’il est un voyageur, et ne le sommes-nous pas tous (et le serions d’autant plus que nous ne quitterions jamais notre bibliothèque), saurait se résigner à “appartenir” à autre chose que lui-même, à son pas qui résonne dans une ville inconnue, à la fenêtre qu’il ouvre aussitôt pour s’y pencher en entrant dans la chambre d’hôtel anonyme, à cette brume amicale et blonde où il s’apprête à s’enfoncer avec volupté, à peine débarqué dans une île? (AA, pp.220-226)

Ici le monde et la bibliothèque coïncident: ici l'être et la lettre (les lettres) coïncident; à la différence de la personne et de son passeport. (Peut-être après tout n'est-ce qu'une question de quantité: si la personne était décrite par une bibliothèque, pourrait-il y avoir coïncidence? Est-ce ce que Renaud Camus cherche à réaliser par son œuvre? N'est-ce pas ce que Renaud Camus cherche à réaliser par son œuvre?))

«Appartenir à soi-même» ne doit pas être confondu avec «soi-mêmisme»: il ne s'agit pas d'affirmer son être en l'imposant à ce qui nous entoure, en écrasant ce qui nous entoure; mais au contraire, il s'agit en vivant pleinement l'instant de glisser dans l'éternité du présent et de laisser le monde nous envahir. Symbiose.

«à peine débarqué dans une île»: retour à l'expérience vécue. L'Ecosse. La réflexion se nourrit de l'expérience.

Tout juste veillera-t-il avec le plus grand soin à n’être pas rendu ou maintenu captif, par la facilité, par l’intérêt, par la prudence ou par la peur, de ce dont il a su s’affranchir par l’esprit, par le cœur et par le désir. Les États d’aujourd’hui ne comptent ni sur leur force, d’ailleurs bien déclinante, heureusement, ni sur l’amour pour eux de leurs ressortissants, pour maintenir ceux-ci dans un semblant de dépendance à leur égard (et le semblant est tout ce qui leur importe, comme à toutes les autorités épuisées). Leur pouvoir n’est pas là, et ils le savent bien : il est dans les misérables petites sécurités qu’ils prodiguent encore, qu’elles soient sociale, financière ou sanitaire. (AA, pp.227-233)

Qu'est-ce qui nous empêche d'être libre? La peur.
L'attachement à un pays : plus par amour, mais par intérêt.

Un homme n’est jamais libre s’il n’a pris son parti de mourir comme un chien sur les bords d’un lac de montagne bien après la fin de la saison ; sur les pavés luisants, la nuit, près des flaques noires et entre les rails de tramways abandonnés de boulevards ou de quais des confins, dans une ville portuaire au nom imprononçable ; à Patras, à Madras, à Bakou, dans le lit d’un hôtel inconnu, parmi des étrangers qui ne comprennent pas sa langue, et qui sans aucune méchanceté voudraient surtout que tout cela ne fasse pas trop de bruit, n’attire pas trop d’attention et ne prenne pas trop de temps. (AA, p.233)

Les noms encore, les langues.
Le chantage à la sécurité et à la santé est dénoncé, chantage auquel nous sommes bien trop heureux de nous soumettre. On retrouve ici l'un des thèmes majeurs de Loin (remarque qu'il était impossible de faire lors de la parution de L'Amour l'Automne puisque Loin n'était pas encore paru.)
Prière pour une mort rapide et discrète.
Il s'agit d'un thème classique, voir "Le Loup et le Chien" de La Fontaine, par exemple.

Spatialement, le texte sur la page prend de l'ampleur et occupe dix-huit lignes d'affilé: un lecteur qui feuilletterait les pages en dédaignant les lignes partitionnées pourrait lire ces phrases au hasard et s'y arrêter. Ces thèses ne sont pas totalement dissimulées par la mise en page du texte, elles demeurent facilement accessibles.

Nous craignons l’âge, le cancer, l’immobilité, la folie, l’anonymat, le froid, l’oubli, la misère, la mort solitaire ; et c’est en jouant sur ces craintes-là que nos patries nous tiennent encore, par leurs allocations et leurs retraites, si bien nommées, par nos cotisations et nos affiliations. (AA, p.233)

La seule façon d'être libre: accepter par avance toutes les insécurités, celles de la pauvreté, de la maladie, de la solitude. Mais nous préférons notre sécurité à la liberté.
Retraite si bien nommée: reculade devant l'ennemi. Nous battons en retraite devant la liberté par peur pour notre sécurité et notre santé, nous laissons s'échapper la possibilité d'être libres.

