Billets qui ont 'Guerre de Transylvanie (La)' comme livre de Renaud Camus.

Quelques observations croisées sur le racisme de Renaud Camus

Ceci est une branche de la discussion amorcée plus haut.

Message de RP Objet : (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)

Vous citez :
Immigration:
On éviterait bien des pertes de temps dans la lutte contre les différents racismes si l’on admettait qu’une majorité peut-être des propos racistes sont vrais : oui la criminalité est plus forte parmi les travailleurs immigrés, oui les juifs ont une plus forte tendance à la paranoïa, les homosexuels à l’hystérie, etc. Quand j’enseignais dans un collège du Sud, aux États-Unis, les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs.%%% (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)
Renaud Camus, Buena Vista Park (1980), "Vérité du racisme"
Pensez-vous que Renaud Camus soutiendrait aujourd'hui que l' "intelligence moindre" des étudiants Noirs est une conséquence du racisme, ce que semble indiquer la parenthèse, ou bien ne pensez-vous pas que les prises de position actuelles de RC tendent à privilégier une explication "culturaliste" de l'échec de certaines minorités (et des nocences qu'elles génèrent) ?

Il me semble que Du sens traitait de ce sujet, en évoquant les succès des Juifs et des Protestants... Sur les échecs d'autres groupes culturels, il faut se contenter des prises de position du Parti qui comprennent de nombreux "implicites" que j'essaie de décrypter.

Comme vous me reprochez souvent de ne pas donner mon opinion, je me permets de préciser que je suis prêt à suivre des analyses "culturalistes" inspirées de Levi-Strauss, mais pas la bouillie raciste des "théoriciens" de la nouvelle droite, toujours à la recherche des "indo-européens" afin de justifier leur xénophobie autant que leur anti-sémitisme.

Et j'espérais de Renaud Camus qu'il prolonge Du sens (que je trouve éclatant d'intelligence), tandis que le Parti et la Dictature de la petite-bourgeoisie me semblent céder à la polémique, avec des thèses très approximatives et superficielles.

Message de VS - Objet : Réponse par les textes

Pensez-vous que Renaud Camus soutiendrait aujourd'hui que l' "intelligence moindre" des étudiants Noirs est une conséquence du racisme, ce que semble indiquer la parenthèse, ou bien ne pensez-vous pas que les prises de position actuelles de RC tendent à privilégier une explication "culturaliste" de l'échec de certaines minorités (et des nocences qu'elles génèrent) ?

J’aime beaucoup le balancement « pensez-vous »/« ne pensez-vous pas ».

Je fais peu d’hypothèses sur ce que « pense » Renaud Camus. Je me contente de le lire.
Il me semble que le dernier texte qu’il ait consacré à ce sujet est l'éditorial du 13 janvier 2004.

J’extrais ce qui me paraît le mieux répondre à votre question.

J'appelle racisme l'assimilation d'un être à son groupe ethnique, la réduction de sa personnalité à sa seule origine, l'explication globale de ce qu'il est, ou de ses actions, ou de ses opinions, ou de son œuvre, par le seul facteur de son appartenance héréditaire. Je n'appelle pas racisme la prise en considération mesurée de l'appartenance d'un être à son groupe ethnique, lorsque cette appartenance joue un rôle effectif dans la personnalité de cet être et peut éventuellement servir à expliquer en partie son caractère, ses actes, ses attitudes, ses opinions ou ses travaux (étant bien entendu que cette explication peut bien sûr être contestée, et finalement écartée pour défaut de pertinence).

