Billets qui ont 'Asensio, Juan' comme nom propre.

Renaud Camus, l'obsession de Juan Asensio

J'ai eu l'attention attirée sur ce phénomène par une remarque de Ludovic Maubreuil sur Facebook admirant le flegme camusien devant la hargne asensienne qui se déverse sur Twitter.

Sans contester le droit d'Asensio à juger les opinions et la position de Renaud Camus, certains tweets sont insultants ou homophobes, un au moins relève de la délation.
Ce qui relève du harcèlement au quotidien prend une dimension comique ou ahurissante quand on en fait le recencement exhaustif: que cherche Juan Asensio? Est-il fou? A-t-il maladivement besoin d'attention? (Tiens, en voilà un peu).
(Merci à Patrick qui a effectué ce relevé patient et l'a "remis à l'endroit").
20 mai
La France est un pays mort, muséal, camusien. Je ne suis même pas certain qu'une transfusion de sang africain puisse le ranimer.

20 mai
J-M Le Pen n'a jamais été plus proche de Renaud Camus (ou l'inverse), qui s'éloigne donc de toute littérature, s'il en a jamais été proche.

21 mai
La réification du langage précède toujours celles des corps, les slogans de Renaud Camus comme signes du Grand Effacement de l'humain.

21 mai
Rigole aux éclats en lisant les tweets de frontistes affirmant que voter pour la liste de Renaud Camus, c'est favoriser l'UMPS. Eh oui...

22 mai
Le Grand Remplacement, la Déculturation, le Changement de peuple, baudruches remplies d'un langage vicié, comme on parle d'un air vicié.

25 mai
55 voix dans le Gers pour la liste de Renaud Camus. Un résultat résolument encourageant !

2 juin
Individualisme, culte du plaisir à tout crin, haine du christianisme, le terrain où l'islam a grandi en France, labouré par Renaud Camus.

2 juin
Saisissante lecture de trois livres de Renaud Camus : baise, poils, plaisir. La France ? On s'en fout, jouissons.

3 juin
Dans quelques années, des lecteurs s'amuseront de voir que @bougnoulosophe a été évoqué dans son Journal par Renaud Camus. Pathétique, non ?

4 juin
Pauvre Renaud Camus tout de même, si visiblement persuadé que son homosexualité, étalée dans une bonne centaine de ses volumes, m'obsède.

4 juin

Le pseudo-écrivain Renaud Camus nous mentionne une nouvelle fois dans son Journal ridicule.

4 juin
Il faut prendre au mot tous ceux qui renient publiquement leur qualité de pudeur, et déchoir en conséquence Renaud Camus de sa spécularité.

4 juin
Pour tous les souchiens, xénophobes, antisémites et camusiens : Fugue for a Darkening Island de Christopher Priest

5 juin
"Me voilà cité dans votre Journal, quel honneur ! Je ne m'attendais pas à devenir immortel. Merci." De Sébastien Brémond à Renaud Camus.

5 juin
Si l'authentique acte d'écrire naît du désir de se rendre raison de la prolixe corvée de vivre, alors Renaud Camus est un vrai écrivain.

5 juin
Renaud Camus, archiviste des vilenies (ma chaudière, ma France), dont chaque livre écrit contre la vie constitue une tentation de la vivre.

6 juin
"Ceux qui ne savent pas croient [...] que j'ai un rapport quelconque avec la tradition éructante de l'extrême droite française". R. Camus.

7 juin
L'islam. Religion de guerre, puissance théologico-politique. Son ennemi ? Une autre religion, celle-là même que Renaud Camus a éreintée.

11 juin
J'aimerais bien mesurer le crâne de Renaud Camus, comme le faisait Vacher de Lapouge. Beaucoup moins volumineux que son nombril je pense.

11 juin
Il a beau dire, le pauvre Renaud Camus, mais son petit mouvement xénophobe pour happy few de la syntaxe coincée trouve son achèvement au FN.

11 juin #GrandRemplacement pour les nuls et les mauvais lecteurs : http://www.juanasensio.com/archive/2011/03/05/le-camp-des-saints-de-jean-raspail-editions-robert-laffont.html … 12 juin
"[...] ce Hubert s'est convaincu que moi aussi j'adorais le fist-fucking, ce qui n'est pas précisément le cas." Ça, c'est de la littérature.

12 juin
Le Journal, pour les pseudo-écrivains, leur sert de masque derrière lequel ils grimacent comme des bonobos impudiques devant une glace.

13 juin
Stéphane Bily : Maîîîîître, à quel endroit placeriez-vous votre virgilienne virgule ? Renaud Camus : Oh, mon cher Stéphâââne, je n'oserais !

14 juin
#GrandRemplacement Un point d'étape sur le novlangue à la mode pour souchiens hystériques : http://www.juanasensio.com/archive/2014/01/28/le-grand-remplacement-suivi-de-discours-d-orange-de-renaud-camus.html …

15 juin
Aujourd'hui est un grand jour : Renaud Camus, à 10 heures 34 minutes et 9 secondes, a pris son 345 127e autoportait. Chapeau l'égotiste !

15 juin
Ce bon mot de Nabe, pour Renaud Camus : "tuer l'écrivain et le remplacer par le vulgarisateur d'une pensée pseudo-philosophique".

15 juin
"Tant qu'il n'aura pas dépeint complètement son nombril, il n'aura rien fait". Hugo (pot de chambre plein au lieu de nombril) sur Émile Zola

17 juin
Qu'une vieille ordure narcissique qui aura passé sa vie à jouir prétende m'enseigner l'amour de la France doit faire rire jusqu'au diable.

18 juin Marien, Marien, écris un nouveau beau livre, au lieu de t'occuper d'une vieille carne précieuse et xénophobe

18 juin
La seule bibliothèque du Châtelain Renaud Camus est au minimum deux fois plus grande que mon appartement parisien. Et il se plaint.

18 juin
Comment reconnaître une connasse (il y en a, pas vrai ?) et un connard camusiens ? Facile : obsession de l'autoportrait, du miroir, du MOI.

19 juin
@AnneConstanza C'est bien, vous venez de découvrir, avec quelques années de retard, que j'ai apprécié les analyses de RC sur le langage.

21 juin
1) "Hier, à Bob Wilson, le vieil Aragon, en compagnie de Renaud Camus. Ils sont au premier rang de corbeille. Toute la salle les voit...

21 juin
2) "Camus n'en peu plus de satisfaction. Dix minutes plus tard, Aragon s'endort, la tête en avant, comme en syncope. Spectacle à la fois...

21 juin
3) "pénible et touchant. Mais Camus, craignant soudain de paraître ridicule aux yeux du Tout-Paris, lui file des coups de coude furibonds

21 juin
4) Il finit par renoncer à le réveiller, mais je surprends les regards qu'il jette de temps en temps à l'épave, presque chargés de haine

21 juin
5) "et pire encore : un coup d'œil et un sourire complices échangés avec une de ses amies, assise en face, l'air de dire : "La vieille..."

21 juin
6) ", il faut se la faire !" Aragon, méprisé par un Camus...". Matthieu Galey, Journal 1974-1986, Grasset, 1989, pp. 69-70. Tout est dit.

21 juin
Renaud Camus appelle à sauver la patrie en danger et pourtant, dans son immanentisme radical, réside la négation de toute patrie.

21 juin
Formidable mot de Jacobi, pulvérisant le Châtelain soi-mêmiste, donc immanentiste : "Aus Nichts, zu Nichts, für Nichts, in Nichts".

22 juin
Décidément, Jacobi est le penseur qui pourrait guérir Renaud Camus de son narcissisme maladif et ridicule. Sa devise n'est pas : MOI...

22 juin
...mais plus que Moi ! Mieux que Moi ! Un tout Autre ! Je n'existe pas et je n'ai pas envie d'exister si LUI n'existe pas !Lettre à Fichte.

23 juin
Excellent numéro des Éditions Agone, où l'inepte Richard Millet est mentionné, mais pas le Châtelain AOC.

23 juin
Le nouveau lectorat de Renaud Camus : exit les tantes-mais-pas-trop et connasses à petit doigt levé, place aux analphabètes xénophobes.

24 juin
L'une des réponses au Grand Remplacement ? Que nos écrivains illustrent la grandeur de notre langue ! Nous en sommes hélas fort loin.

24 juin
1) Métro Ligne 13, direction Saint-Denis, écoutant New Dawn Fades. Des jeunes Beurs et Noirs, employés par la RATP...

24 juin
2) sécurisent les accès des rames. Renaud Camus, en serrant les fesses, penserait : en voilà quelques-uns, au moins, qui nous servent.

26 juin
Le jour où les souchiens liront (et comprendront ?) Pierre Boutang, Renaud Camus n'aimera plus les miroirs

27 juin
Maurice Barrès, vivant, mépriserait Renaud Camus, apôtre de l'individualisme, ferment de la décadence pour l'auteur des Déracinés.

27 juin
Maurice Barrès, vivant, mépriserait Renaud Camus, ce dernier ne concevant aucunement que la nation puisse prendre le dessus sur le moi-roi.

27 juin
Pour le vrai nationaliste, le paysan illettré vaut toujours plus que Diderot. C'est exactement l'inverse pour Renaud Camus, donc... CQFD.

28 juin
Hé, Renaud, pssssst, es-tu au courant ?: "Ce temps ne se retrouvera plus où un duc de La Rochefoucauld [...] au sortir de la conversation

28 juin
de Pascal, allait au théâtre de Corneille". C'est de Voltaire,
28 juin
Renaud Camus, ou le patriote qui se fout du monde : son culte de l'hédonisme a contribué à pourrir la société français. Qui ne songe...

28 juin
qu'à jouir se contrefout de la nation, réservoir illimité de nouveaux plaisirs ! Que nos souchiens tombent dans le panneau indique...

28 juin
leur stupidité prodigieuse ! Faire de Renaud Camus un patriote et un penseur de la résistance au Grand Remplacement, c'est confier...

28 juin
sa fille de 8 ans à un Marc Dutroux contraint à l'abstinence pendant 30 années. Un camusien est donc un fou ou un imbécile

28 juin
Moi aussi, comme Camus, j'aime ce qui dure, par exemple sa haine recuite du christianisme (in Chroniques achriennes).

28 juin
Le Grand Remplacement est un onanisme perpétuel (in Chroniques achriennes)

28 juin
Le Grand Remplacement, ou l'abolition de toute différence, le rêve du Neutre, du rien (Chroniques achriennes, encore)

28 juin
Sans l'antisémitisme, le nationalisme d'un Maurras n'aurait jamais été intégral. De même, sans le rejet de l'Arabe ou du musulman

28 juin
le camusisme, cette crampe xénophobe devant le miroir, perdrait la force lui faisant lever son petit doigt courroucé et intraitable

29 juin
Les crétins particulés, les cathos embourgeoisés, les souchiens et camusiens vénèrent Le Camp des saints de Raspail, roman médiocre

1 juil.
Le très camusien Stéphane Bily vient de prendre sa 2 345667e photographie de lui-même, devenant de fait l'élève le plus doué du Maître.

2 juil.
Le vieux Kμ ferait bien de lire Fénelon : "Il n'y a point de milieu : il faut rapporter tout à Dieu ou à nous-mêmes. 1)

2 juil.
Si nous rapportons tout à nous-mêmes, nous n'avons pas d'autre Dieu que ce moi" 2). Le camusisme est un athéisme, donc un EGOïsme.

2 juil.
Prépare un article intitulé Renaud Camus cul par-dessus tête, qui n'aura pourtant rien à voir avec le cul ni même la tête de Son Altesse.

7 juil.
Un nouvel article sur Renaud Camus, intitulé Renaud Camus cul par-dessus tête

7 juil.
Oyez, souchiennes et souchiens ! Le #GrandRemplacement a vécu, vive le Camucul

16 juil.
En quelques lignes, Léon Bloy nous en apprend plus sur la France que Renaud Camus en 268 de ses livres. Pourquoi ?

19 juil.
Les géniales fulgurances de Pierre Boutang hissent le Politique à une véritable geste des hommes, là où

19 juil.
les jérémiades d'un Renaud Camus le jettent dans le caniveau de tous les amalgames et vomissements de trouille et de haine

22 juil.
Renaud Camus, comme les nazis dont la LTI a été magistralement disséquée par Klemperer, crée un novlangue prêt à devenir la langue du crime.

22 juil.
L'ignorant ! @RenaudCamus gauchit le sens métaphorique que Georges Bernanos donnait au terme "race". On est loin de votre darwinisme social.

22 juil.
Que se cache-t-il, derrière le vocabulaire policé de R. Camus et des siens ("rétro-migration pacifique") ? Une sauvagerie industrialisée.

24 juil.
On se demande ce qu'attend le grand résistant Renaud Camus, qui a tant craché sur le catholicisme, pour nous twetter son petit nour

24 juil.
Voici qui balaie quelque peu l'odeur de pourriture enrobée de soie émanant de la fosse septique camusienne : https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1658557097703074&substory_index=0&id=100006463999450 …

28 juil.
@SOS_Racisme Renaud Camus écrit environ un tweet/jour susceptible d’être condamné pour incitation à la haine etc.

29 juil.
Pour étancher le désir (mimétique ?) de Renaud Camus et de ses caniches, le meurtre de l'Arabe est une possibilité sacrificielle logique.

1 août
Le prénom du nouveau petit ami de Renaud Camus ? Ebola voyons, ou la pelleteuse remigratoire (direct au Ciel) la plus efficace qui soit.

8 août
Si Klemperer était vivant, il ferait ses délices de la langue pourrie de Renaud Camus

8 août
Derrière les mots d'ordre camusiens (nocence, remigration, etc.) se cache la même folie froide et rationnelle que derrière la LTI.

10 août
Il y a plus d'esprit chrétien dans une seconde de prière d'un mouvement comme les Veilleurs que dans les œuvres complètes de Renaud Camus.

10 août
Évidemment, pour comprendre en profondeur notre époque, mieux vaut lire Schmitt ou Taubes que Camus et Soral. pic.twitter.com/lSexKLiyq3

11 août
Pauvre Renaud Camus, plaçant au-dessus de tout (sauf de lui-même) l'intelligence, et réduit à discuter avec des imbéciles souchiens.

12 août
Que Renaud Camus soit considéré comme un penseur (bien lire : penseur) d'extrême droite est une vacherie, bien qu'involontaire, de génie.

13 août
Cet après-midi. Non non non, Renaud Camus, la Haute-Normandie n'a pas (encore) été envahie par des hordes de Turcs. https://flic.kr/p/oHxtph

16 août
Le camusisme n'est pas un humanisme et est aussi sec qu'une tête ornementale découpée par Kurtz : "Exterminez toutes ces brutes !"

17 août
Tu as le QI d'un bulot cuit, tu crois que Louis Massignon est un remplaciste et Renaud Camus un penseur? Tu as la souchite, c'est incurable.

19 août
Étrange remarque de W. G. Sebald, qui, dans les belles pages des Anneaux de Saturne, affirme que c'est en raison de son homosexualité 1)

19 août
que Roger Casement a pu reconnaître "la permanence de l'oppression, de l'exploitation, de l'asservissement et de la dégradation" 2)

19 août
Nous avons quelque exemple bien français, en la personne d'un pseudo-penseur gersois, montrant que l'homosexualité peut au contraire être 3)

19 août
indifférence totale, in-nocence feinte, bienheureuse inactivité face à la souffrance physique et morale de personnes, quand il 4)

19 août
ne s'agit tout simplement pas d'une haine viscérale pour tout ce qui n'est pas lui lui lui. Renaud Camus ou l'anti-Roger Casement 5).

21 août
Renaud Kmu avait raison, voici un signe du Grand Remplacement!Un bébé mordu par un dromadaire à Megève via @Le_Figaro http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/08/21/97001-20140821FILWWW00133-un-bebe-mordu-par-un-dromadaire-a-megeve.php …

22 août

Pauvre Renaud Camus, tout penaud que @Benjamin_Biolay soit devenu la nouvelle coqueluche de ses petits copains identitaires et souchiens.

23 août
Renaud Camus raciste, une vue de l'esprit ? Hélas, non :
Renaud Camus @RenaudCamus
La seule vraie mesure du “racisme”, c’est le degré de nocence, nuisance & incivisme des différentes “races” (cf. Ferguson & Vaulx-en-Velin.)

25 août
Offre les œuvres complètes de Vacher de Lapouge à la bonne âme qui guérira le trop vieux Renaud Camus de son anti-remplacite aiguë.

27 août
Ludovic Maubreuil (pseudonyme, on n'est jamais assez prudent, lorsque l'on écrit pour la revue Eléments...) n'aime pas ma dernière note 1)

27 août
sur Renaud Camus (http://www.juanasensio.com/archive/2014/05/05/renaud-camus-cul-par-dessus-tete.html …) et l'écrit sur son mur FB. C'est son droit, même si ce lecteur est de mauvaise foi 2)

28 août

Je vais faire mon Renaud Camus : il faudrait tout le savoir-faire de Tsahal pour "intercepter" les candidats français au jihad.

28 août
En roulant vers Dieppe. Rien que pour emmerder Renaud Camus et sa petite bande de suiveurs mononeuronaux. http://flic.kr/p/oEVHdk

4 sept.
Au "Rassenwart" Renaud Camus, cette note qui l'évoque : http://www.juanasensio.com/archive/2014/09/03/je-n-ai-aucune-idee-sur-hitler-karl-kraus-agone-jose-lillo.html …

4 sept.
Très discrète et férocement bathmologique invitation à la débauche, par Renaud Camus ?

