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Sollers et Barthes - l'affaire Renaud Camus

Lorsque j'ai pris connaissance de "l'affaire Renaud Camus", bien après les faits (en juin 2002 pour un scandale dont la période de crise s'est étendue de mai à juillet 2000), trois noms ont retenu mon attention: Plenel, Bernard-Henri Lévy et Sollers.
Plenel était journaliste, il vivait de l'agitation médiatique et appartenait au Monde dont Camus égratignait régulièrement la syntaxe; BHL était juif, il pouvait avoir été sincèrement blessé par les phrases que je vais qualifier de malheureuses ou maladroites de Renaud Camus. Leur émoi me paraissait disproportionné mais compréhensible.

Restait Sollers. Le cas Sollers m'intriguait, je ne connaissais pas très bien l'auteur (je ne le connais toujours pas d'ailleurs), mais j'avais appris qu'à un moment donné il avait proposé de publier le journal, ou un livre de Renaud Camus; une recherche dans Google m'avait menée à un article de fabula avec une phrase de Camus en exergue à propos de Sollers et de Barthes [1]; un peu plus tard j'ai découvert via Sudoc que l'un des plus vieux travaux disponibles de Camus était un mémoire consacré à ''Tel Quel'' écrit en 1971.

Quelles étaient donc les relations entre les deux hommes, que s'était-il passé, pourquoi Sollers était-il monté si violemment au créneau[2], lui dont la pente semblait davantage l'ironie voire la clownerie que la polémique ou la méchanceté? Après la lecture de Corbeaux, j'avais imaginé dans un billet de 2004 une jalousie de Sollers envers Camus à propos de Barthes, hypothèse confortée par une phrase de Sollers lors de l'émission Répliques du 10 février 2001: «Et d'ailleurs je me suis senti en quelque sorte responsable de la mémoire de Barthes par mon intervention.» (8e minute). (J'analyse la syntaxe bancale comme une preuve possible de l'émotion de Sollers.)
Grâce à cette hypothèse (une jalousie dont l'enjeu était Barthes, avec la double question «Lequel de nous deux était-il le plus aimé de Barthes, lequel de nous deux le comprenait-il le mieux?», qui tendait à déterminer l'héritier "légitime", naturel, de Barthes), l'attitude de Sollers acquérait une cohérence. Elle entrait dans le champ de la logique humaine, souvent plus émotionnelle que rationnelle.


Dans mon billet écrit en 2004, je relevais ces phrases de Corbeaux:

Il me faut me demander sans cesse si l'évolution de mon jugement global sur Sollers n'est pas exagérément influencée par son attitude extrêmement agressive à mon égard. Que ce soit la guerre entre nous — une guerre où les forces sont infiniment disproportionnées, il va sans dire — ne devrait pas m'entraîner à accentuer d'un iota mon opposition à son œuvre et à sa personne. Cette opposition, d'un autre côté, est bien antérieure à la situation actuelle.

Renaud Camus, Corbeaux, le 28 juin 2000

Je viens de trouver dans Chroniques achriennes un exemple de cette "opposition". Il s'agit d'une attaque militante violente, ce qui s'explique sans doute par le lieu, Gai Pied, et la date, 1982 ou 83.
Ce qui me paraît extraordinaire, c'est la forme que prend cette opposition. De quoi Camus accuse-t-il Sollers? Rien de moins que de fournir un portrait-robot de l'homosexuel afin qu'on l'identifie facilement, comme en d'autres temps on avait fourni une description du juif:

Pauvre hétérosexualité: clandestine, carrément. Alors ne vous étonnez pas de la suite. Voici maintenant un extrait de Femmes, roman à paraître imminemment du même puissant penseur, et que Art Press nous donne loyalement comme «la véritable divine comédie de notre temps». Il s’agit d’un certain Werth: «Il ne vivait pas du tout son homexualité comme le font la plupart désormais, de façon triomphante, agressive, militante, dure, prononcée… L’obscénité en vitrine». A hétérosexualité clandestine, homosexualité triomphante, c'est fatal. Nous sommes ici dans un roman et là dans une interview, mais les deux thèmes complémentaires relèvent du même fantasme, du même délire. Il ne peut pas ne pas vous rappeler quelque chose; on ne peut pas éviter le rapprochement, éculé certes, imparfait sans doute, mais justifié, mais affolant, mais éclairant entre tous: le nazisme, l'antisémitisme [3]. Pour le nazi et ceux qui le suivent, les Juifs ne sont nullement une minorité opprimée, menacée, rescapée de mille pogroms. Pas du tout, ils sont tout-puissants, ils sont partout, agressifs, triomphants. Si ça continue, on n'aura même plus le droit d'être aryen, il faudra se cacher, passer à la clandestinité. L'hétérosexualité selon Sollers en est déjà là. Mais ça ne va pas se passer comme ça.
L'essentiel, pour réagir, c'est de bien reconnaître l'homosexuel. Continuez de vous souvenir, de remonter dans vos mémoires ou dans vos livres d'histoire: l'important, c'est de bien reconnaître le juif (on organise des expositions: voici ses caractéristiques). J'en reviens, moi, à Femmes: «Tous les homosexuels m'ont donné, à un moment où à un autre, la même impression étrange, celle d'être comme mangés de l'intérieur, comme si une improbable force corticale, vertébrale, les amenait peu à peu à l'état de fantômes prématurés... D'apparitions contorsionnées, obliques...D'assèchement pétrificateur... Statues de sel en cours... C'était sensible chez Werth dans les derniers temps... Quelque chose de plus en plus friable, diaphane, gris-blanc... D'exsangue... Une sorte de fureur rentrée, sourde; de fausse gaieté... Envie, jalousie... Feu lourd, hépatique...» etc. Ce style ne vous rappelle-t-il quelque chose? Mais si, voyons, tous ces points de suspension...Vous y êtes, vous avez gagné, Céline, Bagatelles pour un massacre, par exemple. Pas de phrases, qui impliquent une certaine responsabilité et sont la porte ouverte à l'argumentation, à l'interrogation, à la nuance. Non, pure giclée de mots, la pulsion, le sens comme il vient.