Une sécurité sociale universelle, qui ne tiendrait aucun compte de la nationalité, serait un immense progrès, bien sûr: le protecteur serait plus loin, plus vague, plus flou; il aurait à peine de visage et de nom.

Si l'on ne veut pas dépendre d'un pays, l'une des solutions consisterait à renoncer à toute protection sociale.
Une autre solution serait de ne pas faire dépendre cette protection d'un pays: une sécurité sociale universelle, non seulement en ce qu'elle s'appliquerait à tous sur un territoire donné (sens habituel de "sécurité sociale universelle"), mais à tous sur tous les territoires, sans aucune référence à l'origine ou à la résidence ou au lieu de travail géographique.
Le détachement envers un pays protecteur serait total, permettant également la dissolution des devoirs envers une entité devenue floue à l'excès.

Mais c’est à l’idée même de la sécurité que les plus hardis d’entre nous savent bien qu’ils doivent renoncer. Ceux-là n’habitent que leur nom. Et quelques-uns ne sont pas loin de se demander, même, si ces papiers d’identité qui sont tout ce qu’ils ont gardé, pour des raisons de pure commodité, de leurs affiliations nationales respectives, ne sont pas une contrainte encore trop forte, dont il faudrait trouver quelque moyen de s’affranchir.

Le détachement ultime: abandonner la sécurité et la protection. Ne conserver que son nom.
«pas loin de se demander, même, si ces papiers d'identité»: ce "même" est un peu étrange, comme si les papiers étaient garants du nom autant que de la nationalité.

Il s'agit également d'une citation d' Exil de Saint-John Perse:

Étranger, sur toutes grèves de ce monde, sans audience ni témoin, porte à l’oreille du Ponant une conque sans mémoire :

Hôte précaire à la lisière de nos villes, tu ne franchiras point le seuil des Lloyds, où ta parole n’a point cours et ton or est sans titre...

« J’habiterai mon nom », fut ta réponse aux questionnaires du port. Et sur les tables du changeur, tu n’as rien que de trouble à produire,

Comme ces grandes monnaies de fer exhumées par la foudre.

Monnaie, étranger. "«J’habiterai mon nom », fut ta réponse aux questionnaires du port." a été cité dans Été, p.79

Est-ce que le nom, en effet, ce n’est pas la filiation, l’origine, les racines, tout ce qui situe et localise, autant dire qui limite, précise et diminue? Et cette identité dont un document officiel, carte ou passeport, se permet d’attester qu’elle est la nôtre — et, ce faisant, il nous l’impose —, n’est-elle pas d’abord identité à nous-même, et des choses aux choses, des heures avec les heures, de notre vie elle-même, dans sa quotidienneté ordinaire (ces petits événements séparés que nous vivons un à un sans jamais parvenir à en faire un tout, une boucle, un élan, quelque chose qui nous saisit et nous emporte au risque de nous briser) avec un simple agenda, une liste des courses à faire, des gens à voir, des engagements à tenir, des lettres auxquelles il faut répondre, des formulaires qu’il convient de remplir, toutes choses incompatibles non seulement avec un destin, sans doute, mais avec un mode honorable, inventif, dynamique, vraiment indépendant et libre, intrépide et joyeux, d’habiter la terre et de tenir tête au sort?

Phénoménologie, existentialisme? Comment ne pas penser à la lettre de Mark Alizart analysant Du sens, lettre qui argumentait qu'en se montrant attaché à l'origine, Renaud Camus attaquait (involontairement) la position sartrienne romantique de détachement de l'être.

