Véhesse

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Billets qui ont 'Levet, Henry Jean-Marie' comme auteur.

lundi 6 avril 2009

Identification des citations de la fille

Si clair leur incarnat léger / Qu’il voltige dans l’air, assoupi de sommeils touffus.
Renaud Camus, Théâtre ce soir, p.35
Stéphane Mallarmé, Après-midi d'un faune, "Eglogue" (mis en musique par Claude Debussy).
Chez Mallarmé, les vers se présentent ainsi :
Si clair,
Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
Assoupi de sommeils touffus.
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Ô Corse aux cheveux plats, que ta France était belle / Au grand soleil de Messidor!
Ibid, p.35
Auguste Barbier, L'Idole

La ponctuation et les majuscules ont été modifiées :
Ô Corse à cheveux plats ! que ta France était belle
Au grand soleil de messidor !
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.247

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Toutes les passions s'éloignent avec l'âge, / L'une emportant son masque et l'autre son couteau. / Comme un essaim chantant d'histrions en voyage / Dont le groupe décroît derrière le coteau…
Ibid, p.36
Victor Hugo, Tristesse d'Olympio, mis en musique par Victor Massé (1822-1884)
Un point a remplacé une virgule.
Toutes les passions s'éloignent avec l'âge,
L'une emportant son masque et l'autre son couteau,
Comme un essaim chantant d'histrions en voyage
Dont le groupe décroît derrière le coteau.
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Toujours il y eut cette rumeur, toujours il y eut cette langueur…
Ibid, p.37
Saint-John Perse, Amers

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Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles / Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs
Ibid, p.38
Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre

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Le temps léger s'enfuit sans m'en apercevoir
Ibid, p.38
Philippe Desportes, Les amours de Cléonice
Déjà présent dans Été, p.44

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Eurotas, Eurotas, que font ces lauriers-roses / Sur ton rivage en deuil par la mort habité ?
Ibid, p.39
Casimir Delavigne, Aux ruines de la Grèce païenne

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La vie est plus vaine une image / que l' ombre sur le mur./ Pourtant l'hiéroglyphe obscur / qu' y trace ton passage…
Ibid, p.40
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 70

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Et le bleu Titarèse, et le golfe d’argent / Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire, / la blanche Oloossone à la blanche Camyre.
Ibid, p.41
Alfred de Musset, La nuit de Mai

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Que Paris était beau à la fin de septembre !
Ibid, p.42
Guillaume Apollinaire, Alcools, "Vendémiaire"

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comment disais je il y a des yeux par lesquels je n'ai pas vu des foules sans moi se sont jetées sur des pierres des vérités sans moi ont trouvé le bout de leur chaîne
Ibid, p.43
Jacques Roubaud, Signe d'appartenance

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Tranquilles, cependant, Charlemagne et ses preux / Descendaient de la montagne et parlaient entre eux.
Ibid, p.43
Alfred de Vigny, Nuit pyrénéenne, "Cor III"
variante: «Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.»

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Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine…
Ibid, p.44
André Chénier, La jeune Tarentine

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Tout puissants dans nos grands gouvernements militaires, avec nos filles parfumées qui se vêtaient d'un souffle, ces tissus, nous établîmes en haut lieu ces pièges à bonheur.
Ibid, p.44
Saint-John Perse, Anabase, chant IV

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Les chevaux de la Mort commencent à hennir. Ils sont joyeux, car l'âge éclatant va finir.
Ibid, p.45
Victor Hugo, Toute la lyre, "A Théophile Gautier"

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Que de grâces, Bon Dieu! Tout rit dans Luxembourg !
Ibid, p.46
Jean de La Fontaine, Sonnet II

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La joie venait toujours après la peine.
Ibid, p.47
Guillaume Apollinaire, Alcools, "Le pont Mirabeau"

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Ne pourrons-nous jamais, sur l'océan des âges, / Jeter l'ancre un seul jour?
Ibid, p.47
Lamartine, Le Lac

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Ô fraîcheur, ô fraîcheur retrouvée parmi les sources du langage!…
Ibid, p.48
Saint-John Perse, Vents

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La douleur de ta fille au tombeau descendue, / Par un commun trépas / Est-ce là quelque dédales, où ta raison perdue ne se retrouve pas?
Ibid, p.49
François de Malherbe, Consolation à M. du Perrier

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Amants, heureux amants, voulez-vous voyager? Que ce soit aux rives prochaines.
Ibid, p.50
Jean de La Fontaine, Fables, livre IX, fable 2, "Les deux pigeons"

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Au lieu que toi, sublime enceinte, / Tu es couleur du temps :/ Neige en Mars ; roses du printemps… / Août, sombre hyacinthe.
Ibid, p.51
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 33

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Je verrai les chemins encor tout parfumés / Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés ?
Ibid, p.52
Jean Racine, Iphigénie, Acte IV, scène 4

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Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, / Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Ibid, p.53
Jean Racine, Bérénice, Acte IV scène 5

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L'Aufide a débordé, trop plein / de morts et d'armes. La foudre au Capitolin / tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne. / En vain le grand pontife a fait un lectisterne / et consulté deux fois l'oracle sibyllin…
Ibid, p.54
José Maria de Hérédia, Les trophées, "Rome et les Barbares"; Après Cannes

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On jase dans tout le district / De nos mains désunies. / Songe à mon coeur fidèle et strict, / A sa peine infinie.
Ibid, p.56
René Chalupt, L'infidèle

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Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes / Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir.
Ibid, p.57
Marcelline Desbordes-Valmore, Les roses de Sâadi

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Ah Dieu! que la guerre est jolie / Avec ses chants, ses longs loisirs…
Ibid, p.57
Guillaume Apollinaire, L'adieu au cavalier

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Donne-lui tout de même à boire, dit mon père…
Ibid, p.58
Victor Hugo, La Légende des siècles, XLIX

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C'est pourtant vrai qu'elle lui dit: «Paul, je vous aime!» / À bord de la «La Ville de Permambuco».
Ibid, p.59
Henry Jean-Marie Levet, Cartes postales, "Afrique occidentale"

