Billets qui ont 'Demeures de l'esprit - France Sud-Ouest' comme livre de Renaud Camus.

Madame le garde des Sceaux court.

Cocasse, inexplicable, incompréhensible :

Il me faut le répéter aux mânes du garçon de vingt ans que je fus : Madame le garde des Sceaux fait son jogging en écoutant en boucle Sylvie Vartan, Madame le garde des Sceaux fait son jogging en écoutant en boucle Sylvie Vartan.

Renaud Camus, Au nom de Vancouver, p.233



Pur plaisir du rythme :

Madame le garde des Sceaux fait son jogging en écoutant Sylvie Vartan.

A rapprocher de :

les Kirghizes lisaient Fénelon en sanglotant.

Antoine Blondin cité par Renaud Camus in Demeures de l'esprit - Sud-Ouest - France I (p.159)

Renaud Camus au Collège de France

mise à jour le 18 avril : un lecteur embarrassé par mes nombreuses fautes m'envoie une version corrigée. Je suis confuse mais pas tant que ça: l'expérience terroriste/terrorisante des forums camusiens m'a appris que si l'on n'assumait pas d'écrire vite et mal (sur un forum, quoi) en public, on n'écrivait jamais. J'ai fait mon choix.
Et je me relis peu, c'est vrai. Merci donc à ce lecteur attentif.

mardi 16 mars 2010
Je passe sur les stratégies longuement mûries pour avoir une place dans l'amphi. Finalement nous arrivâmes une demi-heure avant et nous eûmes de la chance.

Antoine Compagnon présente Renaud Camus: Il ne va pas citer tous les titres de celui-ci car il ne resterait guère de temps pour la conférence. Camus est un écrivain que Compagnon connaît depuis longtemps puisque RC a commencé à écrire dans les années 70 des romans expérimentaux. RC avait fait référence à ses travaux sur la citation (à lui, Compagnon), La Seconde main. Aujourd'hui son écriture se caractérise par une attention à la langue et à la société contemporaine à travers la langue. Il a commencé également une série de livres sur ses voyages à la recherche des maisons d'écrivains. Mais si Compagnon l'a invité aujourd'hui, c'est pour le "continent", son journal. En effet, Renaud Camus est l'auteur d'un journal, il est le plus consistant des diaristes puisqu'il le tient depuis plus de trente ans [1] Il était donc indispensable que Renaud Camus vienne à ce séminaire, ne serait- ce qu'en souvenir de Roland Barthes, puisque Camus et Compagnon se sont rencontrés dans son entourage [2] Compagnon laisse donc la parole à Camus pour son exposé intitulé "Graphobie, not graphophobie".

Avertissement: il s'agit de notes renarrativisées, je sais que Renaud Camus n'a pas prononcé exactement les phrases que je vais écrire (ceci parce que RC est très jaloux de ses mots et qu'une tentative comme celle-ci peut générer beaucoup de malentendus («je n'ai pas dit ça» : non, je garantis à peu près le sens (j'espère!), mais pas les mots, le style). J'en prends le risque pour tous ceux qui sont venus lire mes comptes rendus ici en 2007 et 2008, et parce que je ne vais pas me priver de ce plaisir concernant le seul auteur français comtemporain que je lise avec intérêt et plaisir).

Renaud Camus commence. Il n'y a aucune note sur le bureau (toujours dans ces cas-là je pense à de Gaulle):
Je voudrais d'abord remercier Antoine Compagnon de m'avoir invité dans cette maison que j'ai beaucoup pratiquée et qui a bien changé — pour le meilleur.
Il y a des écrivains qui écrivent parce qu'ils parlent bien, il y en a qui écrivent parce qu'ils parlent mal, parce qu'ils ont des difficultés avec la parole. Je suis dans ce second cas, je suis sujet à la perte, au manque. Je me soigne comme je peux, en tentant différentes méthodes. Il y a celle qui consiste à tout écrire, comme je l'ai fait il y a quelques années pour une intervention à la Sorbonne. Cette intervention a donné lieu à un livre, il n'y a pas eu grand effort à faire pour en fournir le texte puisque tout était écrit[3]. L'inconvénient de cette méthode, c'est qu'on lit, ce qui est ennuyeux pour l'auditoire.[4]
Il existe une solution intermédiaire, qui consiste à prendre quelques notes, et je m'en tire assez bien dans ces cas-là, "ça passe".
Aujourd'hui j'ai décidé de venir sans aucune note, ce qui fait que je suis très exposé à un naufrage. Peut-être pourrait-on dire «il s'appelait naufrage». [5] Au pire Antoine Compagnon pourra me poser des questions, car lorsqu'on me pose des questions, j'arrive toujours à répondre.

Si j'ai choisi ce danger de naufrage, c'est qu'il est central à mon travail. En juin dernier, je suis intervenu dans un colloque à l'Ircam. Le sujet était la complexité et il me semblait que je n'avais pas grand chose à dire, mais en écoutant les autres intervenants il m'est venu quelques idées. On présente souvent la complexité comme quelque chose en plus, en surabondance, en complément. Dans mon cas (mais je ne suis pas seul dans ce cas), il s'agit de la difficulté à trouver la suite: que trouver pour la suite? C'est le cas en particulier pour les Églogues, mais ce n'est pas sans rapport avec les journaux. Notre rapport à la pensée est tout sauf linéaire... Qu'il s'agisse du rêve, de la pensée, de l'insomnie...: nous parvenons en différents points... il y a une relation entre eux. Il s'agit de retrouver cette relation. A un moment donné elle est apparue clairement, puis elle s'est perdue, il s'agit de la retrouver, comme on se raccrocherait à un radeau, à une planche de salut.
Écrire, c'est trouver des liens.
Ce naufrage n'est pas nécessairement sans jouissance, d'ailleurs; il peut être voluptueux. Je songe à Léopardi (je songe souvent à Léopardi) «Naufragar m'è dolce in questo mare», "Me noyer m'est doux dans cette mer"; ce dolce si cher à Dante. Barthes rapproche la douceur du style, le style qui est l'aspiration de tout écrivain. Je songe également à Bergotte (je cite de mémoire devant une autorité, ce qui est assez dangereux), qui dit pour qualifier certains auteurs: «C'est bien doux».

Concernant Proust, une autre citation me vient à l'esprit, elle concerne La Pérouse. Il s'agit d'une soirée chez la marquise de Sainte-Euverte. Swann fuit le général de Froberville qui est un vieux raseur. Mais il prononce une phrase qui arrête Swann : «j’aimerais mieux être le mari de cette femme-là que d’être massacré par les sauvages», et Swann enchaîne aussitôt sur le navigateur La Pérouse (« il y a eu de bien belles vies qui ont fini de cette façon»), parce que ça lui permet de penser à Odette, qui habite rue La Pérouse. Froberville tombe dans le panneau et engage la conversation, il évoque la rue La Pérouse. Aussitôt, Swann s'inquiète, le thème de la jalousie réapparaît, pour quelles raisons le général connaît-il cette rue? Mais non, c'est Madame de Chanlivault qui habite là. Swann est soulagé, et Proust écrit cette phrase, qui pour moi, je vais dire une énormité, je le sais, représente toute la poésie de Proust: «Et Swann était heureux comme s’il avait parlé d’Odette».
Toute mon œuvre est ainsi recherche de passages[6], d'ailleurs mon premier livre s'appelait Passage (lancé par Barthes, si l'on peut dire — enfin il n'est pas allé bien loin). La Pérouse a consacré sa vie à la recherche de passages. La Convention décida de monter une expédition pour partir à la recherche de La Pérouse, et l'un des bateaux de Dumont d'Urville [7] s'appelaient La Recherche.