Renaud Camus, Chroniques achriennes, p.66-67

Je suis très impressionnée : utilisation de l'argument juif, accusation d'irresponsabilité, de pulsion... C'est Sollers contre Camus en 2000.
La suite... et bien la suite parle de Barthes, pleure Barthes, mort deux ans auparavant, et articule le style à l'homosexualité:

Certes, dans Femmes, il y a un narrateur, qui n'est pas exactement Sollers. Comme c'est commode! Et Werth, dont la mort nous est offerte en «bonnes feuilles» par Art Press, ce n'est pas exactement Barthes, (ni Berthe, ni Berth, ni Werther qu'il évoquait si volontiers au temps des Fragments d'un discours amoureux). Ce ne l'est même pas du tout, à la vérité, c'en est, sans trace d'amitié ou d'émotion, une répugnante et sinistre caricature, mais tout le monde identifiera le modèle: «Je revois Werth, à la fin de sa vie, juste avant son accident... Sa mère était morte deux ans auparavant, son grand amour... Le seul... Il se laissait glisser, de plus en plus, dans des complications de garçons, c'était sa pente, elle s'était brusquement accélérée... Il ne pensait plus qu'à ça... (...) Werth n'en pouvait plus... Tout l'ennuyait, le fatiguait de plus en plus, le dégoûtait... (...) La seule chose qui avait toujours fait peur à Werth, c'est que sa mère apprît ses goûts par la presse... Qu'il y ait eût comme ça un scandale mettant en cause sa situation, d'ailleurs péniblement acquise de grand professeur...» Etc. J'ai beaucoup fréquenté Roland Barthes, dans les dernières années de sa vie. Je n'ai respecté personne autant que lui. Que sa mère ait été son grand amour, tous ceux qui l'ont connu le savent, et beaucoup de ses lecteurs. Qu'il ait vécu parmi les rivalités de disciples, les caprices et les querelles de garçons, que d'aucuns aient jugé spirituel de le surnommer «Mamie», comme l'assure Sollers, ce n'est pas impossible, je n'en sais rien, il ne mélangeait pas ses amis. Mais sa tristesse n'était pas due, j'en jurerais, au peu d'homosexualité qu'il a pu s'accorder sur le tard, après les prudences de toute une vie: l'amour filial suffit à expliquer l'une et les autres. Je crois au contraire qu'à s'être laissé glisser un peu plus ouvertement «à sa pente», comme dit Sollers, il a dû les rares consolations de ses derniers mois. Souvenez-vous du R.B.: «Le pouvoir de jouissance d'une perversion 'en l'occurrence celle des deux H: homosexualité et haschisch) est toujours sous-estimé. La loi, la Doxa, la Science ne veulent pas comprendre que la perversion, tout simplement, rend heureux.»[4] Mais je crois surtout que l'homosexualité telle qu'il la concevait (utopiquement?) comme «vacance des agressions» l'a libéré de ce que sa première manière pouvait avoir d'agressif, dans le ton et, parfois, un peu sollersiennement péremptoire, en plus fin. Elle est pour beaucoup, j'en suis persuadé, dans la suprême subtilité qui, au yeux de tellement d'entre nous, fait des derniers livres de Barthes les plus précieux, et qui a donné tant de joie, jusqu'à l'ultime fin, aux auditeurs du séminaire: car lui qui «n'en pouvait plus» pouvait énormément pour les autres. A la très relative, et trop longuement différée, libération de l'homme par rapport aux pressions sociales, est largement due, je le pense, dans la relation de l'écrivain avec le sens, les sens, l'écriture, le monde, cette qualité que le vieux Bergotte, s'agissant du style, mettait plus haut que tout, la «douceur». Mais on peut difficilement espérer de Sollers qu'il apprécie cela.