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Laissez-nous savourer les rapides délices / Des plus beaux de nos jours…
Ibid, p.60
Lamartine, Le Lac

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Mille chemins ouverts y conduisent toujours…
Ibid, p.61
Jean Racine, Phèdre, acte I, scène III,

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C'est la verte douceur des soirs sur la Dordogne, / Écoutez, les Gascons: c'est toute la Gascogne!
Ibid, p.62
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte IV, scène III

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Ombre, que l'ombre efface…
Ibid, p.63
Paul-Jean Toulet, Contrerimes, 12

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«Ce que vous avez là dans votre assiette ne figure pas sur la carte.»
Ibid, p.64
Henri Michaux, Un certain Plume, "Plume au restaurant"

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Divague ma Folie, enfante pour ma joie / Un consolant enfer peuplé de beaux soldats, / Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas / Tire d’étranges fleurs dont l’odeur me foudroie.
Ibid, p.65
Jean Genet, Le Condamné à mort

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Rien n'est jamais acquis à l'homme.
Ibid, p.66
Louis Aragon, La Diane française

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Et plus tard un ange, entrouvrant les portes, / Viendra ranimer, fidèle et joyeux, / Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Ibid, p.66
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, "La mort des amants"
Ce poème fut souvent mis en musique, et notamment par Gustave Charpentier, Debussy, Luis de Freitas Branco.

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Que sont mes amis devenus / Que j'avais de si près tenus / Et tant aimés ?
Ibid, p.67
Rutebeuf, Que sont mes amis devenus

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Nous avançâmes au milieu de ce qui porte un nom / et que nous avions appris à nommer.
Ibid, p.68

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Au moment de plonger dans les vagues du songe / Tu sembles hésiter.
Ibid, p.69
Jean Cocteau, Plain-Chant

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Très haut amour, s'il se peut que je meure / Sans avoir su d'où je vous possédais, / En quel soleil était votre demeure / En quel passé votre temps, en quelle heure / Je vous aimais...
Ibid, p.70
Catherine Pozzi, "Ave"

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La Treizième revient… C’est encore la première.
Ibid, p.71
Gérard de Nerval, Chimères, "Artémis".

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Sur un fangeux hiver, Douve, j'étendrai, / Ta face lumineuse et basse de forêt…
Ibid, p.72
Yves Bonnefoy, Du mouvement et de l'immobilité de Douve, "Le seul témoin, VI"
Coquille ou variation? La version gallimard poésie page 72 donne "j'étendais"

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C'était l'heure divine où, sous le ciel gamin / Le geai gélatineux geignait dans le jasmin.
Ibid, p.73
René de Obaldia, Innocentines, "Le plus beau vers de la langue française"

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Connaissez-vous Henri Suso ? / Ruysbrock surnommé l’Admirable ? / et Joseph de Cupertino / qui volait comme un dirigeable ?
Ibid, p.74
Max Jacob, Derniers poèmes, "Connaissez-vous Maître Eckart?"
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.356

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Et d'abord, je t'ai reconnue, Thalie!
Ibid, p.75
Paul Claudel, Première ode, "Les Muses"

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Ô combien de marins, combien de capitaines / Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines…
Ibid, p.76
Victor Hugo, Oceano Nox

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Et la garde qui veille aux barrières du Louvre / N’en défend point nos rois…
Ibid, p.76
François de Malherbe, Consolation à M. du Perrier

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Que ton éternité nous frappe et nous accable, / Dieu des temps, quand on cherche un peuple dans du sable!
Ibid, p.77
Alphonse de Lamartine, La Chute d'un ange

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Aux accords d'Amphion les pierres se mouvaient, / Et sur les monts thébains en ordre s'élevaient.
Ibid, p.78
Boileau, Art poétique, chant IV

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Le soir, comme d’un cerf la fuite vers la source / Ne cesse qu’il ne tombe au milieu des roseaux, / Ma soif me vient abattre au bord même des eaux.
Ibid, p.79
Paul Valéry, Charmes, "Fragments du Narcisse"

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Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.
Ibid, p.81
Félix Arvers, Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.

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Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs…
Ibid, p.82
Louis Aragon, Roman inachevé

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Je ne me sentis plus guidé par les haleurs.
Ibid, p.83
Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre

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Et plus que l'air marin la douceur angevine.
Ibid, p.84
Joachim du Bellay, Heureux qui comme Ulysse

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Et moi je lui tendais les bras pour l'embrasser…
Ibid, p.86
Jean Racine, Athalie, acte II, scène 5
variante: «Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.»

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Au bord tristement doux des eaux je me retire.
Ibid, p.87
Jacques Davy du Perron, Au bord tristement doux des eaux je me retire.
Déjà cité dans Journal d'un voyage en France, p.43

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Mon enfant, ma soeur, / Songe à la douceur / D'aller là-bas vivre ensemble!
Ibid, p.88
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, "L'invitation au voyage"

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Toi que l’on dit qui bois de cette eau presque absente, / Souviens toi qu’elle nous échappe et parle-nous…
Ibid, p.90
Yves Bonnefoy, Pierre écrite, "Une voix", p.248 edition Gallimard poésie

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Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes ? / Tant de grands bâtiments en masures changés ? / Et de tant de chardons les campagnes couvertes, / Que par ces enragés ?

Ibid, p.91
François de Malherbe, Fragments d'une ode à M. le cardinal de Richelieu

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Lorsque je serai mort depuis plusieurs années, / Et que dans le brouillard les cabs se heurteront, / Comme aujourd’hui (les choses n’étant pas changées)…
Ibid, p.92
A.O. Barnabooth, "Vœux du poète"

mercredi 19 mai 2004

Échange : Comment s'écrivent les légendes

Lorsqu’on commence Echange, on est soulagé, et un peu déçu: retour à un récit, une autobiographie apparemment. Voilà qui est bien moins déconcertant, mais tout de même, quel dommage, on s'était habitué à la magie de Passage, à ses étranges résonnances, on espérait inconsciemment poursuivre l’expérience qu’on sait ne pouvoir trouver ailleurs.