J'appelle racisme la conviction qu'au sein de certains peuples, de certaines civilisations, de certains groupes ethniques il ne saurait y avoir d'hommes et de femmes d'une qualité humaine, intellectuelle, artistique ou morale exceptionnelle ; je n'appelle pas racisme la conviction que certains peuples ont jusqu'à présent plus apporté que d'autres au patrimoine commun de l'humanité, que certaines civilisations se sont montrées plus brillantes ou plus admirables que certaines autres (ou qu'elles-mêmes à d'autres moments de leur histoire), que certains groupes ethniques ont joué en de certaines périodes un rôle plus important que d'autres, ou plus digne d'émulation.
Message de RP - Objet : Bien balancé

Le texte que vous citez, que je connais bien et que j'approuve totalement, devrait vous conduire à reconnaître que la phrase: (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.)» est en fait une concession à la "doxa" des années 70. Ce qui vous conduirait aussi à reconnaître une évolution dans les convictions affichées par RC. Est-ce bien balancé ?

Message de VS - Objet : Au-delà de toute controverse (soyons sérieux un instant)

Le texte que vous citez, que je connais bien et que j'approuve totalement, devrait vous conduire à reconnaître que la phrase: (Le racisme essaie toujours de faire passer ses conséquences pour sa raison d’être.) est en fait une concession à la "doxa" des années 70. Au-delà de tout jeu entre vous et moi, je ne pense absolument pas que ce soit une "concession".
Je vois dans ce texte une expérience du terrain, peut-être une prise de conscience. C'est une chose de voir la situation des Noirs américains en général à travers les journaux ou les études de chercheurs, ou à travers un voyage touristique à New york, c'est autre chose de se prendre la réalité en pleine face, surtout quand on est un jeune Français d'un milieu cultivé directement confronté à la situation des Noirs dans le Sud des Etats-Unis.
Je crois qu'aucun Français n'est préparé à cela. Je me souviens de ma propre stupeur (et de mon indignation ravalée par politesse) lorsqu'en 1984, exprimant mon goût pour l'andouillette (chesterling) dans une famille de Virginie (le plus au nord des Etats sudistes, comme il se nomme lui-même), mes hôtes s'exclamèrent avec dégoût: "Mais c'est une nourriture de Noirs!"
Française, rien ne m'avait préparée à un mépris aussi viscéral.

Les phrases de BVP sont issues d'une expérience vécue dans une université méthodiste de l'Arkansas en 1970. Je vous invite à méditer le témoignage d'un professeur français au Mississipi aujourd'hui. (Si le texte est trop petit, utilisez "Affichage" dans la barre de menu, puis "taille du texte")

Je crois qu'ici, la "doxa" s'efface devant la réalité.

Message de RP - Objet : Andouillette

Ah vous être très forte !

Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC et qui l'a conduit à écrire la parenthèse très doxique après ses propos très wasp ?...

Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe", préjugé contre préjugé en somme, alors que vous vous servez de l'histoire de l'andouillette pour justifier la concession à la Doxa, qui est pourtant placée là, d'évidence, afin de rendre tolérable l'énoncé d'un constat sociologique qui, sans cette précaution, n'aurait pas été admissible, en France, à l'époque, dans le mileu des Lettres.

Pour filer la métaphore, avec vous, dans RC, c'est comme dans le cochon, tout est bon.
Alors qu'en fait, votre auteur fétiche, c'est un monstre !
J'vous aurai prévenue.

Message de VS - Objet : Impressions d'Amérique

«Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC et qui l'a conduit à écrire la parenthèse très doxique après ses propos très wasp ?...
Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe",»


D’où sortez-vous ce caractère attardé des "noirs en tant que groupe" ? Est-ce votre reformulation de «Il ne me viendrait pas une seconde à l'idée de soutenir que l'apport centrafricain à la civilisation mondiale est égal à l'apport italien.», qui, si je comprends bien, serait une citation de La Guerre de Transylvanie? (je n’ai pas ce livre, je ne peux vérifier).

Donc nous avons d’un côté une phrase de BVP, publié en 1980, concernant des étudiants noirs américains. Il s’agit d’un témoignage: «Quand j’enseignais dans un collège du Sud...» (ie en 1970). Je rapproche de cela une anecdote personnelle, anecdote anecdotique bien entendu, mais qui m’a frappée par sa violence totalement spontanée, absolument non dissimulée. Je ne sais si ces personnes méprisant «la nourriture de noirs» se seraient considérées racistes, en tout cas, elles ne songeaient pas une seconde à s’en cacher. Cette anecdote se déroule en Virginie durant l’été 1984.