Ibid., p.68 à 71

Sollers a-t-il eu connaissance de ces phrases en 1983? Et si oui, s'en souvenait-il en 2000? Ou peut-on imaginer un souvenir inconscient? S'agirait-il donc d'une revanche (d'une vengeance) d'un double point de vue: s'affirmer finalement le meilleur gardien de la mémoire de Barthes, retourner à l'envoyeur son allusion antisémite[5]?

Peut-être que je rêve ou que j'invente. Mais tout de même, le parallèle est troublant.

Notes

[1] ... «il [Barthes] ne supportait pas la moindre critique ou plaisanterie sur Philippe Sollers.» Renaud Camus in La règle du Jeu, 1ère année, nº 1, mai 1990.

[2] Le Monde, le 17 juin 2000

[3] En 1982, pas d'internet, le point Godwin n'existait pas encore.

[4] Roland Barthes par Roland Barthes, «Ecrivains de toujours», Seuil, 1975, p.68. Encore faut-il s'entendre sur le mot «perversion», pris ici dans son sens «savant», analytique, et nullement dans son sens traditionnel, moral. ('sic').

[5] à cela près que Sollers n'a eu qu'à utiliser les armes fournies par Renaud Camus tandis que celui-ci avait dû forger une comparaison (l'homosexuel comme juif).

Le projet de L'Ombre gagne

Lorsque je tombe sur ce genre de "coïncidences", je me demande si ce sont vraiment des coïncidences, ou des références oubliées de Renaud Camus au moment qu'il écrivait ces lignes (une pensée qu'il aurait si bien faite sienne qu'il en aurait oublié l'origine), ou d'un silence volontaire dans l'attente qu'un lecteur trouve ces pages.
(Je me dis soudain que la réponse est peut-être dans L'Epuisant Désir de ces choses, que je n'ai pas lu).

La référence à L'Ombre gagne, devenu 325g (le poids du volume), et qui ressemble beaucoup en effet à l'Opus Niger dont il est question dans L'Epuisant Désir de ces choses, est très délicate dans le contexte actuel, essentiellement journalistique, pour le meilleur et pour le pire, c'est-à-dire éminemment a-littéraire, si ce n'est anti-littéraire. En même temps il ne s'agit pas du tout de s'abriter derrière la "littérature" pour échapper à ses responsabilités. Je pense que rien n'est plus "responsable" que la littérature. Et je suis de ceux qui pensent que Brasillach (auquel on m'a gracieusement comparé, dans la non-polémique actuelle) n'avait pas volé les balles qui l'ont percé. Cela dit L'Ombre gagne ou 325g relèvent d'un projet littéraire ou même "philosophique" - si je puis le dire pas trop prétentieusement - qui n'a pas grand-chose à voir avec l'écriture simplette d'un journal, ni avec la controverse actuelle. Il s'agissait de rendre à l'expression déconsidérée "roman d'idées" son sens plein, et de faire un "roman" où les idées seraient les seuls personnages : les bonnes, les gentilles, les monstrueuses, les idiotes, les banales, les inattendues, les révoltantes, etc., toutes, en un carrousel assez semblable, toute proportion de génie gardée, à Bouvard et Pécuchet auquel était d'ailleurs emprunté l'exergue ("Cependant, entre les idées innocentes et les criminelles, comment faire la différence ?") [citation très inexacte, excusez-moi, je suis en voyage]. Il s'agissait d'explorer tout ce qui peut être pensable. Et le prix à payer pour ce privilège redoutable, c'était de commencer par ce qui me semblait le plus absolument inadmissible, et ce qui me semblait le moins pouvoir un seul instant (croyais-je) m'être attribué : l'antisémitisme, en l'occurrence délirant, ou bien l'opinion à peine moins répugnante que le sida était le juste châtiment des homosexuels, une vraie bénédiction du ciel du point de vue moral, la preuve que Dieu s'était réveillé et faisait enfin son travail. Une fois qu'on a passé ce barrage de l'inadmissible absolu, tout peut être pensé un moment - et non pas cru, bien entendu. Il s'agit d'un roman. Et il n'y est pas d'idée qui ne rencontre son contraire rigoureux, de sorte que celui qui les émet est un personnage impossible, personne, Personne, Ulysse Personne, dans L'Epuisant Désir de ces choses. Ce n'est nullement mon cas et l'auteur de La Campagne de France, lui, est bien présent même si on ne lui donne guère la parole. Il vous répond du mieux qu'il peut.

extrait d'une interview donnée à Têtu en juillet 2000.