Tout commence par la littérature. Le jardin de la maison familiale, nommé un jour "parc" devant des inconnus, est l'initiateur à la littérature, à la fiction.
Les deux premières phrases du livre, p.9:
«Il y eut d'abord le parc. Et ainsi la littérature, car nous ne parlions jamais, entre nous, que du jardin.»
Puis, p.14:
«— Pourquoi avoir appelé le jardin un parc, devant des inconnus?
— Je ne sais pas. C'est un parc, non?»

Qu'est-ce qui fait la littérature? Un fait mis en scène, transposé en fiction, qui n'est pas du mensonge sans être la vérité, (qui ne serait finalement que de la vérité, un pan, un éclat, et un morceau de vérité est déjà du mensonge. Ou pas.), raconté devant des inconnus, des gens vierges, non prévenus, qui ne savent rien, qui ne peuvent mettre en doute la parole et sont condamnés à accepter le dire comme réalité.

La littérature est ce qui nomme, par elle le jardin devient parc. Le jardin est l'identité, il est le lieu d'où l'on est sûr d'être: «Le parc, c'est-à-dire le jardin, la maison aussi bien sûr, mais surtout le jardin, en tout cas pour moi, représentait donc à mes yeux le lieu exact de /. C'était le centre des récits. C'était nous-mêmes. C'était le garant de notre nom, et de notre appartenance à la ville.» p.19
Lorsque le jardin aura disparu, lorsque la grand-mère du —premier— narrateur ira habiter Paris, les noms vacilleront, s'effaceront, glisseront les uns sur les autres et deviendront insaisissables. Avec le lieu fixe, le jardin, ont disparu les certitudes: «Combien d'heures avons nous passées, tous les deux, assis sur l'un des deux seuls bancs où nous avions nos habitudes, au fond du jardin, au bout des deux seules allées, près du mur, sous les tours de verre, à chercher des noms de famille oubliés!

— Ça commence par un T, disait-elle.» p.29

La disparition des certitudes permet l’apparition des histoires. C’est sur le doute, le glissement des noms et des dates, que naissent les légendes. Il reste des invariants, un homme qui se promène avec des journaux, une lumière d’automne, la terrasse, une créole, un bassin, une tradition de la sieste et du transatlantique, le mariage entre un homme mûr et une jeune fille, des familles nombreuses nées à l’étranger, des jumeaux,... Le livre saisit comment commencent les légendes, légendes purement familiales, qui débordent rapidement sur la rue, sur la ville, sur le monde, par le truchement des voyages, des exils, des explorations. (Et quelle bizarrerie, notent les pages, que l’absence de légendes : «le jardin d’une villa rouge, de style pseudo-Renaissance, étonnamment dépourvue de toute espèce de légende : de ces habitants je n’ai jamais rien entendu dire.» p.30)
Tout est dans la parole, dans ce qui se dit, se transmet et se déforme. Ou pas.
Quelle est la véritable phrase : «Je suis là pour bien manger, bien boire, et coucher avec Madame» p.25, ou «Eh oui, Monsieur aimerait mieux pour servante une jeunesse avec des grands yeux, hein ?» p.93 ? Ou les deux ? L’apparente symétrie ne serait pas due à la fiction, les deux phrases auraient réellement été prononcées ? (Car la seconde apparaît dans un contexte que nous connaissons par VB (ce que ne pouvaient savoir les premiers lecteurs d’Échange), tandis que la première se poursuit par «Phrase citée et recitée dans la famille pendant trois quarts de siècle, sans qu’y ait été changé un iota.», ce qui produit un effet de réel (« le petit fait vrai »). Il serait donc possible que les deux phrases aient réellement été prononcées, dans un écho improbable et avéré.

Il y a recoupements, mais inexacts, ressemblances, mais différences, et inexorablement, tout se mélange. Qui parle, et quand ? On pensait le savoir : « je », à la première page. Puis page 32, « mon fils et moi » : nous sommes perdus, dans tous les sens du terme, de façon irréversible. Il ne sera plus possible de reprendre pied sur une terre ferme, le jardin a disparu, il n’y a plus de terrain solide.
La réalité glisse sur elle-même, on reconnaît des mêmes motifs à des années d’intervalle (et c’est pour cela qu’il est si facile de les mélanger), la réalité et la littérature se chevauchent (cet oncle et ses salons marocains meublant un bordel : avéré, ou réminiscence de Proust ? «Quant à l’architecte, il a deux enfants de son premier mariage : leur mère est morte en couches, alors qu’elle n’avait même pas trente ans, en donnant le jour à un troisième, qui ne vivra pas ; et il se remarie avec une femme qui n’est plus toute jeune, et qui a déjà tenu le rôle de mère, et de gouvernante, auprès de ses propres frères et sœurs» p.58 : cela a-t-il eu lieu ? Car cela ressemble étrangement à la structure familiale des Jalna), la littérature elle-même réemprunte des motifs, Levet cite Rimbaud, RC cite Levet, et l’enfant pâle parcourt le récit, tandis que des personnages hâves et transis hantent les bancs et les terrasses des cafés et que le jet d’eau fait un bruit de duel.
Il reste le cas où la réalité est volontairement déformée, car trop récente, dans un souci de discrétion, ou de mystification (comment savoir ?) : «La transpositions dès lors a pour effet d’entraîner peu ou prou un personnage réel dans une œuvre de fiction, et lui faire jouer un rôle sans équivalent de ce l’on sait de sa vie » p.139 (note à moi-même : se souvenir de cette phrase en lisant les Journaux.)

