Billets qui ont 'Sainte-Beuve' comme auteur.

Quelques commentaires et début de bibliographie (Loti, Vigny)

"Demeures de l'esprit" : lieu (chambre, maison, château) ayant été habité quelques semaines ou quelques années par un artiste ou un savant.

On remarquera le soin apporté, comme toujours, à la dédicace et à l'exergue :
«au Centaure» [Que Centaure ne soit pas en italique laisse penser qu'il s'agit d'une dédicace au livre. (un livre dédicacé à un livre?)] Cf. p.206
Demeurons, chère Œnone. Racine, Phèdre, I, 3.

Le critère retenu est «que ces demeures soient ouvertes au public». Critère inattendu comme on le voit, totalement étranger à la postérité de l'artiste ou savant considéré, mais critère intéressant, en ce qu'il élimine des personnages attendus (Barthes, Fauré, Toulet) et fait apparaître des inconnus (de moi): Charles-Louis Philippe, les Guérin ou François Fabié. Découvertes, donc.
Seconde conséquence, la capacité des demeures à rendre compte d'une vie vécue est très variable: de certaines il ne reste rien, quelques murs et encore (mais cela n'empêche pas la rêverie, au contraire), d'autres sont vitrifiées dans des attitudes de musées, d'autres sont idéales, on aimerait y vivre pour toujours. Renaud Camus en déteste spontanément quelques-unes, en chérit d'autres, parfois la demeure extraordinaire "sauve" un écrivain sur lequel il n'avait pas d'opinion bien arrêtée, d'autre fois la demeure trop violemment exhibée (lui) ôte tout désir d'en savoir plus.

C'est une littérature malicieuse, un peu triste parfois, profondément subjective, avec ses bizarreries logiques qui en font la saveur. Ainsi l'avertissement en fin de volume nous prévient-il : Si les appréciations ci-dessous réunies sont largement subjectives, les renseignements fournis le sont, eux, à titre purement indicatif [...] (p.385). Et tant pis pour ceux qui auraient espéré qu'à la subjectivité des appréciations correspondent une objectivité des renseignements.
C'est une littérature des souvenirs d'enfance, des amours littéraires, du potin et de l'anecdote (Toulouse-Lautrec en fantôme?), de la curiosité sexuelle (le travesti Loti, la folle hétéro Rostand,...), une littérature de voyage, aussi, et d'érudition.

Un instant j'ai craint l' hétéro bashing en voyant les commentaires sur les épouses de Loti, Montesquieu ou Rostand, sans compter la surprise de RC à constater que le père de Mauriac ait pu écrire des lettres érotiques à sa femme (ah, mais c'est qu'ils m'agacent à la fin, ces homos, à penser qu'ils sont les seuls à aimer faire l'amour!), mais finalement non, les remarques n'ont rien eu de systématique); un autre instant j'ai craint un livre à thèse démontrant le génie par la classe sociale (les familles Mauriac, Vigny, Montaigne,...), mais il ne s'agissait que du début du livre : non décidément, ce n'était que mes mauvaises pensées et mes craintes, non, rien de prévisible dans le choix de ces maisons "de l'esprit", le critère «ouvertes au public» était une bonne idée dans sa dimension impartiale et imprévisible.

L'intérêt de ce guide est d'éveiller la curiosité, d'ouvrir le goût, d'éveiller le désir. Il donne envie de visiter ce que l'auteur aime pour l'aimer aussi; et ce qu'il n'aime pas, pour vérifier si par hasard il n'exagèrerait pas (mais l'expérience prouve, hélas, que le plus souvent...)

Et ce livre donne envie de lire — ce sera d'ailleurs son grand défaut: ne pas contenir de bibliographie. J'avoue mon ébahissement: en 2006 cet ouvrage n'était pas prévu, il paraît en 2009, deuxième de la série: quand Renaud Camus a-t-il eu le temps de lire tout ce qu'il paraît avoir lu? A-t-il lu réellement, s'est-il contenté de feuilleter, avec la main heureuse qui caractérise les grands lecteurs? Les citations sont-elles tirées des ouvragres originels, où sont-elles reprises dans des catalogues, guides, biographies, les citant? Etc, etc.