5 sept.
Non non non, Renaud Camus, La Transmigration de Timothy Archer du grand Philip K. Dick n'est pas un livre sur les migrants de Calais.

8 sept.
Camus et les petits souchiens : de peur que les méchants islamistes ne les décapitent, ils se sont débarrassés de leur (maigre) cerveau.

9 sept.
Le rêve inavouée de @RenaudCamus : enfant de chœur... Fallait nous le dire mon bon Renaud, nous t'aurions évité d'écrire 56 livres…

Asensio condamné en appel

Concernant la plainte au pénal, Juan Asensio a vu sa peine confirmée en appel. Les dommages et intérêts sont plus faibles qu'en première instance, sans doute pour tenir compte de sa situation financière.

Comment évoquer ce que j'en pense, ce sentiment doux-amer de savoir qu'il est puni mais qu'il n'a pas compris ce qu'on lui reprochait, et que sans doute il se sent victime d'un monde injuste; ou qu'à l'inverse, il a parfaitement compris et qu'il était temps qu'il soit enfin rattrapé par ses actes.
Comment savoir?

Une chose est certaine, il n'hésitera jamais à harceler toute personne en position de faiblesse, affective ou sociale (comme Renaud Camus fragilisé socialement par sa condamnation pour incitation à la haine raciale, Renaud Camus que JA poursuit d'une vindicte maladive sur twitter, comme s'il n'avait rien d'autre à faire. Sans doute n'a-t-il rien d'autre à faire).

Les procès de Juan Asensio

Un commentaire à la suite du précédent billet me fait penser qu'il est temps de donner quelques explications factuelles. Je vais essayer de faire court et chronologique, de donner quelques lignes directrices pour comprendre les divers billets concernant les procès contre Juan Asensio.


1/ La plainte au pénal pour accès frauduleux dans un STAD[1] et atteinte au secret des correspondances

La plainte a été déposée début septembre 2009 par Jean-Yves Pranchère.
J'ai été appelée à témoigner le 15 septembre 2009.
Le 21 septembre 2009, l'hébergeur Blogspirit a mis quatre billets de Juan Asensio hors ligne. Celui-ci a aussitôt été persuadé que j'étais à l'origine de la plainte. Il m'a écrit dans son style habituel et a écrit à des proches non blogueurs.
Le 21 septembre, nous avons découvert l'une des fausses identités d'Asensio, Pierre Seintisse, dont il se sert pour espionner les profils FB[2].
Le 10 octobre 2009, je porte plainte à mon tour, devant me rendre à l'évidence: Juan Asensio est si aveuglé par son ressentiment à mon égard qu'il ne peut concevoir que je ne sois pas à l'origine de la plainte contre lui et la mise hors ligne de ses billets.

Notre plainte est reçue: le parquet poursuit Juan Asensio. Cela devient une affaire pénale.
Le 18 juin 2010, Asensio fait l'objet d'un rappel à la loi. Le tribunal lui propose d'en rester là s'il reconnaît ses torts. Juan Asensio refuse.
L'audition a lieu le 6 octobre 2011, il est reconnu coupable le 17 novembre 2011.

Juan Asensio fait appel, nous attendons la prochaine audition (date non fixée pour l'instant).


2/ La plainte pour injures et diffamation

En mars 2010, Emmanuel Regniez publie une phrase sibylline (une citation de Lautréamont) sur son mur FB pour désapprouver que des amis/connaissances (je ne sais) publient sur leur blog une interview d'Asensio.
Juan Asensio furieux pond un billet violent et s'en prend au passage à Jean-Yves Pranchère et moi-même puisque nous sommes des amis de Régniez (c'est notre seul tort dans cette affaire).
Il tente d'entraîner dans sa querelle Pierre Jourde.
Bref, tout cela nous paraît bel et bien une tentative d'intimidation internautique envers nous suite à notre plainte de l'automne précédent.
Emmanuel Régniez, Jean-Yves Pranchère et moi-même décidons de porter plainte pour injures et diffamation.

Malheureusement, nous manquerons de précision et serons déboutés sur la forme, pour ne pas avoir distingué les injures de la diffamation. L'affaire ne sera pas jugée sur le fond.
Voir ici les arguments de l'avocat de Juan Asensio, qui permettent de se faire une idée assez juste du style d'Asensio et des raisons de notre plainte.


3/ La plainte pour usage abusif de tags (métabalises)

Juan Asensio prend l'habitude de taguer les billets les plus divers avec nos noms, ce qui fait que Google associe nos noms aux mots et images les plus désagréables.
Je cite comme exemple, parce qu'il est représentatif et parlant, celui d'un billet sur Matzneff contenant un panneau de signalisation avec deux personnages en position obscène ou érotique (à votre guise). Lorsqu'on tape mon nom dans Google, cette image y est associée. La preuve ici.

Le but de Juan Asensio est bien de faire remonter nos noms associés à des insultes en tête de Google (agir sur le Google rank), c'est une stratégie qu'il a souvent employée en s'en vantant (voir le passage Valérie Scigala publiquement ridiculisée, son blog relégué, etc, etc).
Il s'agit de "google bombing", pour ceux qui connaissent le terme.

Décidés à ne pas nous laisser intimider, nous portons plainte de nouveau.
Ce fut jugé une première fois en octobre 2010, les juges nous avaient alors déboutés sans donner d'explication réelle.
Nous sommes allés en appel, c'est à cet appel que ce rapporte le jugement rendu le 21 novembre 2012 qui nous condamne aux frais irrépétibles (les frais d'avocat engagés par Juan Asensio et Blogspirit).
Les juges n'ont pas donné de réponse sur le fond (pour le dire en terme geek, ils n'ont pas jugé de la légalité d'un google bombing pour une personne privée, autrement dit quelqu'un qui n'est pas un personnage public).

Il reste à décider si nous allons en cassation.


                                                                              *********************


PS: concernant la haine de Juan Asensio à mon égard, vous trouverez ici un point de vue extérieur qui vous permettra de comprendre également la haine d'Asensio envers Renaud Camus.


PPS: En repensant aux dernières péripéties / gesticulations asensiennes, je me demandais pourquoi cela m'affectait si peu.

Je crois que j'ai compris, j'ai saisi le moment cathartique: c'est le moment des dépositions au tribunal, cette après-midi où Juan Asensio a menti froidement à diverses reprises sur divers sujets.

Il est très différent de mentir devant quelqu'un qui ne sait pas la vérité, chez qui vous faites naître l'impossibilité de décider ou en qui vous implantez une fausse certitude; ou de mentir devant quelqu'un qui sait que ce que vous dites est faux, que vous êtes en train de mentir devant lui et qui sait que vous savez qu'il le sait.

Nous sommes en général sans défense devant un menteur, parce que notre éducation nous a appris qu'il ne fallait pas mentir — ce qui ne nous empêche pas de le faire, mais alors si possible de façon indiscernable, en espérant que la personne en face ne l'apprendra jamais. Nous envisageons rarement le cas de quelqu'un qui mente frontalement, en sachant que nous le savons et que (espère-t-il, c'est son pari) nous ne pourrons rien prouver.

Parole contre parole. Cette fourberie frontale peut rendre fous ceux qui ne supportent pas de ne pas avoir l'occasion de démontrer ce qu'ils avancent, ceux qui de façon plus romantique que juridique supposent que la bonne foi est un argument suffisant devant un tribunal.

Moi, cette fourberie m'a soulagée. Ce mensonge, ces mensonges, étaient la preuve que Juan Asensio savait parfaitement qu'il avait tort. C'était un aveu.
Sinon, pourquoi mentir?

Notes

[1] système de traitement automatisé de données (en l'occurrence un groupe fermé sur FB)

[2] Voir ici. Remarquez l'adresse mail utilisée: c'est celle de Ludivine Cissé que "Pierre Seintisse" s'est appropriée.

Juan Asensio accusé d'insultes et diffamation ne peut pas se défendre

C'est ce qu'a soutenu son avocat. Le tribunal lui a donné raison.
Cependant, la cour d’appel a simplement confirmé la nullité de la citation. Juan Asensio est débouté de ses demandes, ce qui signifie que notre démarche n'était pas abusive.

Afin de vous permettre de vous faire votre propre opinion, je vous livre les conclusions de l'avocat d'Asensio qui ont convaincu le tribunal (pour l'anecdote, il s'agit de la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris, la chambre qui a à juger du subjonctif imparfait dans "l'affaire Lacan").



Quelques précisions cependant afin de lutter contre la désinformation:

- Les délibérés sont généralement rendus (lus) en début d'audience, vers 14 heures. Ils sont alors transmis par les avocats à leurs clients respectifs. A ce stade, il n'y a aucun écrit, il faut attendre deux à trois mois pour disposer des conclusions écrites : qu'il s'agisse de la condamnation au pénal du 17 novembre ou de la nullité prononcé hier, personne ne dispose à ce jour des « décisions rendues par les juges». Affirmer les recopier mot à mot est donc un mensonge.

- Juan Asensio a mis immédiatement à jour son billet "on air" pour annoncer la nullité de la citation pour injures et diffamation. Cette nullité est prononcée pour une question de forme, le fond n'a pas été examiné.

- En revanche, le 17 novembre il n'a pas annoncé aussitôt qu'il avait perdu au pénal, c'est-à-dire contre une plainte déposée par le parquet qui avait donné lieu le 6 octobre a un débat contradictoire au tribunal devant les juges, chacun d'entre nous étant interrogé tour à tour. Il est donc faux que son billet soit purement informatif et objectif.




La suite est donc une longue citation de l'avocat d'Asensio, dont la graphie est respectée. Les notes sont de mon fait.
C'est très long, voici un lien vous permettant d'accéder à une version plus lisible en pdf.


2. Les propos poursuivis.

Les parties civiles poursuivent des propos écrits et publiés sur son blog par M. Asensio les 17 et 22 mars 2010; il est expressément demandé, dans le dispositif de leur citation directe, que M. Asensio soit déclaré coupable d'infractions d'injure et diffamation, «à raison des commentaires et articles parus le 17 et 22 mars 2010 sur le site http://www.stalker.hautetfort.com dont le directeur de publication est Monsieur Juan ASENSIO, intitulés «Éric Bonnargent, François Monti, Juan Asensio, entretien, 1» et «Éric Bonnargent, François Monti, Juan Asensio, entretien, 4», accessibles aux adresses suivantes:
http://stalker.hautetfort.com/archive/2010/03/17/eric-bonnargent-francois-monti-juan-asensio-entretien-4.html
http://stalker.hautetfort.com/archive/2010/03/12/eric-bonnargent-francois-monti-juan-asensio-entretien-1.html
».

Plus précisément, les parties civiles ont choisi de poursuivre les propos suivants (pages 15 et 16 de la citation directe):

Dans la note du 17 mars 2010 («Éric Bonnargent, François Monti, Juan Asensio, entretien, 1», http://stalker.hautetfort.com/archive/2010/03/12/eric-bonnargent-francois-monti-juan-asensio-entretien-1.html: «(...) d'un pauvre crétin planqué sous le pseudonyme de Simon Melmoth (...) Ne m'en veuillez point de ne pas citer exactement les propos de cet infâme couilon dont le derrière semble aussi crotté de peur que le cerveau (...) d'ailleurs grâce aux bons services des amis tout aussi lâches de ce Simon Melmoth qui, naguère, me traitèrent de tous les noms (à l'abri, comme il se doit, des regards), (.. .) je crois, à des accusations aussi lamentables et qui bafouent toute rigueur herméneutique avec la même joie malsaine que les chiens nazis témoignaient face à leurs victimes... Finalement, recevoir des leçons de vertu de la part de ces petits caniches urinant comme des chiots, utiles et comiques relais des vrais molosses utilisés par les criminels, est une très douce ironie de la réversibilité des mérites je suppose... »;

Dans la note du 22 mars 2010 («Éric Bonnargent, François Monti, Juan Asensio, entretien, 4», http://stalker.hautetfort.com/archive/2010/03/17/eric-bonnargent-francois-monti-juan-asensio-entretien-4.html): «Vais je ajouter que Simon Melmoth/Emmanuel Régniez avec l'universitaire Jean-Yves Pranchère, spécialisé dans l'étude d'auteurs tels que Joseph de Maistre et la documentaliste Valérie Scigala, fut l'un des membres qui, sur un groupe supprimé par Facebook, m'insultèrent copieusement et m'accusèrent de tous les maux? Lorsque je portai à la connaissance du public, à seule fin de me défendre, leurs propos dans trois notes depuis supprimées par mon hébergeur, Valérie Scigala et Jean-Yves Pranchère déposèrent tous deux plainte contre moi pour trois motifs dont le minutieux examen me fit passer douze heures en garde à vue dans les riants locaux d'une brigade de gendarmerie qui ne fut sans doute point choisie par hasard puisqu'elle était spécialisée dans les affaires de cyber-criminalité[1]».

Seuls ces propos publiés les 17 et 22 mars 2010 sont donc poursuivis.


3. In limine litis, sur la nullité de la citation directe puis, par voie de conséquence. la prescription de l'action des demandeurs.

3.1. L'ambiguïté sur la qualification des faits incriminés.

La citation directe entretient l'ambiguïté sur la qualification des faits incriminés. Cela est particulièrement vrai pour ce qui concerne les propos incriminés qui sont contenus dans la note du 17 mars 2010: «(...) d'un pauvre crétin planqué sous le pseudonyme de Simon Melmoth (...) Ne m'en veuillez point de ne pas citer exactement les propos de cet infâme couillon dont le derrière semble aussi crotté de peur que le cerveau (…) d'ailleurs grâce aux bons services des amis tout aussi lâches de ce Simon Melmoth qui, naguère, me traitèrent de tous les noms (à l'abri, comme il se doit, des regards), (…) je crois, à des accusations aussi lamentables et qui bafouent toute rigueur herméneutique avec la même joie malsaine que les chiens nazis témoignaient face à leurs victimes.… Finalement, recevoir des leçons de vertu de la part de ces petits caniches urinant comme des chiots, utiles et comiques relais des vrais molosses utilisés par les criminels, est une très douce ironie de la réversibilité des mérites je suppose…».

Les parties civiles qualifient d'injurieuse la locution: «d'un pauvre crétin planqué sous le pseudonyme de Simon Melmoth». On peut lire, à la page 19 de leur citation directe (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «La phrase tirée de l'article du 17 mars 2010 rédigé par Juan ASENSIO «... d'un pauvre crétin planqué sous le pseudonyme de Simon Melmoth» est sans équivoque insultante. Cette injure est bien adressée à Emmanuel REGNIEZ (…)»».

Elles qualifient cumulativement d'injurieuse et de diffamatoire la locution: «Ne m'en veuilez point de ne pas citer exactement les propos de cet infâme couillon dont le derrière semble aussi crotté de peur que le cerveau». On peut lire, toujours à la page 19 de leur citation directe (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Dans le prolongement, les propos qui suivent sont particulièrement injurieux et diffamatoires « …Ne m'en veuillez point de ne pas citer exactement les propos de cet infâme couillon dont le derrière semble aussi crotté de peur que le cerveau»».

Elles qualifient tour à tour de diffamatoire et d'injurieuse la locution: «d'ailleurs grâce aux bons services des amis tout aussi lâches de ce Simon Melmoth qui, naguère, me traitèrent de tous les noms (à l'abri, comme il se doit, des regards)». On peut lire, à la page 20 de leur citation directe (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Le terme «amis» est lié à celui de «lâches», complété par la formule en fin de phrase «(à l'abri, comme il se doit, des regards)». Il s'agit d'une allégation mensongère et diffamante». Puis, à la page 21 (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Ecrire encore «(amis)… qui, naguère, me traitèrent de tous les noms» est une allégation purement mensongère. La jurisprudence considère que constituent des injures le reproche de «parler en menteur» et «de ne dire ou exprimer que des mensonges ou des faux» (Crim. 31 janv. 1930: Bull. crim. n° 44) - l'imputation de «manquer de courage civique » (Crim. 20 juin 1946: Gaz. Pal. 1946. 2. 178 2e arrêt) - l'expression de «lopette». TGI Paris, 8 nov. 1989: Gaz. Pal. 1990. 1, Somm. 176, lesquels sont très proches des termes employés ici par Juan ASENSIO». Puis, toujours à la page 21 (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Les propos contenus dans la phrase incriminée ont un caractère portant atteinte à l'honneur et à la considération des parties civiles, au regard de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881, alinéa 1».

Elles qualifient tour à tour de diffamatoire et d'injurieuse la locution: «je crois, à des accusations aussi lamentables et qui bafouent toute rigueur herméneutique avec la même joie malsaine que les chiens nazis témoignaient face à leurs victimes… Finalement, recevoir des leçons de vertu de la part de ces petits caniches urinant comme des chiots, utiles et comiques relais des vrais molosses utilisés par les criminels, est une très douce ironie de ta réversibilité des mérites je suppose…». On peut lire, à la page 23 de leur citation directe (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Des qualificatifs en publics tels que «chiens nazis» portent profondément atteinte à l'honneur et à la considération de Jean-Yves PRANCHERE, Valérie SCIGALA et Emmanuel REGNIEZ». Puis, aux pages 23 et 24 (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «D'ailleurs, la jurisprudence indique que le terme «nazi» peut constituer une injure. Paris, 1er juin 1995: Dr. pénal 1995. 253; confirmé par Cass. Crim. 29 janv. 1998 Pourvoi n°95-83763: Gaz. Pal. 1998. 1, chron. crim. 75. La chambre criminelle de la Cour de cassation, dans son arrêt du 16 décembre 1986 (Bull n°374 - n° de pourvoi n°85-96064), acceptait qu'il est de nature à porter atteinte à l'honneur ou à la considération, nonobstant son caractère fictif l'imputation d'une action violente menée par un groupe armé dont la constitution est pénalement répréhensible, faite à une personne supposée avoir adhéré aux doctrines nationales-socialistes».