Cela m'amène à une second passage de Proust que j'aime beaucoup, il s'agit du moment où le père s'exclame «c’est tout un ensemble!», et le narrateur est aussitôt effrayé par les bouleversements qu'il entrevoit: «mot qui m’épouvantait par l’immensité des réformes dont il semblait annoncer l’imminente introduction dans ma si douce vie.»

Il faut cependant que j'en arrive à mon titre. Je suis sensible à l'excès de réalité: nous ne pourrons pas lire tous les livres, nous sommes sujets au manque perpétuel, notre relation au monde sensible est celle d'une termite dans une bibliothèque, nous ne pouvons grignoter que quelques livres (enfin j'ignore si une termite grignote le papier). Il nous faudrait des cartes pour nous orienter, et des cartes aux cartes, une carte aussi grande que le pays qu'elle doit représenter[8] Le journal obéit à la même pulsion. Je suis atteint de graphomanie, et ce qui est écrit est un peu gardé.
Par exemple, j'ai publié récemment le Journal de Travers, journal de 1976, et qui n'était pas à l'origine destiné à être publié: c'est un dépôt, un dépôt de signifiants. Il y a quatre Travers, mes associés et moi travaillons au dernier tome [9]. Les quatre tomes couvrent les quatre saisons, Travers correspondait au printemps, nous en sommes à l'hiver. [10] Ils représentent la folie de combattre la rapidité du temps qui passe. C'est un fantasme, une folie qui relève d'une bonne forme de névrose assez correctement administrée puisque là l'écriture (le fait d'écrire) offrirait une structure à la vie, ce qui est différent de la biographie qui écrit la vie a posteriori. La vie qu'on vit serait entièrement soumise par l'écriture, conçue par l'écriture.

Il y a des précédents. Jean Ricardou, qui a beaucoup compté pour moi et que Barthes ne tenait pas en haute estime[11], Jean Ricardou vivait de cette manière, par exemple il choisissait ses adresses pour des raisons compliquées qui relevaient de la littérature. J'ai généralisé ce système en plaçant entièrement ma vie sous le signe de la lettre.
L'une de mes idées est que la syntaxe structure le monde, comme le vocabulaire. Tout se passe comme si l'œil ne voyait que ce que les mots avaient pour nommer,

Devant moi, une femme applaudit brusquement, trois ou quatre fois. Silence interloqué. La salle hésite, va-t-elle la rejoindre? Est-ce de l'approbation ou de l'exaspération? Désarçonné, Renaud Camus choisit la réponse qui correspond à sa paranoïa:
Oui, vous avez raison, je crois que je vais m'arrêter là.

Il reste une demi-heure. La suite va reposer entièrement sur les épaules d'Antoine Compagnon, qui va devoir soutenir le débat par des questions régulières. Il réoriente le débat vers le sujet de son cours, Les écritures du moi et les écritures de la vie.

AC : Est-ce que le journal est toujours ce dépôt de matière?
RC : Oui. Il y a très peu de surmoi dans mes journaux. On y trouve des essais, des tentatives. Les Eglogues et les hypertextes comme Vaisseaux brûlés sont construits en partie à partir d'éléments du journal. Il contient également beaucoup de notes sur la langue. J'ai écrit un Répertoire des délicatesses du français contemporain qui devrait sortir dans une version complétée et prendre le titre de Dictionnaire des délicatesses du français contemporain.

AC : On relève dans vos livres un doute sur l'identité.
RC : Oui. On assiste à une singulière résistance à la thèse de la disparition de l'auteur. Mais il y a effondrement identitaire... Quand on a le malheur comme moi le malheur de s'appeler Camus (je rêve de publier sous le nom "comme l'écrivain" (la salle rit)), cela incite à une réflexion sur l'identité. Il y a dans les Églogues tout un jeu sur les personnages, c'est un personnage de Passage qui écrit Échange...

AC : Vous avez parlé de Ricardou : ce sont des principes auxquels vous tenez toujours.
RC : Oui. Je lui suis infiniment redevable de ses lectures de Poe. C'est un grand lecteur de Poe.

AC : Le dernier roman que vous avez publié, Loin, est un roman tout à fait linéaire.
RC : C'est une sorte de road-movie...
AC : Comment s'inscrit-il dans votre œuvre? J'ai cru y reconnaître des traces de vos livres sur les maisons d'écrivains...
RC paraît heureusement surpris et a un petit rire en prononçant ce qu'il sait être une bêtise à force d'être forcément vrai : Ah, mais vous êtes un très bon lecteur... (rires étouffés dans la salle) Oui en effet, il y a la présence de Wordworsth et de sa sœur. Les Quantock Hills sont une région du Somerset très à l'écart du monde. Les Wordsworth y ont habité une magnifique maison qui n'apparaît pas dans les Demeures de l'esprit car on ne peut pas la visiter (mais la maison de Coleridge apparaît dans le livre car elle se visite.) Le journal de Dorothy Wordsworth est merveilleux. Elle précède souvent son frère dans ses errances, et par exemple elle tombe sur des daffodils qui seront l'occasion du poème de son frère.

L'entreprise du journal est folle, ce qui permet de penser qu'on l'est soi-même un peu moins.
Mais je voulais dire: l'entreprise du journal est de tout retenir... oui, il faudrait parler de la perte. Parmi les classifications qu'on peut établir, il y a les écrivains qui ont perdu une maison (et les autres); j'ai perdu une maison à treize ans et mon œuvre est une sorte de Cerisaie généralisée, "les jours s'enfuient je demeure"...
Ce qui n'empêche que je comprends très bien le fantasme de vivre à l'hôtel. (Il déclame, mi-sérieux): Ah donnez-moi pour la vie une chambre à la semaine...

AC : Dans Loin, le héros abandonne les livres, et en particulier Paradise lost...
RC : oui...
AC : La langue de la jeune fille, dans Loin, c'est la vie qui passe?
RC paraît surpris [12]: Non, la jeune fille, c'est le sexe. La langue de la jeune fille lui pose des problèmes. Non, c'est le désir. Dans combien d'endroits n'aurais-je jamais mis les pieds sans le désir... dit-il avec conviction. Je contemple la salle, imperturbable. Je ris intérieurement: le désir au Collège de France, et durant un cours de Compagnon, si peu charnel, si désincarné... Que pense l'assemblée? Touchée, choquée? Insensible? Il y a un effet comique dans le divorce entre ces deux langues qui ne parlent pas la même langue.