Il me paraît tout de même plus naturel de la rapprocher de BVP (même lieu, même décade, même population concernée, même caractère de témoignage) que de la phrase de La Guerre de Transylvanie (livre publié en 1996 (journal 1991), phrase générale concernant l’Afrique).

Que vous puissiez écrire «Je m'attendais plutôt à ce que vous rapprochiez la réflexion sur l'andouillette des propos sur le caractère attardé des "noirs en tant que groupe",» me laisse penser que vous négligez trop la chronologie des faits, l’importance de l’expérience vécue et la géographie.
(Seriez-vous en train de dire que mon goût pour l'andouillette est attardé?)

Mais pour répondre à «Vous pensez réellement que c'est le racisme de l'Université qui a choqué RC,» etc, la réponse est oui. Elle a toujours été oui, dès ma première lecture de BVP, durant l’été 2002. C’était pour moi l’explication naturelle, celle qui correspondait à mon expérience.
Tout cela est très ténu, je reconnais que cette interprétation est entièrement liée à ma propre expérience. Mais comme votre interprétation mélange allègrement les lieux et les dates sans respecter la chronologie des événements, je préfère la mienne.

PS : Alors qu'en fait, votre auteur fétiche, c'est un monstre ! J'vous aurai prévenue.: Bah, Renaud Camus, "c'est rien qu'un homme", comme dirait une de mes BD préférées. Celui qui a mis RC sur un piédestal pour ensuite piquer sa crise quand celui-ci n'agissait pas comme il l'aurait souhaité, c'est pas moi.

Message de Rémi Pellet - Objet : ça va sans dire

Le bout de phrase (frauduleusement) placé entre guillemets (sur le "caractère attardé des noirs considérés en tant que groupe") résumait celle-ci : «les quelques étudiants noirs qui permettaient de proclamer le collège intégré donnaient toutes les apparences, en tant que groupe, d’une intelligence moindre: leur capacité d’attention, leur pouvoir d’association, leur vocabulaire étaient très inférieurs à ceux des Blancs».
Mais bon, puisqu'il faut le préciser, l'outrance du propos me paraissait indiquer clairement la fine plaisanterie (même si je persiste à penser que la phrase sur «le racisme qui essaie toujours. etc.» ne serait pas aujourd'hui placée là où elle le fut dans BVP: depuis La Campagne de France au moins RC ne s'abaisse plus à ce genre de concession à la Doxa (ce qui va de soi n'a pas à être répété. C'est une impression, mais dès que j'aurai un instant je tenterai, sérieusement cette fois, d'en apporter la preuve (ça me rappelle la réponse de RC au journaliste de Têtu qui lui demandait en 2002 s'il voterait pour Le Pen. Réponse de l'intéressé : "non pas, à cause de ses pochettes". Doustaly, je crois que c'est son nom, avait indiqué que la réponse lui paraissait trop courte et qu'il fallait la préciser sans quoi il ne publierait pas l'interview. RC lui répondit de faire comme il l'entendait, et bien sûr il n'y eut pas d'article)).
(ça me rappelle aussi la polémique à la même époque avec votre serviteur sur "ce qui va de soi", concernant les droits des étrangers : là il y avait bien dès le début une ambiguïté sur ce qui était l'implicite doxique. je reconnais que l'allusion est peu claire, mais j'y reviens dans l'étude que je vous enverrai tantôt)

Message de VS - Objet : pochettes, cravates et accessoires

Mais ce que vous citez est aussi issu de Buena Vista Park (toujours 1980):
Hypocrisie
Imaginez le contexte et les explications nécessaires pour rendre tolérable, si c’est possible, l’affirmation suivante : qu’Untel a des cravates trop monstrueuses pour gouverner la France.
Pour moi, cette réponse à Têtu est une blague formidable (dans l'ancienne et nouvelle acception), un hasard incroyable: le contexte s'est présenté de lui-même vingt ans plus tard!