L'invocation cumulative des deux qualifications que sont l'injure et la diffamation introduit une incertitude pour le prévenu quant à l'objet exact de ce qui lui est reproché et, par conséquent, quant aux moyens de défense qu'il peut opposer.

Cette ambiguïté est en l'espèce d'autant plus insoluble que les parties poursuivantes, en tête de leur citation, ont expressément déclaré poursuivre M. Asensio à la fois pour le délit d'injure envers un particulier et pour le délit de diffamation envers un particulier, «ces deux chefs d'infraction ayant été commis en état de concours d'infraction (article 132-2 du Code pénal)» (page 2 de la citation directe). Elles laissent ainsi penser qu'elles entendent poursuivre des propos injurieux et des propos diffamatoires bien divisibles les uns des autres, alors que le corps de leur citation, comme on l'a vu, fait à de multiples reprises supporter à des propos uniques les deux qualifications distinctes.

Au demeurant, quand bien même les parties poursuivantes estimeraient que les propos qu'elles incriminent renferment des injures et des imputations diffamatoires indivisibles, et que donc la qualification d'injure est absorbée par celle de diffamation, il leur appartiendrait de préciser qu'elles n'entendent en conséquence viser que la seule diffamation. Il ne leur est pas permis, dans un tel cas, de poursuivre l'injure comme délit distinct. Procéder autrement, et viser cumulativement la qualification d'injure et la qualification de diffamation, comme elles le font en l'espèce, interdit à M. Asensio d'exercer utilement sa défense (Cass. Crim., 15 mars 1994: Bull crim, n°99).

Est nul l'acte introductif d'instance qui, comme c'est le cas en l'espèce, entretient «une équivoque sur le fondement juridique précis des demandes» et «une ambiguïté sur la qualification des faits incriminés» et porte ainsi atteinte tant à l'égalité des parties dans le procès qu'aux droits de la défense (Civ. 2ième, 14 mars 2002: Bull. civ. II, n" 45).

L'action des parties civiles se trouve dès lors prescrite, aucun acte interruptif de prescription n'ayant été valablement accompli dans les trois mois de la publication des propos litigieux, conformément à l'article 65 de la loi du 29 juillet 1881.


3.2. L'absence d'identification, par chaque partie civile, des propos qu'elle considère par comme injurieux ou diffamatoires à son égard.

Les trois parties civiles ont choisi d'exercer une action concertée contre M. Asensio, ce qui est leur droit.

Elles entendent poursuivre de nombreux propos de M. Asensio, ce qui est également leur droit.

Mais ce double choix leur impose de rendre parfaitement identifiables les propos argués de diffamation et/ou injure dont se plaint chacune d'entre elles. Procéder différemment revient à priver le prévenu des moyens d'exercer utilement sa défense (TGI Paris, 17ème Chambre, 23 mai 1997: ''LALONDE & ASSOCIATION GENERATION ECOLOGIE c/JULY; LP 1997, n° 144-I,p.103).

"S'il est en effet possible, dans une seule et même citation, à plusieurs personnes, physiques ou morales, s'estimant diffamées par les mêmes propos, de se concerter afin de poursuivre les auteurs des textes qu'elles considèrent attentatoires à leur honneur ou à leur considération, il leur appartient, dès lors qu'il peut exister un doute sur les propos respectivement poursuivis par chacune d'entre elles, de fournir tes indications nécessaires afin de permettre aux prévenus de déterminer de quel propos diffamatoire se plaint chacune des parties civiles (...) Les parties civiles ne sauraient soutenir que l'intégralité des propos est poursuivie par chacune d'elles, un tel argument par sa généralité, ne pouvant répondre à l'exigence qui vient d'être exposée" (TGI Paris, 17ème Chambre, 18 juin 2002: LA SOCIETE ELITE MODEL MANAGEMENT SA c/ TESSIER, ARDISSON, DROUIN & autres).

En l'espèce, les parties civiles n'ont pas fait ce travail consistant à distinguer ce qui, au sein des propos poursuivis, porte respectivement atteinte à chacune d'elles.

On le vérifie pour ce qui concerne les propos suivants, tirés de la note poursuivie du 17 mars 2010: «(…) je crois, à des accusations aussi lamentables et qui bafouent toute rigueur herméneutique avec la même joie malsaine que les chiens nazis témoignaient face à leurs victimes... Finalement, recevoir des leçons de vertu de la part de ces petits caniches urinant comme des chiots, utiles et comiques relais des vrais molosses utilisés par les criminels, est une très douce ironie de la réversibilité des mérites je suppose…»

On peut lire dans la citation des plaignants, au sujet de ces propos (pages 22 & 23, la graphie des auteurs de la citation est respectée): «L'allégation «je crois, à des accusations aussi lamentables et qui bafouent toute rigueur herméneutique avec la même foie malsaine que les chiens nazis témoignaient face à leurs victimes» inverse d'abord l'ordre des choses.
Juan ASENSIO se pose ici comme victime alors qu'il est mis en cause pour plusieurs chefs d'infraction dans le cadre de la procédure judiciaire diligentée parta gendarmerie de BOULOGNE-BILLANCOURT (PV 728/2009).
(Cf. Pièce n°8)
Les griefs évoqués par les parties civiles dans leurs plaintes sont à ce point fondés qu'ils ont justifiés des réquisitions de l'autorité judiciaire afin de supprimer les liens incriminés[2].
Il ne s'agit donc pas «d'accusations aussi lamentables» mais simplement du droit, par principe, pour une victime de mettre en mouvement l'action publique afin de défendre son honneur et sa réputation et défaire cesser des injures publiques.[3].
La formule qui est ensuite employée par Monsieur Juan ASENSIO «avec la même joie malsaine que les chiens nazis témoignaient face à leurs victimes» montre l'extrême violence de Juan ASENSIO - la shoah est le comble de la violence et de l'inhumanité — qui personnifie les chiens nazis, capables d'une «joie», vécue à leur tour par les parties civiles.
L'image des chiens nazis face à leur victime en comparaison des parties civiles face à Juan ASENSIO, ne fût-ce que par une communauté de «joie» relativise forcément la Shoah, dévalue le crime nazi, au mépris absolu de la mémoire des victimes.
Des qualificatifs en publics tels que «chiens nazis» portent profondément atteinte à l'honneur et à la considération de Jean-Yves PRANCHERE, Valérie SCIGALA et Emmanuel REGNIEZ.
Aux termes de sa phrase «Finalement, recevoir des leçons de vertu de la part de ces petits caniches urinant comme des chiots, utiles et comiques relais des vrais molosses utilisés par les criminels, est une très douce ironie de la réversibilité des mérites je suppose…», dans le prolongement de sa métaphore canine, Monsieur Juan ASENSIO assimile Jean-Yves PRANCHERE, Valérie SCIGALA et Emmanuel REGNIEZ à «ces petits caniches urinant comme des chiots, utiles et comiques relais des vrais molosses utilisés par les criminels…,». Ces termes sont à rapprocher des allégations de «lâches» et «à l'abri, comme il se doit, des regards». Cette image avilit et déshonore les parties civiles.
L'expression qui suit «est une très douce ironie de la réversibilité des mérites je suppose…» vise directement, même s'il y a un code, Jean-Yves PRANCHERE.
Juan ASENSIO fait allusion avec «la réversibilité des principes» au concept central de la pensée de Joseph de Maistre dont Monsieur Jean-Yves PRANCHERE est un spécialiste notoire.
Juan ASENSIO le rappelle d'ailleurs dans l'article publié le 22 mars: «avec l'universitaire Jean-Yves Pranchère, spécialisé dans l'étude d'auteurs tels que Joseph de Maistre ».
 »

Force est de constater, à la lecture de ce passage, que les trois parties civiles poursuivent l'ensemble des propos en cause, sans qu'il soit mentionné, à aucun moment, pour chacune des parties civiles, quels propos précisément, au sein de cet ensemble, elle a entendu considérer comme diffamatoire ou injurieux à son égard.

Mais l'incertitude concerne également les propos poursuivis tirés de la note du 22 mars 2010.

On peut lire dans la citation des plaignants, au sujet de ces propos (page 25, la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Juan ASENSIO omet de révéler les faits pour lesquelles il a été mis en cause et qui font l'objet de deux instances pénales officielles et pour lesquelles il a été placé en garde à vue, comme il l'indique lui-même un peu plus loin dans cet article: «Lorsque je portai à la connaissance du public, à seule fin de me défendre, leurs propos dans trois notes depuis supprimées par mon hébergeur, Valérie Scigala et Jean-Yves Pranchère déposèrent tous deux plainte contre moi pour trois motifs dont le minutieux examen me fit passer douze heures en garde à vue dans les riants locaux d'une brigade de gendarmerie qui ne fut sans doute point choisie par hasard puisqu'elle était spécialisée dans les affaires de cyber-criminalité»
Il s'agit là à nouveau d'imputations purement diffamatoires au préjudice des parties civiles»
.

Force est de constater, à la lecture de ce passage, que les trois parties civiles poursuivent l'ensemble des propos en cause, sans qu'il soit mentionné, à aucun moment, pour chacune des parties civiles, quels propos précisément, au sein de cet ensemble, elle a entendu considérer comme diffamatoire ou injurieux à son égard. On se demande tout spécialement en quoi Monsieur Emmanuel REGNIEZ est concerné par ces propos[4].

Compte tenu de cette incertitude sur les propos respectivement poursuivis par chaque partie civile, qui interdit au prévenu d'exercer utilement sa défense, leur acte introductif d'instance devra être annulé.

L'action des parties civiles se trouve dès lors prescrite, aucun acte interruptif de prescription n'ayant été valablement accompli dans les trois mois de la publication des propos litigieux, conformément à l'article 65 de la loi du 29 juillet 1881.


4. Sur les propos incriminés contenus dans la note du 17 mars 2010.

4.1. Sur l'irrecevabilité de l'action de Monsieur PRANCHERE et Madame SCIGALA fondée sur les propos contenus dans la note du 17 mars 2010.

Seul Emmanuel REGNIEZ, alias Simon MELMOTH est effectivement nommé par Monsieur ASENSIO dans les propos poursuivis.

Monsieur PRANCHERE et Madame SCIGALA ne justifient pas, pour leur part, qu'ils seraient effectivement les personnes désignées avec certitude et dont l'identification aurait été possible comme étant les « amis » de Simon MELMOTH.

Ils devront être déclarés irrecevables en leur action pour défaut de désignation (Crim., 15 octobre 1985: Bull, crim., n° 315 - Crim., 30 mai 2007: Bull crim., n° 143).


4.2. Sur l'excuse de provocation.

Les propos incriminés sont les suivants: «(…) d'un pauvre crétin planqué sous le pseudonyme de Simon Melmoth (…) Ne m'en veuillez point de ne pas citer exactement les propos de cet infâme couilon dont le derrière semble aussi crotté de peur que le cerveau (…) d'ailleurs grâce aux bons services des amis tout aussi lâches de ce Simon Melmoth qui, naguère, me traitèrent de tous les noms (à l'abri, comme il se doit, des regards), (…) je crois, à des accusations aussi lamentables et qui bafouent toute rigueur herméneutique avec la même joie malsaine que les chiens nazis témoignaient face à leurs victimes… Finalement, recevoir des leçons de vertu de la part de ces petits caniches urinant comme des chiots, utiles et comiques relais des vrais molosses utilisés par les criminels, est une très douce ironie de la réversibilité des mérites je suppose…».

Les parties civiles prétendent y voir et des injures et des diffamations. On a vu plus haut qu'elles ne s'étaient pas résolues à distinguer clairement ce qui, au sein de ce passage qu'elle incrimine, relève de la diffamation et ce qui relève de l'injure, entretenant ainsi l'ambiguïté sur la qualification des faits incriminés (point 3.1, ci-dessus).

Si, par extraordinaire, le Tribunal n'annulait pas la citation entachée de cette ambiguïté, et s'il retenait le caractère injurieux des propos incriminés, il conviendrait de faire bénéficier Monsieur ASENSIO de l'excuse de provocation.

Aux termes mêmes de la citation des parties civiles, la note en cause fait suite à une note postée sur la Toile le 15 mars 2010[5] par l'un d'eux, Monsieur Emmanuel REGNIEZ, imputant à Monsieur ASENSIO «une tâche de sang intellectuelle». On peut lire en effet, à la page 18 de la citation (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Les propos cités dans le commentaire du 17 mars 2010 (…) sont en partie aussi la réaction totalement disproportionnée de Juan ASENSIO au commentaire d'Emmanuel REGNIEZ qui sous pseudo Simon Melmoth avait écrit le 15 mars 2010 sur Facebook: " Pourquoi je ne lirai pas l'entretien croisé. Pas à cause de Bartleby, pas à cause de François Monti, mais à cause de la troisième personne (Juan Asensio, alias Stalker).
François Monti écrivait dans un commentaire: «J'ai eu la chance (?) d'avoir des parents communistes qui m'ont appris que ce qui importait n'était pas d'où on parlait mais ce qu'on disait. Pour ça, il faudra attendre les jours qui viennent.» Quant à moi, j'ai eu la chance d'avoir des grands-parents résistants qui m'ont appris que toute la mer du monde ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle.
Et les taches sont nombreuses. Je ne vais pas, ici, les donner toutes, pas envie de donnera lire ces horreurs et m'en faire le relais.
Et que l'on ne vienne pas me dire que la Littérature excuse tout et permet tout. La littérature n'a rien à voir avec le ressentiment et la haine de l'Autre."
».

Les termes de la note ainsi postée — et notamment la formule «tâche de sang intellectuelle» s'appliquant à Monsieur ASENSIO, lequel, pour n'être pas nommé, n'en est pas moins parfaitement identifiable, présentent tous les caractères de la provocation[6] au sens de l'article 33, alinéa 2 de la loi du 29 juillet 1881.

Compte tenu de cette provocation à laquelle elles répondent explicitement, les injures imputées au prévenu ne sont pas punissables.


5. Sur les propos incriminés contenus dans la note du 22 mars 2010.

5.1. Sur l'absence de caractère diffamatoire des propos incriminés.

Les propos incriminés sont les suivants: «Vais je ajouter que Simon Melmoth/Emmanuel Régniez avec l'universitaire Jean-Yves Pranchère, spécialisé dans l'étude d'auteurs tels que Joseph de Maistre et la documentaliste Valérie Scigala, fut l'un des membres qui, sur un groupe supprimé par Facebook, m'insultèrent copieusement et m'accusèrent de tous les maux? Lorsque je portai à la connaissance du public, à seule fin de me défendre, leurs propos dans trois notes depuis supprimées par mon hébergeur, Valérie Scigala et Jean-Yves Pranchère déposèrent tous deux plainte contre moi pour trois motifs dont le minutieux examen me fit passer douze heures en garde à vue dans les riants locaux d'une brigade de gendarmerie qui ne fut sans doute point choisie par hasard puisqu'elle était spécialisée dans les affaires de cyber-criminalité».

Les parties civiles qualifient de diffamatoire la locution: «Vais-je ajouter que Simon Melmoth/Emmanuel Régniez avec l'universitaire Jean-Yves Pranchère, spécialisé dans l'étude d'auteurs tels que Joseph de Maistre et la documentaliste Valérie Scigala, fut l'un des membres qui, sur un groupe supprimé par Facebook, m'insultèrent copieusement et m'accusèrent de tous les maux?». On peut lire, à la page 24 de leur citation directe (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Les parties civiles sont visées nommément par ces allégations mensongères, calomnieuses et diffamatoires».

Elles qualifient également de diffamatoire la locution: «Lorsque je portai à la connaissance du public, à seule fin de me défendre, leurs propos dans trois notes depuis supprimées par mon hébergeur, Valérie Scigala et Jean-Yves Pranchère déposèrent tous deux plainte contre moi pour trois motifs dont le minutieux examen me fit passer douze heures en garde à vue dans les riants locaux d'une brigade de gendarmerie qui ne fut sans doute point choisie par hasard puisqu'elle était spécialisée dans les affaires de cyber-criminalité». On peut lire, à la page 25 de leur citation directe (la graphie des auteurs de la citation est respectée): «Il s'agit là à nouveau d'imputations purement diffamatoires au préjudice des parties civiles».

Il n'y a dans les propos poursuivis nulle imputation ou allégation de faits de nature à porter atteinte à l'honneur ou à la considération des parties civiles. Ces propos n'ont pas de caractère diffamatoire[7].


5.2. Sur la bonne foi.

Il faut rappeler que les propos poursuivis ont été tenus dans un contexte de vive polémique opposant les parties civiles et Monsieur ASENSIO. Dans ce contexte de vive polémique, les propos aujourd'hui poursuivis apparaissent poursuivre un but légitime, être étrangers à toute animosité personnelle, et se conformer à un certain nombre d'exigences, en particulier la prudence dans l'expression.