AC : Vous vous êtes interrompu tout à l'heure alors que vous abordiez le thème de la langue...
RC : Je crois que l'abandon de la syntaxe correspond à la perte de la vie.
L'avantage de vieillir, c'est qu'on voit tout en relief. On m'assure que les choses ne changent pas, que ç'a toujours été comme ça. Mais c'est faux, j'étais là (murmure d'approbation dans la salle, personnes en âge de la retraite pour la plupart); de mon temps, les professeurs ne disaient pas "sur comment". La langue, c'est l'endroit où ça craque. Sur comment, c'est la preuve qu'on parle comme on s'exprime. L'important, c'est d'être compris. Mais l'outil souffre et disparaît. La langue, c'est la non-coïncidence, de soi-même avec soi-même, du monde avec le monde. Aujourd'hui, la perception du monde devient plus simple, il n'y a plus de jeu dans la langue.
Barthes disait que la pensée ne peut coïncider avec elle-même. Barthes a inventé la bathmologie, la science des degrés de langage. Elle perdure auprès de moi. C'est mon héritage barthésien le plus visible. Barthes avait été surpris par mon enthousiasme pour ce concept (cette idée, cette notion: à chaque mot je me dis que je n'utilise pas celui qu'a employé RC) et peut être pas enchanté (sourire de Renaud Camus). J'ai écrit un petit livre sur ce thème et la seule chose qu'il m'a demandé, c'est d'en changer le titre, car j'avais pensé l'appeler Fragments de bathmologie quotidienne.[13]


Pour quelle raison obscure mes notes se terminent-elles par le nom de James Clark Ross (marin à la recherche de "passages"), je ne sais. Sous ce nom j'ai noté "La Pérouse", un autre marin, et des indications en étoile: rocher Morvan, professeur des Faux-Monnayeurs, Proust. Est-ce que la conférence s'est terminés ainsi, sur l'évocation de marins et des Églogues? Je ne sais plus.


P.S.1: le compte rendu de sejan.

P.S.2: Le nombre de tags utilisés pour l'indexation de ce billet montre que la plupart des thèmes camusiens ont été abordés au cours de cette heure de séminaire.



Notes

[1] Comme je connais bien l'œuvre camusienne, je vais me permettre d'annoter cette conférence, ce que je ne fais pas d'habitude: Renaud Camus a commencé à tenir un journal en 1986, à la Villa Médicis. Chaque tome couvre une année, le dernier paru couvre l'année 2007.

[2] Compagnon et Roland Barthes: le deuil impossible, le regret infini.

[3] Pour avoir assisté à la conférence et lu le texte, je peux dire que ceci est partiellement faux (à moins que RC ait renoncé à prononcer en chaire une partie de son intervention pour respecter son temps de parole): le livre contient en plus du texte de la conférence des références aux travaux sur la langue de Jacques Dewitte (en particulier en référence à 1984 et Orwell) et une très longue note de bas de page de Misrahi, dans la tradition des "notes aux notes aux notes" que Renaud Camus affectionne..

[4] Je frémis car c'est exactement ce que fait Compagnon... s'il pouvait en prendre note...

[5] Mon cœur se serre: pourquoi fallait-il qu'il choisisse justement ce jour-ci, ce lieu-là, pour tenter cette expérience? Trop de travail, pas assez de temps, avec les voyages à travers la France pour les Demeures de l'esprit? Ou le démon du risque, du tout ou rien, de la roulette russe?

[6] Je n'ai pas noté les transitions. Je résume et j'ajoute: des sauvages à La Pérouse à La rue La Pérouse pour penser à Odette qui elle n'apparaît pas dans le texte: c'est exactement la façon dont fonctionnent Les Eglogues ou Vaisseaux brûlés.

[7] erreur: l'expédition fut confiée à d'Entrecasteaux.

[8] Cette image revient souvent chez Renaud Camus (voir Du sens, par exemple), elle vient de Sylvie et Bruno, de Lewis Carroll.

[9] scoop: première annonce publique du fait que le dernier tome est en cours d'écriture. Il faut trois à quatre ans pour écrire un tome des Églogues, livre extrêment "coûteux" en recherches. (note de la blogueuse)

[10] Le premier livre Travers, date de 1978, le second Été, de 1982, le troisième L'Amour l'Automne, de 2007. Les deux premier anticipaient la naissance d'internet, le principe des associations d'idées correspondant au principe des liens hypertextes. Comme les deux premiers tomes sont épuisés, ils ont été mis en ligne: Travers et Été.

[11] Note personnelle: cela m'a fait plaisir, cet hommage à quelqu'un aujourd'hui plutôt oublié ou décrié par ceux qui l'ont adoré.

[12] et pour cause: la langue de la jeune fille est en fait une dénonciation de la langue qu'il déteste, la langue actuelle, quotidienne, celle qu'il entend parler et qui le rend malade presque au sens propre.

[13] C'est Buena Vista Park, je ne sais plus si Renaud Camus en a donné le titre.

Demeures : Bertran de Born, Fénelon, Bernart de Ventadour, Champollion

Je reprends ma tentative d'épuisement bibliographique.

Bertran de Born

- Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires
- Eugène le Roy, Jacquou le Croquant
- Dante, La Divine Comédie (traduction Jacqueline Risset, 1985)
- Augustin Thierry, Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, de ses causes et de ses suites jusqu'à nos jours en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et sur le continent, tome X
- Dante, De vulgari eloquentia
- Dante, Convivio
- Jacques Roubaud, Les Troubadours
- Richard Sieburth (notes et édition), Walking Tour in Southern France, Ezra Pound among the Troubadours (1922. Paru aux éditions du Rocher en 2005: Ezra Pound, Sur les pas des troubadours en pays d'oc)
- Ezra Pound, Near Perigord
- Le Seigneur-Troubadour d'Hautefort, l'œuvre de Bertran de Born, traduit par Gérard Gouiran, Université de provence, Aix-en-Provence, 1987
- Ezra Pound, Cantos pisans

Magnifique château, nous dit Renaud Camus, tout sauf une demeure de l'esprit («En tant que maison d'écrivain, c'est une assez mauvaise plaisanterie.» (p.145))

Il n'importe, ce qui me plaît ici, ce sont les pages sur Ezra Pound; tout ce chapitre donne une furieuse envie de lire Pound:

Dans cette chanson [Sestina], on le sait peut-être, Bertran de Born, écarté de l'amour de sa dame, Maheut de Montagnac, recompose une femme imaginaire à partir de tout ce qu'ont de plus beau, chacune, des femmes réelles du voisinage; mais même en procédant de la sorte il ne parvient pas à créer une femme qui soit comparable à Maheut. Pound est persuadé que sous le poème d'amour peut se lire une précise et secrète signification politique; laquelle, curieusement, et c'est ce qui nous intéresse ici, aurait son répondant topologique dans le paysage des environs de Hautefort: les dames nommées dans le poème, en effet, ont toutes de puissants maris ou amants qui sont châtelains et seigneurs sur ces confins du Périgord et du Limousin où Bertran a tant guerroyé. Et le jeune Pound (nous sommes à l'été de 1912, il n'a pas encore vingt-sept ans) de prendre un train pour Angoulême et de marcher, marcher, marcher, de Châlus en Chalais et de Mareuil en Excideuil, convaincu de débusquer et de mettre en œuvre, ce faisant, les principes scientifiques de la philologie romane: c'est presque aussi fou, bien sûr, que la conviction de Saussure (dans les mêmes années) que tout la poésie latine n'est qu'anagramme, mais c'est nettement plus sportif. (...) Jamais la poésie ne fut plus érudite. Mais jamais l'érudition, non plus, ne fut plus poétique et poétiquement productive, car l'écho de ces courses folles, texte en main, se retrouve jusqu'en les Cantos pisans, écrit dans une cage de fer du camp-prison américain de Pise, en 1945. Or l'expérience était déjà évoquée en 1915 dans le poème Provincia deserta, qui fit découvrir Pound à Montale:
Depuis Hautefort, j'ai regardé vers le sud
J'ai pensé à Montaignac, là-bas, au sud.
Les mêmes thèmes sont repris et réorchestrés la même année dans Near perigord. On apprend cette fois que Bertan, après son détour par toutes les autres femmes et tous les autres châteaux du pays, est finalement persuadé que Maheut, sans lui, n'est rien d'autre que a broken bundle of mirrors[1]. C'est là le dernier vers du poème. Plus que la dame de Montagnac, il semble décrire ce que va être désormais la poésie de Pound lui-même. 1915, c'est l'année où pour la première fois, dans une lettre à son père (Glad you like the Perigord poem), apparaît le mot cantos. (p.150 à 154)

Fénelon

- Antoine Blondin, Les Enfants du Bon Dieu
- Emmanuel Carrère, Le Détroit de Behring
- Fénelon, Dialogues des morts pour l'éducation d'un prince
- Fénelon, Les Tables de Chaulnes
- Mallarmé, Un coup de dé n'abolira jamais le hasard, Le Tombeau d'Anatole
- Fénelon, Lettre à Louis XIV
- Fénelon, Explication des maximes des saints sur la vie intérieure
- Fénelon, Les aventures de Télémaque
- Fénelon, Correspondance

Evidemment, au passage, il faudrait lire Antoine Blondin:

Le royaume s'étendait de Gibraltar aux Carpathes, le roi distribuait des électorats et des grands-duchés comme des légions d'honneur, les Kirghizes lisaient Fénelon en sanglotant. (p.159)

(Diable d'auteur, comment ne pas aimer quelqu'un qui aime Les Kirghizes en sanglotant?)

Ici mon plaisir va aux phrases, aux fragments de phrases, dans la description stylistique ou biographique de Fénelon:
«[...] Lettre à Loui XIV : Racine écrivant sous la dictée de Vauban» (p.161); «Cet idiot de Grand Dauphin» (p.160); «les Tables peuvent aller rejoindre l'immense cimetière des plans sur la comète» (p.161), «le nom d'Ithaque, capitale de tous les retours» (p.164)

Et toujours la question du goût, et des états culturels:

L'admirable tympan roman, l'un des plus beau du Quercy, avec celui de Beaulieu-sur-Dordogne, ne paraît pas l'avoir frappé, ce dont nous ne saurions nous étonner — l'art roman n'a été inventé qu'un siècle et demi plus tard. Comme c'est troublant, tout de même, et instructif, et humiliant! Voilà une intelligence de premier ordre, incontestablement, et elle n'aperçois même pas, alors qu'elle a le nez collé sur elle, une œuvre d'art qui nous met en extase... Est-ce que nous ne pouvons voir que ce que distingue notre temps? Aimer, ou détester, que ce qu'il remarque? Penser, ou concevoir, que ce qu'il conçoit et pense? Mais que valent alors nos admirations et nos dégoûts, nos indignations et nos engouements? Les idées ne sont-elles que des modes, comme paraît l'insinuer le psittacisme de l'heure (de toute heure), et la réflexion la plus profonde (croyons-nous) est-elle soumise aux mêmes aléas que l'esthétique? L'histoire de la philosophie n'est-elle qu'une sous-section de l'histoire de l'art, ou plus simplement de l'histoire du regard? Et faut-il toujours en revenir à la question de Berenson, informé que Pie XII avait eu une apparition de la Vierge:
«Ah oui? Dans quel style?» (p.165 à 168)

Bernart de Ventadour

- Urc de Saint-Circ, Vida
- Jacques Roubaud, Les Troubadours

Ici, le brouillard est maximal. La noblesse et la poésie se fondent. Le temps a passé, et rien n'est bien certain, même le château s'effondre. Langue d'oc et trobar leu.
C'est autant de gagné pour la rêverie et les légendes.

Champollion

Le pire des chapitres, peut-être, avec celui concernant Maillol (le pire signifiant : donnant le moins le désir de se déplacer, donnant le désir de ne pas se déplacer).

Je n'ai pas trouvé de référence bibliographique, même allusive, dans ce chapitre. Il faut dire aussi que je ne le relis pas de très près, découragée par ce que je sais s'y touver: la vérité, hélas.
Ce n'est plus Champollion le sujet du chapitre, mais Figeac, et plus largement, la manie de muséifier la France en montant en épingle tout et n'importe quoi.
En l'occurence, Champollion n'étant pas n'importe qui mais un immense savant, les fonds disponibles ont été importants, et les dégâts en proportion.

Je cite un passage nostalgique; j'oublie, volontairement, le musée stupide et la ville transformée en Disneyland:

Il semblerait qu'il n'y ait que la gêne, la fatigue, l'indifférence, le grand âge, qui sait, autant et plus que la sagesse ou que le goût, pour protéger du massacre et de l'interventionnisme à tout prix, souvent inutile, presque toujours dommageable. Il y a dans la ville des jardins merveilleux qui se donnent l'air et les gants de paraître abandonnés, qui le sont parfois — ce ne sont pas les moins séduisants — et que de vieilles ruelles tortueuses contournent avec délicatesse, pour ne pas les déranger dans leur retrait. A travers eux, sur la pointe des pieds, par-dessus de vieux murs oubliés des aménageurs, on aperçoit quelques façades épargnées, qui ne savent même pas le danger qui les guette, et auxquelles il est laissé loisir, exceptionnellement, de paraître leur âge, tout leur âge, rien que leur âge: d'habiter à l'écart l'intimité du temps. (p.189-190)

Et le chapitre est si désolé qu'il se termine sur l'évocation d'une autre maison, en Isère.

Notes

[1] Un miroir, un interprète qui donne vie: et je vois se dresser Pale Fire.