— Ne craignez-vous pas, en quittant la réalité, de vous égarer dans des régions mortellement abstraites et de faire un roman, non d'êtres vivants, mais d'idées? demanda Sophroniska craintivement.
— Et quand cela serait! s'écria Edouard avec un redoublement de vigueur. A cause des maladroits qui s'y sont fourvoyés, devons-nous condamner le roman d'idées? En guise de romans d'idées, on ne nous a fourni jusqu'à présent que d'excécrables romans à thèses. Mais ils ne s'agit pas de cela, vous pensez bien. Les idées... les idées, je vous l'avoue, m'intéressent plus que les hommes; elles m'intéressent par-dessus tout. Elles vivent; elles combattent; elles agonisent comme les hommes.

Les faux-monnayeurs, deuxième partie, chapitre III (folio p.187)


— Je voudrais écrire l'histoire de quelqu'un qui d'abord écoute chacun, et qui va, consultant chacun, à la manière de Panurge, avant de décider quoi que ce soit; après avoir éprouvé que les opinions des uns et des autres, sur chaque point, se contredisent, il prendrait le parti de n'écouter plus rien que lui, et du coup deviendrait très fort.
— C'est un projet de vieillard, dit Laura.
— Je suis plus mûr que vous ne croyez. Depuis quelques jours je tiens un carnet, comme Edouard; sur la page de droite j'écris une opinion, dès que, sur la page de gauche, en regard, je peux inscrire l'opinion contraire.

Les faux-monnayeurs, deuxième partie, chapitre IV (folio p.192)

Quelques réflexions à partir du non-dit de Renaud Camus

Le 12 septembre 2004, Renaud Camus nous apprenait qu'il avait voté blanc en 2002, qu'il avait écrit dans son journal qu'il souhaitait que Le Pen ait le maximum de voix au second tour en dessous du seuil qui lui permettrait d'être élu, et que Claude Durand refusait de publier Outrepas.
Renaud Camus écrivait sur le forum de la SLRC:

Je suis bien conscient que cette position (ici très résumée, bien sûr) ne coïncide pas avec celle qu'a exprimée à cette époque, avec mon accord, la Société des lecteurs (mon accord ne marquant que la totale autonomie de la Société des lecteurs par rapport à moi); et bien conscient aussi que cette attitude ne coïncide certainement pas avec celle de la majorité d'entre vous, qu'elle risque même de choquer gravement.
(extrait du message de Renaud Camus le 12/09/2004)

Ainsi donc l'auteur s'attend à choquer, et je suis surprise qu'il ait, finalement, si peu choqué: en trois semaines, pas une voix, habituelle ou inhabituelle, pour se dire choquée.

Reprenons. Qu'est-ce qui est (qu'est-ce qui serait) choquant ici?
Il y a en fait deux éléments distincts qui peuvent choquer: d'une part l'opinion émise (le souhait du maximum de voix pour Le Pen au second tour en-deça de l'élection), d'autre part le fait d'avoir tu cette opinion au moment où la SLRC appelait à manifester contre Jean-Marie Le Pen.

Commençons donc par l'opinion elle-même. Faisant partie des personnes choquées, j'ai essayé de comprendre pourquoi. Je crois que souhaiter une chose sans mettre en œuvre ce que je peux pour l'atteindre ou l'obtenir est un système de pensée qui m'est radicalement étranger. Entre souhaiter que Le Pen ait x% des voix et voter Le Pen, spontanément, je ne fais pas de différence (et entre voter Le Pen (ou n'importe quel extrêmisme, droite ou gauche, pour moi ils se valent tous) et oublier l'histoire des camps et du goulag, je ne fais à nouveau pas de différence. Pas de feuilletage, mais adhérence pleine et entière, un bloc, du souhait goguenard au totalitarisme à ma porte en un dixième de seconde: trop formatée? Ou heureusement formatée?).
Il me faut faire un détour par la raison, par la réflexion, pour admettre avec difficulté que ce n'est pas la même chose. Le souhait n'est pas l'acte. Cependant, rien à faire, le pli est pris, confondre l'un est l'autre est toujours le premier réflexe. Il me faut ensuite lutter contre ce réflexe pour reconnaître l'écart entre le souhait et l'action. (Est-ce que souhaiter quelque chose sans rien faire pour en permettre la réalisation n'est pas reconnaître de fait la non-justesse de ce souhait et sa dimension in-désirable?)

Que faire de ce souhait de Renaud Camus? Devant ma difficulté à prendre du recul sur le sujet, je me suis replongée dans Du sens et j'ai interrogé d'une part un ami en qui j'ai toute confiance et d'autre part Bruno Chaouat. Lorsque j'ai raconté ce souhait d'un maximum de voix pour Le Pen en-deça de l'élection, mon ami a ri doucement: «Beaucoup l'ont pensé, lui l'a écrit». Quant à Bruno Chaouat, entre autres considérations, il m'a répondu «[...] Toujours est-il que Camus n'a jamais soutenu Le Pen, mais a éprouvé une jubilation aux résultats du premier tour, comme, j'en suis sûr, tant de Français, même de gauche, mais qui auront gardé cette jubilation bien secrète... Voilà. [...]» Bon. Deux sur deux. Est-ce que je vis vraiment sur la lune? (Mais s'ils ont raison, pourquoi tout ce cirque entre les deux tours? Catharsis nationale pour exorciser les démons inavoués inavouables?)