Qui et quand ? Les noms ne sont plus sûrs, les dates non plus, à cinq ans, dix ans, trente ans près. «La généalogiste passe sa vie à reconstituer l’écheveau des alliances diverses de la famille, à montrer comment tels ou tels rameaux éloignés se sont liés et multipliés, à tenir la chronique des récits qui s’échangent, se mélangent et prolifèrent d’une branche à l’autre. mais elle échoue à poursuivre, de tous les côtés à la fois, chacun des arcanes du sang.» p.58 «Sait-on jamais ce qui résonne dans la tête d’un érudit local, lorsqu’il fait sa promenade du soir, en été, autour de son village, dans l’odeur du foin coupé : les noms, les lieux-dits, les carrefours, telle tour au loin entre les arbres, tel clocher, un infime remblai, dans un champ, chargées de vésanies tournoient dans sa rêverie.» p.99
Il y aurait peut-être un moyen de se sauver : les grandes dates, les faits historiques, communs. Sortir des histoires et s’arrimer à l’Histoire, pour retrouver quelques certitudes, dater des faits, nommer des noms. Le récit abonde de faits que l’on pourrait dater avec précision. Cependant, même dans ce domaine « l’erreur laisse des traces ». «Et les articles se contredisent les uns les autres, telle indication erronée étant corrigée par telle autre où le lecteur est conduit par tout un jeu de subtils renvois » p.175. Même le plus certain n’est pas si certain.

La grande magie du live est son art de la transition, du glissement insensible. Il commence par un récit classique, et se termine par l’apparition de la partition de la page en deux, puis en trois à la dernière page, pour boucler sur la reprise de la première phrase de Passage (échange, dans le sens tennistique, longuement décrit). Il y a accoutumance, (drogue dure, pour ma part), la seconde lecture des deux livres comme un tout permet de saisir des références inaperçues, c’est un véritable virus : tant que le lecteur ne reconnaît rien, aucune allusion, il est sain et sauf. Mais dès qu’il en a reconnu une (ô cette magie de nous connûmes), il est perdu. Il est désormais condamné à lire, dans une quête éperdue et enchantée des références, et cette fierté enfantine d’avoir compris un indice, élucidé une énigme.

le 04/01/2008
Lire absolument Journal d'un voyage en France.

dimanche 29 février 2004

Une fleur sur le plancher : début de la quête

remise en forme d'une réponse faite sur la SLRC le 29 février 2004. Un lecteur du forum se plaignait qu'il n'y soit pas suffisamment parlé de l'œuvre. J'ai répondu par une question très précise et une bibliographie.

Sauriez-vous me dire ce qu'est cette "fleur sur le plancher" qui apparaît dans Echange, que l'on revoit dans L'Inauguration? S'agit-il d'un poème, d'une allusion à Wagner, à Virginia Woolf? Qu'est-ce donc que cette fleur?

J'aimerais saisir ce qui dans l'œuvre de Renaud Camus m'arrête et me retient. Si je dis "c'est beau", je n'ai rien dit. Il y a autre chose. Mais quoi? Où?
Comment parler de l'œuvre? Programme de lecture : lire RC, Barthes, Ricardou, Duras (les premiers), Robbe-Grillet, Henry James, Raymond Roussel, Borges, Pessoa, Celan, Rilke, Tibulle, Mazo de la Roche, George Sand, Genette, Cazotte, Amiel, Proust, Mallarmé, Virginia Woolf, Shakespeare, Rimbaud, Laforgue, Wittgenstein, Nietzsche, Del Guidice. De temps en temps s'arrêter, regarder par la fenêtre. Ecouter quelques musiciens dont je ne connaissais même pas l'existence il y a un an. Aller voir une exposition. Ecrire sur le site "c'est beau". Et recommencer.

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Message de Guinglain (RC) déposé le 03/03/2004 à 08h28 (UTC)

«(Sauriez-vous me dire ce qu'est cette "fleur sur le plancher" qui apparaît dans Echange, que l'on revoit dans L'Inauguration? S'agit-il d'un poème, d'une allusion à Wagner, à Virginia Woolf? Qu'est-ce donc que cette fleur? (Mais si je lis suffisamment longtemps avec suffisamment d'attention, je trouverai peut-être.))»

Non, hélas, je ne saurais. J'aurais eu tendance à chercher du côté de "Tristan" et du cycle breton, mais deux ou trois premiers coups d'oeil n'ont rien donné. Très marginalement, et en attendant mieux, je me demande si on ne pourrait pas songer 1/ au thème de "la figure dans le tapis", chez Henry James (je ne sais plus s'il existe un texte de lui de ce titre) 2/ à certain riche dessin de Twombly, expressément hommage à quelque poète antique (Sappho ? Théocrite ?), où il est question, en une calligraphie hâtive et apprêtée, et en anglais, d'une "hyacinthe écrasée sur un sentier de montagne" 3/ à "Carmen", tout simplement («la fleur que tu m'avais jetée, dans ma prison m'était restée») ?

«2/ à certain riche dessin de Twombly, expressément hommage à quelque poète antique (Sappho ? Théocrite ?), où il est question, en une calligraphie hâtive et apprêtée, et en anglais, d'une "hyacinthe écrasée sur un sentier de montagne".»

Précisions : Sans titre, 1976, 149,6x162cm, huile, craie grasse sur papier dessin. Sur la moitié inférieure droite quelques vers de Sappho : "Second voice like a Hyacinth in the mountains, tremped by sheperds until only a purple stain remains on the ground" [j'espère que cette citation ne figure pas déjà sur le web!]. Collection : Galleria Sperone, Rome. Exposition : Galleria Sperone, Rome, du 23 novembre au 17 décembre 1976. Reproduction : Cy Twombly, Catalogue raisonné des oeuvres sur papier, par Yvon Lambert, avec un texte de Roland Barthes, Volume VI, 1973-1976 (p. 180, en noir et blanc, hélas)

Mais ce n'est toujours pas la fleur sur le plancher…

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Ma réponse 03/03/2004 à 22h33 (UTC)

La première fois que m'est apparu le motif de la fleur dans L'inauguration, j'ai cru qu'il s'agissait simplement d'une variation sur les massifs de fleurs du vétérinaire. Ces fleurs sont changeantes, (pardonnez-moi, je n'ai pas le courage ce soir de chercher les noms et les pages), elles sont rhododendrons une fois, puis bien d'autres choses. On rencontre une fleur sur le sol (mais est-elle "sur le plancher"? Je ne puis l'affirmer), et effectivement une hyacinthe dans la montagne. Mais ce n'est pas une fleur dans le tapis, car même si je pensais qu'il s'agissait d'une variation sur les fleurs du vétérinaire, j'avais tout de même vaguement cherché des références littéraires. J'avais trouvé Henry James, et étais restée perplexe : pouvais-je rattacher une fleur sur le plancher ou sur un sentier à une fleur dans le tapis? C'était tentant, mais bon.