Si par extraordinaire le Tribunal considère que ces propos ont un caractère diffamatoire, il considérera, notamment au vu des pièces produites, que Monsieur ASENSIO les as tenus de bonne foi:

Sur le passage relatif aux propos injurieux et aux accusations tenus par les parties civiles sur M. ASENSIO: Pièce n°8 : Capture d'écran figurant la page d'accueil du groupe «Celles et ceux qui pensent que Juan Asensio déshonore la blogosphère française[8]; Pièce n°10: Message de Pierre Boyer (alias de Jean-Yves Pranchère), 23 novembre 2008 ; Pièce n°11: Echanges entre Emmanuel Régniez et Valérie Scigala, 23 novembre 2008; Pièce n°13: Message de Valérie Scigala, 29 novembre 2008 ; Pièce n°14: Historique de la demande de suppression de la page Wikipédia sur Juan Asensio[9];

Sur le passage relatif à la garde à vue de M. ASENSIO: Pièce adverse n°8: Attestation de dépôt de plainte et procès-verbal d'audition de Monsieur Jean-Yves PRANCHERE, le 1er septembre 2009; Pièce n°26: Convocation de M. Juan ASENSIO par la Brigade de recherches de la Gendarmerie nationale -Nanterre, pour le 15 octobre 2010; Pièce n°27: Courtier du Conseil de M.ASENSIO au procureur de la République de Paris, de demande d'information sur la suite de la procédure six mois après la garde à me de MASENSIO, 21 avril 2010.


6. Sur l'abus de constitution de partie civile, le dommage en résultant pour le prévenu et sa réparation.

L'abus de constitution de partie civile de Madame Valérie Scigala et MM. Jean-Yves Pranchère et Emmanuel Régniez dégénère ici en un abus manifeste[10].

C'est dans un esprit malveillant, ou en tout cas par une faute grossière, que cette action à été entreprise.

On ne s'explique pas autrement que les parties civiles ne prennent pas même la peine de distinguer clairement, au sein de la note du 17 mars, ce qui selon eux relève de la diffamation et ce qui selon eux relève de l'injure. Ce alors même qu'en tête de leur citation, elles ont expressément déclaré qu'elles entendaient poursuivre et des propos injurieux et des propos diffamatoires, «commis en état de concours d'infraction». Quant à la note du 22 mars, il relève de l'évidence que les propos qu'elle contient et qui font l'objet de la poursuite ne sont pas constitutifs de diffamation.

La malveillance ou la faute grossière est en l'espèce d'autant plus caractérisée que, préalablement à l'engagement de l'action, les parties civiles avaient déposé une plainte simple contre Monsieur ASENSIO, notamment des chefs d'injures et diffamations et qu'ils ont engagé la présente action sans même attendre l'issue de l'enquête ouverte sur cette plainte[11].

Notes

[1] Juan Asensio a été reconnu coupable au pénal d'introduction frauduleuse dans un STAD (système informatisé, pour faire court) et vol de correspondance privée.

[2] Je rappelle que nous avons gagné notre procès.

[3] En d'autres termes, ce qu'est en train de faire Juan Asensio dans ces billets de mars 2010, c'est tenter de nous intimider parce que nous avons porté plainte contre lui.

[4] Remarquons que si l'avocat distingue qu'Emmanuel Régniez n'est pas concerné par ces propos, c'est qu'il n'y a pas flou quant aux personnes concernées.

[5] A ma connaissance, c'est faux: Emmanuel Régniez a fait un simple commentaire sur sa page Facebook, c'est-à-dire un lieu privé, dont le contenu n'est pas indexé par Google.

[6] Ils présentent surtout les caractères d'une citation de Lautréamont, que Juan Asensio n'a pas reconnue.

[7] C'est diffamer qu'accuser à tort en le sachant pertinemment. Nous n'avons jamais «insulté Juan Asensio copieusement» (je ne tiens pas à lui ressembler) ni ne l'avons «accusé de tous les maux» (deux maux: vol de correspondance, introduction frauduleuse dans un système informatisé).

[8] Rappel du descriptif du groupe FB fermé que j'avais constitué pour rassembler les billets et discussions diverses parus un jour sur la toile, et disparus suite aux pressions exercées par Juan Asensio: «Toute personne qui a formulé un jour une opinion négative sur le blog, le style, les idées de Juan Asensio, et qui a dû subir une avalanche de commentaires et de mails injurieux est bienvenue ici. Toute personne qui s'est fait attaquer pour avoir osé lire Conrad et donner son opinion est bienvenue ici. Toute personne qui juge infantile et choquante une telle attitude de la part du Trollker est bienvenue ici. Ce groupe est fermé. S'il avait été impossible d'effacer les messages, je l'aurais laissé ouvert, pour le plaisir de lire les injures du Trollker comme autant de preuves de ce que j'avance. Hélas, celui-ci n'a pas le courage d'afficher jusqu'au bout au mieux son impolitesse, au pire sa haine, et nous a montré plusieurs fois sur FB qu'il effaçait ses traces. Je trouve donc inutile de lui laisser une parole qu'il est incapable de maintenir dans le temps.»

[9] C'est une obsession de Juan Asensio, qui sait pourtant, à la lecture des conversations privées dans notre groupe fermé, que nous n'avons jamais essayé de détruire cette page (j'ignorais même qu'une telle page existait, son existence me semble proprement ridicule. Le débat sur Wikipédia est instructif et révélateur de l'usage des pseudonymes par Juan Asensio).

[10] Rappel: le jugement de ce jour déboute Juan Asensio de ses demandes, notre démarche n'était pas abusive.

[11] C'est faux: nous avons porté plainte pour "introduction frauduleuse dans un STAD et vol de correspondance privée" (voir la note 1: les juges nous ont donné raison). Et si Juan Asensio nous a insultés, Jean-Yves Pranchère et moi-même, alors que c'était Emmanuel Régniez qui avait fait un commentaire à propos d'un blog que je ne connais même pas, c'est justement parce que nous avions porté plainte: il s'agissait d'une tentative d'intimidation. Nous ne nous sommes pas laissés intimider. Et nous ne nous laisserons pas intimider. De cela Juan Asensio peut être certain: il ne parviendra pas à ses fins, il n'arrivera pas par sa "célèbre méthode" à faire retirer les billets qui le gênent.

Procédure pénale : Juan Asensio reconnu coupable

Puisque Juan Asensio, qui tient soigneusement au courant son lectorat des développements de nos démêlés judiciaires depuis deux ans, et ce avec l'objectivité et la droiture qu'on lui connaît, paraît négliger la décision survenue jeudi dernier, je me vois obliger de continuer la chronique:


L'audition avait eu lieu le 6 octobre 2011, le jugement a été rendu jeudi 17 novembre:

Juan Asensio a été reconnu coupable sur chacun des chefs poursuivis, sauf celui pour lequel nous reconnaissions qu’il n’y avait pas délit, l’accès au club des lecteurs non réactionnaires de M. Pranchère (qui est un groupe ouvert: c'est par erreur que ce chef apparaissait ici).
Il est condamné au paiement d’une amende de 5.000 euros avec sursis, au paiement de dommages et intérêts. Remarquons que le procureur n'avait requis que 150 euros, un montant symbolique, s'adaptant par là aux revenus de Juan Asensio, chômeur en fin de droits aidé par ses parents. (Il faut savoir que les sommes réclamées lors du dépôt de plainte ne correspondent à rien d'autre qu'à l'application des textes, et aucunement à ce qui sera réellement réclamé à l'accusé s'il est reconnu coupable). Le tribunal est donc allé bien au-delà du réquisitoire, marquant par là sa réprobation.
Il est en outre condamné à publier le jugement pendant un délai de 3 mois sur son site.
L’exécution provisoire n’est pas ordonnée, ce qui signifie que l’appel d’Asensio suspendrait cette exécution.

La copie du jugement sera disponible dans deux ou trois mois et permetta de prendre connaissance de ses motifs.


***


Rappelons que la plainte n'avait aucun motif "littéraire", et qu'il ne s'agissait même pas d'une plainte pour "injures et diffamation" (qui ne serait pas du ressort du pénal): non, ce qui était en cause, c'était l'intrusion frauduleuse (i.e., selon le TILF, avec l'intention de nuire) dans un système automatisé de traitement de données ("STAD": en l'occurrence, un groupe fermé sur Facebook) et le vol de correspondance privée (et sa publication). Voir ici.

L'audition a été l'occasion de décrire le harcèlement que fait subir Juan Asensio à toute personne qui ne partage pas ses opinions ou qui trouve qu'il écrit mal ou qui considère qu'il est un butor.

Je rappelle les noms qu'Asensio a reconnu avoir utilisés sur Facebook: Pierre Seintisse, Hélène Ribeira et Jules Soerwein.


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Enfin, à titre purement pédagogique, j'en profite pour expliquer une méthode utilisée par les "taupes" de Facebook. Les lignes qui suivent n'intéressent que ceux qui y ont un compte, elles seront à peu près incompréhensibles aux autres.

Un inconnu vous demande en "ami", et comme ses centres d'intérêt vous paraissent proches des vôtres, ou qu'il "partage" des amis avec vous, vous l'acceptez. Dès lors, il accède à l'ensemble des messages que vous publiez sur votre mur même si votre profil est très verrouillé pour les gens qui ne sont pas vos "amis".
Puis il désactive son compte FB, qui devient dès lors invisible, comme détruit (mais il n'est pas détruit: il suffit d'indiquer à FB qu'on veut récupérer son compte pour pouvoir le rouvrir, exactement dans l'état où on l'a laissé).

La taupe réactive son ou ses profils quelques minutes de temps en temps pour venir espionner les dialogues et activités des personnes qu'elle surveille. Entretemps, comme elle est la plupart du temps hors ligne, les personnes ont oublié qu'elles l'ont en ami. Il est très difficile de se débarrasser de la taupe, car il faut être en ligne au moment où elle réactive son compte et profiter de ces quelques instants pour la "supprimer de ses amis".

Asensio au pénal, suite.

Finalement l'audition a eu lieu hier et c'est un grand soulagement.

C'est une satisfaction intense de pouvoir exposer publiquement son point de vue sans être interrompue et d'être écoutée avec attention.

Et c'est aussi une satisfaction de savoir que les contradictions [1] et les mensonges [2] de Juan Asensio ont été enregistrés par le greffe du tribunal.
Même s'il n'était pas possible de les reprendre un à un (et ce n'était pas l'objet du débat), il est apaisant de savoir que quelque part dans les armoires de la justice française dormira cette déposition. (Oui, il est apaisant de savoir qu'il ne pourra pas dire: «Je n'ai jamais dit ça».)

Ensuite il y a les regrets de ce qu'on n'a pas dit et la conscience aiguë de la difficulté d'expliquer la différence entre les forums, les blogs, Facebook, la différence entre une page de profil FB et un groupe, la différence entre un groupe ouvert (bizarrement dénommé "privé" hier, sans doute parce qu'il a un créateur), un groupe fermé, un groupe secret (et encore, sans compter les "pages" dont nous n'avons pas parlé).
Et puis cette chronologie des faits si importante et si longue, comment en rendre compte? Tout paraît tassé soudain.

Il y a le regret de ne pas avoir fait remarquer à voix haute que l'avocat de la défense, qui avait produit une très mauvaise copie de fax afin de faire passer un 13 pour un 23, a fourni une page impeccable et en couleur lorsqu'il s'est aperçu que j'en possèdais une meilleure version qui ne laissait aucun doute sur le "13" et que ma pièce allait être versée au dossier, afin que ce fût sa pièce qui fût enregistrée.

Le jugement sera rendu le 17 novembre. Il portera sur des points fins, sur des nuances, il s'agit d'attribuer un statut à Facebook, privé ou public, un statut à un groupe fermé, de qualifier l'usage d'un faux nom pour se voir donner l'accès à un groupe (fraude ou pas?), de déterminer si les échanges dans un groupe fermé ont ou non le statut d'une correspondance privée.

Je n'ai pas tout suivi (je ne suis pas juriste) mais c'était très intéressant, il existe des subtilités entre les droits civil et pénal, ce qui légitime ou pas d'utiliser la jurisprudence civile pour juger au pénal (et inversement, je suppose). Je n'en dis pas plus de peur d'écrire des bêtises sur ces sujets très précis qui intriguent le béotien par leur aspect technique.

Notes

[1] Exemple: affirmer que Facebook est totalement public, que nous sommes cinq cents millions et des broutilles de personnes interconnectées qui ne se cachent rien et verrouiller son profil, bloquer des personnes pour se rendre invisible.

[2] Quelqu'un peut-il me dire comment on construit un agrégateur de contenu sur le nom d'Asensio pour l'afficher automatiquement sur sa page de profil FB? car Asensio a affirmé qu'un tel agrégateur se trouvait sur ma page (est-il conscient qu'il est très facile de vérifier qu'il n'en est rien? et qu'il n'est même pas évident que cela soit techniquement possible?), quant à "sa" page wikipédia, comme il l'a dit lui-même, tout est conservé et vérifiable; il est donc très étrange de nous accuser devant un tribunal d'avoir voulu la supprimer (etc, etc).

Comment naissent les opinions? Juan Asensio, un cas d'école

Ce n'est pas le plus important de Parti pris (j'en suis dans ma lecture au moment de la lettre à Otchakovsky-Laurens, c'est vous dire si d'autres événements sont plus douloureux et engagent davantage l'avenir), mais la citation que je mets en ligne ici me permet de répondre aux questions de quelques lecteurs.

Rappel du contexte (car c'est une histoire de longue haleine) :

Dans le journal 2007 paru en 2010, Une chance pour le temps, Renaud Camus raconte la façon dont Juan Asensio prend à parti les intervenants de SLRC (société des lecteurs de Renaud Camus).

Bien évidemment, en 2010, la lecture de ce récit rend Juan Asensio furieux, et il écrit alors un de ces billets furibonds dont il a le secret (sans avouer bien sûr que ce qui provoque sa fureur, ce sont ces quelques lignes de Camus que j'ai mises en ligne afin d'éclairer le billet d'Asensio (je suis trop bonne)).

Aujourd'hui, en juin 2011, le journal 2010 nous fait part de la réaction de Renaud Camus à la lecture du billet d'Asensio (au passage, on reconnaîtra le mécanisme d'auto-alimentation du journal, mécanisme identifié par Catherine Rannoux.

Dimanche de Pâques, 4 avril, onze heures vingt, le soir. Comment naissent les opinions? J'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas de question plus intéressante (elle est un autre titre possible pour Du sens). Et, à cet égard, le cas Juan Asensio est fascinant, décidément, à cause de son exceptionnelle pureté — toutes les délicatesses et tergiversations qui embrouillent un peu l'observation, en général, sont ici effacées, de sorte que c'est presque trop simple.

J'ai déjà résumé l'histoire. M. Asensio me trouve toutes les qualités (littéraires, au moins) et juge que Rannoch Moor, en tout cas, est un livre somptueux. Puis voilà que Didier Goux, un habitué du forum des lecteurs (du temps que celui-ci vivait car, pour l'instant, il est mort), cherche querelle à ce critique et déclenche, ce faisant, une guerre à laquelle je ne prends pas part, malgré les appels des deux parties, mais qui ravage ledit forum pendant des semaines. Asensio s'y montre d'une prolixité, d'une insistance et d'une violence verbale insupportables et même odieuses, ce que je me picote de noter dans mon journal, de même que ma résolution de n'avoir plus jamais affaire à lui. Las — si je puis dire... —, ce journal paraît, M. Asensio y prend connaissance de mon opinion à son sujet dans cette affaire, et, depuis lors, non seulement il me poursuit de sa vindicte, mais, et c'est le point auquel je voulais en venir, il trouve désormais que je n'ai aucun talent. Toutes les occasions lui sont bonnes pour exprimer cette opinion parfaitement légitime, certes, et peut-être fondée, mais qui ne peut pas ne pas être revêtue d'une forte portée comique par son caractère de retournement total au regard de l'opinion asensienne précédente. Je suis un écrivain admirable, nous nous brouillons, je suis un écrivain minable : c'est aussi simple que cela.

Renaud Camus, Parti pris, p.135

En recopiant cette page, je me suis demandé si je n'allais nuire à Renaud Camus (c'est-à-dire provoquer par mon intervention une réaction de JA qui n'aurait pas eu lieu sans cela), mais je ne le pense pas: quoi qu'il arrive, que je copie ou pas, Asensio va répondre, et je ne peux m'empêcher de penser que cela amuse Renaud Camus — plus exactement que cela pique sa curiosité, car le sujet de l'expérience est extrêmement réactif —, même si cela l'agace également.
Simplement, puisque c'est moi qui ai copié, je vais en prendre pour mon grade: Asensio est relativement prévisible.

S'agissant de la prévisibilité d'Asensio, Camus pose une question difficile:

Je me demande s'il me trouverait de nouveau «somptueux» si moi je le jugeais d'un commerce charmant, pacifique, délicat, et styliste hors de pair.

Ibid, p.127

Modèle

Je suis comme Juan Asensio, je fais l'impasse sur les trivialités de la vie.

Renaud Camus, Parti pris, p.204

Juan Asensio tente de détourner l'attention de son procès en attaquant Jean-Yves Pranchère

Juan Asensio tente une critique de l'article de Jean-Yves Pranchère paru dans Résistances à la modernité dans la littérature française de 1800 à nos jours.

Cependant, il apparaît assez vite que le fond de l'article n'est pas en cause; pour preuve les commentaires à la suite de la mise au point parue dans le blog d'Emmanuel Régniez ne discutent pas les thèses de l'article, ils célèbrent Juan Asensio et accusent le blog du 6 mars de censure (sans avoir conscience que nous nous amusons beaucoup trop à les lire et à les offrir à la lecture pour les censurer).

Il est assez difficile de suivre la polémique (car n'oublions pas qu'il s'agit avant tout pour Juan Asensio de faire oublier qu'il a fait l'objet d'un rappel à la loi et que l'article de Jean-Yves Pranchère n'est qu'un prétexte), il est assez difficile de suivre la polémique —disais-je— telle qu'elle se déploie dans les commentaires du blog Le 6 mars car Juan Asensio change d'heure en heure ses introduction et commentaires, rendant problématique toute tentative d'en reconstituer les arguments et contre-arguments (bien que le mot "argument" soit trompeur ici, car il donnerait à penser qu'il y a une véritable discussion, sur l'article pranchérien et non sur les personnes, ce qui n'est pas le cas).