Demeures : Montaigne, Mauriac, Montesquieu, Marguerite de Navarre, Blaise de Monluc, Brantôme

Michel de Montaigne

- Montaigne, Les Essais
- Brantôme, Vie des hommes illustres et grands capitaines français
- Michel Chaillou, Domestique chez Montaigne
- Michel Chaillou, Le sentiment géographique (cité ici pour analogie, parce que RC en est entiché de longue date)
- Victor Hugo, les Châtiments
- Jean Lacouture, Montaigne à cheval
- Charles de Gamaches, Le sensé raisonnant
- Montaigne, Journal d'un voyage en Italie

J'allais écrire «Je ne copie rien, il faudrait tout recopier», et je découvre que le travail est en grande partie déjà disponible.
La fin de ces quelques lignes permet de saisir ce que recherche Renaud Camus, recherche de l'osmose entre le temps et l'espace et la langue:

[...]ses lignes et ses idées mêmes sont trop mêlés de chair, d'humeurs, d'os, de pierre, de cailloux, de calculs, de temps et de souffle, pour qu'on n'éprouve pas une puissante impression d'intimité préalable, de déjà-vu, même la première fois, et de présence, disons le mot, quand on s'approche de cette tour et qu'on y pénètre. Nous le savons depuis l'école: «je suis moy-même», disait-il d'entrée de jeu, «la matière de mon livre». Cette tour l'est aussi: non qu'en ledit livre elle tienne une très grande place, ni qu'en gravir les marches usées puisse remplacer une seule page de lecture; mais l'air qu'on y respire est bien celui des phrases, elle est comme un chapitre à part, et capital, un essai supplémentaire sur ce que c'est que vivre, habiter, écrire, voir.
Renaud Camus, Demeures de l'esprit - France I - Sud-ouest, p.49

Ce projet, c'est l'anti-projet de ses années de formation, ces années où il fallait oublier la biographie, si fort liée à la géographie. Ce sentiment des lieux est déjà exprimé ici, en 1992: «Je pratique quelque chose de très peu approuvé par la modernité. Je pratique le pélerinage littéraire. J'aime beaucoup aller sur les lieux. Pharsale à cause de Claude Simon. On a tendance à ridiculiser cela. On prête aux gens qui font cela l'illusion que le lieu va donner le dernier mot du texte. Pas du tout. Je ne cherche pas un dernier mot, mais que les lieux donnent un air une terre en plus à la phrase, qu'ils creusent la phrase. La cavatine, ce qui creuse. Les Eglogues est un texte qui se creuse. La phrase sans arrêt coupée par un ailleurs, c'est-à-dire étymologiquement la métaphore.»

François Mauriac

- François Mauriac, Journal 1932-1939
- François Mauriac, La Vie et la mort d'un poète (il s'agit d'André Lafon)
- François Mauriac, Genitrix
- François Mauriac, Destins
- François Mauriac, La Chair et le sang
- François Mauriac, Mystère Frontenac
- François Mauriac, Préséances
- Claude Mauriac, Le Temps immobile, tome IV - La terrasse de Malagar
- Jean Mauriac, Malagar
- Françoise Sagan, Bonjour tristesse (cité comme repère dans les temps "modernes")
- article de Barrès à propos des Mains jointes dans l'Echo de Paris en 1910
- François Mauriac, Le Désert de l'amour
- André Lafon, L'élève Gilles
- Anne Wiazemsky, Une poignée de gens
- Regine Desforges, La bicyclette bleue (Malagar décrit sous le nom de Montillac)
- Lucienne Sinzelles, Mon Malagar (Souvenirs de la fille de domestiques de la maison, amoureuse à douze ans de Jean Mauriac. Pourquoi vois-je dans ces précisions un peu d'attendrissement camusien?)

Phrase bifrons: le caractère sinistre de la maison naît de la littérature; et la littérature est subjective:

Son [La maison de Langon] caractère sinistre est hautement subjectif — ou littéraire, si l'on préfère.
Ibid., p.60

Un amour "curieusement" physique :

Si elle déménage, c'est qu'elle a le goût du changement, ou qu'elle fuit partout des souvenirs, dont ceux d'un amour conjugal qui fut vif, et curieusement physique jusqu'en son expression écrite («On ne peut imaginer ce qu'il lui écrivait!» s'écrie en 1924 un de ses fils stupéfait, qui l'avait trouvée brûlant de vieilles lettres, et en a intercepté une.)
Ibid., p.62 [1]

Notre société postlittéraire et l'idéologie:

Je ne suis pas éloigné de penser pour ma part qu'à cette position complexe — bourgeois, mais animé d'une sourde vindicte, voire d'une franche détestation, contre plus bourgeois que lui — Mauriac doit beaucoup de sa survie littéraire et de sa survie idéologique, la première, hélas, en société postlittéraire dépendant étroitement de la seconde.
Ibid., p.64

J'aime dans ce chapitre la description du décor, de l'ameublement, comme alluvion. C'est ainsi, je crois, que doivent se meubler les demeures, chaque objet, laid, disparate, portant son histoire ne parlant qu'à ceux qui la connaissent. Une telle indulgence tendre pour les choses en dépit de leur "style" est trop rare chez Camus pour que je ne la relève pas. J'y retrouve un peu de la tante Léonie et de ses assiettes, ses potiches, ses canapés:

Ailleurs règne tranquillement le goût bourgeois ancien le plus typique, qui n'est pas du tout le mauvais goût mais qui, à ce dernier, fait gentiment sa place, au gré des alluvions d'autres maisons fermées, de générations révolues, de branches latérales éteintes.
Ibid., p.71

Et citons pour le plaisir:

Plus austère, l'effigie du maître à soixante-dix ans, par Marc Avoy:
«Poser ne vous fatigue pas?
— Il y a soixante-dix ans que je pose...»
Ibid., p.72

Montesquieu

- Stendhal, Voyage dans le midi de la France
- Montesquieu, De l'esprit des lois
- Rousseau, La Nouvelle Héloïse
- Tocqueville, De la démocratie en Amérique
- Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution
- Montesquieu, Dialogue de Sylla et d'Eucrate («où Gide, qui savait de quoi il parlait, voyait le plus beau monument de la langue française», p.91)

Tandis que je lisais parallèlement Pranchère sur Maistre (lecture sérieuse) et les Demeures (lecture de vacances et guide touristique), j'ai eu la surprise de rencontrer un écho de l'un à l'autre. Renaud Camus souligne de quelques phrases les ambiguïtés de Montesquieu:

Comme un Tocqueville, qui lui ressemble par plus d'un côté, Montesquieu est partagé entre ce qu'il constate objectivement, juge irréversible et s'emploie à agencer aussi harmonieusement que possible, et un fort atavisme aristocratique, qu'il ne laisse jamais prendre la haute main sur sa réflexion mais qui oriente plus d'un de ses jugements, ou, à tout le moins, de ses tropismes.
Ibid., p.86

Anecdote du fils de Montesquieu exigeant qu'on lui rende l'hommage féodal, citation de Montesquieu expliquant l'ordalie:

«Quant à la preuve par le feu, après que l'accusé avait mis la main sur un fer chaud, ou dans l'eau bouillante, on enveloppait la main dans un sac que l'on cachetait : si, trois jours après, il ne paraissait plus de marque de brûlure, on était déclaré innocent. Qui ne voit que, chez un peuple exercé à manier des armes, la peau rude et calleuse me devait pas recevoir assez l'impression du fer chaud ou de l'eau bouillante, pour qu'il y parût trois jours après? Et, s'il y paraissait, c'était une marque que celui qui faisait l'épreuve était un efféminé.»
Montesquieu cité par Renaud Camus p.88 des Demeures [2]

Conclusion de Renaud Camus qui tisse le dialogue entre la pierre et le texte:

Il ne s'agit pas de défendre l'indéfendable. La puissante tour fortifiée n'aura pas le dernier mot, tout de même. Mais son existence, le fait que la phrase et la réflexion procèdent aussi de là, de l'abri de ces créneaux, d'entre ces douves, confèrent à l' Esprit des lois, et à la pensée de Montesquieu en général, une partie de leur relief; les aident à ne jamais coïncider tout à fait avec eux-mêmes; achèvent de les rendre inépuisables, tout à fait de la même façon que De la démocratie en Amérique, significativement doublé de L'Ancien Régime et la Révolution: univers mentaux qui gagnent infiniment l'un et l'autre à n'être jamais tout à fait détachés de ce qu'ils quittent, ou plutôt qu'ils dépassent avec résolution, sans l'effacer.
Ibid., p.88

Enfin, quelques mots sur la comtesse de Chabannes qui habita là jusqu'à sa mort en 2004 (les demeures habitées sont les plus chaleureuses, les plus vivantes, même si la présence quotidienne recouvre les traces du passé):

La comtesse de Chabannes se tenait là par prédilection, ainsi qu'en témoigne, désormais désuet entre les bergères Louis XVI et les tables de tric-trac, son poste de télévision.
Ibid., p.91

Et le poste désuet parmi les meubles plus vieux que lui, dans la demeure désormais inhabitée, est bien l'image poignante de la mort et du regret.