Et ceci s'explique très simplement par le fait que le romantisme se caractérise métaphysiquement par l'idée que la liberté coïncide avec l'arrachement (l'arrachement à la société, aux conventions, au lieu, et jusqu'au corps, jusqu'à sa propre âme). Ses manifestations les plus éclatantes : le théâtre romantique qui brise les lois de la tragédie classique (au nom précisément du "libéralisme en littérature", dit Hugo dans sa préface d' Hernani); le Bateau ivre de Rimbaud et sa dislocation finale (en effet comment devenir un Peau-Rouge, libre de toute attache, comment devenir un sauvage et s'arracher à tout, à sa culture, à la raison, aux anciens parapets, et y compris à soi-même, sans se disloquer? sans sombrer dans la célèbre folie romantique?); et l'existentialisme sartrien bien sûr, dernier romanticisme s'il en est (l'existence devant l'essence, l'arrachement comme condition humaine). A cet égard, il n'est pas indifférent que tous les signataires de la contre-pétition aient tous été à des degrés divers des sartriens (Lanzmann au premier chef, et toute la rédaction des Temps modernes derrière lui, mais aussi Derrida, Milner, Miller ou Vernant, et ailleurs BHL, grand thuriféraire sartrien s'il en est, ou Spire). Vous avez fait face au dernier grand sursaut sartrien. Et si je dis dernier sursaut, c'est parce qu'il y avait encore sous l'affaire manifestement autre chose : et c'est bien le fait que le sartrisme et en général le romantisme est en train de commencer à se fissurer, et que l'origine revient partout à grand pas, fût-ce sous une forme violemment névrotique.
lettre de Mark Alizart citée par Renaud Camus dans Outrepas (2004), p.143

Nous serions notre seule preuve, et notre vie vécue notre seule identité.
Remarquons que les «petits événements séparés que nous vivons un à un sans jamais parvenir à en faire un tout, une boucle, un élan, quelque chose qui nous saisit et nous emporte au risque de nous briser» est une adaptation de la phrase déja rencontrée à maintes reprises de Promenade au phare, dans lequel Mr Ramsay, philosophe, travaille sur "sujet et objet de la réalité", justement (notre identité: quelle réalité, de quoi dépent-elle, de nous-mêmes en tant qu'individu ou de papiers d'identité, ou encore de notre vie vécue?) (voir la fin de la note 16 en aval immédiat de cette note)).

What's in a name? Question de Shakespeare, reprise par Joyce, reprise par Camus (Renaud Camus: précision qui aussitôt laisse entrevoir toute l'acuité de la question pour celui qui la pose: nous ne sommes pas entièrement dans la théorie, la question prend corps, elle est incarnée quand on est écrivain et qu'on s'appelle Camus).

L’identité fait de notre existence, dans le meilleur des cas, un de ces romans plats et trompeurs, mensongers, menteurs, où les personnages, du début à la fin, ne semblent aspirer, comme les plus conventionnelles et les plus rigoureusement programmées des adolescentes invitées sur les plateaux de la télé-réalité ou bien tentant leur chance à la Star Academy, qu’à «être eux-mêmes», «elles-mêmes», sinistrement, et en général ils ne le sont que trop; et dont les phrases font leur honnête et pourtant illusoire travail de phrases, sans jamais ressentir ni exprimer un doute sur leur sens ni celui de l’histoire, sans jamais un retour sur elles-mêmes, sans jamais la moindre de ces failles, de ces ouvertures, de ces interruptions aux milieu de l’amour, de ces parenthèses, de ces notes en bas de page qui sitôt repérées s’élargissent en autant de gouffres, de précipices, d’abîmes et d’abymes où le sens, le récit, la cohérence psychologique et la vraisemblance choient à la manière de ces malheureux qui tombent du sommet d’un gratte-ciel et qui à chaque étage se rassurent en passant et constatent que «jusqu’à présent tout va bien».(AA, p.235)

Cette phrase lyrique se termine en boutade, mais la question du sens est posée: adhérer à son nom et à son origine, est-ce s'interdire le doute, la fantaisie, la folie, toute la beauté du monde qui réside dans son imprévisible?

Et que vaut une phrase, un texte, qui fait de même, qui ne dit rien d'autre que son sens facial, sans laisser d'ouverture à l'interprétation, aux rapprochements, à la contradiction, qui ne permet aucun "jeu", dans tous les sens du terme?

(Rappelons à ce point que Renaud Camus en tient pour le nom et l'origine — et cependant, que de doutes sur son propre nom et sa propre origine… Jusqu'où cette faille est-elle programmatique de son écriture et de ses choix, ou n'est-elle que le prétexte qui autorise l'auteur à jouer à sa guise sur tous les tableaux? Sans certitude sur son père, et donc sur son nom, il a choisi de conserver ce nom, qui est le sien ou pas, mais qui à coup sûr est celui d'un prix Nobel de littérature… Serait-ce la contrainte maximale qu'il serait possible d'imaginer, et son acceptation qui rendrait libre?)

