Billets qui ont 'Gers' comme lieu.

Les marins du Gers

24. La Gascogne, contrairement au Gers, a toute une dimension maritime. Notons ici pour mémoire que l'immense golfe atlantique qui sépare les deux Finistères a pour nom golfe de Gascogne. Le territoire gersois, cependant, quoique entièrement continental, et particulièrement la région de Lectoure, ont donné un nombre surprenant de notables marins (souvent chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte) : Roger de Polastron, commandeur de Boudrac; Prégent de Bidoux, général des galères du Roi; Mathurin d'Aux, chevalier de Romegas, général des galères de la Religion (c'est-à-dire de l'ordre de Malte), qui est enterré à la Trinité-des-Monts; Pierre d'Esparbès de Lussan, grand-prieur de Saint-Gilles; Charles de Gontaut, duc de Biron, amiral et maréchal de France; Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Epernon, amiral de France (mais ces deux-là ne virent pas beaucoup le mer...); le comte de Bertrand de Molleville, ministre de la Marine de Louis XVI, enterré dans l'église de Ponsan-Soubiran; l'amiral Villaret de Joyeuse, rendu célèbre en 1794 par l'épisode du Vengeur, et qui mourut gouverneur de Venise; l'amiral de Galard-Terraube; l'amiral du Bouzet, qui mena L'Aube aux îles Wallis et La Brillante chez les Canaques, mais qui perdit L'Aventure sur les récifs de l'île des Pins (le conseil de guerre l'acquitta); l'amiral Dupouy, qui commandait Le Crocodile, et dont Lectoure garde les épaulettes; l'amiral Boué de Lapeyrère, ministre de la Marine au début de ce siècle, qui eut Loti pour aide de camp et qui a droit, lui, à toute une salle, dans le musée de la même ville; et de nos jours le comte Arnaud d'Antin de Vaillac, capitaine de vaisseau, peintre officiel de la Marine, et membre de l'académie des Jeux Floraux (il faut lire son beau discours de réception : Car il n'est que deux îles au monde, Désirade et Désolation...)[1].

Renaud Camus, Le département du Gers, p.19 à 22, P.O.L (1997)

Pour apaiser les inquiétudes de Skot, qu'il sache que je copie/colle un passage d'un texte disponible en ligne. Ici s'élève toute la question de l'art contemporain: quel est l'apport de l'auteur dans ce passage, peut-on parler de littérature, cette liste est-elle plus que le simple recopiage du Bulletin de la Société Archéologique du Gers, 4ème trimestre 1994? Il faudrait se le procurer pour effectuer des comparaisons, en attendant, voici quelques remarques à l'aveugle.

Les noms sont un enchantement à eux seuls (et je ne comprends pas pourquoi Camus traite de ridicules les noms des ancêtres du Horla, si poétiques).

L'ordre des noms semble chronologique (ce qui penche en faveur d'une simple recopie).

Quid des précisions? «enterré à la Trinité-des-Monts» peut aussi bien provenir du Bulletin que des souvenirs de l'auteur de son séjour à Rome; «dont Lectoure garde les épaulettes» semble la trace d'un savoir personnel; quant à «qui eut Loti pour aide de camp», je parierais pour une connaissance "inverse", la familiarité avec la vie de Loti ayant permis de reconnaître le nom de l'amiral Boué de Lapeyrère (suppositions que tout cela, bien sûr, mais c'est étrange, ces précisions dans le corps du texte: ont-elles été ajoutées à quelques noms, ou au contraire y en avait-il à chaque nom, certaines ayant été élaguées? Dans tout les cas, l'auteur brode autour du motif. Ces précisions ont la double falcuté d'apporter plus de réalité aux noms et de porter la rêverie, comme si plus de réalité permettait davantage d'imagination).

J'aime profondément «(le conseil de guerre l'acquitta)», la précision contient un monde. Personne n'a une idée bien nette de ce que risque un amiral qui perd L'aventure sur l'île des Pins, mais apprenant qu'il fut acquitté, on imagine aussitôt avec effroi qu'un amiral ayant mené L'Aube aux îles Wallis et La Brillante chez les Canaques aurait pu être condamné (à quoi? à la dégradation? à l'exil? à la décapitation?) et l'on éprouve un vif soulagement à savoir qu'il n'en fut rien: de l'effroi au soulagement en une parenthèse de six mots, là où il n'y aurait rien eu sans parenthèse.

Car il n'est que deux îles au monde, Désirade et Désolation. Me voilà condamnée à me procurer le remerciement du comte Alain d'Antin de Vaillac.


-NB le 3 juillet 2012-: Une commentatrice remarque qu'il y a une erreur de prénom dans la liste donnée par RC: il s'agit d'Alain d'Antin de Vaillac (ainsi qu'il est correctement indiqué en note) et non d'Arnaud.

Notes

[1] Pierre Debofle (conservateur des Archives départementales), Marins gersois de la fin du Moyen-Age au début du XXe siècle, Bulletin de la Société Archéologique du Gers, 4ème trimestre 1994. Remerciement du Comte Alain d'Antin de Vaillac, Commissaire en Chef de la Marine, lu en séance publique le 30 janvier 1994, Recueil de l'Académie des Jeux Floraux.

l'amuïssement

C'était on ne peut plus contraire à la tradition, qui dans toutes les vieilles langues tend toujours à l'amuïssement, et au poli progressif du galet. Le point d'honneur culturel, auparavant, avait consisté à savoir prononcer les mots au mot par mot, en tenant compte à chaque fois de leur passé particulier, de leur étymologie et du détail de leur histoire, y compris de leur histoire orthographique. [...] «Ce n'est pas dans les froids pastiches des écrivains d'aujourd'hui, dit le narrateur de La Recherche, qu'on retrouve le vieux langage et la vraie prononciation des mots, mais en causant avec une Mme de Guermantes ou une Françoise. J'avais appris de la deuxième (la servante de la famille), dès l'âge de cinq ans, qu'on ne dit pas le Tarn, mais le Tar, pas le Béarn, mais le Béar.[...]» [...] Ces questions-là n'ont l'air de rien en fait leurs enjeux idéologiques sont considérables; et leurs enjeux historiques itou, car il ne s'agit de rien de moins, comme toujours, que de la réécriture permanente de l'histoire. Descendons-nous des Gaulois? Plutôt des Celtes ou plutôt des Francs? Quelles époques et quelles circonstances doivent-elles absolument ressortir Vercingétorix de son trou? Lesquelles ne sauraient se passer de Jeanne d'Arc? Et lesquelles d'Olympe de Gouges? Après le retour en grâce inespéré de Clovis, est-ce que Pharamond a ses chances?…

Renaud Camus, Le département du Gers, Chemins à Mauroux

La tendance "millénariste" à l'amuïssement ne me semble pas nier que la langue d'oc soit l'une des origines du français. Elle énonce simplement que ce n'est pas la langue d'oc qui a été retenue comme modèle du français classique.

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