Marguerite de Navarre

Le château de Nérac inaugure la série des non-demeures d'écrivain ou d'artiste, celles qui sont signalées par un guide ou le syndicat d'initiative local mais où il n'y a rien à voir, ou tout autre chose (des ruines, un musée,...) qu'une demeure.
Cette catégorie me fait rire: en toute rigueur ou honnêteté intellectuelles, ces lieux ne devraient pas figurer dans ce livre. Cependant, ils sont l'occasion de parler des œuvres et de rêver en regardant le ciel si les murs ou les champs sont trop désespérants.
Il ne faut pas oublier que ces voyages sont avant tout des voyages imaginaires, des lieux pour l'imagination (c'est toute la perversité du livre: vous entraîner à faire des kilomètres pour rêver sur place plutôt que dans votre chambre).

Marguerite de Navarre, sœur aînée de François Ier, grand-mère de Henri IV et grand-tante de la seconde Marguerite, Marguerite de Valois, La Reine Margot, première épouse de Henri IV.

- Shakespeare, Peines d'amour perdues
- Marguerite de Valois, Mémoires
- Alexandre Dumas, La Reine Margot
- Marguerite de Navarre, L'Heptaméron
- Marguerite de Navarre, Miroir de l'âme pécheresse
- Marguerite de Navarre, Les Marguerites de la Marguerite des princesses
- Marguerite de Navarre, Trop prou
- Marguerite de Navarre, Mont-de-Marsan
- Marguerite de Navarre, Epître à Madame la Princesse - Rabelais, Le Tiers Livre (Marguerite de Navarre en est la dédicataire).

On l'aura compris, les Demeures, au-delà de l'anecdote, nous emmènent sur les chemins de l'érudition, celle que l'on acquiert en écoutant et en regardant, sans trop se rendre compte qu'on est en train d'aimer, d'apprendre et déjà de se souvenir.

Elle serait un grand poète mystique si elle était un peu moins prolixe, si sa technique était plus rigoureuse et si elle avait un sens plus affiné du rythme. [...] C'est la question du salut, et la communion du croyant avec son créateur, qui sont de très loin le principal, dans ses préoccupations et dans ses écrits.
Ibid., p.101

Blaise de Monluc

Blaise de Monluc et le père de Toulouse-Lautrec: mes deux passions découvertes dans ce livre! Castagnes et chevauchées, j'ai tué six loups et il fait grand froid, mais reprenons.

Renaud Camus commence par défendre Monluc de la réputation de cruauté qui lui est venue sur le tard:

Ce sont plutôt les Lumières qui lui ont commencé de chercher querelle à Monluc sur ce point: il est devenu l'un des emblèmes du fanatisme, et c'est ainsi encore que Michelet l'a vu, et c'est ainsi qu'il l'a montré. Si fanatique il fut, pourtant, c'était surtout de vaincre. Il estimait que les guerres étaient faites pour être gagnées. Lorsqu'il y avait sérieuse incertitude quant à l'issue d'une bataille, il aimait mieux s'abstenir, et remettre à plus tard. Ibid., p.106

C'est pour se défendre de l'accusation de trahison que Monluc s'est mis à écrire. Il plaida sa cause auprès du roi:

C'est précisément ce qu'il se mit en devoir d'expliquer, sans trop entre dans les détails de ce qui lui était reproché, avec un certain art du glissando aux passages délicats, même, mais sans rien omettre, ça non, de ce qu'avaient été ses hauts faits. Rares sont les vocations littéraires nées si tard dans une existence. Car le vieux Monluc a pris goût à ce qui n'était d'abord qu'un plaidoyer en urgence dans une assez vilaine affaire. Il a d'abord constaté, avec un certain étonnement, qu'écrire, ou plutôt dicter (il n'est pas certain qu'il est su tenir une plume) lui apportait plus de succès que guerroyer: Charles IX fut sensible à la lettre que lui envoya son vieux capitaine et que celui-ci, d'ailleurs, s'empressa de faire imprimer, à Lyon, ainsi que la réponse du roi. Non seulement il ne fut plus question de procès, mais, dès 1574, à peine Henri III sur le trône, Monluc était maréchal de France.

Une activité qui lui avait si bien réussi fut bientôt parée à ses yeux de tous les charmes. Lui qui n'avait guère songé aux Lettres dans ses années de combat, voilà qu'il commença de les prendre au sérieux et se prit d'intérêt pour leurs monuments les plus notables. Sans doute n'avait-il jamais beaucoup lu: il se fit une culture de la onzième heure. Ses leçons, il alla les chercher aux meilleures sources, et d'abord auprès de César, qui prouvait qu'un prestigieux chef de guerre ne déchoit pas en faisant des livres. Impressionné, il lui emprunta son titre.
Ibid., p.109

- Serge Brunet, De l'Espagnol dedans le ventre
- Blaise de Monluc, Commentaires
- Jean de La Varende, Nez de Cuir, gentilhomme d'amour
- Valery Larbaud, Les Poésies de A.O. Barnabooth
- Montaigne, Les Essais

Et puis Monluc fut défiguré: nez coupé, loup sur le visage: que de références églogales, camusiennes, que de recoupements (non ce n'est pas cynique, c'est du rêve, de la reconstitution, un enchevêtrement des phrases et de la vie).

Ajoutons pour finir Montaigne parlant du chagrin de Monluc à la mort de son fils, chagrin de n'avoir pas su lui dire qu'il l'aimait:

«Feu M. le Mareschal de Montluc, ayant perdu son fils, qui mourut en l'isle de Maderes, brave gentilhomme, à la verité, et de grandes esperances, me faisoit fort valoir, entre ses autres regrets, le desplaisir et creve-cœur qu'il sentoit, de ne s'estre jamais communiqué à luy: et, sur cette humeur d'une gravité et grimace paternelle, avoir perdu la commodité de gouster et bien connoître son filz, et aussi de lui déclarer l'extreme amitié qu'il luy portoit, et le digne jugement qu'il faisoit de sa vertu. « Et ce pauvre garçon, disoit il, n'a rien vu de moy qu'une contenance refroignée et pleine de mespris, et a emporté cette creance, que je n'ay sceu ny l'aimer ny l'estimer selon son merite. A qui gardoy-je à descouvrir cette singuliere affection que je luy portoy dans mon âme? estoit-ce pas luy qui en devoit avoir tout le plaisir et toute l'obligation? Je me suis contraint et gehenné pour maintenir ce vain masque, etc»
Montaigne, De l'affection des pères aux enfants, cité par Camus dans les Demeures, p.114

L'épée, la plume, le cœur, la blessure hideuse : comment rêver personnage plus romanesque?