Rappelons que Jean-Yves Pranchère a été invité à intervenir en colloques à plusieurs reprises par la société des amis de Chateaubriand et qu'il est l'auteur d'une thèse sur Joseph de Maistre et l'un des éditeurs de l'édition des œuvres choisies de Bonald aux éditions classiques Garnier.
Son article Tragique ou futilité anti-moderne? Chateaubriand, Maurras, Renaud Camus tente une analyse sérieuse et pondérée des différences ou ressemblances entre trois auteurs "réactionnaires" tentés par la politique. Vous en trouverez un large extrait sur le blog d'Emmanuel Régniez.



mise à jour le 11/04/2011 à 17h
Dans le billet destiné théoriquement à analyser les points soulevés par Jean-Yves Pranchère dans son article, Juan Asensio a pris violemment à partie Pierre Cormary, dont on ne comprend pas très bien ce qu'il vient faire là, entre Chateaubriand, Maurras et Renaud Camus.
Pierre Cormary lui répond en récapitulant les diverses attaques dont il a régulièrement fait l'objet, et plus amusant, en recopiant d'heure en heure la loghorrée asensienne. C'est très instructif.

Remarque : si la fureur de Juan Asensio se déverse aussi librement sur Pierre Cormary, c'est sans doute qu'il est le plus vulnérable d'entre nous, n'ayant pas porté plainte et n'étant pas relativement protégé par les procédures en cours.
Chacun pèsera de lui-même les courages respectifs de Pierre Cormary, qui nous a apporté spontanément son soutien en sachant la colère qu'il allait déclencher, et de Juan Asensio, qui illustre en ces heures tout ce que je pense de son honneur et de sa dignité.

Juan Asensio : les véritables motifs de la procédure pénale

Certains d'entre vous savent que suite à une plainte déposée en 2009 par Jean-Yves Pranchère et moi, une procédure pénale avait été engagée contre Asensio.

Juan Asensio a fait l’objet d’un rappel à la loi en date du 18 juin 2010. Le parquet lui proposait d'en rester là sous réserve d'indemnisation des parties civiles. Asensio ayant refusé toute indemnisation et donc toute conciliation, le parquet a décidé de reprendre les poursuites.

Je vous livre le contenu d la lettre que j'ai reçue il y a quelques jours afin d'éclaircir les motifs de la procédure. Il s'agit de vol de correspondance et d'accès frauduleux dans des système informatiques. Tout ce qu'Asensio peut prétendre de différent est faux.

TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE PARIS
1 Quai des Orfèvres 75059 PARIS RP - SP
Le 09 février 2011

Parquet du procureur de la République
Service 11EME CHAMBRE/2
N° d'affaire : 0934803013

Première audience au fond

J'ai l'honneur de vous faire connaître qu'à la suite de la procédure engagée contre M. Juan, Joseph, John ASENSIO, prévenu(e) de

ACCES FRAUDULEUX DANS UN SYSTEME DE TRAITEMENT AUTOMATISE DE DONNEES,
Infraction prévue par ART. 323-1 AL.l C.PENAL., et réprimée par ART. 323-1 AL.l, ART.323-5 C.PENAL., faits commis à Paris en tout cas sur le territoire national entre novembre 2008 et septembre 2009 et depuis temps non prescrit,

ATTEINTE AU SECRET DES CORRESPONDANCES EMISES PAR TELECOMMUNICATION,
Infraction prévue par ART.226-15 AL.2 C.PENAL., et réprimée par ART.226-15 AL.2, ART.226-31 C.PENAL., faits commis à Paris en tout cas sur le territoire national entre novembre 2008 et juillet 2009 et depuis temps non prescrit,

L'affaire sera examinée à l'audience du Tribunal de Grande Instance de Paris, 4 Boulevard du Palais, 75055, PARIS CEDEX 01 le 09 mars 2011 à 09H00, 11EME CHAMBRE/2, SALLE D'AUDIENCE DE LA 11EME CHAMBRE
L'audience est publique et chacun peut venir, qu'il soit intéressé par le fond (l'utilisation d'internet) ou par la forme (la procédure judiciaire).

ajout le 10 avril 2011: Juan Asensio tente de détourner l'attention des chefs d'accusation clairement exposés ici en s'attaquant à un article de Jean-Yves Pranchère sur un tout autre sujet. Celui-ci fait une mise au point sur le blog d'Emmanuel Régniez.

ajout le 15 février 2015: Finalement l'audience du 9 mars ne servira qu'à un report et nous serons entendus le 6 octobre 2011. Après une première condamnation et une seconde, il renoncera finalement à se pourvoir en cassation.

L'avis de Renaud Camus sur le comportement de Juan Asensio

Une chance pour le temps est paru en janvier dernier. Il y a donc plusieurs mois que j'aurais pu mettre en ligne ce qui va suivre.
Je ne l'avais pas fait d'une part pour éviter tout triomphalisme (puisque cet extrait porte le même jugement que moi sur Asensio); d'autre part parce que j'aurais eu l'impression de tirer sur l'ambulance puisque j'ai depuis déposé plainte contre Asensio dans une autre affaire.
Mais puisque Asensio s'est autorisé récemment des commentaires plus que violents à propos d'un passage d' Une chance pour le temps, il me semble légitime d'en donner ici l'intégralité afin que les quelques lecteurs intéressés puissent comprendre de quoi parle JA.

Je commente en notes de bas de page.
Ce sera un peu indigeste quand mes commentaires seront longs car je ne peux revenir à la ligne dans les notes de bas de page. Veuillez m'en excuser.

Le site de la Société des lecteurs est secoué depuis une semaine d'une terrible querelle, à laquelle je n'ai Dieu merci aucune part et dont je me tiens rigoureusement éloigné, sans hésitation et sans regret. A l'origine elle opposait Didier Goux, ce journaliste et ghost writer qui est venu nous voir ici en décembre dernier avec sa femme, et nous avait alors invités au Bastard, à Lectoure; et Juan Asensio, le critique bien connu de la blogosphère — je veux dire que c'est sur les blogs, principalement, et d'abord sur le sien, "Stalker, dissection du cadavre de la littérature", qu'il exerce ses talents de critique.

Stalker, ou plutôt Juan Asensio, donc, s'est vu inviter à l'automne dernier à diriger et à composer un numéro spécial d'une revue nommée La Presse littéraire, numéro qui serait consacré aux écrivains dits infréquentables. Asensio m'a proposé d'écrire un article, pour ce numéro de la revue, sur l' infréquentable de mon choix — proposition que je déclinai faute de temps. D'autre part il voulait que me soit consacré un article dans ledit numéro, à moi à titre d' infréquentable. Paul-Marie Coûteaux était volontaire pour écrire cet article-là. Mais Paul-Marie Coûteaux est surtour lecteur de mon journal, et peut-être de Du sens: j'ai craint qu'il ne fasse de moi un portrait un peu attendu, en vieux conservateur ou réactionnaire à la plume alerte. Valérie Scigala, qui connaît bien les Eglogues et dont j'imaginais qu'elle tirerait son texte et mon portrait tout à fait vers l'autre versant, du côté du formalisme et de "l'écrivain d'avant-garde", pour aller très vite; et cela me paraissait bien préférable, et plus surprenant dans ce contexte d'hommages rendus, pour l'essentiel, aux "réactionnaires" (dont je suis aussi, certes, mais, en l'occuttence, le point étant acquis, il ne me semblait pas nécessaire de revenir sur lui). En fait, Valérie Scigala a écrit un article très général et très descriptif, sorte d'introduction pour tous ceux (et ils sont certes l'immense majorité, la quasi-totalité, même) qui n'ont jamais entendu parler de moi; et elle n'a pas du tout parlé des Egloques et des techniques et procédés qui y sont à l'œuvre[1].

Le numéro de La Presse littéraire est paru le mois dernier. Didier Goux, comme à peu près tout le monde désormais, a lui-même son blog et il y a parlé du dossier sur les "Infréquentables". Il a dit s'être précipité sur le texte à moi consacré par Valérie Scigala, qu'il admire beaucoup, pas seulement pour ses talents littéraires; et l'avoir trouvé très bon. Il a malheureusement ajouté — malheureusement de mon point de vue, car, comme Didier Goux est devenu un des grands animateurs du forum de la société de (mes) lecteurs, il me mettait dans une situation diplomatique assez délicate [2] (mais enfin il était parfaitement libre d'écrire sur son blog ce qu'il voulait) — ajouté, donc, que pour arriver jusqu'à ce texte de Valérie Scigala il fallait d'abord traverser la très indigeste et très ampoulée (je ne me souviens plus des termes exacts, mais ils n'étaient guère aimables[3]) introduction de Juan Asensio au numéro. Ce que voyant Juan Asensio (tous ces blogueurs se surveillent de l'œil les un les autres, et par un système de collationnement automatique ils sont aussitôt prévenus de tout ce qui s'écit sur eux)[4], il eut l'immense tort, à mon avis, de répondre, sur le blog même de Goux. Quelle idée! J'ai vu pour ma part qu'un des amis d'Asensio, sur un autre blog encore, le félicite de cet excellent numéro de revue mais déplore (je suis en train m'apercevoir que j'ai déjà parlé d'une grande partie de tout cela...) que tout de même la collection des infréquentables réunis soit par trop inégale, allant de Corneille à... (oui, j'ai déjà relevé ces trois petits points) Renaud Camus: eh bien il ne m'est pas venu une seule seconde à l'esprit de répondre à cette insulte qui d'ailleurs, bien que portant sur moi, ne m'était pas adressée, non plus que celle de Goux portant sur Juan Asensio n'était adressée à Asensio. En plus Asensio s'est acquis toute une réputation de critique, il y a eu de grands articles sur lui dans la presse généraliste, il est dans certains cercles une espèce de célébrité: que pouvait bien lui faire une insulte en passant d'un blogueur inconnu et tout à fait débutant (en son bloguisme)?[5]

Or non seulement Asensio a répondu mais il a voulu entraîner Valérie Scigala dans la querelle. Il l'a trouvée peu favorable à ce dessein. Elle a même fait état, je crois bien (je n'ai pas suivi tout cela directement), de réserves sur la revue et sur l'idée directrice du numéro dirigé par Asensio; et elle aurait regretté que je figurasse, moi, parmi de vrais infréquentables tels que Brasillac et Dantec.[6] L'expression de ce regret a mis Asensio en fureur (il semble qu'il suffise de peu) et il a reproché à Valérie Scigala, pas tout à fait à tort, de s'aviser un peu tard de la compagnie où je me trouvais dans la revue et dont il ne lui avait, d'emblée, rien caché: sa fine bouche rétrospective était, d'après lui, une trahison. Seulement il mit tant de violence à sa dénonciation de Valérie Scigala[7] que Goux, le principal responsable de la querelle, décida, par galanterie, de fermer son propre blog au critique irascible; lequel estima alors que non seulement on l'insultait, mais qu'en plus on l'empêchait de répondre. Sur quoi il ne fit ni une ni deux et transporta la querelle sur le forum de la Société des lecteurs puisque Goux (qu'il appelle Gousse, et c'est hélas caractéristique de ses procédés et de son style (mais Goux, il est vrai, l'appelle Juanito)) y intervenait souvent (mais pas à propos de lui). Et depuis lors ce n'est qu'une longue pétarade de noms d'oiseaux et de bouses de vache (pour rester poli, ce dont Asensio, au moins, ne se soucie guère).

Ce Basque est tellement violent et tellement prolixe que du côté du site des lecteurs tout le monde, après quelques jours, a baissé les bras, ce qui n'apaise pas du tout ce furieux. Au contraire, il s'est mis à accuser la compagnie d'incapacité à lui répoondre, de débilité, de nullité intellectuelle, de tout ce qu'on veut. Il est allé chercher le soutient de deux siens acolytes des blogs, Ygor Yanka et Germain Souchet, autres contributeurs du fameux numéro de revue; ou bien ils se sont manifestés tous seuls, attirés par l'odeur de la poudre et animés par le courageux désir de soutenir leur général. Goux croit à tort que ces trois pistoleros n'en font qu'un, et rien ne l'en fait démordre, ce qui est absurde. Mais bien plus absurde encore est Asensio, qu'on croirait n'avoir rien d'autre à faire que de porter le fer et le feu du matin au soir sur ce pauvre forum qui n'en peut mais: on en est ce soir à sa trente et unième intervention!

Dimanche 18 mars, neuf heures et quart, le soir. Ceux qui ne savent pas croient, bien à tort, que j'ai un rapport quelconque avec la tradition éructante de l'extrême droite française, laquelle non seulement m'est totalement étrangère, mais que j'ai le plus grand mal à supporter. Asensio et les siens me pressent tous les jours d'intervenir dans la querelle qui ravage le forum de la Société des lecteurs; et avec chaque jour qui passe je suis moins tenté de le faire.

Cette querelle n'a d'ailleurs rien d'une guerre civile, puisqu'elle oppose des habitués du forum, tous du même côté, à des éléments extérieurs, Asensio et ses amis, qui s'avancent en pays conquis. A Franck Chabot, le webmestre, qui me demandait mon avis, je recommandai hier la méthode Koutouzov, le recul infini, la terre brûlée. A mesure que les envahisseurs disposent de plus de place ils se perdent eux-mêmes et se déconsidèrent plus sûrement[8]. C'est vrai surtout pour Asensio, qui a dit dix fois qu'il ne reviendrait plus jamais, que cette intervention-ci ou celle-là était la dernière de sa part, qu'il était trop bon de perdre son temps avec des imbéciles (il a recours à des termes plus vifs) tels que les habitués de ce forum; et qui revient toujours, à cause de l'impossibilité où il est de se résoudre à n'avoir pas le dernier mot. Même s'il avait eu raison il en aurait perdu depuis longtemps tout le bénéfice intellectuel et moral par ce terrible besoin qu'il étale de voir sa victoire officiellement consacrée et la supériorité qu'il se prête dûment établi.

C'est incompréhensible: que peut bien faire à un critique dans une certaine mesure reconnu comme il l'est l'assurance qu'il l'a bien emporté sur des amateurs, sur des inconnus, des indifférents? Si j'étais encore plus loin de tout cela que je ne le suis je pourrais presque trouver émouvante la formidable insécurité que révèle cette attitude, cette exigence enfantine que tout le monde voie bien sur lui les lauriers.[9] Mais il n'y a pas de victoire, encore moins de lauriers — juste une pathétique insistance à convaincre de leurs torts des malheureux auxquels, dans le même mouvement, on assure qu'il sont des moins que rien (et une nouvelle fois j'édulcore considérablement).

Encore n'avais-je pas connaissance hier du message qui au tout début de la querelle a incité Didier Goux à fermer son blog à Asensio: celui-ci écrivait sur Valérie Scigala des choses inimaginables de muflerie, de grossièreté et de bassesse. C'est Valérie Scigala qui a elle-même porté ces phrases abjectes à la connaissance des visiteurs du forum. Elles ne sont pas pardonnables et elles relèvent d'un style de vie, d'un style d'être, d'un type humain — dont on ne saurait trop se garder sa vie entière. De la mienne en tout cas exit Juan Asensio, sans regret de ma part (et d'autant moins qu'il n'y tenait guère de place).

Renaud Camus, Une chance pour le temps, (journal 2007), p.104-108

«Elles ne sont pas pardonnables et elles relèvent d'un style de vie, d'un style d'être, d'un type humain — dont on ne saurait trop se garder sa vie entière.» : exactement.

Deux derniers points:
- Pour ceux à qui cela pourrait servir, un vrac de liens autour de JA ;
- merci de rester courtois et mesuré dans vos commentaires: n'oubliez pas qu'il y a une instruction en cours. Exposez objectivement votre opinion, soignez la forme. N'oubliez pas que si vous regrettez ce que vous avez écrit, vous ne pourrez pas l'effacer.

Notes

[1] J'ai répondu ailleurs à ce point (que "mes" lecteurs habituels me pardonnent, je farcis mes commentaires de liens à l'intention des visiteurs de passage.)

[2] Le plus drôle, comment dire, c'est que je me suis vue dans la même situation (délicate). Il se trouve que je partageais l'avis de Didier Goux sur le style d'Asensio, mais que par loyauté (JA était le rédacteur en chef du numéro dans lequel j'écrivais), par reconnaissance pour le travail accompli, aussi (énorme travail de relecture), je ne voulais pas, je ne pouvais pas, le dire: donc c'est parce que je ne voulais pas dire ce que je pensais de son style que j'ai botté en touche en disant que je ne défendais pas quelqu'un de systématiquement agressif et goujat... C'était par souci de ménagement, le croirez-vous...

[3] Voici: «Je suis plongé depuis ce matin, dans le hors-série de La Presse littéraire. Ce que j'en ai lu jusqu'à présent me semble de bonne tenue et d'harmonieuses proportions. Il est d'autant plus navrant de voir l'édifice partiellement gâché par son narthex, je veux parler de l'article d'ouverture de Juan Asensio, rédigé dans un style calamiteux, d'un pompeux m'as-tu-vuisme, qui mène sa prose jusqu'à la frontière du lisible.»

[4] Précision: à ma connaissance, aucun des blogueurs que je lis n'a créé de "Google alert" sur son nom!