A mon habitude et selon ma marotte, je fournis listes et citations : une tentative de reconstitution de bibliographie (sachant que si certains titres ne sont sans doute cités par Renaud Camus que pour mémoire, d'autres, en revanche, font partie de la documentation de fond : en saura-t-on davantage avec les journaux 2007 et 2008? En réalité j'en doute fort) et les citations qui me plaisent ou qui renvoient à d'autres citations ou tics camusiens (les deux non incompatibles as you know).



Pierre Loti

- Barthes, Aziyadé (préface reprise dans Le Degré zéro de l'écriture en Points Seuil)
- Pierre Loti, Mon frère Yves
- Alain Quella-Villéger, Pierre Loti , Pèlerin de la planète, éditions Auberon
- Alain Vercier, introducteur, préfacier, exégète,... (je condense les mots de Camus, p.20)
- Pierre Loti, Journal intime 1868-1878, Tome I, éd. Alain Quella-Villéger, Bruno Vercier, Les Indes Savantes, Paris, 2006
- Pierre Loti, Journal intime 1879-1886, Tome II, éd. Alain Quella-Villéger, Bruno Vercier, les Indes Savantes, Paris, 2008

«Elisons-le aujourd'hui, dit pourtant Dumas fils aventureux, nous verrons bien.» Dans une autre version de la même anecdote, c'est Renan lui-même qui prononce ces paroles héroïques: la phrase et tant de résolution expérimentale sont plus drôles dans sa bouche à lui, si l'on a en tête la pachydermique obésité de son grand âge.
Renaud Camus, Demeures de l'Esprit, France Sud-Ouest, p.22

On notera cette remarque à propos du journal intime (me frappe que tous les écrivains semblent tenir journal et agenda: matière indispensable, ou obsession de la fuite du temps?), remarque qui intervient alors que Renaud Camus constate que le journal de Loti en cours de publication semble prouver que Loti est "pur" hétérosexuel, ce dont son amour du travestisme avait pu faire douter:

Or ce journal est vraiment intime, il n'était pas, "officiellement", destiné à l'édition. Ce serait pousser bien loin la dissimulation que de se mentir à soi-même. Il est vrai que ce n'est pas tout à fait sans exemple.
Ibid, p.23

Alfred de Vigny

- Alfred de Vigny, Les Destinées, Cinq-Mars, Mémoires inédits [1], Servitude et Grandeur militaires
- Vigny dans La Pléiade
- Victor Hugo, Choses vues
- Sainte-Beuve, Pensées d'août
- Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines [2]
- François Mauriac, le Mystère Frontenac

Deux passages m'ont paru évoquer autant Camus que Vigny :

Je n'évoque pas ici un trait psychologique, qui relèverait peu ou prou de la mythomanie nobiliaire; plutôt un trait de caste, d'une classe ou d'une sous classe en général désargentée et sans pouvoir, sans même un nom nous l'avons vu, et qui, si elle met de la fiction dans tout ce qui l'entoure [3] et la constitue (d'où, peut-être ses vertus littéraires, longtemps très agissantes...), c'est moins par vanité que par besoin romanesque de rêverie, plus proche de Don Quichotte que du Bourgeois Gentilhomme.
Ibid., p.30

Même quand il fut candidat à la députation, deux fois, en 48 à la Constituante et l'année suivante à la Législative, il n'envisagea pas un instant de sortir de chez lui pour faire campagne, jugeant que son nom et son consentement à être élu devaient être bien suffisants. Ibid., p.34

Comment ne pas penser ici à la "candidature" de Renaud Camus à l'élection présidentielle de 2007, candidature bizarre, parodique, à la limite du canular (mais cela ne sied pas au personnage), se caractérisant par "rien", rien d'autre qu'une annonce internet, «Je suis candidat»?
C'est pourquoi, si l'analogie Vigny/Camus est autre chose qu'un hasard, je méditerais sur l'élection à l'Académie de Vigny: «Ainsi, pour ce déçu de l'existence qu'était Vigny, [...] même la consécration académique, si difficilement arrachée, se présentait comme une insulte et une humiliation.» p.27