Reprenons l'accusation de Claude Durand: «Il [Claude Durand] assimile ma position à celle des intellectuels de la droite conservatrice au temps de la République de Weimar, inconscients des dangers de la montée du nazisme, et laissant faire par le petit peuple, avec le succès qu'on sait, le sale travail.» Cela fait étrangement écho à ce passage de Nolli me legere (c'est d'ailleurs ainsi que m'est venu l'idée, dans mon désarroi, d'envoyer un mot à Bruno Chaouat) : «Cet exposé ne cherche ni a résoudre, ni à dissoudre, ni à trancher péremptoirement la question de la relation de Camus aux Juifs et à l'identité française ; il ne prétend pas davantage décider si oui ou non cette relation peut et doit être comparée, comme je l'ai fait moi-même il y a quelques mois, un peu vite, et sous le choc de certaines pages de La Campagne de France, à l'antisémitisme littéraire français d'avant Guerre. La question doit, il me semble, rester ouverte, et peut-être sans réponse satisfaisante.»

Dans un sens, l'accusation de Durand n'est donc pas neuve. Cependant, que l'irritation à propos des virgules tienne autant de place que la montée du nazisme est aussi, comme l'a fait remarqué Jérôme, plus qu'étrange, voire choquant à son tour. Faut-il en déduire, comme l'ont fait plusieurs lecteurs autour de moi, que le refus de Claude Durand habillerait de considérations politiques des motifs bien plus personnels d'exaspération?

De tout cela il ressort que l'opinion exprimée ne paraît pas suffisante pour justifier la non-publication du livre. Il y a sans doute autre chose.



J'écoute le débat à Sciences-Po fin mai 2002. Début de l'intervention d'Edwy Plenel (12ième minute): «Si j'ai accepté cette invitation, c'est parce que parmi les multiples tracts diffusés entre les deux tours, il y en avait un qui était signé des amis de Renaud Camus. S'il n'y avait pas eu cet appel, probablement ne serais-je pas venu [...]»

La deuxième raison d'être choqué est plus délicate à manipuler, ici sur ce site. Je la formulerai franchement, au risque à mon tour de choquer : en respectant la décision de la Société des lecteurs à appeler à voter contre Le Pen («avec mon accord») sans préciser que lui-même, Renaud Camus, ne s'associait pas à ce souhait, y a-t-il eu tromperie?
Cette question prend d'étranges reflets si l'on considère qu'au moment-même où Renaud Camus décidait de taire sa pensée profonde, il savait pertinemment qu'elle serait connue lors de la publication de son journal : se pose alors le problème du rapport entre vérité, parole quotidienne et journal. Quelle confiance accorder à ce qui est dit (ou non dit, mais de telle façon qu'on suppose entendre quelque chose) dans la vie quotidienne si seul le journal dit la vérité? Jusqu'où peut-on jouer avec la langue dans le sens de la logique pure (ne rien dire, c'est ne pas dire, au sens strict, on ne saurait être responsable de l'interprétation de ce silence par son interlocuteur (mais ne rien dire quand on constate la fausse interprétation de son interlocuteur, est-ce tenable?)) à l'encontre de l'usage commun de la langue («qui ne dit mot consent»)? Faut-il s'abstenir de parler ou de discuter en attendant de lire le journal? Et comment s'inscrit le parti au milieu de tout cela?

Pourquoi n'avoir rien dit à l'époque? Je vois trois hypothèses, je suppose qu'on peut en trouver d'autres (et sans doute qu' Outrepas nous éclairera[1] :

- par courtoisie envers les personnes de la SLRC qui se sont tant investies pour défendre Renaud Camus pendant l'"affaire", pour ne pas les mettre en porte-à-faux, pour ne pas les désavouer à un moment d'effervescence nationale. Il s'agirait ici de protéger les sentiments de ces personnes, il s'agirait d'un désir de ne pas froisser;

- par peur de perdre le soutien de ces mêmes personnes. Il s'agirait alors de se protéger soi-même. (Mais en repensant à «[je suis] bien conscient aussi que cette attitude ne coïncide certainement pas avec celle de la majorité d'entre vous, qu'elle risque même de choquer gravement.», je me demande si cette phrase s'applique à "la majorité d'entre vous" de l'époque ou à celle d'aujourd'hui, qui n'est pas exactement la même, et a eu largement l'occasion de s'exprimer en deux ans);