Qui était, par exemple, le professeur Charlotte Bach, qui tint dans les milieux universitaires anglais des années 1970, grâce à sa théorie relative à «la ritualisation des activités de déplacement», la place d’une sorte de Lacan au petit pied (si l’on peut dire, car c’était, et pour cause, une femme gigantesque)? (AA, p.236)

Voir l'article de Francis Wheen.
Lacan/canal/Venise, etc.
Changements de noms, de sexe, de nationalité: qui est Charlotte Bach, véritablement, alors qu'il reste si peu de qui "il" est né. (On songe à Locke (déjà intervenu dans L'Amour l'Automne), De l'identité: l'identité d'une personne est son histoire, et plus précisément, sa mémoire, la conscience et le souvenir de son histoire).
ritualisation des activités de déplacement = passage

  • Bach, nom, sexe, identité, Lacan, passage

Quelle assurance autorise le poète à décrire la mort sous les espèces d’un peu profond ruisseau?(AA, p.236)

Tombeau de Verlaine de Stéphane Mallarmé.
La mort = passage. Mort peu effrayante dans son aspect de peu profond ruisseau, facile à franchir, dans un sens ou un autre.
Dans tout ce passage de L'Amour l'Automne, la mort n'est pas effrayante. Il faut l'accepter (la mort l'état et la mort l'acte de mourir) pour être libre.

  • Bach = ruisseau, mort

Et qui ne connaît les circonstances dont sont issues les Variations Goldberg?(AA, p.236)

Ces circonstances ont été expliquées pages 59 et 60 de L'Amour l'Automne:

C'est le tout-puissant comte Brühl, l'éminence grise d'Auguste III, qui aurait eu l'idée de faire commande à Bach d'une composition destinée à être interprétée par le jeune Goldberg, claveciniste prodige, afin d'apaiser, s'il se pouvait, les insomnies qui ravageaient le malheureux ambassadeur russe à la cour de Saxe : cet Aria avec trente variations constitue donc, au premier chef, une cure musicale nocturne.

  • Bach, variation, Goldberg = or, monnaie

Écrit en 1917, le poème symphonique November Woods résonne à la fois des longues promenades du compositeur dans les bois, près de la maison de son frère, et des difficultés que connaissait alors sa vie privée, déchirée qu’il était lui-même entre son épouse russe et sa maîtresse : dès le début de l’année suivante, il aurait quitté la première pour la deuxième (qu’il ne tarderait pas à tromper avec une troisième, comme le lecteur le sait déjà, et ainsi de suite). (AA, p.236)

Arnold Bax. Musicien anglais ressentant une grande affinité pour l'Irlande.

Cette série de questions ("Qui était le professeur Bach? quelle assurance autorise le poète? Et qui ne connaît les circonstances?) m'évoque irrésistiblement une autre série de questions souvent citées par Renaud Camus, et qui constitue l'exergue du "Double assassinat de la rue Morgue":

Quelle chanson chantaient les sirènes ? quel nom Achille avait-il pris, quand il se cachait parmi les femmes ? — Questions embarrassantes, il est vrai, mais qui ne sont pas situées au delà de toute conjecture.
Sir Thomas Browne, en exergue du Double assassinat de la rue Morgue de Poe.


Nous remontons vers la surface, note14.


*************** Cela d’autant plus, bien entendu, que ces États, et tout particulièrement dans l’hypothèse où ils coïncideraient (ou prétendraient coïncider) avec une supposée “nation”, avec un peuple, une “ethnie”, une “race****************, semblent bien, et nous serions les derniers à le déplorer, avoir fait leur temps. Ils sont un cadre d’évidence inadéquat à l’économie, à la pensée bien entendu, à la gestion des ressources de la terre ou de la qualité de l’air ; mais d’abord à l’homme, tout simplement, à la femme, à la vie, à l’être, à la personne. Comment imaginer en effet qu’à l’heure où chacun de nous vibre de phrases, de mots, d’images, d’idées et d’associations d’idées qui proviennent des coins les plus divers de la planète, de ses langues et de ses cultures, de ses bibliothèques et de ses écrans, de ses chansons et de ses serments d’amour, comment imaginer qu’on puisse consentir à voir son identité réduite aux quelques indications qui sont portées sur un passeport, quand bien même il s’agirait d’un passeport “européen” ?

