Billets qui ont 'nez' comme mot-clé.

Les duels de la fraternité

A propos de la fraternité Igel, rejointe par Bonhoeffer à l'université :
Le mot allemand Igel signifie «hérisson». Les membres portaient des chapeaux faits de peaux de hérisson. Ils choisirent pertinemment du fris clair, moyen et foncé pour leurs couleurs officielles, faisant ainsi un «pied-de-nez monochromatique» aux autres fraternités, qui toutes affectionnaient les chapeaux aux couleurs vives et les horribles cicatrices de duels. C'était, en effet, une grande distinction dans la société allemande du XIXe et du début du XXe d'avoir eu, dans sa famille, un homme au visage défiguré par un duel de la fraternité.1.

Eric Metaxas, Bonhoeffer : pasteur, martyr, prophète, espion, p.63, éd. Première Partie, Paris 2014




1 : Une cicatrice gagnée de cette façon était appelée une Schmiss, ou Renommierschmiss (littéralement une cicatrice qui se vante). Les duels de cette sorte étaient davantage des combats baroques, orchestrés pour se «piquer» avec des épées. Les participants se tenaient toujours à portée d'épée. Le corps et les bras étaient bien protégés, mais comme le but de cette comédie était d'obtenir une cicatrice prouvant une certaine bravoure, les visages ne l'étaient pas. Un visage affreusement creusé ou un nez coupé en deux seraient donc le témoignage d'une grande bravoure et ce, durant toute la vie du blessé. Il prouverait ainsi son droit à se tenir dans le noble cercle des élites allemandes. Ces horribles cicatrices étaient si convoitées que les étudiants du premier cycle qui n'arrivaient pas à les obtenir dans les duels recouraient à d'autres méthodes moins recommandables.

Monet, mon nez, monnaie

C'est un motif récurrent dans les Travers de passer de Monet à monnaie à Zahir à Louis XVI reconnu Ravenne à l'obole de Charon, etc.

Au-delà de l'homophonie, j'en trouve la source "théorique", dans le mémoire de Renaud Camus, La politique de "Tel Quel" (car l'homophonie ne suffit pas, il y faut plus : ici, le sens et Marx sont convoqués).

Par sa pratique même, "Tel quel" a été amené à mettre de plus en plus l'accent sur le mode de production du texte littéraire, c'est-à-dire à s'élever contre une pure et simple sanctification du produit ("l'œuvre") et du "capitaliste" qui en assumerait en quelque sorte le financement et l'accumulation ("l'auteur"). En un sens, tout se passe comme si l'analyse que Marx a mené à bien dans l'ordre de l'économie politique n'avait pu être opérée au niveau de l'économie dite " symbolique", c'est-à-dire de la faculté signifiante elle-même. Cette économie est donc un lieu d'aliénation, de mystification constante. Le geste que veulent découvrir Baudry ou Jean-Joseph Goux, dans sa réalité concrète de langage, d'écriture, n'est rien d'autre que celui qui a été analysé par Marx. Seulement, la marchandise de langage est moins immédiatement accessible à la critique, en ceci que sa forme n'apparaît pas au premier coup d'œil, qu'il faut dédoubler en quelque sorte le regard de la science sur lui. Pour Jean-Joseph Goux, le sens joue le rôle que l'argent joue dans la circulation des marchandises.[1].

Renaud Camus, La politique de "Tel Quel", p.66 (inédit)

Notes

[1] Cf. Jean-Joseph Goux, "Marx et l'inscription du travail", Tel Quel n°33 et Théorie d'ensemble, p.188.

Camus

L’adjectif camus présente en effet la particularité de ne pouvoir qualifier, pratiquement, qu’un seul substantif.

Vaisseaux brûlés, 1-3-8-2-1


CAMUS, USE, adj. et subst.
I. Adj. cf. camard I)
A. [En parlant d'une pers., de son visage; d'un animal] Qui a le nez (le museau) court et aplati.
Au fig., fam. Désappointé, penaud.
Rendre un homme camus. ,,Le réduire à ne savoir que dire.`` (Ac. 1835, 1878). ,,Il voulait faire le capable, on l'a rendu bien camus`` (Ac. 1835, 1878).
B. [En parlant du nez d'une pers., du museau d'un animal] Aplati, écrasé.

II. Subst. (cf. camard II)
A. Camus, camuse. Personne qui a le nez court et aplati.
B. Par dénomination vulg. d'animaux.
1. Camus, subst. masc. ,,Dauphin ordinaire`` (BESCH. 1845)[1]; ,,poisson du genre polynème`` (Lar. 19e, Nouv. Lar. ill.).
2. Camuse, subst. fém., arg. Carpe (qui a un rudiment de museau) (cf. ESN. 1966).