- La dernière hypothèse est plus... comment dire, littéraire, ou théâtrale, ou tirée par les cheveux : il s'agirait de ménager l'effet de surprise du journal. Il y aurait une économie du journal, une façon de gérer les événements afin de maintenir le suspense. Cette façon serait essentiellement le silence: nous ne saurons ce qui s'est passé, ce qu'a pensé Renaud Camus, qu'en lisant le journal. Et tous ceux qui s'approchent de la sphère privée de Renaud Camus participent spontanément, sans que rien ne leur ait été demandé, à cette conspiration du silence, pensé-je en me souvenant qu'en apprenant par hasard lors de la soirée du 16 janvier 2004 chez Flatters le prochain voyage de Renaud Camus en Corée, j'avais tu la nouvelle autour de moi.
Je connais d'autres exemples: certains apprennent telle ou telle chose et se taisent, il y a connivence, complicité implicite, attendons que le journal rende tel opinion, désaccord ou rencontre, public. En attendant, il y a jouissance "chez ceux qui savent" de voir "ceux qui ne savent pas" faire des hypothèses ou s'engager sur de fausses pistes. Je ne suis pas sûre que ce soit un jeu très sain; en effet, il y a toujours un certain ridicule à découvrir la vérité avec retard en s'apercevant qu'on a abondamment commenté ou soutenu des thèses fausses. Or nous sommes plus ou moins aptes à supporter le ridicule. Et pour éviter le ridicule, le silence de nouveau, mais celui des lecteurs cette fois-ci, est le seul recours. (En d'autres termes, les forums deviennent des apories).



Reprenons. Il y a donc eu silence sur les véritables pensées de Renaud Camus et appui courtois à la position de la SLRC dans la reconnaissance de son autonomie.

Et il y a eu, quelques semaines plus tard, l'annonce du pré-programme du parti de l'in-nocence. Ce parti, l'idée-même de parti, si étrangère à la bathmologie et que rien n'annonce dans les livres précédents que j'ai lus, a été un mystère pour moi. Mais aujourd'hui, je lui trouve une place dans la faille entre le souhait d'un maximum de voix à Le Pen en-deça de l'élection et l'impossibilité de réellement souhaiter cela, dans la faille entre le souhait et la dimension radicalement in-désirable de ce souhait. L'origine du parti ne serait pas l'"affaire", mais le premier tour des présidentielles de 2002. Ici, peut-être immodestement, je retrouve mon rapport à l'action: si le souhait ne peut entraîner l'action (le souhait du vote ne peut entraîner le vote), trouvons une autre voie. Quelle autre voie? Un parti.

Je ne sais si mon hypothèse tient la route (on devient prudente quand on sait qu'un journal peut vous désavouer deux ans plus tard... (je plaisante: ce risque, je l'ai toujours connu, je ne viens pas de le découvrir. Ce que je ne connais pas, c'est ma résistance au ridicule.)), mais si effectivement l'une des origines du parti est la réaction à ce souhait informulé à propos de Le Pen, alors je vois plusieurs conséquences importantes à avoir tu ce souhait au moment où fut créé le parti.

En y repensant, je m'accuse de ne pas voir vu, ou voulu reconnaître, ce qui finalement était devant mes yeux: les mises en garde de RP contre une dérive lepéniste ou les notes de bas de page de Catherine Rannoux («[...] l'annonce de la création par R. Camus d'un parti de l'«in-nocence», hostile à une immigration non-européenne, témoigne d'un engagement idéologique dont les présupposés ne semblent plus rien avoir d'ambigu.» Les fictions du journal littéraire p.145), auraient dû préparer à cet aveu de Renaud Camus «voeu que Le Pen - en ça de la majorité bien sûr, en-deça du succès -, ait le plus de voix possible, de façon que soit entendue la protestation du peuple français face à la disparition dont il est menacée en tant que tel ». Oui, il est étrange d'être surprise, puisque tout était là depuis le début, je me reproche de ne pas avoir voulu le voir, dans un désir finalement puéril de défendre les couleurs d'un RC blanc comme neige, victime innocente contre les méchants qui l'attaquaient en lui prêtant de "mauvaises" pensées ("mauvaises", bien sûr, est un jugement de ma part, mais qui s'inscrit dans la ligne des pages de Du sens qui proclament "l'anti-racisme a raison") (puéril, oui, n'y a-t-il pas que pendant l'enfance que le bien et le mal sont si nettement séparés? Mais c'est tellement plus facile à vivre...). Et bien non, finalement, les mauvaises pensées ne sont pas prêtées. Elles sont là, exposées, combattues, débattues, approuvées, rejetées... N'est-ce pas finalement ce qui m'a plu en lisant Du sens.