Puis je lis Echange, et je rencontre de nouveau cette fleur, "fleur sur le plancher", cette fois. Donc ce n'était pas les fleurs du vétérinaire qui était à l'origine de la variation, elles s'inscrivaient dans un motif préexistant, elles n'étaient que le matériau. Qu'était-ce donc? J'ai pensé à Carmen, mais sans grande conviction : trop de références à Lucia de Lamermoor ou Wagner ou Verdi dans ce livre pour que je puisse réellement "croire" à Bizet. A moins qu'il y ait des références à Carmen que je n'ai pas reconnues?

Je suis un peu embarrassée par cette chasse à l'indice que j'ai lancée presque par hasard, en posant une question sur "le peu profond ruisseau". J'entends au fond de la salle (et dans un coin de ma tête) des voix qui disent "à quoi bon, à quoi bon identifier les sources? Le texte, le style, ne te suffisent-ils pas?" Je n'étais pas loin de le penser il n'y a pas si longtemps.
Mais en lisant Passage, déjà nous connûmes m'avait rempli d'aise, sans compter le «Marcel, y va pas». Puis j'ouvre Levet, je reconnais «Paul je vous aime»… Trop tard, j'ai attrapé le virus.
A quoi peut servir de connaître l'origine des motifs? C'est un peu comme connaître les peintures utilisées pour un tableau, cela permet de mieux apprécier l'art de la couleur et l'étendue de la palette. Il y a aussi le jeu, «une lourde glycine» p114 dans Echange, suivi de «comme elle est belle, Madame Leparc, votre glycérine» p115, «mains pascales de glycine» dans Levet (que de fleurs dans Levet)… De Levet à Roussel en deux coups…

Merci beaucoup pour la hyacinthe de Towmbly. Je ne l'aurais jamais trouvée.

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Message de Florian Cagny (RC) déposé le 04/03/2004 à 08h38 (UTC)

Ah,on peut dire que vous m'avez joliment refilé le "problème". Fleur sur le plancher, fleur sur le plancher - cela me dit bien quelque chose, mais quoi ? En tout cas il n'y a rien dans le numéro 10, 1975, "la voix", de "l'autre scène" (sic), "cahiers du groupe de recherches théâtrales" (ou pourtant il y a tant, Kutukdjian, Mesnage, etc.). Jacques Clergié (ou Clergier?), le père de Sophie, disait de Babitt, de Sinclair Lewis, que l'unique souvenir qu'il en avait c'était que le héros, tous les jours, mettait sa lame de rasoir (où l'on retrouve Sarkozy, ce sparadrap (komençacécri?) de Tintin), sur la petite armoire de sa salle de bain et se disait qu'il faudrait bien un jour qu'il se débarrasse de ces lames accumulées). Il me semble que la phrase "originelle" est de cet ordre. Opéras dont on se rappellerait seulement "une fleur sur le plancher" (ou un glaive?). Serait-ce pousser trop loin votre patience que de vous demander si vous auriez l'obligeance de citer ici le passage où le "thème" fait sa première (?) apparition, dans Échange (une ou deux phrases avant, une ou deux phrases après) ? Il y aurait peut-être là un indice… J'ai pensé à cela toute la journée d'Yerres (et ce Duparc injoignable…). Des recherches dans la grande "Littérature française" Larousse, du côté des Tristan et du Chevalier à la Charette n'ont rien donné non plus (sauf "Guinglain" et ce ridicule "Bel Inconnu"…

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Ma réponse le 05/03/2004 à 10h40 (UTC)
Passage 139. Roussel meurt en 1933, à Palerme, au Grand hôtel et des Palmes, où furent écrites plusieurs sections de Parsifal. Le véritable nom de Remarque est Kramer. Un filet de sang se répand sur le tapis. Il s'agit bel et bien de Nice, comme l'affirme la légende: une fleur sur le plancher. Vérification faite, c'est la résidence des Princes qui est à Cannes. Mais l'erreur laisse des traces. Mais les dates ne coïncident pas.
Denis Duparc, Echange, p.143


Il arrive d'ailleurs qu'elle s'embrouille dans ses récits, dont la trame varie, et où ne demeurent alors que quelques détails, apparemment secondaires, une fleur sur le plancher, une voilette, une cage à oiseaux, des adieux sur un quai, une main au-dessus des yeux, deux ou trois larmes.
Denis Duparc, Echange, p.144
Je n'ai pas trouvé d'autre endroit où revenait "une fleur sur le plancher". Si ces quelques mots m'ont retenue, c'est qu'ils faisaient écho à ''L'inauguration'' (il me semble que cela doit être alors "une fleur sur le sentier"). L'évocation d'une légende, aussi, m'a intriguée. J'ai cherché autour de Nice et Wagner, mais je n'ai rien trouvé de probant.