Pierre de Brantôme

J'ai mis un moment à admettre ce que me révélaient les pages suivantes sur les trois châteaux de Bourdeilles: le premier est vide et à moitié en ruine, le deuxième que Brantôme a sans doute beaucoup fréquenté appartenait à sa belle-sœur et ne peut être dit "demeure de Pierre de Brantôme", le troisième, plutôt hôtel particulier que château, ne se visite pas. Cependant, enchanté par le village, Renaud Camus recommande chaleureusement la visite des lieux.
Et non, ce n'est pas une plaisanterie, c'est bien la vertu étrange de ce guide: parfois nous faire visiter rien, ou autre chose.
Qu'importe, puisque ce n'est qu'un prétexte pour bavarder de littérature, architecture, histoire, aménagement du territoire et politique culturelle (les deux derniers points le moins possible et uniquement par contrainte).

Un deuxième chapitre est consacré à un second lieu : le château de Richemont à Saint-Crépin-de-Richemont, tant il est vrai que ce sont les lieux qui organisent le livre, et non les hommes.
C'est l'occasion de tout ce que j'aime chez Renaud Camus:

Certes, Brantôme, malheureusement, est mort en 1614 et pas en 1914 ou 1994, en conséquence de quoi il ne faut pas s'attendre, même à Richemont, à rencontrer son encrier, ses lunettes, ses papiers buvards, ses pantoufles et sa lampe de chevet: ce n'est pas comme s'il venait de sortir dans le jardin pour inspecter ses poiriers ou s'il s'était absenté quelques jours pour assister à Périgueux à un colloque sur la femme dans les guerres de Religion ou sur les rapports entre écriture et vie militaire.
Ibid., p.131

- Brantôme, Œuvres complètes publiées d'après les manuscrits, avec variantes et fragments inédits, par Ludovic Lalanne, Société de l'histoire de France (référence donnée en note de bas de page, p.137- Dix tomes: lus ou pas lus?)
- Brantôme, Recueil des dames, poésies et tombeaux, titre des œuvres choisies de Brantôme dans la Pléiade
- Brantôme, Vie des hommes illustres et grands capitaines français
- Brantôme, Vie des grands capitaines étrangers
- Brantôme, Vie des dames illustres
- Brantôme, Vie des dames galantes
- Brantôme, Anecdotes touchant les duels
- Anne-Marie Cocula-Vaillières, Brantôme. Amour et gloire au temps des Valois

Chute de cheval assez grave, querelle avec le roi, bannissement de la cour, Brantôme se retire et écrit ses chroniques, non sans conserver tout son amour à la cour des Valois. Exil et nostalgie:

Il constate que l'exil de la reine [Marguerite, la Reine Margot] n'est pas aussi dur qu'il l'avait craint et observe même avec surprise et émotion, dans la fastueuse et savante petite cour que Marguerite a su réunir autour d'elle-même à Usson, quelques vestiges de cette cour des Valois qui a été toute sa vie et dont il est persuadé qu'il n'en renaîtra jamais de pareille, d'aussi raffinée, d'aussi noble à la fois et d'aussi amusante.
Ibid., p.138

Notes

[1] Claude Mauriac, Les espaces imaginaires, p.509

[2] De l'esprit des lois, fin du chapitre XXVII

Quelques commentaires et début de bibliographie (Loti, Vigny)

"Demeures de l'esprit" : lieu (chambre, maison, château) ayant été habité quelques semaines ou quelques années par un artiste ou un savant.

On remarquera le soin apporté, comme toujours, à la dédicace et à l'exergue :
«au Centaure» [Que Centaure ne soit pas en italique laisse penser qu'il s'agit d'une dédicace au livre. (un livre dédicacé à un livre?)] Cf. p.206
Demeurons, chère Œnone. Racine, Phèdre, I, 3.

Le critère retenu est «que ces demeures soient ouvertes au public». Critère inattendu comme on le voit, totalement étranger à la postérité de l'artiste ou savant considéré, mais critère intéressant, en ce qu'il élimine des personnages attendus (Barthes, Fauré, Toulet) et fait apparaître des inconnus (de moi): Charles-Louis Philippe, les Guérin ou François Fabié. Découvertes, donc.
Seconde conséquence, la capacité des demeures à rendre compte d'une vie vécue est très variable: de certaines il ne reste rien, quelques murs et encore (mais cela n'empêche pas la rêverie, au contraire), d'autres sont vitrifiées dans des attitudes de musées, d'autres sont idéales, on aimerait y vivre pour toujours. Renaud Camus en déteste spontanément quelques-unes, en chérit d'autres, parfois la demeure extraordinaire "sauve" un écrivain sur lequel il n'avait pas d'opinion bien arrêtée, d'autre fois la demeure trop violemment exhibée (lui) ôte tout désir d'en savoir plus.

C'est une littérature malicieuse, un peu triste parfois, profondément subjective, avec ses bizarreries logiques qui en font la saveur. Ainsi l'avertissement en fin de volume nous prévient-il : Si les appréciations ci-dessous réunies sont largement subjectives, les renseignements fournis le sont, eux, à titre purement indicatif [...] (p.385). Et tant pis pour ceux qui auraient espéré qu'à la subjectivité des appréciations correspondent une objectivité des renseignements.
C'est une littérature des souvenirs d'enfance, des amours littéraires, du potin et de l'anecdote (Toulouse-Lautrec en fantôme?), de la curiosité sexuelle (le travesti Loti, la folle hétéro Rostand,...), une littérature de voyage, aussi, et d'érudition.

Un instant j'ai craint l' hétéro bashing en voyant les commentaires sur les épouses de Loti, Montesquieu ou Rostand, sans compter la surprise de RC à constater que le père de Mauriac ait pu écrire des lettres érotiques à sa femme (ah, mais c'est qu'ils m'agacent à la fin, ces homos, à penser qu'ils sont les seuls à aimer faire l'amour!), mais finalement non, les remarques n'ont rien eu de systématique); un autre instant j'ai craint un livre à thèse démontrant le génie par la classe sociale (les familles Mauriac, Vigny, Montaigne,...), mais il ne s'agissait que du début du livre : non décidément, ce n'était que mes mauvaises pensées et mes craintes, non, rien de prévisible dans le choix de ces maisons "de l'esprit", le critère «ouvertes au public» était une bonne idée dans sa dimension impartiale et imprévisible.

L'intérêt de ce guide est d'éveiller la curiosité, d'ouvrir le goût, d'éveiller le désir. Il donne envie de visiter ce que l'auteur aime pour l'aimer aussi; et ce qu'il n'aime pas, pour vérifier si par hasard il n'exagèrerait pas (mais l'expérience prouve, hélas, que le plus souvent...)