Si Renaud Camus avait fait connaître ce souhait in-désirable avant de créer le parti, est-ce que cela aurait changé quelque chose? Oui, sans doute, mais je ne sais pas dire exactement quoi. Aucune erreur d'interprétation telle celle dont je viens de m'accuser quelques lignes plus haut n'aurait été possible. Est-ce que ce seraient les mêmes personnes qui se seraient engagées? J'ai tendance à penser que oui, mais que c'est la nature des discours qui n'aurait pas été la même, non pas dans son fond, mais dans sa forme: l'exaspération anti-immigration du président du parti aurait peut-être été prise davantage en compte, ou différemment. Peut-être y aurait-il eu des adhésions différentes, en plus ou en moins, c'est possible.

En définitive, je me demande si ce n'est pas à lui-même que Renaud Camus a tendu un piège en créant le parti sans faire nettement la lumière sur son souhait inexprimé: la gauche du parti s'est mise gaiement en campagne, bousculant la droite, le président-rédacteur, respectant parfaitement les règles du débat démocratique, a entériné la volonté qui se dégageait des discussions en rédigeant le point "immigration" du programme dans le sens de ces discussions. Si l'on postule que mon hypothèse de la naissance du parti dans la faille entre souhait et in-désirable est juste, on ne peut s'empêcher de supposer que le point "immigration" dans sa rédaction finale ne correspond pas au désir profond du président du parti de l'in-nocence.

Je me répète: est ce que si le souhait de "Le Pen etc" avait été exprimé, cela aurait changé quelque chose? Je ne sais pas. La gauche est têtue, mais il n'y aurait peut-être pas eu la même gauche, une gauche "plus à droite", si je puis dire. (Quoique. Pour ma part, je ne changerais pas un mot de ce que j'ai pu écrire de mes convictions. Et mon engagement ayant des origines plus humaines que politiques, il n'aurait sans doute pas changé non plus... Qu'en est-il des autres partisans?)

A l'inverse, on pourrait soutenir que loin de se tendre un piège à lui-même, Renaud Camus a trouvé le moyen de mesurer l'opinion de certains de ses lecteurs sans les influencer par avance et qu'il en a fort démocratiquement tenu compte, sans imposer ses vues.
Il reste que nous savons désormais que le journal 2004 nous apprendra ce que la rédaction du point "immigration" lui a coûté de regrets ou d'agacements... (en supposant que cela lui paraisse suffisamment important pour qu'il le consigne dans le journal. Mais là, tout de même, j'ai tendance à penser que oui), ce lent travail sur soi-même qui n'omet pas la part de la bête?



Et donc il faut en venir au journal. Quel projet étrange que ce journal. «Quant au rôle du journal? Je réponds toujours la même chose à cette question : c'est le laboratoire central. C'est un centre de première réflexion, de réflexion à chaud. Tous les autres livres sortent de lui. On les y voit naître.» (ici)

Le journal fait tout le contraire de ce que à quoi tendent les autres livres: le journal dit "je" tandis que le projet des Églogues veut faire disparaître l'auteur, le journal va du début vers la fin tandis que P.A. et VB s'ingénient à éclater le livre en éventail ou en labyrinthe, le journal dit les pensées inavouables sans retenir les pensées blessantes à l'encontre de la philosophie du paraître qui proclame le respect de l'autre dans une retenue de soi-même.

Que faire du journal? J'ai tâché de comprendre ce que voulait dire "ce laboratoire central". M'appuyant sur les notations de Sommeil de personne concernant l'écriture de Du sens («N'importe: je veux en arriver le plus vite possible au moment que j'aime, celui où l'on peut travailler sur une masse déjà là, la corriger de toute part, la modifier, l'allonger le plus souvent, mais en étant tout à fait libéré du besoin vulgaire de produire de la copie.» p.267), j'ai considéré que le journal était la terre, le limon, la matière brute à partir de laquelle il est possible de travailler et de donner vie.

Une autre vision possible est celle que note Du sens: «Tel qui écrit son journal, c'est Bouvard et Pécuchet à lui tout seul. Il n'en finit pas d'explorer la bêtise, à commencer par la plus disponible : la sienne» p.42. Le journal accomplirait le projet de Flaubert : «Il faut que je m'en débarrasse [de la bêtise] quelque part et sous la forme la plus artiste possible, pour me mettre ensuite commodément et longuement à deux ou trois grandes œuvres que je porte depuis longtemps dans le ventre.» (à Louise Collet, 24 avril 1852). Le journal serait le lieu du réflexe primaire et instinctif, avant qu'il ne soit travaillé par la réflexion. Dans cette perspective, je soutiendrais que le journal a une dimension Mister Hyde: il est la face que normalement nous cachons, qui n'est destinée ni à être vue ni montrée. Exposer sa face Mister Hyde est vraiment un projet fou: ce n'est ni socialement ni affectivement supportable. En temps normal, seuls quelques proches connaissent cette face, et l'acceptent parce qu'ils nous aiment (ou n'ont pas le choix...). Mais demander au monde d'accepter cette face, c'est peut-être trop lui demander.