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Message de Perceval le Gallois (RC) déposé le 05/03/2004 à 17h25 (UTC)

Et encore, ou déjà, p. 120 :
Mais il continue vers Récife, dont ce n'était pas encore le nom, et où l'on perd provisoirement sa trace. J'ai perdu également celle de Perceval, qu'ils aiment tous. Ce qui demeure, à travers les aléas de la légende, remarque-t-il, ce ne sont que quelques épisodes et certains accessoires, apparemment secondaires : une fleur sur le plancher, un arc abandonné, un geste de la main, une intonation singulière, toujours la même, toujours au même endroit.
Denis Duparc, Echange, p.120
Perceval / The Waves («Perceval has gone to India») / Parsifal / Venise / Tristan / The Portrait of a Lady («James ne partage pas l'interprétation du thème offert par l'opéra»)/ Barthes ????? («Et je lis un livre sur Sade et autres logothètes») / Paul Nash, "View from the hotel des Princes, Nice" («Vérification faite, c'est la Résidence des Princes qui est à Cannes») (Cf. "Pass.", 169) / la fleur semble alterner avec un filet de sang, mort de Roussel à Palerme, P. 66 et ill.4, retour à Parsifal, hôtel des Palmes / Mon gros loup, pas vu ton foulard bleu. Fais-moi signe, Suzy1 / The Wings of the Dove (Venise, miss Archer)/ Fleur, Bloom (en fleur), Virag, «La Flora indeed» (Ulysses) / Est-ce la mère de Tristan ou celle de Perceval qui se nomme Blanchefleur ? / Désolé, je n'y arrive pas.

«Il s'agit bel et bien de Nice, comme l'affirme la légende: une fleur sur le plancher.»

Il me semble évident que là le mot pivot est "légende" : il s'agit bel et bien de l'hôtel des Princes à Nice, comme l'affirme la légende de la photographie de Paul Nash (cf. "Passage" 209, "Images"), et non pas de Cannes et de la promenade des Anglais comme on n'a pu l'imaginer un moment ; mais le mot "légende" entraîne aussitôt la "fleur sur le plancher" - donc celle-ci doit être liée à des considérations sur la légende en général ("Tristan", "Perceval", etc.) et son évolution dans le temps (tout change, sauf quelques éléments immarcescibles qui pourtant auraient semblé les plus mobiles, une fleur sur le plancher, un arc abandonné, un geste de la main, toujours le même, toujours au même endroit...) Je ne sais pourquoi, j'ai dans la tête le nom de Pierre Champion (mais pas un livre de lui dans ma bibliothèque).

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Une mienne réponse qui bifurque
c'est comme ces romans dont on ne garde en mémoire qu'un seul épisode et parfois moins encore tout à fait mineur marginal secondaire presque sans lien avec le cours principal du un fragment de phrase une intonation un échange de regards un geste une balustrade le parfum entêtant d'un massif de mélangé à des ombres obliques qui se brisent sur les marches d'un errant le long d'une à la recherche d'un tout a disparu surnage un regard la brusque inclination d'un visage de femme une fleur sur le plancher une figure dans le tapis une hyacinthe écrasée sur un sentier de une simple saveur une main au-dessus des yeux
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.234
Au fur à mesure des réponses apportées, il apparaît clairement que tout a une origine précise, qu'il s'agisse d'histoires personnelles, de mythologie familiale, d'histoire petite ou grande, de musique ou de littérature. Je ne crois plus à la métaphore, comme j'y croyais encore au sortir de Passage. (Ou alors, si métaphore il y a, elle appartient à un autre livre, un autre film, une autre photo, et elle est reprise telle quelle).

Les explications données ces jours derniers montrent que chaque phrase ou membre de phrase a son histoire. C'est vertigineux : combien de tomes en écrivant l'histoire des membres de phrases des Eglogues? Et que sera l'index des Eglogues? Justement ce méta-livre, l'histoire des phrases?


Je distinguerais des niveaux en comparant ce texte paru en 2003 de celui paru en 1976. Les notions générales (un fragment de phrase une intonation un échange de regards un geste) n'apparaissent qu'en 2003, «le parfum entêtant d'un massif de mélangé à des ombres obliques qui se brisent sur les marches d'un errant le long d'une à la recherche d'un» sont expliqués dans L'Inauguration même, "la brusque inclination d'un visage de femme une fleur sur le plancher une figure dans le tapis une une main au-dessus des yeux" apparaissent en 1976, l'image dans le tapis est un texte d'Henry James, la hyacinthe écrasée fait référence à Towmbly, le sentier de (montagne) peut rappeler tout aussi bien Celan que la monitrice du groupe en cours de réadaptation sociale. Il reste une main au-dessus des yeux, mais je vois des affiche ou des films avec ce geste, ce motif ne m'interroge pas, l'inclination du visage me rappelle "grande beauté des femmes le soir sur les terrasses", il reste "une fleur sur le plancher".

C'est cet "isolement" qui m'ennuie: avec quoi faire rimer cette fleur? Tant que je raccordais ce motif à celui des fleurs du vétérinaire, tout allait bien. A partir du moment où je trouve ce motif près de trente ans avant, c'est qu'il y a autre chose.


Le texte de 1976: «Il arrive d'ailleurs qu'elle s'embrouille dans ses récits, dont la trame varie, et où ne demeurent alors que quelques détails, apparemment secondaires, une fleur sur le plancher, une voilette, une cage à oiseaux, des adieux sur un quai, une main au-dessus des yeux, deux ou trois larmes.» Echange p.144

C'est moins long que le texte de L'Inauguration. Celui-ci fonctionne en entonnoir : les premiers éléments sont généraux, les suivants se trouvent dans la diégèse de L'Inauguration, les derniers reprennent presque mot pour mot l'énumération d'Echange.

C'est pour cela que j'admets que les premiers motifs puissent ne pas faire référence à un texte ou un fait précis («un fragment de phrase une intonation un échange de regards un geste») tandis que les derniers, fonctionnant à la manière d'Echange, ont (auraient) bel et bien une origine précise (Towmbly, Henry James, un film ou une photo pour «une main au-dessus des yeux»,etc).

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Message de Indiana Jones (RC) déposé le 11/03/2004 à 14h37 (UTC)

Au niveau le plus immédiat, le passage semble concerner les récits d'Indiana de Serrans, cette très vieille femme qui a plusieurs reprises, sur un bateau, en croisière, ailleurs, évoque non sans répétitions et contradictions une enfance en Inde, dans les Comptoirs, un premier voyage en Europe, un exil, un Eden abandonné.

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23 mars 2004: la clé de l'énigme.