[5] Ici je ne comprends pas Renaud Camus: Goux n'a émis qu'un jugement, un jugement catégorique, ironique, mais de là à appeler cela une insulte... Vexant oui, insultant non. Si c'est vrai JA doit travailler, si c'est faux DG se ridiculise, voilà tout. A chacun de se faire son opinion en lisant JA. (Vous trouverez ici un extrait de l'introduction en cause.)

[6] En fait, il s'agit ici de l'interprétation que JA a retenue des premiers commentaires intervenus ici. Cependant, si l'idée de réunir tous les infréquentables dans une même revue me paraît une erreur de stratégie quand on ne tire pas de fierté particulière à être connoté très à droite, cela n'aurait pas été une raison pour moi de refuser d'écrire dans la revue (dans mon commentaire, j'essaie surtout d'apaiser Etienne): après tout, Renaud Camus est assez grand pour gérer son image comme il l'entend (sans compter que les conseils qu'on lui donne en ce domaine sont contre-productifs). Non, la vraie raison que j'avais de refuser en novembre 2006 quand on m'a proposé d'écrire cet article, c'est que je savais qu'Asensio était peu recommandable: il venait de laisser des messages insultants dans plusieurs blogs amis. Si j'ai parlé de ses chaussures lors de la recension de la soirée, c'est que je préférais dire ce que je pensais de ses chaussures que de lui. Pourquoi avoir accepté, alors? Pour deux raisons: la première était que j'étais flattée que Renaud Camus me proposât l'exercice, et curieuse de voir si je pourrais le mener à bien. Je n'ai jamais évoqué jusqu'à ce jour la deuxième raison, plus sensible: c'est qu'à l'époque, les relations entre Renaud Camus et moi étaient loin d'être au beau fixe. En mai 2006 j'avais quitté le forum de la SLRC (à cause de Matton), forum qui végétait depuis; d'autre part RC et moi discutions pied à pied sur le forum privé de l'in-nocence. Que Renaud Camus me proposât d'écrire cet article signifiait qu'il restait fidèle à sa règle de "séparation des affects" (cf. Buena Vista Park, Notes sur les manières du temps, etc.), que nous pouvions être en total désaccord sur certains points sans que cela nuise à la confiance qu'il me portait. Qu'aurait-il pensé si j'avais refusé? Que je boudais? Certes j'aurais pu lui expliquer, preuves à l'appui, que travailler pour Asensio n'était pas une bonne idée, mais aurait-il eu la patience de m'écouter? N'aurait-il pas répondu «Oui, oui» tout en n'en pensant pas moins? Je n'ai pas pris ce risque, j'ai accepté (appliquant en cela cette même règle de séparation des affects: on me demandait d'écrire un article, pas de juger un individu. Il faudrait maintenant établir la liste des cas où il NE FAUT PAS suivre cette règle).

[7] Admirons comment Asensio avait infléchi le débat: il s'agissait au départ de donner une opinion sur son style, à la fin de juger mon comportement.

[8] C'est bien pour cela que Franck Chabot n'aurait pas dû mettre les-dits messages hors ligne: ils constituaient une preuve de "la méthode Asensio" dont celui-ci se vante sur son blog.

[9] C'est sans doute la raison pour laquelle le cercle des blogueurs que je fréquente l'a toujours en quelque sorte materné et jamais réellement pris au sérieux. La pitié n'est jamais loin.

Sagesse populaire

Le sot montre à tous le trou dans son tapis, le sage met le pied dessus.

L'Isolation

Dans les dernières pages de ce journal, l'auteur craint que celui-ci ne soit pas "un grand cru" (par rapport à Rannoch Moor, journal préféré de beaucoup de lecteurs.)

Il a raison. C'est un journal pauvre (au sens où une terre est pauvre), aride, âpre. Peu de voyages, peu de lectures, l'auteur est coincé face à ses pensées lugubres (pendant les six premiers mois) puis face à sa mère et des problèmes de chauffage d'une nouvelle ampleur (novembre sans chauffage: j'en frémis).

Reviennent les rabâchages "politiques", exaspérants non dans leurs observations, souvent justes hélas, mais dans la théorisation crispée qu'ils entraînent: c'est la faute de l'immigration.
Or Renaud Camus peste depuis toujours contre l'impolitesse et l'incivilité (lire par exemple Notes sur les manières du temps) et la dégradation des paysage (cf. un voyage en avion dans Journal de Travers), et cela bien avant de trouver l'immigration comme explication générale et universelle à la dégradation du cadre de vie et des bonnes manières.
Bref, il n'est pas crédible. Sa façon de tordre le réel pour arriver aux conclusions qu'il souhaite est exaspérante. (Il me fait penser à ces chefs d'entreprises qui commandent un audit pour faire confirmer ce qu'ils veulent penser — malheur à l'auditeur qui arrive à la conclusion inverse!) C'est surprenant.

Dans mes moments d'indulgence je me dis que c'est sans doute le signe d'un grand désespoir.
Dans mes moments de sévérité, je sais que protester ne fait que convaincre Renaud Camus d'insister davantage.

Autre sujet de désespoir, l'état de la langue. Ce sujet me fait plutôt rire par sa variété et son invention, même si je suis toujours un peu éberluée par les tournures relevées.
Mais il est si facile d'éviter ces phrases calamiteuses. Le paradoxe est le suivant: lire Renaud Camus m'aura permis de rencontrer des amis amoureux de la littérature et d'échapper à mon quotidien de RER, tandis que lui, au milieu du Gers, semble vivre dans une barre de HLM de la Seine-Saint-Denis.
Passons.

Désespéré, ce journal l'est. L'explication est d'ailleurs donnée : «Il y a aussi que je travaille trop.» (p.92)
Combien de livres en cours? Relecture de Rannoch Moor, journal de 2006, troisième églogue, copie au net de Journal de Travers, Anthologie de l'amour des hommes, Commande publique, et engagement d'écrire Théâtre ce soir.
C'est de la folie. Je songe à L'homme à la cervelle d'or.

Le cœur serré on assite à de nouveaux engagements de dépenses. «Dépenser moins pour travailler moins!», a-t-on envie de crier à travers le temps et les pages (car quand arrive le journal, il est trop tard: trop tard pour crier, trop tard pour visiter les expositions, trop tard pour voir les films: trop tard, trop tard, trop tard. (Cependant c'est désormais moins vrai: pour celui qui veut mettre ses pas dans les pas du Maître pendant qu'il est encore temps, il y a la chronologie (sauf que pour me faire mentir, il n'y a pas d'entrée en 2009. Etrange. Décision, problème technique, interdiction de l'éditeur?)).

Il reste le plaisir des mots, des formules détournées, de l'art de la chute.
Ce journal s'ajoute à Sobrarbe et à Rannoch Moor dans la liste des outils pour les Eglogues.
Signalons au passage que les dents sont devenues un thème de L'Amour l'Automne.

Journal âpre, donc. J'ai passé quelques instants aujourd'hui à lire la chronologie, dans l'espoir de comprendre ce qu'il advenait de la chaudière. La suite, la suite!!

compléments webmatiques
Je n'ai pas réussi à trouver la trace des discours de Camille Aboussouan. (p.71 à 73 du journal).
La critique de Rannoch Moor par Asensio est ici. (p.295)
Le récit du voyage des Goux est ici. (p.531)
L'adresse du blog de Philippe[s] pour les rares qui ne connaîtraient pas est celle-ci (peintre-graveur, nous dit l'index : ??! [1]). (p.191)

Notes

[1] NdlR : Ce n'est pas lui

Extrait de la préface des Infréquentables de Juan Asensio

En novembre 2006, Renaud Camus me demandait d’écrire l’article qui devait paraître dans le numéro de la Presse littéraire consacré aux «Infréquentables». Bien qu’ayant quelques réserves personnelles à l’encontre de Juan Asensio, rédacteur en chef de ce numéro, j’acceptai, estimant qu’il s’agissait d’un travail à rendre, et non d’un vœu de perpétuel dévouement à un blogueur que je ne lisais que rarement, et toujours avec surprise, tant sa violence gratuite me paraissait théâtrale et enfantine.

Les relations furent polies. Je savais dès l’origine que nous rencontrerions des problèmes: en effet, malgré ma demande, JA ne me donna pas de nombre de signes à respecter ni de consignes de mise en page comme il est coutume d’en donner (je tiens les mails échangés à disposition, en d’autres termes, je possède les preuves de ce que j’avance). Je mis cela sur le compte de l’inexpérience et prévus des grincements de dents lors de la mise en page définitive. La suite me donna raison: JA se retrouva avec des articles trop longs pour le nombre de pages de la revue et dut en sacrifier quatre.
De même, sa relecture très attentive fut la source d’un peu d’étonnement: il ne semblait pas connaître certaines constructions légèrement vieillies, ni percevoir la très légère ironie ou l’emphase que pouvait produire le fait de les utiliser (là encore, échange de mails disponibles).
Bast, tout cela n’était pas bien grave. J’acceptai quelques corrections par politesse et refusai celles qui touchaient à l’exactitude de ce que je voulais exprimer.

La revue parut, JA voulut que j’en fasse la publicité sur mon blog. Il n’est pas dans la tradition camusienne de faire de l’auto-promotion, mais par politesse toujours, je me pliai à sa demande. Bien entendu, les premières réactions furent la surprise peinée: comment avais-je pu accepter de faire paraître un article sur Renaud Camus aux côtés de Brasillach and co, me demandèrent les lecteurs fidèles? Réponse: Renaud Camus lui-même me l’avait demandé, j’avais écrit un article littéraire et non politique.
Juan Asensio n’était pas content: comment, je ne défendais pas "Les infréquentables"? Eh non, les infréquentables, il faut bien l’avouer, me sont à peu près indifférents (cela se transforma sous sa plume en «Valérie Scigala insulte les autres auteurs de la revue»). D’autres «fidèles», rameutés par JA, vinrent argumenter sur mon blog. (Cela reste pour moi un mystère: comment de grands garçons d’un naturel plutôt agressif peuvent-ils ainsi se laisser mener par le bout du nez par JA? Qu’espèrent-ils, que leur doivent-ils, que comprennent-ils à ses écrits pour ainsi le servir?)
Quoi qu’il en soit, les choses en seraient sans doute restées là sans Didier Goux, qui commença ainsi un article sur son premier blog aujourd’hui disparu:

Je suis plongé depuis ce matin, dans le hors-série de La Presse littéraire. Ce que j'en ai lu jusqu'à présent me semble de bonne tenue et d'harmonieuses proportions. Il est d'autant plus navrant de voir l'édifice partiellement gâché par son narthex, je veux parler de l'article d'ouverture de Juan Asensio, rédigé dans un style calamiteux, d'un pompeux m'as-tu-vuisme, qui mène sa prose jusqu'à la frontière du lisible.

Mortifié, Juan Asensio invectiva Didier Goux et m’appela à son secours.
Las, je ne le défendis pas. Je lui fis quelques remarques polies, le remerciant du travail fourni, etc, mais sur le fond, je lui dis qu’il n’était pas dans mes habitudes de venir au secours de quelqu’un d’inexplicablement agressif et manquant d’élégance morale (Je me cite: «Vous [JA] avez parlé de mon "dégoût", et vous parlez de "pseudo-mâles": voyez-vous, mon dégoût va aux commentaires [1] que vous avez laissés chez Slothorp en d'autres temps, et si c'est cela un mâle, j'appelle cela un mufle. Il est deux qualités que j'apprécie chez les hommes: la gentillesse et l'élégance, l'élégance morale avant tout, une paire de chaussures n'y suffit pas.» (Et si j’en crois mes informateurs, JA est toujours aussi incapable de saisir l’attrait irrésistible d’un Pascal Zamor ou d’un Jean-Yves Pranchère, sachant nous faire partager leurs connaissances ou leurs enthousiasmes sans nous écraser de leur savoir, avec humour et légèreté. Ou alors, sans le comprendre, JA ne le ressent que trop, et c’est ce qui le rend fou : oui, c’est effectivement le plus probable.)

Il y avait bien sûr une autre raison à ma façon de botter en touche : c’est que je partageais l’avis de Didier Goux, et que je ne voulais pas le dire, pour ne pas nuire à la revue et ne pas être discourtoise avec quelqu’un qui avec qui j’avais travaillé dans de bonnes conditions.

Ainsi, je ne dis rien à Juan Asensio de ce que je pensais de sa façon d’écrire.
Mais aujourd’hui, deux ans et demi plus tard, il y a prescription. Une rumeur insistante m’informe qu’il a de nouveau commis un billet haineux (je ne vais jamais sur son site depuis que j’ai compris qu’il vit pour et par ses statistiques ; j’ai hélas des amis moins rigoureux), je vais donc faire un commentaire ligne à ligne d’un extrait de l’introduction qui avait provoqué la remarque de Didier Goux, en retenant les quelques lignes concernant Renaud Camus.

Mon cher Juan, je suis sûre que tu ne m’en voudras pas, car tu écrivais chez Didier le 11 mars 2007: «Je n'ai jamais refusé une critique et je réponds à toutes: je passe mon temps, ici-même, à demander à l'imbécile Gloups qu'il dépasse le stade de l'impression, ce qu'il ne semble pas vraiment parvenir à faire.»
(Et je ne doute pas que ta réponse va être un monument de courtoisie et d’arguments soigneusement pesés, dans le style inimitable (heureusement) qui est le tien.)

Reprenons: malgré son aspect bulldozer, Didier est sans doute bien trop gentil pour «dépasser le stade de l’impression», (la preuve, il t’a pardonné, tandis que de moi, tu n’obtiendras que du mépris tant que tu n’auras pas reconnu publiquement tous tes mensonges), et donc je vais m’en charger, comme je m’étais promis de le faire à ta prochaine agression.

Je commence par donner une vue d’ensemble du texte que je vais commenter, afin que ceux qui ne connaissent pas ton style incomparable puisse s’en faire une première idée, puis je le reprendrai ligne à ligne. Nous constaterons alors que si JA a quelques bonnes idées, il s’acharne à les rendre obscures, et plus étrange, à en prendre le contrepied dans la même phrase, tant et si bien qu’on ne sait plus ce qu’il faut comprendre ni ce qu’il voulait dire.
On est amené à se demander ce qu’il comprend de ce qu’il écrit, et partant de ce qu’il lit. (Mon principal ressenti en lisant JA est la stupeur).

NB : Je souligne sur cette vue d’ensemble les adverbes en -ment, afin de mettre en évidence un tic stylistique juanien. Les italiques et les notes de bas de page appartiennent au texte d’origine.

Conservateur voire réactionnaire (en plus de la méfiance à l’égard des « forces du Progrès » s’ajoute la volonté d’en découdre et, surtout, la vision plus ou moins fantasmée d’une lointaine Origine censée nous assurer la reprise de quelque immémorial Âge d’or) mais surtout esprit religieux, cette première tentative de définition, on le remarque rapidement, est parfaitement incapable de rendre compte de l’ostracisme dont souffre l’infréquentable Renaud Camus, que j’étonnerais sans doute et peut-être même scandaliserait durablement si je lui soufflais, ex abrupto ou plutôt ex cathedra, que ses ouvrages, alors même que leur auteur multiplie avec talent les formes d’écriture et les angles d’attaque, peuvent commodément trouver une place dans la catégorie elle-même sujette à discussion de «logocrates» [2], dans laquelle Georges Steiner enfermait prudemment Joseph de Maistre, Martin Heidegger ou encore son ami Pierre Boutang. Certes, on peut, comme j’ai tenté de le faire dans un article évoquant le superbe Rannoch Moor [3], rapprocher la démarche éminemment cratylienne de cet écrivain de race (tant pis pour les imbéciles que je choquerai en employant ce fort vilain mot), soucieux de ne point tenir une plume pour seulement divertir ses lecteurs, de celle d’un Boutang affirmant dans son Art poétique l’excellence de la langue française. Evidemment, de telles catégories conviennent encore moins à un auteur tel que Frédéric Rolfe, surnommé le baron Corvo, dont la carrière littéraire aussi intense que scandaleuse n’a pu trouver dans ces pages, je le regrette, sa place. Et combien d’autres qui assurément ne peuvent être parqués, à moins qu’on ne fasse fi de la subtilité de leurs œuvres et de leurs propres réserves quant à la propreté de leur cage, dans cette catégorie paradoxale définie par Steiner, un peu trop visiblement pressé de se débarrasser de rivaux qui le fascinent ?

Il y a donc plus disais-je, ou peut-être, puisque la marque de notre époque est de tirer irrésistiblement vers le bas les réalités les plus hautes, ou peut-être, il y a moins. Car enfin, je ne suis pas certain qu’un auteur tel que Renaud Camus accepterait je le répète aussi facilement d’être portraituré de si grossière façon: le «logocrate» fait le pari d’une transcendance, d’abord celle des mots dont il se sert avec respect, ensuite, celle d’un Ailleurs (celui de Joseph de Maistre n’est bien sûr pas le même que Martin Heidegger, qui n’a sans doute lui-même rien à voir avec celui de l’inflexible Pierre Boutang) que les mots reflètent et cachent tout à la fois selon Pascal. Banalement, le logocrate, Steiner l’admet bien volontiers, est d’abord un écrivain de talent, parfois de génie, sa matière est le langage.