Je suis bien assuré que la cause que maintenant que je traite serait vidée en une seule parole de vérité évidente [Mt 7, 12]. Car il ne faudrait que dire à ceux qui forcent les consciences d'autrui: voudriez-vous qu'on forçât les vôtres? Et soudainement leur propre conscience, qui vaut plus que mille témoins les convaincrait tellement qu'ils en demeureraient tout camus.

Sébastien Castellion, Conseils à la France désolée (1562)

Notes

[1] Je viens de comprendre pourquoi les dauphins apparaissent dans les Églogues! (généralement accompagnés d'Orion ou de Gide (Urien))

Le grand nez des Bourbons

D'ailleurs Henri IV est décrit aussi comme le roi «des anciennes prophéties». Face aux croyances en l'imminence de la fin des temps, des textes, depuis le XIVe siècle, plaçaient en effet les espoirs de la chrétienté d'Occident dans le roi de France, le Nouveau Charlemagne, appelé à restaurer l'unité politique de l'Europe et à libérer Constantinople et les lieux saints avant de laisser son trône au Christ revenu sur terre. « Charles fils de Charles, de la très illustre filiation du Lys, ayant grand front, sourcils hauts, yeux allongés, nez aquilin, [et qui] sera couronné.» Les prénoms peuvent être changés, et le grand nez des Bourbons joue peut-être ici un rôle non négligeable: dans des pamphlets des années 1590, voici Henri IV présenté comme «ce roi de la fleur de Lys, au visage long, au grand nez, qui est appelé par les anciennes prophéties à la seigneurie du monde, ce grand roi qui nous a tant été promis».

Thierry Wanegffelen, L'Édit de Nantes, une histoire européenne de la tolérance (XVIe-XXe siècle), p.107

Bibliothèque essentielle de nasologie fondamentale

Message de Renaud Camus déposé le 21/02/2005 à 09h08 (UTC) sur la SLRC

Sterne, Tristram Shandy
Gogol (Chostakovitch), Le Nez
Poe, Lionnerie
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac
La Varende, Nez-de-cuir, gentilhomme d'amour
Karen Blixen, Soirée de Copenhague