Enfin, relevons cette phrase de Camus et rassurons-le: «Il est à craindre pour notre poésie romantique, hélas, que les universitaires des Rocheuses ou du bush s'occupent plus du roman contemporain burkinabé que de Cinq-Mars ou des Destinées.» (p.26)
L'un des intérêts de devenir de plus en plus nombreux (il faut bien y trouver quelques avantages), c'est que presque tous les sujets trouvent preneur, et Renaud Camus a lui-même pu constater qu'Emile Guillaumin avait su intéresser un jeune historien sud-coréen (p.267 des Demeures, 262 de Corée l'absente): tout espoir n'est pas perdu pour Vigny.

Notes

[1] Est-il réellement possible, par exemple, que Renaud Camus ait lu tous les Mémoires inédits? En a-t-il eu ou pris le temps? N'a-t-il pas plutôt trouvé cette référence dans une plaquette ou un guide? Et pourtant, tant de détails donnés sur tant d'écrivains prouvent une documentation sérieuse: quelle méthode de travail RC a-t-il employée?

[2] simplement cité à titre d'exemple? Quest-ce que cela vient faire ici?

[3] Comment ne pas penser à l'incipit d' Echange: «Il y eut d'abord le parc. Et ainsi la littérature, car nous ne parlions jamais, entre nous, que du jardin.»?

31 mars 2009 : histoire des histoires de vie(s)

Encore en retard. Pas grave, je copierai sur sejan le moment venu :-)

Claude Lanzmann rappelait à Compagnon la semaine dernière que John Dillinger, le célèbre gangster, avait été abattu en 1934 devant le cinéma The Biograph theater, qui était connu alors pour avoir l'air conditionné.

Effectivement, il est toujours de remonté plus loin: le mot biographe apparaît à la Renaissance, mais c'est une exception.
Un ouvrage anonyme paru en 1583 s'intitule La biographie et prosopographie des rois de France jusqu'à Henri III, ou leurs vies brièvement décrites et narrées en vers, avec les portraits et figures d'iceux.
Ce livre a donné lieu à une querelle d'attribution. Les premiers grands bibliographes français, le père Jacques Le Long et Jacques Charles Brunet, au XVIIIe siècle, l'attribuent à Antoine du Verdier, lui-même bibliographe, mais qui ne cite pas ce livre parmi les siens. On voit ici se dessiner la connivence entre biographie et bibliographie qui sont deux sciences auxiliaires de l'histoire à l'âge classique (et nous avons vu que le texte fondateur de l'histoire de l'art est les Vies de Vasari).

Le terme bibliographe apparaît en 1752 dans le dictionnaire de Trévoux: «personne versée dans la connaissance des livres», soit un équivalent d'un documentaliste, d'un spécialiste des catalogues ou une sorte d'antiquaire.
Au XIXe siècle, le plus célèbre sera Querard, qui publie entre 1826 et 1842 un Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France en quatorze volumes. Il y ajoute une série d'ouvrages qui traitent des cas particuliers: Les supercheries littéraires dévoilées en cinq volumes, un Dictionnaire des ouvrages-polyonymes et anonymes et un sur les auteurs écrivant sous pseudonyme.

Prosopographies
La biographie et prosopographie des rois de France jusqu' a Henri III est aujourd'hui attribuée au libraire qui l'a publié.
La prosopographie est une description des qualités physiques du personnage et de la personne. Ce livre a été attribué à du Verdier car — on ne prête qu'aux riches — du Verdier a publié en 1573 à Lyon une Prosopographie ou description des personnes insignes, enrichie de plusieurs effigies, & réduite en quatre livres.

La prosopographie est une pratique plus ancienne que l'écriture de Vies.
Aujourd'hui, le mot recouvre des biographies collectives. Cette dérive est due aux philologues de la science allemande. C'est l'étude des biographies d'un groupe ou d'une catégorie sociale.
Le modèle de ces prosopographies modernes est la Prosopographia Imperii Romani publiée à la fin du XIXe siècle par des savants allemands.
C'est un mot à la mode, on publie de plus en plus de dictionnaires, d'annuaires, de ce genre, par exemple au sujet de la IIIe République. Christophe Charle a publié un dictionnaire des professeurs du Collège de France, des recteurs d'universités, etc. On a vu paraître une République des avocats, sur le modèle de La République des professeurs de Thibaudet. Cela s'est considérablement développé depuis vingt ans.