Se servir des mots comme d’une pâte qu’il s’agit de faire gonfler, plus qu’une image commode, oriente notre tentative de définition de cette notion décidément floue que constituent les infréquentables vers une dimension stylistique qu’il sera peut-être plus facile de caractériser. Car l’infréquentable est d’abord un écrivain dont le moins que l’on puisse dire est qu’il a quelque style, tant pis si celui-ci est réputé provenir de droite [4] (à moins que tout ce qui vient de ce camp ne soit décidément parfaitement inacceptable). Le cliché, certes seriné depuis des lustres, suffit toutefois à déclencher les foudres de nos petits Jupiter parisiens qui préfèrent aux amples expectorations de Saint-John Perse ou aux puissants versets de Claudel la prose microcéphale de Ponge et de ses milliards de clones tout aussi minuscules : Cioran s’extasiant sur les vertus de la phrase de Joseph de Maistre au point qu’il consacre au sulfureux auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg l’un des plus étonnants exercices d’admiration, Georges Steiner défendant Pierre Boutang dont l’œuvre politique, métaphysique et littéraire, cela ne fait aucun doute dans l’esprit des Réelles présences, est une des toutes premières du siècle, voici deux exemples caractéristiques de que nous pourrions appeler une espèce de sidération. C’est que le grand écrivain, ou plutôt l’écrivain véritable [5] se fait de l’écriture une conception éminente, que l’on ne saurait en aucune façon réduire aux ridicules jeux de langue si chers aux tripoteurs de la déconstruction ni même aux maigres sottises oulipistes, fussent-elles enrobées d’une glue où se colleront les bavardes et insignifiantes Cixous, bourdonnant comme quelque mouche zélée autour d’une loupiote à la lueur chiche. L’infréquentable, s’il sait écrire (et nous voyons que cette simple qualité suffit à faire de lui, par avance, un homme enfermé dans un in-pace où les vertueux sans style le tiennent à l’écart), sait aussi que ce don, cette vocation (qui est appel, vocatus, se plaisait à répéter Bernanos), il doit en rendre compte, il en est responsable. Nous revenons ainsi à notre point précédent qui pose problème: la question de la transcendance — pas seulement, donc, celle de la métaphysique [6] — barre systématiquement la conception d’un langage compris non tant comme une construction d’une redoutable complexité dont quelque savant programme informatique chomskien parviendra tôt ou tard à casser le code que comme trace, au milieu des hommes et favorisant leurs échanges (ou créant au contraire une dangereuse cacophonie), du Dieu enfui selon Höderlin ou éclipsé selon Buber.

Affirmer la prééminence du style, c’est-à-dire, d’une écriture travaillant sur sa propre matière spiritualisée, c’est donc poser, peut-être bizarrement, l’existence de Dieu, grammairien par excellence, à moins qu’on ne suppose la présence, étrange, parodique et, pour le dire d’emblée, parfaitement vaine à nos yeux, d’un écrivain choisissant avec une maniaquerie maladive tel vocable érudit plutôt que tel autre à seule fin de ciseler ses bibelots sonores, de tailler dans la substance la plus rare ses décadents émaux et camées qui raviront peut-être quelque futur Des Esseintes collectionneur de pierres rares.

Juan Asensio, "ouverture" des Infréquentables, La Presse littéraire HS n°3, mars 2007, p.12 à 14



Passons maintenant à l’analyse ligne à ligne. J’y mets de la bonne foi, j’essaie réellement de comprendre comment s’articulent les différentes phases du texte.

  • Conservateur voire réactionnaire (en plus de la méfiance à l’égard des « forces du Progrès » s’ajoute la volonté d’en découdre et, surtout, la vision plus ou moins fantasmée d’une lointaine Origine censée nous assurer la reprise de quelque immémorial Âge d’or)

OK. Parlant de qui je connais (Renaud Camus), évoquer l’origine comme âge d’or à retrouver ou à reprendre (pourquoi les italiques ?) est pertinent.

  • mais surtout esprit religieux, cette première tentative de définition, on le remarque rapidement, est parfaitement incapable de rendre compte de l’ostracisme dont souffre l’infréquentable Renaud Camus,

OK pour une part : RC n’est effectivement pas religieux (voir Vigiles p.18)
Cependant je ne comprends pas le rapport entre ostracisme et esprit religieux. Souffrirait d’ostracisme tout esprit religieux, et Renaud Camus n’étant pas religieux, ne devrait pas souffrir d’ostracisme?
Ou: Renaud Camus n’étant pas religieux, l’ostracisme tient à autre chose?
Ce doit être ça, mais dans ce cas, il manque une précision à la phrase de JA: il fallait écrire que RC ne professait aucune foi. Sinon la transition logique est incompréhensible, sans compter qu’il reste à prouver que les esprits religieux souffrent d’ostracisme.

  • que j’étonnerais sans doute et peut-être même scandaliserait durablement si je lui soufflais, ex abrupto ou plutôt ex cathedra,

ex ante, ou plutôt ex nihilo,
entre la poire et le fromage, ou plutôt entre chien et loup,
(J’espère que les pages roses ne disparaîtront pas trop vite des dictionnaires).
(Voilà, JA, les enflures qui nous font sourire, puisque vous vouliez comprendre notre jugement sur votre style.)

  • que j’étonnerais sans doute et peut-être même scandaliserait durablement si je lui soufflais que ses ouvrages, alors même que leur auteur multiplie avec talent les formes d’écriture et les angles d’attaque, peuvent commodément trouver une place dans la catégorie elle-même sujette à discussion de «logocrates»

Pas compris. En quoi est-ce scandaleux?
Pour que RC soit scandalisé, il faudrait 1/ que l’opinion professée soit scandaleuse 2/ que celui qui la professe ait une quelconque importance aux yeux de RC (ce qui reste à démontrer: cf p.318 du Royaume de Sobrarbe, où JA qui attend en vain des remerciements de RC pour une critique qu’il a rédigée, se plaint auprès de l’écrivain de son manque de gratitude. Froidement, RC lui écrit que leurs relations peuvent en rester là ; JA s’incline et présente des excuses.)

  • Georges Steiner donne, comme références communes et incontournables aux auteurs qu’il qualifie de logocrates «le Cratyle, les fragments d’Héraclite et le poème de Parménide», Les Logocrates (L’Herne, 2003), p.14

En quoi être qualifié de « logocrate » est-il scandaleux ?
Cratyle, Héraclite, Parménide : trois philosophes que l’on retrouve dans les premières pages de Du sens. Pourquoi Renaud Camus devrait-il en être « scandalisé durablement » ?

  • dans laquelle Georges Steiner enfermait prudemment Joseph de Maistre, Martin Heidegger ou encore son ami Pierre Boutang.

Pas compris ce « prudemment ». Toute définition serait donc crainte de débordement?
Peut-être. Pourquoi pas.
Qu’est-ce que ça vient faire ici ?

  • Certes, on peut, comme j’ai tenté de le faire dans un article évoquant le superbe Rannoch Moor (note de bas de page :Voir Stalker, texte du 28 juin 2006. Ce texte a été repris sur le site de Renaud Camus intitulé Vaisseaux brûlés: http://www.renaud-camus.net/articles/stalker.html.)

Mouahhaahh.
Il faut savoir que JA terminait son commentaire du 11 mars 2007 chez D. Goux cité supra par : «[…] Camus, est infiniment mieux défendue par un texte CRITIQUE pertinent (par ex. sur Outrepas, sur Rannoch Moor, etc.) que par 10, 100, 1000 ou cent mille si vous le souhaitez sociétés des lecteurs, évidemment animées des meilleures intentions mais... comment le dire sans vous vexer, cantonnées à mes yeux à une joyeuse compagnie toute pressée de recevoir du Maître un sourire, une petite tape sur la tête. »
Mais bien sûr, Juan, mon cher Juanito, tu n’attends pas, toi, de petite tape sur la tête. (Mais sache bien que moi, au contraire de toi, je n’ai jamais, au grand jamais, envoyé un mail à RC pour lui signaler une de mes analyses, un de mes articles parus dans des revues universitaires (ou pour me plaindre de toi !! (lol (mais que tu es drôle, mon bon, que tu es amusant)). Sache que si je n’écris plus sur le forum de la SLRC, c’est aussi pour échapper à l’esprit de cour, à la tentation de la courtisanerie. Sache, mon très cher Juanito, que ce n’est pas sur mon blog que tu retiendras l’attention du Maître: il est fort probable qu’il n’en connaisse même pas l’adresse. (Ah, mon bon Juan, comment peux-tu, pourrais-tu, comprendre cela? Tu es si loin de toute fierté, ou même, de toute recherche de rigueur morale. Ah Juan, qu’il y aurait de choses à t’expliquer.)))

  • Certes, on peut […] rapprocher la démarche éminemment cratylienne de cet écrivain de race (tant pis pour les imbéciles que je choquerai en employant ce fort vilain mot),

Mon petit Juan… ** soupir**
Quand Renaud Camus a choqué avec ce mot de race, il évoquait les juifs, les Français, les Italiens, etc. Il évoquait «le génie de la race». Ne vois-tu pas la différence avec ton «écrivain de race», qui évoque la bête à concours? («Bon chien chasse de race», etc.)
Il ne suffit pas d’utiliser le mot race pour choquer, je suis désolée pour toi.
Et je suis désolée que ton but soit de choquer (que c’est ridicule), et triste pour toi que tu t’abaisses à le souligner par ta parenthèse.

  • cet écrivain de race soucieux de ne point tenir une plume pour seulement divertir ses lecteurs,

Là en revanche, c’est insultant, oui. Comment peux-tu écrire cela quand tu parles de littérature?

  • de celle d’un Boutang affirmant dans son Art poétique l’excellence de la langue française. Evidemment, de telles catégories conviennent encore moins à un auteur tel que Frédéric Rolfe, surnommé le baron Corvo, dont la carrière littéraire aussi intense que scandaleuse n’a pu trouver dans ces pages, je le regrette, sa place.

A qui la faute ? Qui n’a pas été capable de donner à chacun un nombre de signes à respecter ? Qui a remis en page tous les articles faute d’avoir pris la peine de donner des consignes précises à chacun ? (Les professionnels ne corrigent pas, mon bon Juan, ils renvoient l’article en demandant à son auteur de mettre son texte aux normes. Encore faut-il qu’il y en ait. J'ai été désolée pour toi, et stupéfaite, du travail que tu avais ainsi pris sur tes épaules: courageux, mais amateur.)

  • n’a pu trouver dans ces pages, je le regrette, sa place

exemple de syntaxe chantournée inutile.

  • Et combien d’autres qui assurément ne peuvent être parqués, à moins qu’on ne fasse fi de la subtilité de leurs œuvres et de leurs propres réserves quant à la propreté de leur cage,

Je vois bien la métaphore filée de la définition comme cage, mais son utilité m’échappe.
Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de propreté ? Un logocrate serait sale, c’est ça?

  • dans cette catégorie paradoxale définie par Steiner, un peu trop visiblement pressé de se débarrasser de rivaux

Ah. Pourquoi ? Est-ce vrai ? Cela manque de précisions, de développement. C’est ici qu’une ou deux phrases de plus seraient utiles, plutôt que remplir la page avec de longs adverbes.

  • de rivaux qui le fascinent. Il y a donc plus disais-je, ou peut-être, puisque la marque de notre époque est de tirer irrésistiblement vers le bas les réalités les plus hautes, ou peut-être, il y a moins.

OK. Ce n’est pas ce que je préfère comme effet de style, mais pourquoi pas.

  • Car enfin, je ne suis pas certain qu’un auteur tel que Renaud Camus accepterait je le répète aussi facilement d’être portraituré de si grossière façon: le «logocrate» fait le pari d’une transcendance, d’abord celle des mots dont il se sert avec respect, ensuite, celle d’un Ailleurs

En quoi faire le pari d’une transcendance serait-il offensant ? En quoi est-ce une portraiture ? En quoi la transcendance serait-elle grossière?
On dirait que ce n'est pas la même personne qui a écrit le début de la phrase et la fin. Que fumes-tu, Juan, à quelle heure écris-tu?

  • le «logocrate» fait le pari d’une transcendance, d’abord celle des mots dont il se sert avec respect, ensuite, celle d’un Ailleurs

Cela me paraît une qualité, pourquoi faut-il considérer cela comme un défaut, se sentir insulté d'être "portraituré"? Je ne comprends pas.

  • d’abord celle des mots dont il se sert avec respect, ensuite, celle d’un Ailleurs (celui de Joseph de Maistre n’est bien sûr pas le même que Martin Heidegger, qui n’a sans doute lui-même rien à voir avec celui de l’inflexible Pierre Boutang)

OK.

  • celle d’un Ailleurs que les mots reflètent et cachent tout à la fois selon Pascal.

Bon. Un peu lourd, mais tant pis. OK.

  • Banalement, le logocrate, Steiner l’admet bien volontiers, est d’abord un écrivain de talent, parfois de génie, sa matière est le langage. Se servir des mots comme d’une pâte qu’il s’agit de faire gonfler, plus qu’une image commode, oriente notre tentative de définition de cette notion décidément floue que constituent les infréquentables vers une dimension stylistique qu’il sera peut-être plus facile de caractériser.

Donc nous passons d’une idée de transcendance à une idée de stylistique.

  • Car l’infréquentable est d’abord un écrivain dont le moins que l’on puisse dire

C’est lourd. Je barre.

  • Car l’infréquentable est d’abord un écrivain dont le moins que l’on puisse dire est qu’il [qui] a quelque style, tant pis si celui-ci est réputé provenir de droite

Eh oui, tant pis.
(Arrête d’avoir l’air content comme un galopin fier d’avoir fait une bêtise quand tu parles d'écrivains de droite: tu n’as plus l’âge, assume tes opinions. Plus personne autour de toi n'est gauchiste, ou change d'amis (si tu en as).)

  • Rappelons que ce truisme est déjà présent sous la plume d’Albert Thibaudet qui écrit, dans Les idées politiques de la France (Stock, 1932) p.32: «Les idées de droite, exclues de la politique, rejetées dans les lettres, s’y cantonnent, y militent, exercent par elles, tout de même, un contrôle, exactement comme les idées de gauche le faisaient, dans les mêmes conditions, au XVIIIe siècle, ou sous les régimes monarchiques du XIXe siècle.» (à moins que tout ce qui vient de ce camp ne soit décidément parfaitement inacceptable).

Disons que si ce qui vient de ce camp est acceptable, tes motifs de colère disparaissent. Dès lors il est impossible que tu puisses envisager qu'on puisse écrire sereinement à droite car tu tiens à pouvoir t'emporter.

  • Le cliché, certes seriné depuis des lustres, suffit toutefois à déclencher les foudres de nos petits Jupiter parisiens

Que disais-je !

  • qui préfèrent aux amples expectorations de Saint-John Perse

Fais attention, tu utilises des mots trop grands pour toi. Tu voulais dire «expirations», I presume.

  • ou aux puissants versets de Claudel la prose microcéphale de Ponge et de ses milliards de clones tout aussi minuscules :

C’est tout à fait gratuit. Quand ta fureur te laissera quelques minutes de répit, lis donc Pour un Malherbe.

  • Cioran s’extasiant sur les vertus de la phrase de Joseph de Maistre au point qu’il consacre au sulfureux auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg l’un des plus étonnants exercices d’admiration, Georges Steiner défendant Pierre Boutang dont l’œuvre politique, métaphysique et littéraire, cela ne fait aucun doute dans l’esprit des Réelles présences, est une des toutes premières du siècle, voici deux exemples caractéristiques de que nous pourrions appeler une espèce de sidération.

Ça, c’est bien. Ce mot de sidération, ici: très bien.

  • C’est que le grand écrivain, ou plutôt l’écrivain véritable (Note de bas de page : La différence est de taille puisqu’à mes yeux un écrivain véritable peut se passer, par sa puissance visionnaire, de toute préciosité stylistique trop évidemment recherchée voire, à l’extrême limite, écrire mal. »)

Ce n’est pas que ce soit faux, mais tu veux trop en dire. Si tu devais dire tout ce que tu penses, il te faudrait bien plus de place, et bien plus de rigueur. Ici, il faut choisir. Sinon, tu embrouilles le lecteur, et tu donnes l’impression que ta pensée n’est qu’un immense cafouillage (N'est-ce qu'une impression ?)
Apprends à te faire confiance, prends ton temps, ne dis pas tout si tu n’as pas la place. «Il faut savoir faire des sacrifices».
Comment veux-tu qu’on s’y retrouve quand tu dis en quelques lignes qu’un infréquentable se caractérise d’abord par son style, pour ensuite aussitôt dire qu’il peut écrire mal, cela n’a aucune importance?
Ou alors tu appelles style la puissance de la pensée? Mais alors, dis-le, ne nous force pas à toutes ces déductions, pitié!!

  • C’est que le grand écrivain, ou plutôt l’écrivain véritable se fait de l’écriture une conception éminente,

Ah non, finalement, ce n’est pas que la puissance de la pensée, c'est malgré tout l'écriture.

  • une conception éminente, que l’on ne saurait en aucune façon réduire aux ridicules jeux de langue si chers aux tripoteurs de la déconstruction ni même aux maigres sottises oulipistes, fussent-elles enrobées d’une glue où se colleront les bavardes et insignifiantes Cixous, bourdonnant comme quelque mouche zélée autour d’une loupiote à la lueur chiche.

Mais si, mais non, je ne sais plus. Bref, l'écriture n'est pas un jeu sur le langage, c'est cela l'opinion que tu veux défendre?
Plusieurs remarques :
1/ tu connais bien mal le travail de RC. Je te recommande La Tour de Babil, de Pierssens. Sache que RC est fasciné par les fous du langage, Wolfson, Mallarmé, les anagrammes de Saussure, etc.
2/ Les mots féminins en u prennent un e sauf bru, glu, tribu. (Bled, école primaire. Mais tu es trop jeune, je sais. C’est bon pour cette fois.)
3/ Que vient faire ici cette pauvre Cixous? Tu as encore voulu trop en dire.