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Une source trouvée en août 2005

"Une main au-dessus des yeux" vient sans doute de La Chambre de Jacob, même si dans ma version il s'agit d'«une main en visière au-dessus des yeux».





1 : rien à voir : termes d'un ultimatum d'un groupe terroriste menaçant la SNCF en 2004. (attentant en Espagne) (c'est moi qui note).

vendredi 20 février 2004

Les jumeaux

Il y a un faux jumeau dans Échange de Denis Duparc, jumeau que je crois reconnaître dans la "Chronologie" du site de RC.

«Vous accordez trop d'importances aux éléments biographique» (à peu près, de mémoire) p.200, Échange.

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Message de Renaud Camus (Oracle Brimont) déposé le 20/02/2004 à 15h36 (UTC)

Objet : Je pensais encore à certain faux jumeau

Would you terribly-terribly mind being a tiny bit more specific, my dear ?

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Ma réponse

[...] aux côtés d'un adolescent blond, dont le blouson en imitation de cuir noir est orné sur la poitrine d'une lettre brodée qui pourrait être l'initiale du prénom William.
Denis Duparc, Échange, p155

Une éternité de beau temps présidait à nos joies. Je, un après-midi d'été. Et c'est pendant ce séjour-là qu'il retrouve à Cannes, la nuit, au cours d'une promenade vers le phare, Denis, un garçon né le même jour que lui, presque au même endroit, et dont le père est consul, ou ambassadeur, à Panama ou au Pérou, je ne sais où.
Échange, p161

Denis Duparc est né dans le centre, il y a un quart de siècle. Fils d'un consul, il passe la plus grande partie de son enfance dans divers pays étrangers, notamment en Italie et en Inde.
Échange, quatrième de couverture.

C'est là qu'après tant d'années se retrouvent les jumeaux, comme les appelaient leurs deux familles. Ils sont vêtus tous les deux d'un jean très serré, d'une chemise en oxford, et de chaussures de tennis. Mais ils se reconnaissent à peine. Pourtant ils partent ensemble, riant, ou souriant, échangeant des récits sans suite. Gravissant une trentaine de marches assez raides, ils débouchent sur l'avenue, à la hauteur du pavillon de Flore.
Échange, p162
8 août 1948. Naissance (à Little Rock ? ) de William Burke.
Samedi 29 mars 1969. Téléphoné à William Burke. Rendez-vous au Flore.
cf. chronologie.

Et il est question ailleurs de "la galerie La Remise du Parc avec William Burke" (1979). cf. également Journal d'un Voyage en France, p.24.
Vous attachez sans doute trop d'importance, dans votre analyse, aux dates et aux éléments biographiques.
Denis Duparc, Échange, p200
Ces citations ne recouvrent pas les mêmes personnages : il s'agit pour l'un du double de l'auteur, son ectoplasme pour ainsi dire, qu'il ne pourra jamais rencontrer, puisqu'étant lui-même, et pour l'autre d'un ami, un jumeau à peu près, comme on aime à s'en inventer quand il s'en est fallu de bien peu que les dates ne coïncidassent.

Et pourtant, le même et l'autre, ici, ne font qu'un, pour moi. J'ai repris des citations concernant les deux, quand il m'a fallu être a tiny specific.

D'autres associations se font, vers L'Inauguration, bien sûr, à cause du double imparfait, mais aussi vers Roman Roi, où trois personnages, Roman, Diane, Homen, se partagent une personnalité.

«Les miroirs se reflètent.»

Evidemment, tout cela n'est que recoupements alléatoires, ou hallucinations. Recomposition.

Les jumeaux ne manquent pas, dans Échange. J'en vois trois "paires": celle dont je viens de parler, la dernière du livre, une première, constituée de vrais jumeaux («l'oncle des jumeaux» p75) qui appartiendrait, d'une façon ou d'une autre, à l'histoire familiale, et un autre cas de presque jumeau, («un jeune jardinier [...] en train de mourir, à Lyon, d'un cancer.» p91).

Evidemment, rien de cela n'est écrit, tout est infiniment mélangé. «Il ne serait pas étonnant, dans ces conditions, que le lieutenant de police ne commence à s'impatienter des histoires embrouillées, contradictoires, toutes aussi fausses les unes que les autres, probablement, que lui récite d'une voix égale, indifférente, un homme dont l'identité n'est même pas certaine.» p133

L'esprit pèse et pondère, spontanément, ce qu'il lit. Sans que l'on arrive réellement à comprendre ce qui se passe, ce qui s'est passé, quand, où, entre qui, certains éléments acquièrent force de vérité. On se persuade ainsi, par exemple, qu'il y a réellement eu un petit garçon qui lançait des bateaux sur un bassin, qu'il y avait réellement un fou qui se promenait avec de vieux journaux (d'autant qu'on l'a rencontré dans L'élégie de Chamalières), et que sans doute une toute jeune fille est tombée amoureuse de son médecin qu'elle réussit plus tard à épouser. Et ce jardinier... Lorsque j'ai rencontré un jardinier dans Roman Roi, j'ai cherché des références littéraires, Hamlet, Electre… Finalement, c'était peut-être bien plus simple…

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Message de Renaud Camus (Oracle Borimont) déposé le 21/02/2004 à 08h35 (UTC)

Objet : Pondération de l'errance

«Il y avait réellement un fou qui se promenait avec de vieux journaux»

Mais oui, à mon avis c'était "le fou de Ginette" (Ginette Amblard, la belle-soeur du sous-préfet de Florac, celle dont le véritable nom était Angèle. Elle se ruinait en crèmes de maquillage et disait "Tout pour la beauté, tout pour la beauté !"). Lui était le fils d'un magistrat, disait-on. Tout cela se passait en des temps très anciens. C'était l'heure tranquille où les liens vont boire. Je resterai longtemps sous l'impression de la visite que nous venons de faire à M. et Mme Levet. Je ne pourrai jamais oublier cet hôtel silencieux où le plein jour semblait dépaysé, pareil à la lumière dans laquelle les rêves se passent, ce plein jour que nous voyions au fond du vestibule pendant que le domestique portait nos cartes : la petite cascade blanche qui tremblait, sans aucun bruit, sur des rochers, et la pelouse qui montait tout droit, derrière, avec une frange de sommeil campagnard au sommet. Le jardin ? l'entrée d'un grand parc ? la pleine campagne déjà ?