Il faut accepter sa nationalité comme un vieux sage accepte les honneurs : pour la seule raison que les refuser serait faire un éclat complètement inutile, et leur accorder beaucoup plus d’importance qu’il ne convient de leur en concéder. Il serait absolument vain de perdre une heure ou deux, ou deux jours, ou deux ans, à dénoncer son appartenance à tel ou tel État. Au fond de soi l’on sait bien que cette appartenance n’est rien. Cette assurance doit suffire. Quel contemporain, surtout s’il est un voyageur, et ne le sommes-nous pas tous (et le serions d’autant plus que nous ne quitterions jamais notre bibliothèque), saurait se résigner à “appartenir” à autre chose que lui-même, à son pas qui résonne dans une ville inconnue, à la fenêtre qu’il ouvre aussitôt pour s’y pencher en entrant dans la chambre d’hôtel anonyme, à cette brume amicale et blonde où il s’apprête à s’enfoncer avec volupté, à peine débarqué dans une île ?

Tout juste veillera-t-il avec le plus grand soin à n’être pas rendu ou maintenu captif, par la facilité, par l’intérêt, par la prudence ou par la peur, de ce dont il a su s’affranchir par l’esprit, par le cœur et par le désir. Les États d’aujourd’hui ne comptent ni sur leur force, d’ailleurs bien déclinante, heureusement, ni sur l’amour pour eux de leurs ressortissants, pour maintenir ceux-ci dans un semblant de dépendance à leur égard (et le semblant est tout ce qui leur importe, comme à toutes les autorités épuisées). Leur pouvoir n’est pas là, et ils le savent bien : il est dans les misérables petites sécurités qu’ils prodiguent encore, qu’elles soient sociale, financière ou sanitaire. Un homme n’est jamais libre s’il n’a pris son parti de mourir comme un chien sur les bords d’un lac de montagne bien après la fin de la saison ; sur les pavés luisants, la nuit, près des flaques noires et entre les rails de tramways abandonnés de boulevards ou de quais des confins, dans une ville portuaire au nom imprononçable ; à Patras, à Madras, à Bakou, dans le lit d’un hôtel inconnu, parmi des étrangers qui ne comprennent pas sa langue, et qui sans aucune méchanceté voudraient surtout que tout cela ne fasse pas trop de bruit, n’attire pas trop d’attention et ne prenne pas trop de temps. Nous craignons l’âge, le cancer, l’immobilité, la folie, l’anonymat, le froid, l’oubli, la misère, la mort solitaire ; et c’est en jouant sur ces craintes-là que nos patries nous tiennent encore, par leurs allocations et leurs retraites, si bien nommées, par nos cotisations et nos affiliations.

Une sécurité sociale universelle, qui ne tiendrait aucun compte de la nationalité, serait un immense progrès, bien sûr : le protecteur serait plus loin, plus vague, plus flou ; il aurait à peine de visage et de nom. Mais c’est à l’idée même de la sécurité que les plus hardis d’entre nous savent bien qu’ils doivent renoncer. Ceux-là n’habitent que leur nom. Et quelques-uns ne sont pas loin de se demander, même, si ces papiers d’identité qui sont tout ce qu’ils ont gardé, pour des raisons de pure commodité, de leurs affiliations nationales respectives, ne sont pas une contrainte encore trop forte, dont il faudrait trouver quelque moyen de s’affranchir.

Est-ce que le nom, en effet, ce n’est pas la filiation, l’origine, les racines, tout ce qui situe et localise, autant dire qui limite, précise et diminue ? Et cette identité dont un document officiel, carte ou passeport, se permet d’attester qu’elle est la nôtre — et, ce faisant, il nous l’impose —, n’est-elle pas d’abord identité à nous-même, et des choses aux choses, des heures avec les heures, de notre vie elle-même, dans sa quotidienneté ordinaire (ces petits événements séparés que nous vivons un à un sans jamais parvenir à en faire un tout, une boucle, un élan, quelque chose qui nous saisit et nous emporte au risque de nous briser) avec un simple agenda, une liste des courses à faire, des gens à voir, des engagements à tenir, des lettres auxquelles il faut répondre, des formulaires qu’il convient de remplir, toutes choses incompatibles non seulement avec un destin, sans doute, mais avec un mode honorable, inventif, dynamique, vraiment indépendant et libre, intrépide et joyeux, d’habiter la terre et de tenir tête au sort ?