Cela nous renvoie à Sainte-Beuve qui appelle sa critique des "portraits". Sainte-Beuve aime aussi les portraits de groupe : Chateaubriand et son groupe littéraire, Port Royal, sont des portraits de groupe.
En un mot, on se conduira avec Port-Royal comme avec un personnage unique dont on écrirait la biographie : tant qu'il n'est pas formé encore, et que chaque jour lui apporte quelque chose d'essentiel, on ne le quitte guère, on le suit pas à pas dans la succession décisive des événements; dès qu'il est homme, on agit plus librement avec lui, et dans ce jeu où il est avec les choses, on se permet parfois de les aller considérer en elles-mêmes, pour le retrouver ensuite et le revenir mesurer.
Sainte-Beuve, Port Royal, chapitre I
On voit donc que les années de formation et les années de maturité ne sont pas traitées de la même manière, et qu'il y a une attention au groupe et au contexte.

Quelles sont les différences entre les Vies anciennes et classiques et les biographies modernes?
1e différence Les Vies sont un genre noble et élevé, une gesta , tandis que la biographie est sécularisée. Quand on lui donne le nom de "vie", c'est pour la styliser. C'est le cas d'André Maurois, par exemple, qui publie en 1923 Ariel ou la vie de Shelley ou en 1927 La vie de Disraëli. Ce n'est pas "vie", mais "la vie", qui renvoie à une existence réelle.

2e différence La vie est une unité de mesure, comme pour Œdipe. L'intérêt porte sur la fin de la vie. Comme le dit Montaigne, on ne peut rien dire d'une vie avant de savoir comment elle s'est terminée; tandis que la biographie porte plutot sur la formation.
Bien sûr, nous sommes toujours à la fois modernes et anciens. Dans une biographie, nous allons assez vite au dernier chapitre, nous avons l'instinct de saisir la vie par la mort.

Xénophon a écrit une histoire qui s'appuie sur des récits de vie, des portraits: la Cyropédie, vie de Cyrus, etc.

Mais ce sont surtout quatre auteur qui ont fondé ce genre, avant tout romain:
  • Cornelius Nepos et son Histoire des grands hommes, De viris illustribus
  • Suétone et Les vies des douze Césars
    Il s'agit de l'histoire de l'Empire à travers les douze césars. Il s'agit davantage de portraits que de récits, composés selon un plan rhétorique et non chronologique. La naissance et la carrière, origine familiale, présages annonciateurs de son avènement, magistratures exercées, campagnes militaires, œuvre législative et judiciaire, mort et présages annonciateurs de sa mort, etc)
  • Plutarque et Les vies parallèles .
    Il s'agit de cinquante biographies présentées par paires, un Grec/un Romain.
  • Diogène Laërce et Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres
    Là aussi chaque personnage est présenté selon le même plan: vie, anecdotes, doctrine, liste des œuvres plus une morale en forme d'épigramme.
Ces quatre auteurs serviront de référence à Montaigne.
Il s'agit de vies exemplaires. L'exemplarité est recherchée davantage que l'exactitude. La vie des Césars, par exemple, est destinée davantage à la réflexion sur les vies qu'à la description des vertus.

Puis survient l'inflexion médiévale vers la piété. Il va s'agir avant tout de raconter la vie des saints. L'œuvre la plus connue est La légende dorée , qui suit le calendrier liturgique. Elle raconte pour chaque saint leur vie, leurs miracles et leur martyre. Ce livre était destiné à être utilisé dans les sermons. L'idée était les exemples sont plus efficaces que les règles, plus efficaces que la morale. le but était d'inciter à l'imitation, d'où peut-être la méfiance des modernes.