Mais le journal, ce n'est pas que cela. C'est aussi, ou c'est surtout, une vie qui s'écrit, la tentative de juxtaposer la littérature et la vie. En un sens il y réussit parfaitement, l'auteur est vraiment le héros de son journal, celui qui triomphe à la fin après mille péripéties. Mais bien sûr, pour que le roman soit haletant, il faut créer des péripéties, et ce qui finalement est très étrange, ou parfaitement logique, c'est que dernièrement, c'est souvent le journal lui-même qui provoque les péripéties de "la vraie vie", l'écriture s'inscrivant littéralement dans la vie de son auteur. Le journal écrit la vie dans le sens où il en change le cours, autant par sa publication que sa non-publication.



Lorsque je relis ces phrases quatre ans plus tard, je me dis que j'aurais dû quitter le parti à ce moment-là, car il y avait eu duperie et je le savais. Je ne crois pas que j'aurais adhéré au parti si j'avais su que RC se désolidarisait de cet appel, même si j'y ai adhéré pour des raisons qui n'ont rien à voir avec Camus ou la politique, mais plutôt avec l'amitié et la solidarité.
En découvrant que RC ne parlait pas de son silence de 2002 dans Corée l'absente et ne se remettait pas en cause, j'ai été choquée.

Notes

[1] Non, il ne nous a pas éclairé.

Sollers et la pétition lors de "l'Affaire"

Je me souviens, en lisant ceci,

L'anthologie comporte un long entretien avec Sollers, à propos du Sollers écrivain qui fut l'un des tout derniers et peut-être le dernier des livres publiés par Barthes de son vivant. Je me souviens que Barthes était d'une loyauté absolue à l'égard de Sollers et ne donnait aucun écho aux critiques, alors bien légères, qu'on pouvait formuler à son égard.

Ces critiques, bien sûr, seraient aujourd'hui moins légères. Il me faut me demander sans cesse si l'évolution de mon jugement global sur Sollers n'est pas exagérément influencée par son attitude extrêmement agressive à mon égard. Que ce soit la guerre entre nous — une guerre où les forces sont infiniment disproportionnées, il va sans dire — ne devrait pas m'entraîner à accentuer d'un iota mon opposition à son œuvre et à sa personne. Cette opposition, d'un autre côté, est bien antérieure à la situation actuelle[1]. Et l'opposition de Sollers à mon oeuvre (qu'il connaît certainement très mal) et à ma personne serait certainement moins vive si j'avais manifesté depuis des années plus d'admiration et de sympathie pour les siennes. Il faut moins que jamais négliger le rôle du narcissisme et de ses blessures dans l'étude de la formation des opinions, y compris, il va sans dire, des miennes. Toujours est-il que le rôle capital que joue Sollers dans la campagne actuelle contre moi à l'avantage de me libérer de toute réserve à tenir à son endroit même si de cette réserve je m'étais déjà sérieusement affranchi par le passé, comme de beaucoup d'autres.

Ce qu'il dit à propos de Barthes et de lui donne comme toujours une impression d'intelligence, qui tient surtout, peut-être, à son incroyable aplomb. Il parle comme le ferait un homme très intelligent, et même plus qu'intelligent. Il tient à merveille l'emploi du grand écrivain. Et telle est sa force de persuasion qu'on se convainc soi-même qu'on est en train d'entendre un grand écrivain tenir des propos de la plus haute intelligence. Dès lors, on ne s'étonne pas de ne pas tout comprendre. Au contraire, les enchaînements qui nous échappent, les zones d'obscurité du raisonnement, les formidables accélérations des syllogismes, tous les "comme par hasard" et les "hein hein hein hein", nous versons tout cela à son crédit jusqu'à ce qu'un doute nous vienne (grandement favorisé par la rancune, sans aucun doute, dans mon cas) : comment se fait-il que de ces propos on ne retienne rien ? Comment se fait-il qu'ils soient si peu nourrissants ? Comment est-il possible que notre vie en soit à ce degré inaffectée ?»

Renaud Camus, Corbeaux

en lisant ceci, donc, m'être demandé dans quelle mesure l'agressivité de Sollers ne pouvait pas être due à de la jalousie née de l'attention que Barthes avait porté aux premiers écrits de Renaud Camus, et ce, juste après le voyage en Chine de Barthes et Sollers en 1974.

Sollers a-t-il été jaloux de Camus à cause de Barthes, en veut-il à Renaud Camus de n'avoir jamais dérogé à ses principes et à son écriture tandis que lui, Sollers, dérivait lentement vers une écriture de plus en plus... je n'ose écrire commune? Tout cela nous éloigne de la littérature pour nous ramener à des passions bien humaines.

Sur Barthes et Sollers : voir ici

Notes

[1] cf. les entretiens avec Pierre Salgas, où Renaud Camus esquive une réponse franche concernant ses rapports à l'écriture sollersienne et préfère répondre en parlant de Ricardou

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