L’identité fait de notre existence, dans le meilleur des cas, un de ces romans plats et trompeurs, mensongers, menteurs, où les personnages, du début à la fin, ne semblent aspirer, comme les plus conventionnelles et les plus rigoureusement programmées des adolescentes invitées sur les plateaux de la télé-réalité ou bien tentant leur chance à la Star Academy, qu’à «être eux-mêmes», «elles-mêmes», sinistrement, et en général ils ne le sont que trop; et dont les phrases font leur honnête et pourtant illusoire travail de phrases, sans jamais ressentir ni exprimer un doute sur leur sens ni celui de l’histoire, sans jamais un retour sur elles-mêmes, sans jamais la moindre de ces failles, de ces ouvertures, de ces interruptions aux milieu de l’amour, de ces parenthèses, de ces notes en bas de page qui sitôt repérées s’élargissent en autant de gouffres, de précipices, d’abîmes et d’abymes où le sens, le récit, la cohérence psychologique et la vraisemblance choient à la manière de ces malheureux qui tombent du sommet d’un gratte-ciel et qui à chaque étage se rassurent en passant et constatent que «jusqu’à présent tout va bien».

Qui était, par exemple, le professeur Charlotte Bach, qui tint dans les milieux universitaires anglais des années 1970, grâce à sa théorie relative à «la ritualisation des activités de déplacement», la place d’une sorte de Lacan au petit pied (si l’on peut dire, car c’était, et pour cause, une femme gigantesque)? Quelle assurance autorise la poète à décrire la mort sous les espèces d’un peu profond ruisseau? Et qui ne connaît les circonstances dont sont issues les Variations Goldberg? Écrit en 1917, le poème symphonique November Woods résonne à la fois des longues promenades du compositeur dans les bois, près de la maison de son frère, et des difficultés que connaissait alors sa vie privée, déchirée qu’il était lui-même entre son épouse russe et sa maîtresse : dès le début de l’année suivante, il aurait quitté la première pour la deuxième (qu’il ne tarderait pas à tromper avec une troisième, comme le lecteur le sait déjà, et ainsi de suite).

Notes

[1] Voir «Cependant on ne se débarrasse pas si facilement d’un homme qui a mûri quarante ans son projet.», Rannoch Moor p.434, et L'Amour l'Automne'' p.178.

Identification des citations de la fille

Si clair leur incarnat léger / Qu’il voltige dans l’air, assoupi de sommeils touffus.
Renaud Camus, Théâtre ce soir, p.35
Stéphane Mallarmé, Après-midi d'un faune, "Eglogue" (mis en musique par Claude Debussy).
Chez Mallarmé, les vers se présentent ainsi :
Si clair,
Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
Assoupi de sommeils touffus.
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Ô Corse aux cheveux plats, que ta France était belle / Au grand soleil de Messidor!
Ibid, p.35
Auguste Barbier, L'Idole

La ponctuation et les majuscules ont été modifiées :
Ô Corse à cheveux plats ! que ta France était belle
Au grand soleil de messidor !
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.247

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Toutes les passions s'éloignent avec l'âge, / L'une emportant son masque et l'autre son couteau. / Comme un essaim chantant d'histrions en voyage / Dont le groupe décroît derrière le coteau…
Ibid, p.36
Victor Hugo, Tristesse d'Olympio, mis en musique par Victor Massé (1822-1884)
Un point a remplacé une virgule.
Toutes les passions s'éloignent avec l'âge,
L'une emportant son masque et l'autre son couteau,
Comme un essaim chantant d'histrions en voyage
Dont le groupe décroît derrière le coteau.
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Toujours il y eut cette rumeur, toujours il y eut cette langueur…
Ibid, p.37
Saint-John Perse, Amers

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Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles / Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs
Ibid, p.38
Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre

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Le temps léger s'enfuit sans m'en apercevoir
Ibid, p.38
Philippe Desportes, Les amours de Cléonice
Déjà présent dans Été, p.44

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Eurotas, Eurotas, que font ces lauriers-roses / Sur ton rivage en deuil par la mort habité ?
Ibid, p.39
Casimir Delavigne, Aux ruines de la Grèce païenne

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La vie est plus vaine une image / que l' ombre sur le mur./ Pourtant l'hiéroglyphe obscur / qu' y trace ton passage…
Ibid, p.40
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 70

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Et le bleu Titarèse, et le golfe d’argent / Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire, / la blanche Oloossone à la blanche Camyre.
Ibid, p.41
Alfred de Musset, La nuit de Mai

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Que Paris était beau à la fin de septembre !
Ibid, p.42
Guillaume Apollinaire, Alcools, "Vendémiaire"

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comment disais je il y a des yeux par lesquels je n'ai pas vu des foules sans moi se sont jetées sur des pierres des vérités sans moi ont trouvé le bout de leur chaîne
Ibid, p.43
Jacques Roubaud, Signe d'appartenance

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Tranquilles, cependant, Charlemagne et ses preux / Descendaient de la montagne et parlaient entre eux.
Ibid, p.43
Alfred de Vigny, Nuit pyrénéenne, "Cor III"
variante: «Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.»