Nez, honneur, tragédie

En découvrant ce texte de Barthes dans les nouveautés du forum de la SLRC, je me suis souvenue d'une nouvelle de Karen Blixen qui parlait d'un nez tragique dont la race allait disparaître. Vérification faite, mes souvenirs avaient mélangé plusieurs passages, et j'ai eu la surprise de découvrir que ce conte constituait un lien étonnant entre les nez, le texte barthésien et Éloge de la honte.
— Je suis d'accord avec vous, Eulalie, mon chou, disait le professeur parlant, comme toujours, très lentement, d'une petite voix frêle et grinçante et avec une série de petites grimaces pour remplacer le manque d'expression de son visage, le monde progresse, nous progressons tous et, dans une centaine d'années, nous serons plus près d'un état de perfection que nous ne le sommes à présent. Cependant je vous dirai que tandis que nous irons de l'avant si allègrement dans toutes les directions, certains petits traits de la nature atteindront, pour ainsi dire d'eux-mêmes, le sommet de la perfection avant de se désagréger, nous abandonner et disparaître pour toujours. Je vous désignerai la partie de nous-mêmes qui, au moment où je vous parle, a atteint la perfection et qui est sur le point de redevenir rudimentaire. Nous pourrons dans les temps futurs être témoins de prodiges sur le plan du progrès scientifique et social. Mais nous ne pourrons plus jamais poser les yeux sur une assemblée de nez semblable à celle que nous voyons autour de nous. Il n'est pas un seul d'entre eux dont l'achèvement n'ait exigé cinq siècle. Vous constaterez dans ce salon que le nez est la pointe de la personnalité humaine tout entière et que la véritable mission de nos jambes, de nos cœurs est de promener notre nez.
[...]
Mais laissez-moi vous dire, avec mes pauvres mots, que les cinq sens —et parmi eux l'odorat tient sûrement un rang élevé— forment tout le savoir-vivre des animaux sauvages et des peuples primitifs. Lorsque, au fur à mesure du progrès ces innocentes créatures bénéficient d'un peu de sécurité, de confort et d'éducation, sentir devient une entreprise ardue, l'odorat se détériore, s'émousse, les bonnes habitudes se perdent. [...] Au sein de notre civilisation, les gens des classes moyennes ont acquis la sécurité et un peu d'éducation —et où, mes amis, sont désormais leurs nez? Pour eux, le mot même d'odeur est devenu inconvenant. C'est seulement lorsque quelqu'un s'élève à notre propre niveau —niveau élevé— que l'on peut retrouver de nouveau chez lui l'acuité des sens en même temps que le savoir-vivre. Car quel est le but de toute éducation un peu raffinée? Redécouvrir l'innocence. C'est ainsi que parmi tous nos animaux domestiques, celui qui est le plus proche de l'animal sauvage est aussi le plus racé: le pur-sang, l'édition de luxe du cheval.
[...]
— Mais Charlotte, dit la dame mince sur un ton de reproche, vous savez certainement que la tragédie est la conséquence de la chute de l'homme et qu'il n'est donc pas facile de la supprimer. Nos arrières-petits-enfants auront obtenu bien des choses, mais ils n'auront pas plus d'espoir que nous-mêmes d'éliminer la tragédie de l'existence humaine.
— Hélas non, dit la dame qui était dure d'oreille.
— Hélas si, dit le professeur. La tragédie sera une chose que l'on supprimera facilement, presqu'aussi facilement que le nez. Je ferme les yeux, continua-t-il, et effectivement il ferma ses petits yeux sans cils, et je vois devant moi, dans cent ans d'ici, une réunion de nos-arrières-petits-enfants, exactement pareille à la nôtre. Ce seront des gens très agréables, justements fiers d'avoir réalisé de grandes choses dans la science et la vie sociale et, le nez mis a part, des gens très plaisants à regarder. ils seront capables de s'envoler dans la lune. Mais aucun d'entre eux, même pour sauver sa vie, ne sera capable d'écrire une tragédie.
Car la tragédie, poursuivit-il, loins d'être la conséquence de la chute de l'homme, est, au contraire l'assurance qu'il a prise contre les conditions de vie, mornes et sordides, entraînées par sa chute. Projeté de la gloire céleste et de la joie dans la nécessité de la routine, l'homme, dans un suprême effort, a créé la tragédie. Comme le Seigneur a été alors heureusement surpris! La créature, s'exclama-t-il, était certes digne d'être créée. J'ai eu raison de la faire, car elle peut accomplir pour moi des choses que sans elle, je ne peux mener à bien.
[...] Et quelle est la chose, demanda-t-il encore, que le vieux professeur Siversten n'a pas, qu'il n'accepterait pas si elle lui était offerte et qu'il est cependant, pour lui, l'attribut le plus pittoresque de l'être humain? Qu'est-ce qui est à ses yeux une chose absurde et déraisonnable, une chose ridicule à porter avec soi dans la vie et qui est en même temps le rare piment dont on fait la tragédie? Je vais vous donner la réponse comme vous le voulez, en mots simples. Cette chose se nomme honneur, madame, l'idée de l'honneur. Toutes les tragédies, de Phèdre et Antigone jusqu'à Amour et intrigue et Hernani et jusqu'à cette œuvre pleine de promesse d'un jeune auteur norvégien, Marie Stuart en Écosse, que nous avons vue ensemble l'autre jour, sont fondées sur l'idée de l'honneur. L'honneur ne sauve pas l'humanité de la souffrance mais elle lui donne les moyens d'écrire une tragédie. Une époque qui peut démontrer que les blessures du héros sur le champ de bataille sont également pénibles —qu'elles le frappent devant ou derrière— peut produire de grands hommes de science, des statisticiens, elle ne peut produire de tragédie.
Ces jeunes gens agréables, vos petits-enfants, lors d'une réception come celle-ci, d'ici un siècle, connaîtront le souci, non la tragédie. Ils auront des dettes —chose pénible— mais pas de dette d'honneur pouvant mettre en jeu la vie ou la mort. il y aura des suicides —chose pénible— mais le hara-kiri sera oublié, fera sourire. Cependant ils pourront s'envoler vers la lune. Ils seront assis en rond autour de leur table à thé, à parler de leur itinétaires et de leurs billets pour la lune.
Il demeura silencieux un moment puis revint à son idée avec gravité:
— Je suis un artiste, dit-il. Je n'échangerai pas l'idée de l'honneur contre un billet pour la lune. [...]

"Saison à Copenhague", in Nouveaux contes d'hiver de Karen Blixen
(les mots en italique sont en français dans le texte)

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Réponse de Renaud Camus déposé le 21/02/2005 à 08h49 (UTC)

Et quelle précision dans la prédiction ! «Ces jeunes gens agréables, vos petits-enfants, lors d'une réception comme celle-ci, d'ici un siècle, connaîtront le SOUCI, non la tragédie.»