Et ce livre donne envie de lire — ce sera d'ailleurs son grand défaut: ne pas contenir de bibliographie. J'avoue mon ébahissement: en 2006 cet ouvrage n'était pas prévu, il paraît en 2009, deuxième de la série: quand Renaud Camus a-t-il eu le temps de lire tout ce qu'il paraît avoir lu? A-t-il lu réellement, s'est-il contenté de feuilleter, avec la main heureuse qui caractérise les grands lecteurs? Les citations sont-elles tirées des ouvragres originels, où sont-elles reprises dans des catalogues, guides, biographies, les citant? Etc, etc.

A mon habitude et selon ma marotte, je fournis listes et citations : une tentative de reconstitution de bibliographie (sachant que si certains titres ne sont sans doute cités par Renaud Camus que pour mémoire, d'autres, en revanche, font partie de la documentation de fond : en saura-t-on davantage avec les journaux 2007 et 2008? En réalité j'en doute fort) et les citations qui me plaisent ou qui renvoient à d'autres citations ou tics camusiens (les deux non incompatibles as you know).



Pierre Loti

- Barthes, Aziyadé (préface reprise dans Le Degré zéro de l'écriture en Points Seuil)
- Pierre Loti, Mon frère Yves
- Alain Quella-Villéger, Pierre Loti , Pèlerin de la planète, éditions Auberon
- Alain Vercier, introducteur, préfacier, exégète,... (je condense les mots de Camus, p.20)
- Pierre Loti, Journal intime 1868-1878, Tome I, éd. Alain Quella-Villéger, Bruno Vercier, Les Indes Savantes, Paris, 2006
- Pierre Loti, Journal intime 1879-1886, Tome II, éd. Alain Quella-Villéger, Bruno Vercier, les Indes Savantes, Paris, 2008

«Elisons-le aujourd'hui, dit pourtant Dumas fils aventureux, nous verrons bien.» Dans une autre version de la même anecdote, c'est Renan lui-même qui prononce ces paroles héroïques: la phrase et tant de résolution expérimentale sont plus drôles dans sa bouche à lui, si l'on a en tête la pachydermique obésité de son grand âge.
Renaud Camus, Demeures de l'Esprit, France Sud-Ouest, p.22

On notera cette remarque à propos du journal intime (me frappe que tous les écrivains semblent tenir journal et agenda: matière indispensable, ou obsession de la fuite du temps?), remarque qui intervient alors que Renaud Camus constate que le journal de Loti en cours de publication semble prouver que Loti est "pur" hétérosexuel, ce dont son amour du travestisme avait pu faire douter:

Or ce journal est vraiment intime, il n'était pas, "officiellement", destiné à l'édition. Ce serait pousser bien loin la dissimulation que de se mentir à soi-même. Il est vrai que ce n'est pas tout à fait sans exemple.
Ibid, p.23

Alfred de Vigny

- Alfred de Vigny, Les Destinées, Cinq-Mars, Mémoires inédits [1], Servitude et Grandeur militaires
- Vigny dans La Pléiade
- Victor Hugo, Choses vues
- Sainte-Beuve, Pensées d'août
- Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines [2]
- François Mauriac, le Mystère Frontenac

Deux passages m'ont paru évoquer autant Camus que Vigny :

Je n'évoque pas ici un trait psychologique, qui relèverait peu ou prou de la mythomanie nobiliaire; plutôt un trait de caste, d'une classe ou d'une sous classe en général désargentée et sans pouvoir, sans même un nom nous l'avons vu, et qui, si elle met de la fiction dans tout ce qui l'entoure [3] et la constitue (d'où, peut-être ses vertus littéraires, longtemps très agissantes...), c'est moins par vanité que par besoin romanesque de rêverie, plus proche de Don Quichotte que du Bourgeois Gentilhomme.
Ibid., p.30

Même quand il fut candidat à la députation, deux fois, en 48 à la Constituante et l'année suivante à la Législative, il n'envisagea pas un instant de sortir de chez lui pour faire campagne, jugeant que son nom et son consentement à être élu devaient être bien suffisants. Ibid., p.34

Comment ne pas penser ici à la "candidature" de Renaud Camus à l'élection présidentielle de 2007, candidature bizarre, parodique, à la limite du canular (mais cela ne sied pas au personnage), se caractérisant par "rien", rien d'autre qu'une annonce internet, «Je suis candidat»?
C'est pourquoi, si l'analogie Vigny/Camus est autre chose qu'un hasard, je méditerais sur l'élection à l'Académie de Vigny: «Ainsi, pour ce déçu de l'existence qu'était Vigny, [...] même la consécration académique, si difficilement arrachée, se présentait comme une insulte et une humiliation.» p.27

Enfin, relevons cette phrase de Camus et rassurons-le: «Il est à craindre pour notre poésie romantique, hélas, que les universitaires des Rocheuses ou du bush s'occupent plus du roman contemporain burkinabé que de Cinq-Mars ou des Destinées.» (p.26)
L'un des intérêts de devenir de plus en plus nombreux (il faut bien y trouver quelques avantages), c'est que presque tous les sujets trouvent preneur, et Renaud Camus a lui-même pu constater qu'Emile Guillaumin avait su intéresser un jeune historien sud-coréen (p.267 des Demeures, 262 de Corée l'absente): tout espoir n'est pas perdu pour Vigny.

Notes

[1] Est-il réellement possible, par exemple, que Renaud Camus ait lu tous les Mémoires inédits? En a-t-il eu ou pris le temps? N'a-t-il pas plutôt trouvé cette référence dans une plaquette ou un guide? Et pourtant, tant de détails donnés sur tant d'écrivains prouvent une documentation sérieuse: quelle méthode de travail RC a-t-il employée?

[2] simplement cité à titre d'exemple? Quest-ce que cela vient faire ici?

[3] Comment ne pas penser à l'incipit d' Echange: «Il y eut d'abord le parc. Et ainsi la littérature, car nous ne parlions jamais, entre nous, que du jardin.»?

Discours de réception de Vigny

C'était au moment de son élection à l'Académie, en 1845, après cinq tentatives infructueuses. Villemain, qui n'était pas encore dément, demanda à Vigny de prononcer, dans son discours de réception, l'éloge de Louis-Philippe, et lui fit miroiter la prairie. Vigny refusa absolument, bien entendu: plus à cause de l'offre, et des apparences de marché, que de la requête elle-même. Or, n'eût-il rien dit du roi, personne n'eût songé à le lui reprocher. Mais qu'il ait expressément refusé d'en parler après qu'on lui avait demandé de le faire, c'était une toute autre affaire. Le comte Molé, pilier du régime et directeur en exercice de l'Académie, s'en offusqua, et répondit au discours de réception du nouvel élu par l'allocution la plus insultante jamais prononcée sous la Coupole, au moins en de pareilles circonstances.

Renaud Camus, Demeures de l'esprit - France I, Sud-Ouest, p.27

Très vite, en attendant plus, le discours de réception de Vigny, la réponse de Molé.

Quelques lignes sur le site de l'Académie précisent que si tous les académiciens battirent froid à Vigny, Hugo lui resta fidèle (cela rejoint les commentaires de Flaubert et Sand dans leurs lettres: Hugo homme charmant entouré de pénibles).

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