J'y vois l'incapacité de résister au plaisir de faire un bon mot, même si ce mot doit conserver son statut de private joke puisque personne ne le reconnaîtra; j'y vois aussi la tentation de faire une expérience, de ne pas laisser passer l'occasion de faire un test en grandeur réelle: de la théorie à la pratique, voyons donc ce qui va se passer.

L'épreuve des faits aura donc démontrer qu'il n'y a pas "d'explications" susceptibles de rendre la phrase "tolérable", au moins pour le grand public. La phrase ne peut faire rire que ceux qui sont dans la confidence.
(C'est pour cela que je ne suis absolument pas pressée de voir paraître 325 g. J'imagine le scandale, et cela me fatigue d'avance. Une édition privée à vendre sous le manteau?)

L'obsession juive

Il y a belle et bien une obsession juive chez (dans l'œuvre de) Renaud Camus, et ce, dès les premiers ouvrages.

L'étrange, et pardonnez-moi d'écrire de telles évidences, davantage destinées aux visiteurs de passage qu'aux lecteurs fidèles, l'étrange, donc, est que cette obsession soit exactement l'inverse de celle que lui reprochent ses détracteurs : elle est un hommage à la culture juive, jointe à la douleur permanente du souvenir du Désastre.

1978 - Travers, p 67 : «Les trois grands juifs qui nous ont façonnés nous ont appris, grâce à la sûreté de leur paranoïa, que tout est relatif, jusqu'à la vérité, et qu'il n'est de discours qui n'en cache un autre (...)».

1983 - Roman Roi, p 496 : «Les os de ma mère ne sont pas enfouis dans cette terre qui ne flâtera plus nos ombres hâtives, mais dans quelques charniers d'Allemagne ou de Pologne, dont je ne sais même pas le nom. (...) Et quand une fois j'ai osé m'adresser à l'un des hommes de bure, il m'a dit : «Sarah Steiner! Mon pauvre enfant, elles s'appelaient toutes Sarah Steiner!» Pour m'éloigner de lui, j'ai prétendu que je comprenais exactement ce qu'il voulait dire, et je comprends maintenant qu'il ne voulait rien dire exactement.»

1991 - l'Elégie de Budapest, p 316 : «C'était au demeurant un garçon sympathique, pour autant qu'il soit possible d'être antisémite et sympathique, et ce doit l'être évidemment, sans quoi tout serait beaucoup trop simple, et rien si grave.»

1997 - Discours de Flaran : «Comment produire encore de l'art, quand par décence on ne veut plus rien dire, plus rien vouloir, plus rien montrer?»

2002 - Du sens, p 387 «Le XXe siècle culturel et, je crois, spirituel se ressemblerait plus à lui-même si les Juifs y figuraient seuls que s'ils n'y figuraient pas du tout.C'est à eux qu'il doit sa forme générale et ses contours, sinon toute sa chair.»

Et la question : que faire maintenant, maintenant après le Désastre?
Et cette proposition de réponse toute simple : et si l'on cessait de parler, de traiter des juifs sur un mode à part? Si l'on s'autorisait à porter sur eux les jugements que l'on n'hésiterait pas à porter sur des bretons ou des protestants? Et si l'on réinscrivait les juifs dans le discours commun?
Et ce, aussi bien en politique internationale (Buena Vista Park 1980 p 91 : «Israël - L'Occident a essayé d'expier, vingt ans durant, sa culpabilité monstrueuse à l'égard des juifs en refusant d'envisager que l'Etat d'Israël puisse être coupable de la moindre injustice à l'égard des Palestiniens (et à fortiori de sévices)») qu'en politique culturelle nationale (La Campagne de France 2000 «les collaborateurs juifs du "Panorama" de France-Culture exagèrent un peu, tout de même (...)»)

Avec les résultats que l'on sait...

NB: EB signale ensuite la p.286 de La Guerre de Transylvanie.

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