Etes-vous bien sûre, Véhesse, de tirer de votre génie tout le parti qu'il faudrait? Les architectures ruinatiques que vous révélez, au moyen de simples rapprochements supérieurement choisis, sont si vertigineuses qu'on a du mal à les contempler d'un seul coup d'oeil, et à les garder ensemble en l'esprit. Une sommaire tentative de récapitulation, de ma part, donnerait ceci : tragédie / drame (voire "souci"), aristocratie / petite bourgeoisie, virginité des femmes / liberté sexuelle ("innocence du sexe")...

Couples non-antithétiques : virginité des femmes / honneur, honneur / parole, parole / tragédie (suicide "d'honneur" - objection : est-ce que le suicide d'honneur n'est pas un cliché du "drame" ?)

Il n'y a que cette histoire de nez dont je ne vois pas très bien, à première "vue", comment elle se greffe sur tout cela (la liaison est pourtant très manifeste et soulignée dans le curiosissime texte de Blixen, mais elle demeure obscure pour moi). Ou bien est-il admis une fois pour toutes que "nez" est là pour "sexe" ?

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Ma réponse le 23/02/2005 à 01h20 (UTC)

Il me semble que le nez n'est là que comme nez, comme ultime achèvement de la race aristocratique, ce qu'exprime «Il n'est pas un seul d'entre eux dont l'achèvement n'ait exigé cinq siècles».
L'aristocratie se perd avec le sens de l'honneur, le nez s'efface.

Mais il faut reconnaître que les pages de Blixen manient le sous-entendu:
Regardez maintenant, poursuivit-il, cette femme blonde, presque lumineuse, en velours vert olive, qui parle au comte Léopold. Ses genoux et ses cuisses et ce dos élégant — tout exprime franchement et naïvement sa nature. Mais n'est-ce pas son nez la véritable pointe de tout cela? Vivant, piquant, avec une audacieuse inclinaison et des narines presques rondes; on peut le faire remonter en ligne directe jusqu'au profil loyal et audacieux de la jument arabe. Elle ne décevra pas son cavalier. Mais il faudra bien chercher pour découvrir un cavalier qui la mérite.
— C'est Drude Angel, dit une dame qui avait une perruque. Une cousine de Léopold et d'Adélaïde. On a beaucoup discuté cette saison pour savoir qui d'elle ou d'Adélaïde était la mieux physiquement. Elle est l'une de ces enfants Angel à qui, une fois, à Ballegaard, vous avez prédit un avenir tragique.
Le professeur à ces mots lança vers la jeune fille un long et profond regard, puis ne dit plus rien à son sujet.
Ibid, p.324


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Autre précision apportée le 20/02/2005 à 16h53 (UTC)

Les contes de Karen Blixen parlent d'aristocratie, d'honneur, de sang, du nom. L'innocence du sexe telle qu'elle est conçue dans Vaisseaux brûlés n'est possible que dans un monde qui sépare l'acte sexuel de la procréation. Dans le monde de Blixen, la vertu (l'honneur) des femmes est garante du sang, donc du nom.
Peut-on relâcher les contraintes sociales sexuelles sans automatiquement provoquer un relâchement des autres domaines de la vie sociale? Je suppose qu'il doit y avoir des études sur le sujet.

Index: jusqu'ici, j'ai croisé Isaak Dinesen dans Passage, dans Échange où il est question du film Une histoire immortelle dont l'intrigue consiste à rendre réelle (réaliser) une légende. Et Out of Africa est évoqué fugitivement ici.

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Réponse de Renaud Camus déposé le 21/02/2005 à 08h59 (UTC)

L'innocence du sexe telle qu'elle est conçue dans VB n'est possible que dans un monde qui sépare l'acte sexuel de la procréation. Dans le monde de Blixen, la vertu (l'honneur) des femmes est garante du sang, donc du nom.
Peut-on relâcher les contraintes sociales sexuelles sans automatiquement provoquer un relâchement des autres domaines de la vie sociale?


Oui, on ne saurait mieux dire, ni mieux résumer la question. Croyez que je ne suis pas sans me la poser depuis longtemps. Je me demande même si elle n'est pas la question centrale. D'autre part elle se subdivise en toute sorte d'énormes petites sous-questions : éducation et liberté sexuelle, par exemple (est-il possible d'éduquer des adolescents qui jouissent de la liberté sexuelle ?)