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Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine…
Ibid, p.44
André Chénier, La jeune Tarentine

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Tout puissants dans nos grands gouvernements militaires, avec nos filles parfumées qui se vêtaient d'un souffle, ces tissus, nous établîmes en haut lieu ces pièges à bonheur.
Ibid, p.44
Saint-John Perse, Anabase, chant IV

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Les chevaux de la Mort commencent à hennir. Ils sont joyeux, car l'âge éclatant va finir.
Ibid, p.45
Victor Hugo, Toute la lyre, "A Théophile Gautier"

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Que de grâces, Bon Dieu! Tout rit dans Luxembourg !
Ibid, p.46
Jean de La Fontaine, Sonnet II

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La joie venait toujours après la peine.
Ibid, p.47
Guillaume Apollinaire, Alcools, "Le pont Mirabeau"

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Ne pourrons-nous jamais, sur l'océan des âges, / Jeter l'ancre un seul jour?
Ibid, p.47
Lamartine, Le Lac

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Ô fraîcheur, ô fraîcheur retrouvée parmi les sources du langage!…
Ibid, p.48
Saint-John Perse, Vents

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La douleur de ta fille au tombeau descendue, / Par un commun trépas / Est-ce là quelque dédales, où ta raison perdue ne se retrouve pas?
Ibid, p.49
François de Malherbe, Consolation à M. du Perrier

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Amants, heureux amants, voulez-vous voyager? Que ce soit aux rives prochaines.
Ibid, p.50
Jean de La Fontaine, Fables, livre IX, fable 2, "Les deux pigeons"

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Au lieu que toi, sublime enceinte, / Tu es couleur du temps :/ Neige en Mars ; roses du printemps… / Août, sombre hyacinthe.
Ibid, p.51
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 33

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Je verrai les chemins encor tout parfumés / Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés ?
Ibid, p.52
Jean Racine, Iphigénie, Acte IV, scène 4

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Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, / Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Ibid, p.53
Jean Racine, Bérénice, Acte IV scène 5

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L'Aufide a débordé, trop plein / de morts et d'armes. La foudre au Capitolin / tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne. / En vain le grand pontife a fait un lectisterne / et consulté deux fois l'oracle sibyllin…
Ibid, p.54
José Maria de Hérédia, Les trophées, "Rome et les Barbares"; Après Cannes

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On jase dans tout le district / De nos mains désunies. / Songe à mon coeur fidèle et strict, / A sa peine infinie.
Ibid, p.56
René Chalupt, L'infidèle

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Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes / Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir.
Ibid, p.57
Marcelline Desbordes-Valmore, Les roses de Sâadi

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Ah Dieu! que la guerre est jolie / Avec ses chants, ses longs loisirs…
Ibid, p.57
Guillaume Apollinaire, L'adieu au cavalier

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Donne-lui tout de même à boire, dit mon père…
Ibid, p.58
Victor Hugo, La Légende des siècles, XLIX

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C'est pourtant vrai qu'elle lui dit: «Paul, je vous aime!» / À bord de la «La Ville de Permambuco».
Ibid, p.59
Henry Jean-Marie Levet, Cartes postales, "Afrique occidentale"

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Laissez-nous savourer les rapides délices / Des plus beaux de nos jours…
Ibid, p.60
Lamartine, Le Lac

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Mille chemins ouverts y conduisent toujours…
Ibid, p.61
Jean Racine, Phèdre, acte I, scène III,

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C'est la verte douceur des soirs sur la Dordogne, / Écoutez, les Gascons: c'est toute la Gascogne!
Ibid, p.62
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte IV, scène III

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Ombre, que l'ombre efface…
Ibid, p.63
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 12

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«Ce que vous avez là dans votre assiette ne figure pas sur la carte.»
Ibid, p.64
Henri Michaux, Un certain Plume, "Plume au restaurant"

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Divague ma Folie, enfante pour ma joie / Un consolant enfer peuplé de beaux soldats, / Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas / Tire d’étranges fleurs dont l’odeur me foudroie.
Ibid, p.65
Jean Genet, Le Condamné à mort

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Rien n'est jamais acquis à l'homme.
Ibid, p.66
Louis Aragon, La Diane française

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Et plus tard un ange, entrouvrant les portes, / Viendra ranimer, fidèle et joyeux, / Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Ibid, p.66
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, "La mort des amants"
Ce poème fut souvent mis en musique, et notamment par Gustave Charpentier, Debussy, Luis de Freitas Branco.