A la renaissance, on lit à nouveau Plutarque et Suétone. Parce que les récits sont fragmentaires, il est possible de les lire pour autre chose que leur exemplarité.
Montaigne les lira pour autre chose. Il cherchera les faits réels, les contradictions, les idiosynchrasies. Par exemple, il relève qu'Alexandre est cruel et clément, que Plutarque est doux et colérique. Il note que l'odeur de la sueur d'Alexandre est suave: voilà ce que Montaigne retient de Plutarque.
C'était une afféterie consente de sa beauté, qui faisait un peu pencher la tête d'Alexandre sur un côté, et qui rendait le parler d'Alcibiades mol et gras : Jules César se grattait la tête d'un doigt, qui est la contenance d'un homme rempli de pensées pénibles : et Cicéron, ce me semble, avoit accoutumé de rincer le nez, qui signifie un naturel moqueur. Tels mouvemens peuvent arriver imperceptiblement en nous.
Montaigne, Essais, De la prétention, Livre II, chapitre XVII
Tous ces détails sont dans Plutarque. (La coquetterie d'Alexandre deviendra la sprezzaturra des courtisans.)
Alexandre apparaît dès le premier chapitre des Essais. Le chapitre 36 des Essais intitulé "Des plus excellents hommes" prouve une grande attention aux Vies de Plutarque.
Les historiens sont ma droitte bale : car ils sont plaisants et aisés: et quant et quant l'homme en général, de qui je cherche la connaissance, y paraît plus vif et plus entier qu'en nul autre lieu: la variété et vérité de ses conditions internes, en gros et en détail, la diversité des moyens de son assemblage, et des accidents qui le menacent. Or ceux qui écrivent les vies, d'autant qu'ils s'amusent plus aux conseils qu'aux événements : plus à ce qui part du dedans, qu'à ce qui arrive au dehors: ceux là me sont plus propres. Voilà pourquoi en toutes sortes, c'est mon homme que Plutarque. Je suis bien marri que nous n'ayons une douzaine de Laërce, ou qu'il ne soit plus étendu, ou plus entendu: car je suis pareillement curieux de connaître les fortunes et la vie de ces grands précepteurs du monde, comme de connaître la diversité de leurs dogmes et fantaisies.
Ibid, livre II, chapitre X
Ce qui intéresse Montaigne, ce sont les délibérations. De même dans le chapitre De l'éducation des enfants:
En cette pratique des hommes, j'entends y comprendre, et principalement, ceux qui ne vivent qu'en la mémoire des livres. Il pratiquera par le moyen des histoires, ces grandes âmes des meilleurs siècles. C'est une vaine étude qui veut : mais qui veut aussi c'est un étude de fruit estimable : et la seule étude, comme dit Platon, que les Lacédemoniens eussent réservé à leur part. Quel profit ne fera-il en cette part là, à la lecture des vies de notre Plutarque? Mais que mon guide se souvienne où vise sa charge ; et qu'il n'imprime pas tant à son disciple, la date de la ruine de Carthage, que les moeurs de Hannibal et de Scipion.
Conclusion
Au XVIIe siècle, la vie des écrivains devient la nouvelles hagiographie. Il se développe le genre des Anas. Elles privilégies l'anecdote et la concaténation, comme l'Huetiana.

Ce sont des recueils d'éloges académiques, de propos de table, etc. Le modèle, c'est Montaigne. La biographie intervient au moment de la laïcisation du monde. Elle concerne la vie d'une seule personne. C'est un mot d'érudit, Sainte Beuve lui préfère celui de causerie. C'est ainsi qu'il écrit à la mort de Juliette Récamier: «Je me garderai bien ici d'essayer de donner d'elle une biographie, les femmes ne devraient jamais avoir de biographie, vilain mot à l'usage des hommes, et qui sent son étude et sa recherche. Même lorsqu'elles n'ont rien à cacher, les femmes ne sauraient que perdre en charme au texte d'un récit continu. Est-ce qu'une vie de femme se raconte?»1.


Ainsi, la vie est pour les femmes, la biographie pour les hommes.
Mais bien sûr, ce n'est plus vrai aujourd'hui, ou tout le monde a droit à sa biographie.


Cela se termine ainsi, à ma grande incrédulité. Moi qui me souvient encore de l'évocation mythique de Michelet lors du dernier cours de la première année.


Notes
1 : Causeries du lundi, 4e édition Garnier, tome I, p.124
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