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Ma Réponse le 23/02/2005 à 00h43 (UTC)

Voir Wilhem Reich:
La formation du caractère sur un mode autoritaire a pour point de départ, non pas l'amour parental, mais la famille de type autoritaire. Son principal instrument est la suppression de la sexualité chez l'enfant et chez l'adolescent.
[...]
Il est plus facile d'exiger la discipline et de la renforcer par l'autorité que d'éduquer les enfants en vue de leur donner le sens de l'initiative joyeuse dans leur travail et d'un comportement sexuel naturel. Il est plus facile de se déclarer un «fürher» omniscient, envoyé par Dieu, et de décréter ce que des millions d'individus doivent penser et faire, que de s'exposer à la bataille entre le rationnel et l'irrationnel dans le conflit des opinions. Il est plus facile d'insister sur les manifestations de respect et d'amour dues légalement que de gagner l'amitié par un comportement décent authentique. Il est plus facile de vendre son indépendance contre une sécurité économique que de mener une existence indépendante, responsable, et d'être son propre maître. Il est plus facile de dicter à ses subordonnés ce qu'ils doivent faire que de les guider en respectant leur propre personnalité. Voilà pourquoi la dictature est toujours plus facile que la vraie démocratie. Voilà pourquoi le chef démocratique paresseux envie le dictateur et tâche, à sa manière inadéquate, de l'imiter. Il est facile de représenter le lieu commun. Il est difficile de représenter la vérité.

Introduction à La Fonction de l'orgasme, de Wilhem Reich


NB: ce texte sera largement utilisé dans La dictature de la petite-bourgeoisie, et largement détourné de l'interprétation donnée dans les commentaires qui ont suivi cette première mise en ligne.

[Travers] Et la fin

[...] tout n'était qu'allusion, citation, renvoi, et relevait d'évidence de la conspiration insidieuse, perverse, qui s'ourdit de toute part autour de moi, et dont je sais chaque jour un peu mieux, heureusement, remarquer et interpréter les signes. Et que fallait-il penser des mots qu'on apercevait nettement sur le revers de la couverture, ce rectangle que les doigts du lecteur maintenaient presque attenant au premier, séparé de lui seulement par le dos étroit, légèrement concave, de la mince reliure de carton glacé : De quoi riez-vous? C'est de vous-même que vous riez!... Mais il y avait pire, bien pire. Car le récit dans lequel Duane était plongé, ou se prétendait plongé, ce n'était pas celui qu'illustrait plus particulièrement le dessin. Je le vérifiais, bien inutilement car c'était écrit, et le hasard ici n'a que faire, en passant derrière lui. C'était Le Journal d'un fou.

J'ai pris moi-même le Second volume, comme l'appelle, non sans quelque abus, Denoël, son éditeur, de Bouvard, et je me suis couché moi aussi. Nous avons donc lu assez longtemps, tous les deux, dans nos lits jumeaux, sans relever ni tourner la tête, et sans un mot.

Renaud Camus, dernière page de Travers

remarque: Ici interviennent des problèmes de traduction. Impossible de retrouver «De quoi riez-vous? C'est de vous-même que vous riez!...» dans mon exemplaire des nouvelles de St-Pétersbourg. Je suppose que cela pourrait être «Laissez-moi! Que vous ai-je fait?», au début de Le Manteau, traduit par Henri Mongault © Gallimard 1938. Mais c'est une hypothèse tirée par les cheveux.

De même, je lis «Maman! Sauve ton malheureux fils! Laisse tomber une petite larme sur sa tête douloureuse!» (traduction Sylvie Luneau © Gallimard 1966) tandis que je trouve dans Vaisseaux brûlés «Mère chérie, sauve ton pauvre fils ! Laisse tomber une petite larme sur sa pauvre tête malade!»

La complexité augmente: il ne s'agit plus simplement de lire les livres identifiés pour retrouver les résonnances, il faut en plus trouver quelle traduction a été utilisée.

                                       ******************

Message de Yerres-Matin (RC) déposé le 13/06/2004 à 08h59 (UTC)

Anne effet...

L'édition de poche Garnier-Flammarion (1968!) des Récits de Pétersbourg porte sur la couverture un dessin de Jean-Pierre Reissner (re - !) représentant un nez soigneusement dessiné fiché sur un visage composé exclusivement de signes d'écriture (ou, si vous préférez, taillé dans une page d'écritures de différentes couleurs). On peut lire au dos du volume : «De quoi riez-vous ? C'est de vous-même que vous riez !...» Gogol, Le Révizor, Acte V, scène VIII.

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