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Que sont mes amis devenus / Que j'avais de si près tenus / Et tant aimés ?
Ibid, p.67
Rutebeuf, Que sont mes amis devenus

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Nous avançâmes au milieu de ce qui porte un nom / et que nous avions appris à nommer.
Ibid, p.68

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Au moment de plonger dans les vagues du songe / Tu sembles hésiter.
Ibid, p.69
Jean Cocteau, Plain-Chant

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Très haut amour, s'il se peut que je meure / Sans avoir su d'où je vous possédais, / En quel soleil était votre demeure / En quel passé votre temps, en quelle heure / Je vous aimais...
Ibid, p.70
Catherine Pozzi, "Ave"

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La Treizième revient… C’est encore la première.
Ibid, p.71
Gérard de Nerval, Chimères, "Artémis".

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Sur un fangeux hiver, Douve, j'étendrai, / Ta face lumineuse et basse de forêt…
Ibid, p.72
Yves Bonnefoy, Du mouvement et de l'immobilité de Douve, "Le seul témoin, VI"
Coquille ou variation? La version gallimard poésie page 72 donne "j'étendais"

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C'était l'heure divine où, sous le ciel gamin / Le geai gélatineux geignait dans le jasmin.
Ibid, p.73
René de Obaldia, Innocentines, "Le plus beau vers de la langue française"

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Connaissez-vous Henri Suso ? / Ruysbrock surnommé l’Admirable ? / et Joseph de Cupertino / qui volait comme un dirigeable ?
Ibid, p.74
Max Jacob, Derniers poèmes, "Connaissez-vous Maître Eckart?"
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.356

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Et d'abord, je t'ai reconnue, Thalie!
Ibid, p.75
Paul Claudel, Première ode, "Les Muses"

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Ô combien de marins, combien de capitaines / Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines…
Ibid, p.76
Victor Hugo, Oceano Nox

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Et la garde qui veille aux barrières du Louvre / N’en défend point nos rois…
Ibid, p.76
François de Malherbe, Consolation à M. du Perrier

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Que ton éternité nous frappe et nous accable, / Dieu des temps, quand on cherche un peuple dans du sable!
Ibid, p.77
Alphonse de Lamartine, La Chute d'un ange

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Aux accords d'Amphion les pierres se mouvaient, / Et sur les monts thébains en ordre s'élevaient.
Ibid, p.78
Boileau, Art poétique, chant IV

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Le soir, comme d’un cerf la fuite vers la source / Ne cesse qu’il ne tombe au milieu des roseaux, / Ma soif me vient abattre au bord même des eaux.
Ibid, p.79
Paul Valéry, Charmes, "Fragments du Narcisse"

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Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.
Ibid, p.81
Félix Arvers, Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.

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Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs…
Ibid, p.82
Louis Aragon, Roman inachevé

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Je ne me sentis plus guidé par les haleurs.
Ibid, p.83
Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre

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Et plus que l'air marin la douceur angevine.
Ibid, p.84
Joachim du Bellay, Heureux qui comme Ulysse

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Et moi je lui tendais les bras pour l'embrasser…
Ibid, p.86
Jean Racine, Athalie, acte II, scène 5
variante: «Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.»

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Au bord tristement doux des eaux je me retire.
Ibid, p.87
Jacques Davy du Perron, Au bord tristement doux des eaux je me retire.
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.43

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Mon enfant, ma soeur, / Songe à la douceur / D'aller là-bas vivre ensemble!
Ibid, p.88
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, "L'invitation au voyage"

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Toi que l’on dit qui bois de cette eau presque absente, / Souviens toi qu’elle nous échappe et parle-nous…
Ibid, p.90
Yves Bonnefoy, Pierre écrite, "Une voix", p.248 edition Gallimard poésie

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Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes ? / Tant de grands bâtiments en masures changés ? / Et de tant de chardons les campagnes couvertes, / Que par ces enragés ?

Ibid, p.91
François de Malherbe, Fragments d'une ode à M. le cardinal de Richelieu

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Lorsque je serai mort depuis plusieurs années, / Et que dans le brouillard les cabs se heurteront, / Comme aujourd’hui (les choses n’étant pas changées)…
Ibid, p.92
A.O. Barnabooth, "Vœux du poète"
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