  • L’infréquentable, s’il sait écrire (et nous voyons que cette simple qualité suffit à faire de lui, par avance, un homme enfermé dans un in-pace où les vertueux sans style le tiennent à l’écart),

Donc finalement il n’écrit pas mal? (Décidément, je m’y perds).

  • sait aussi que ce don, cette vocation (qui est appel, vocatus, se plaisait à répéter Bernanos), il doit en rendre compte, il en est responsable. Nous revenons ainsi à notre point précédent qui pose problème

C’était bien, Juanito, cette idée de responsabilité. Mais «qui pose problème», il faut vraiment toute ton inconscience pour l’oser. Je n’en reviens pas. Ne sais-tu pas qu’il a existé des années 70, et que quelques scies sont depuis lors à éviter?
Renseigne-toi, je t’en prie, j’ai honte pour toi.

  • la question de la transcendance — pas seulement, donc, celle de la métaphysique (note de bas de page : « L’homme métaphysique est par nature réactionnaire », Dominique de Roux, Immédiatement (L’Âge d’Homme, coll. Mobiles, 1980), p.85)

Hum. Si je comprends bien, il faut reprendre ton raisonnement à l’inverse : l’infréquentable étant réactionnaire (cf. supra), il est métaphysique. Mais il est plus que métaphysique, il est appelé par une transcendance (avoue que je fais des efforts pour te suivre).

  • la question de la transcendance barre systématiquement la conception d’un langage compris […] comme trace, au milieu des hommes et favorisant leurs échanges (ou créant au contraire une dangereuse cacophonie), du Dieu enfui selon Höderlin ou éclipsé selon Buber.

Le verbe «barrer» ici… hmm.
Intéressant, mais je viens de considérablement alléger ta prose. Je redonne la version originale :

  • la question de la transcendance barre systématiquement la conception d’un langage compris non tant comme une construction d’une redoutable complexité dont quelque savant programme informatique chomskien parviendra tôt ou tard à casser le code que comme trace, au milieu des hommes et favorisant leurs échanges (ou créant au contraire une dangereuse cacophonie), du Dieu enfui selon Höderlin ou éclipsé selon Buber.

Il ne faut pas chercher à écrire compliqué pour avoir l’air intelligent. Ce n’est pas une bonne idée, crois-moi. On n’impressionne que les sots, les autres se détournent.
Transcendance et responsabilité, tu tenais quelque chose. A creuser (mais parle-ton encore des infréquentables, ne glisse-t-on pas vers la littérature? Ainsi que je l'ai écrit, il est probable que l'infréquentabilité soit tout simplement la marque de la littérature, et non d'un bord politique.)

  • Affirmer la prééminence du style, c’est-à-dire, d’une écriture travaillant sur sa propre matière spiritualisée, c’est donc poser, peut-être bizarrement, l’existence de Dieu, grammairien par excellence,

Intéressant à nouveau. Sais-tu que cela pourrait s’appliquer à Théâtre ce soir? (remarque anachronique, bien sûr).

  • à moins qu’on ne suppose la présence, étrange, parodique et, pour le dire d’emblée, parfaitement vaine à nos yeux, d’un écrivain choisissant avec une maniaquerie maladive tel vocable érudit plutôt que tel autre à seule fin de ciseler ses bibelots sonores, de tailler dans la substance la plus rare ses décadents émaux et camées qui raviront peut-être quelque futur Des Esseintes collectionneur de pierres rares.

Et voilà, tu venais de dire quelque chose d’intéressant, et tu gâches à nouveau tout.


Mon petit Juanito, tu as beaucoup de travail devant toi. Précise ta pensée et méfie des grands mots. Cette lecture m’a tant épuisée que je n’ai même plus le courage de me moquer.

Je précise cependant quelques points:
1/ Si tu cries à la victime, tant mieux, cela me fera plaisir.
2/ Si tu appelles RC à témoin, grand bien te fasse. Réfléchis cependant, tu ne vas faire que l’agacer. Si ton but, avec la pudeur qui te caractérise, est d’apparaître à tout prix dans son journal, continue.
3/ Menace d’attaques judiciaires si tu veux. Pour ma part, j’ai pris quelques mesures conservatoires. Je t’attends sereinement sur ce terrain si tu le souhaites. Les juges n’ont pas si souvent l’occasion de rire.
4/ Songe que Paris est petit et que nous nous reverrons.

Je t’embrasse, mon bon Juanito. J’espère que tu es soulagé, je t’ai enfin répondu, je me suis enfin occupée de toi. Tu vois que je ne suis pas si méchante.

Notes

[1] On m'informe le 24 juillet 2009 que ces commentaires ont disparu. Je conserve néanmoins un échange de mails à ce sujet avec JA, qui m'expliquait les dessous desdits commentaires. Bien entendu, ce mail ayant un caractère privé, je ne le publie pas. (Je remarque au passage que le billet de Slothorp ne précédait que de quelques jours ma rencontre live avec JA, ce qui explique la fraîcheur de mes impressions défavorables lors de cette rencontre.)

[2] Georges Steiner donne, comme références communes et incontournables aux auteurs qu’il qualifie de logocrates «le Cratyle, les fragments d’Héraclite et le poème de Parménide», Les Logocrates (L’Herne, 2003), p.14

[3] Voir Stalker, texte du 28 juin 2006. Ce texte a été repris sur le site de Renaud Camus intitulé Vaisseaux brûlés.

[4] Rappelons que ce truisme est déjà présent sous la plume d’Albert Thibaudet qui écrit, dans Les idées politiques de la France (Stock, 1932) p.32: «Les idées de droite, exclues de la politique, rejetées dans les lettres, s’y cantonnent, y militent, exercent par elles, tout de même, un contrôle, exactement comme les idées de gauche le faisaient, dans les mêmes conditions, au XVIIIe siècle, ou sous les régimes monarchiques du XIXe siècle.»

[5] La différence est de taille puisqu’à mes yeux un écrivain véritable peut se passer, par sa puissance visionnaire, de toute préciosité stylistique trop évidemment recherchée voire, à l’extrême limite, écrire mal.»

[6] «L’homme métaphysique est par nature réactionnaire », Dominique de Roux, Immédiatement (L’Âge d’Homme, coll. Mobiles, 1980), p.85

Et maintenant une page de publicité

Le 21 février paraîtra un numéro hors-série de la revue La presse littéraire consacré aux «Écrivains infréquentables».



Il fut dansé, sauté, ballé [enfin presque]

La salle s'éclaire, nous nous levons. Je cherche à repérer les têtes connues, presque personne, Eudes et son amie, je désigne à Zvezdo et Philippe quelques "personnages" des journaux (rencontrer en vrai des personnes de papier me trouble toujours autant (rencontrer des blogueurs aussi, "virtual people", d'ailleurs, il faut le temps que je m'habitue)): Hélène Guillaume, Rémi Pellet, Sophie Barrouyer, il me semble reconnaître Madeleine Gobeil, Madame Lloan, Jean-Paul Marcheschi,... (le problème des listes, c'est qu'on est sûr d'oublier quelques personnes, et généralement les plus évidentes). Je suis surprise et déçue de ne voir ni Didier ni Denis, ni Jean-Luc: ont-ils été prévenus (ils n'ont pas internet)?
Nous discutons un peu. Zvezdo n'a pas l'air trop choqué, la musique contemporaine doit vous préparer à tout, finalement, et puis je soumets mes lecteurs à un bachotage intensif ("mes" lecteurs: j'adore!) Il y a une soirée chez Jean-Paul Marcheschi pour ses amis et les adhérents à la société des lecteurs. J'essaie de tenter Philippe en lui parlant de la vue magnifique sur l'église Saint-Eustache que l'on a de l'appartement de Flatters, mais Philippe[s] n'est pas très tentable; il paraît posséder un goût modéré pour les bêtises et le n'importe quoi (il me fait remarquer très justement que lui a une vue sur la cathédrale de Chartres: c'est exact, et quelle vue: on a l'impression qu'on pourrait toucher la cathédrale en tendant le bras). Il ne peut pas rester, son dernier train part à 22 heures et quelques, fichue grève. Décidément ce n'est pas de chance, déjà à Bordeaux il avait été obligé de partir.

Nous sortons en papotant, (c'est alors que j'oublie mon chapeau, nom d'un petit bonhomme, quelle catastrophe), je n'ai absolument pas envie de les voir partir, ils ne se rendent pas compte, je ne connais personne dans ces soirées, moi, à chaque fois il faut afficher son sourire et trouver des sujets de conversation, c'est terrible, cela me terrifie, ce n'est pas pour rien que je ne voulais pas arriver en avance (heureusement Eudes sera là, il a changé d'avis à l'invitation expresse de Jean-Paul).
Zvezdo pose LA question : «Est-ce qu'il s'agit d'une secte?» Philippe[s] et moi, nous nous regardons, faisons la moue, soupesons notre réponse, parvenons spontanément à la même conclusion : non, ce n'est pas une secte, les lecteurs sont trop différents, leur centres d'intérêt trop variés. Philippe[s] avoue que lorsqu'il avait lu Passage il n'avait pas été enthousiamé, je ris en disant que si j'avais lu les Églogues lors de leur parution, j'aurais sans doute détesté. (Zvezdo n'a pas l'air de se rendre compte qu'il commence par le plus abrupt.). Nous évoquons les livres par lesquels commencer, Philippe[s] a une opinion arrêtée, les topographies ou les élégies, je suis plus évasive, le livre disponible chez le libraire le plus proche ou tout simplement Vaisseaux brûlés, en ligne.

Nous nous séparons devant les Halles, ils vont prendre la ligne 4 dans des sens opposés, je presse le pas je ne suis même pas sûre d'avoir le code, chic il y a encore des gens en train d'entrer, Pierre qui teste le code, je reconnais Marie (Borel), quelle bonne surprise.
Et tout s'enchaîne, l'appartement, beaucoup de monde, (les mêmes qu'à Beaubourg? j'ai un doute), nous sommes plusieurs (tous? pourquoi pas? c'est invérifiable) dans le même cas, à ne connaître personne ou très peu de monde, nous unissons nos solitudes, partageons notre faible connaissance des visages. L'amie de Eudes a un sourire éblouissant qui réchauffe et rassure, Eudes me désigne Vincent Dieutre qui fume à la fenêtre, nous parlons du journal, de choses et d'autres. Je crois qu'une fois de plus j'utilise alternativement le tutoiement et le vouvoiement, moins en fonction de mon interlocuteur qu'en fonction de la légèreté ou du cérémonieux des propos tenus, j'ai renoncé à contrôler ce travers car il exprime plus finement ma pensée que la contrainte du vouvoiement ou du tutoiement maintenu.

Je parle avec P., un adhérent de la SLRC que je rencontre à chaque AG (c'est lui qui me parle de l'aspect ludique de la lecture à laquelle nous venons d'assister), j'entends quelqu'un à côté de moi se demander à voix haute si des lecteurs des forums sont présents, je me présente, il s'agit de Rodolphe (correcteur, typographe? Enfin quelque chose comme ça). Rodolphe ressemble à M. le Maudit, en un peu plus grand et un peu moins pâle (ça c'est de la description, tant pis pour ceux qui ne connaissent pas M. le Maudit). La conversation s'engage et porte sur les sites, dans le genre:
(lui) — J'aime beaucoup **.
(moi, catégorique) — C'est un con!
(L'ami de Rodolphe est mort de rire, il sourit, ses yeux pétillent. Lui n'intervient pas sur les sites, pas si fou).
(Rodolphe, un peu surpris) — Ah. Et ***, j'aime beaucoup aussi, même s'il est fatigant.
P. — Oui, le deuxième degré systématique, c'est fatigant.
(moi) — Là, c'est plus difficile de donner mon avis, ** je ne le connais pas, je peux dire n'importe quoi ça n'a pas d'importance, mais ***, je le connais et il me hait.
(L'ami de Rodolphe est de plus en plus mort de rire.)
Rodolphe ouvre des yeux ronds : — Vous connaissez ***?
(Ben oui, quoi).
Rodolphe passe aux choses sérieuses :
— J'irais bien me présenter à Renaud Camus, mais je ne sais pas comment faire.
— Allez-y, il sera content de mettre un visage sur un nom. Il suffit de dire «Je suis Rodolphe» (geste théâtral des deux mains).
— Oui, oui, on m'a dit de faire comme ça, exactement. Mais (il murmure) j'ai peur de me retrouver dans le journal.
— Mais non, ne vous inquiétez pas, pour être dans le journal, il faut être connu.
P. intervient : — Mais vous y êtes, dans le journal.
— Oui, mais à peine, et je ne suis qu'un nom, personne ne sait qui est ce nom. (Je n'ajoute pas, parce que je ne sais pas m'expliquer à l'oral, qu'en fait un vrai nom dans un livre (ou sur un blog) vaut un pseudonyme, puisqu'il ne représente rien, ce n'est qu'une coquille.)
J'ajoute en riant : — Vous savez, je ne suis pas sûre que les gens qui redoutent de se retrouver dans le journal ne soient pas vexés s'ils n'y figurent pas... je pense à quelques personnes...
Rodolphe nous quitte, P. sourit : — Oui. Je suis dans La Campagne de France: il y a quelques années Hugo Marsan avait fait un méchant papier sur un journal de Renaud Camus, et j'avais envoyé à celui-ci un petit mot de soutien. Il m'a répondu très gentiment. Je me suis alors aperçu avec horreur que j'avais fait une horrible faute dans ma lettre, Renaud Camus a eu la gentillesse de la corriger avant de la mettre dans le journal. Je lui ai réécrit pour m'excuser de cette faute d'orthographe, il m'a répondu «Enfin un véritable paranoïaque!»

Ainsi continuent les conversations. Je vais voir Marie, rencontrée à Plieux:
— J'ai été furieuse de découvrir une semaine trop tard ta lecture à la Maison de la poésie. J'espère que je serai avertie de la prochaine à temps!
— Si tu veux, la prochaine a lieu le 19 novembre.
— Ah, super!
— Mais c'est à New York.
Je la regarde : — C'est malin!
En fait elle ne sait pas où cela va avoir lieu (je précise pour mes lecteurs new yorkais (mon imaginaire lecteur new yorkais)). C'est organisé à la Providence à Rhode Island, par ses amis Keith et Rosemarie Waldrop, éditeurs et traducteurs de sa poésie. Leur maison d'édition s'appelle ''Burning Deck'', curieusement proche de Vaisseaux brulés. Je songe fugitivement à ma lecture du moment, Benito Cereno : les navires en perdition ne m'abandonnent pas, décidément.
— Dis donc, j'avais un livre de toi quand je t'ai rencontrée : je n'avais pas compris ton nom, j'ai fait une recherche sur internet (Marie traductrice "jacques roubaud" bible) et j'ai découvert que j'avais Les Animaux de personne.
— Ah oui. Je n'écrivais pas encore à l'époque, il n'y en a qu'un de moi, l'animal aux petites oreilles... celui qui s'appelle Vincent. Jacques Roubaud n'avait pas d'idée, je lui ai dit «On a qu'à l'appeler Vincent».
Elle vient de passer six mois au Yémen.
— Mais qu'est-ce que tu faisais là-bas?
— J'apprends l'arabe.
— Ah? J'ai une fascination pour l'écriture, pas l'ornementale, mais celle de tous les jours. J'ai grandi au Maroc jusqu'à huit ans, j'adorais les signes sur les boutiques, le boucher, l'épicerie...
— Déja, tu passes trois mois à apprendre les lettres, elles changent de formes quand elles sont au milieu des mots. Ensuite, chaque fois que tu apprends un mot, il faut passer trois jours à le répéter, pour la prononciation...

Plus tard je croise Rémi (Pellet), qui vient d'avoir une idée géniale (selon lui). Il veut m'embarquer dans l'aventure, non, non, je ne suis qu'une observatrice.
— Je ne comprends pas, me dit-il en riant, Renaud Camus a l'air réservé.
— Eh bien moi je comprends, tout ça pour qu'ensuite vous vous sentiez trahi quand il n'en fera qu'à sa tête!
— Mais non!
(etc)

Renaud Camus, à qui j'ai à peine dit bonjour de loin, vient me chercher pour me présenter Juan Asensio. Celui-ci est plus jeune que je n'aurais imaginé (je pense avec cynisme qu'il doit me trouver plus vieille qu'il n'aurait imaginé), il a le pied fin et de jolies chaussures. Il discute de Bainville avec Paul-Marie Coûteaux. Nous restons en tête à tête, tout va bien, il est moins vindicatif que sur son site (ou celui d'Anaximandrake (j'ai un peu peur)), il est même charmant. Il me trouve, me dit-il, encore plus pessimiste que lui sur l'état de la littérature française contemporaine. Je prends ça pour un compliment.

Allez, un dernier détail people avant de conclure: Alain Finkielkraut a fait une apparition en fin de soirée. Peu avant mon départ, je l'entends se plaindre auprès d'Hélène Guillaume de ne pas avoir reçu Rannoch Moor par le service de presse. (Je pense à Pascal Sevran qui écrit quelque part qu'il n'attend pas les services de presse pour lire ses amis.) Donc Finkielkraut n'a pas lu Rannoch Moor. Je fais remarquer (mais à qui?) que ce n'est peut-être pas plus mal. — Mais pourquoi? — Il y a tout de même à chaque page «Finkielkraut ne m'a pas remercié... Mais pourquoi Finkielkraut ne m'a-t-il pas remercié? Finkielkraut aurait pu me remercier...»
Hmmm. Un peu inquiète quand j'y repense.
Au moment de partir, je m'aperçois que j'ai perdu mon chapeau. J'ai dû le laisser à Beaubourg.

Ne pas oublier

Bon anniversaire, Guillaume !

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