Réellement, ah oui, très réellement : pour toujours et à jamais (vous n'avez pas sauté la préface, j'espère?).

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Ma réponse le 21/02/2004 à 09h20 (UTC)

Objet : Recoupement

Quant à elle elle ne cesse de répéter, tout pour la beauté, tout pour la beauté. Diane l'imite, et cette façon qu'elle a d'avancer sa lèvre inférieure, épaisse et retroussée. Une serviette nouée au-dessus du front, elle se revêt chaque soir de crèmes diverses, elle ne veut pas qu'on la dérange: mon masque.
Échange, p 146
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Message de Renaud Camus (L'âcre borborygme) déposé le 21/02/2004 à 09h57 (UTC)

Objet : Pierre et le Loup

J'écris toujours avec un masque sur le visage;
Oui, un masque à l'ancienne mode de Venise,
Long, au front déprimé,
Pareil à un grand mufle de satin blanc.

(Pauvre Ginette... Elle était de Saint-Marcellin, dans l'Isère. Son fiancé était mort à la guerre de 14, comme tant d'autres… Elle est morte chez les fous).

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Complément plus tard, en mars

Finalement, finalement, toutes ces variations conduisent à accorder une réalité à cet enfant.

Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche un voilier blanc qui se brise sur les récifs minuscules.
Échange, p.68

Le fils qu'il a eu d'Angélique, éternellement vêtu de son pardessus de serge grisâtre aux revers croisés, ses parchemins mal ficelés sous le bras, passe encore, combien de fois par jour, sous la terrasse à balustrade d'où le regardait jadis un enfant triste, dont une grande mèche barre le front pâle.
Échange, p.122

Un setter irlandais, déchaîné, court après une petite balle de mousse, qu'il rapporte à son maître, un enfant pâle et triste, avec force détours.
Échange, p.186

Immobile, écartant d'une main le rideau de la fenêtre, qui semble figurer, plutôt qu'un tissu de velours ou de soie, l'écran même du temps, elle contemple, de l'autre côté de l'avenue, dans le parc, le bassin où un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche un bâteau frêle, qui va se griser sur les récifs minuscules du jet d'eau.
Échange, p.211

Quelques-uns d'entre eux sont encore à demi cachés par une végétation exubérante, de larges feuilles découpées, ou minces, pointues, hérissées, que dominent de hauts palmiers aux troncs penchés et lisses au sommet desquels les palmes s'épanouissent en bouquet, comme le jet d'eau disproportionné du petit bassin de rocaille où un enfant blond, accroupi, plein de tristesse, essaie d'apercevoir, malgré les infimes vaguelettes qui s'écartent, en des cercles de plus en plus larges, et de moins en moins marqués, du récif central, son propre visage, et ses larmes.
Échange, p.220

Arrivé parmi les premiers, un grand garçon blond, sa raie bien droite, une mèche sur l'œil, avec, jeté sur les épaules, un pull-over à tresse, au col en V, dont les manches vides sont nouées sur son torse, erre de salle en salle.
Échange, p.228
Revient obstinément cet enfant triste, que je confonds avec l'auteur. Cependant, la description reprend explicitement les vers d'Arthur Rimbaud (Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache/ Noire et froide où vers le crépuscule embaumé/ Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche/ Un bateau frêle comme un papillon de mai) cités p.68, vers qui constituent l'exergue d'un poème de Levet (là aussi, la référence est donné explicitement p.68 d'Échange).
Mais je viens de lire un article sur Serge, le frère de Vladimir Nabokov, et j'y trouve ces mots: «[He] was tall and very thin. He was very blond and his tow-colored hair usually fell in a lock over his left eye.», phrase de Lucie Léon Noël. Et lorsque je lis, p.97, «Mais les autres l'appellent Lucette, sans qu'on sache trop pourquoi.» (cf Ada), je me dis qu'il y a sans doute beaucoup plus de Nabokov dans Échange que ce que j'en vois.


Cela tourne à l'obsession, me direz-vous. Peut-être (tout va bien, je ne suis pas encore enfermée). Le plaisir, c'est ce partage entre le hasard et les coïncidences (les deux Paul Léon1, ou le comte de Puiseux, par exemple), et les constructions, qui ne laissent aucune place au hasard.

L'auteur a tout prévu, puis la réalité le rattrape.

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Autre complément , en avril 2003

C'était donc le jardinier, né le même jour que moi et presqu'au même endroit, que j'avais rencontré à Cannes, sur la jetée et vu plusieurs fois, il y a quatre ou cinq ans. Ce que je ne lui ai pas dit, c'est que je l'avais cru mort, par suite d'une confusion de prénoms. Un certain jardinier de la Côte d'Azur, que connaissait l'un de mes amis et qui répondait à la même superficielle description, était mort à Lyon.
Renaud Camus, Tricks 1988- p.251

C'est que les jardiniers me sont toujours chers, et que celui-ci tient une certaine place dans ma petite mythologie privée et dans celle de Duparc. Nous l'avons plusieurs fois évoqué, de près ou de loin, dans nos livres, je crois, et il me semble bien le reconnaître, par exemple, à la page 91 d'Echange, et aussi, sans doute, à la page 97 (quoiqu'il ne m'ait jamais dit, certes, que j'étais «l'homme de sa vie»; mais peut-être à Denis.
Ibid, p.252
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complément le 29/12/2007

Concernant Angèle, des précisions sont données dans Journal d'un voyage en France p. 84 et dans L'Amour l'Automne p.359. ainsi que dans Journal de Travers.



1 : (l'ami de James Joyce (et dont la femme, Lucie Noël, relisait les épreuves de Nabokov) et le professeur écrivant un article sur Camus).

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