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Billets qui ont 'Le Pen, Marine' comme nom propre.

mardi 8 mai 2012

A des années d'écart, les mêmes motifs

A des années d'écart, les mêmes motifs, […], n'est-ce pas étonnant?

Renaud Camus Échange, p.143

Dans ce qui va suivre, j'opère un rapprochement entre 1987 et 2004. Me fait sourire l'intuition que l'occurrence de 1987 était oubliée, ou plutôt non consciente: si le récit de Pierre en 2004 a été rapporté, c'est sans doute qu'un signal a retenti dans la mémoire de RC, sans accéder à sa conscience. Écrire, pour pouvoir oublier sans perdre.

Jean P. (que ne songe-t-il à venir me voir, celui-là…) ne se rappelle qu'un seul mot d'une pièce qu'il a vue tout au début des années vingt. Un personnage risquait une phrase un peu risquée, et une dame, l'entendant, s'exclamait simplement: «Bigre!» Jean P., depuis lors, n'est pas adverse, phrase risquée ou non, à dire «Bigre!».

Renaud Camus, Vigiles, p.150 (journal 1987 publié en 1989)


Bigre! C'est ce qui s'appelle n'y aller pas de main morte avec le dos de la cuillère… (Pierre me raconte qu'une sienne amie professeur a l'habitude de dire bigre! et qu'elle l'a transmise à toute une classe de banlieue, qui dit bigre! comme un seul homme, au milieu de termes moins choisis.)

Renaud Camus, Corée l'absente, p.514 (journal 2004 publié en 2007)


…si le récit de Pierre en 2004 a été rapporté, c'est sans doute qu'un signal a retenti dans la mémoire de RC, sans accéder à sa conscience… Ou pas. Peut-être à l'inverse RC a-t-il noté l'anecdote de 2004 en mémoire de Jean Puyaubert, sans prendre la peine d'expliciter, à charge pour le lecteur de faire ou pas le rapprochement. Cependant, si je pense que ce n'était pas une allusion, c'est qu'il manque ici une irrégularité syntaxique. Prenons l'exemple de "nicht für mich" rencontré dans Journal Romain en 2005 lors de ma première lecture: je n'avais alors aucune idée qu'il y avait là une référence cachée, mais sa position dans la phrase m'avait intriguée, quelque chose dissonait. Ici, rien. (Pour la théorie de ces dissonances, trace d'une histoire de l'écriture, voir Logiques du brouillon de Daniel Ferrer ou Proust entre deux siècles d'Antoine Compagnon.

Prise d'un doute malgré tout, je lis le contexte du «Bigre!» de Corée l'absente. Il s'agit d'un échange avec Misrahi.

Je faisais grand compliment à Misrahi, surtout, d'un long article sur le W de Perec, qui pourrait m'être très utile, j'y songe, pour mes Églogues (l'article de Misrahi, I mean, car pour le W de Perec, il y a longtemps que j'en fais grand usage).

Le pauvre Misrahi ne doit pas être bien content de son destin critique, lui non plus, car il m'écrit aussi, juste avant le paragraphe que je viens de citer:

«Votre analyse et votre amitié m'ont bouleversé. Je conserve précieusement votre lettre, comme un "viatique" au milieu d'un paysage parfois un peu dénudé.


ce qui amène deux souvenirs :

d'une part celui de la découverte du blog de Tlön, à partir d'un passage de Misrahi à la radio;

d'autre part, l'invitation faite à RC de prendre la parole à Cerisy en juin 2012 lors d'un colloque consacré à Misrahi (Parti pris (journal 2010), p.532 et 534), invitation bientôt retirée (p.538: «J'ai appris votre participation, ce samedi 18 décembre, aux Assisses contre l'islamisations organisées par le Bloc identitaire et Rispote laïque./ J'ai regardé l'allocution que vous y avez donnée./ Je ne partage pas les opinions que vous défendez et elles me paraissent incompatibles avec l'esprit général du colloque de Cerisy./ Vous comprendrez, même si j'en suis désolée, que mon invitation ne tient plus»).

A ce point de ma lecture il y a un an, j'avais noté au crayon dans la marge, je le vois aujourd'hui, "Eh merde!". Mais finalement, heureusement, car l'appel à voter Marine Le Pen aurait provoqué le même résultat empiré, avec des conséquences plus lourdes, pour les organisateurs (un intervenant à remplacer au dernier moment) et pour Camus (du travail fourni inutilement).

Il est encore temps d'assister au colloque Misrahi à Cerisy en juin 2012.

mercredi 4 avril 2012

Renaud Camus appelle à voter Marine Le Pen

En lisant ce passage, j'imaginais RC en train de regretter de navrer une partie de son lectorat (mais peut-être pas. Peut-être que ça lui est complètement égal, c'est tout à fait possible.)

Le plus dur est toujours la peine qu'on cause. Il faut la voir aussi, hélas, comme le chantage le plus cruel, et se souvenir qu'elle n'a d'autre origine que l'erreur ou préjugé. La vérité c'est qu'il est vain, dans quelque situation qu'on soit, d'espérer faire l'économie d'un moment de courage.
Je m'étonne toujours du nombre d'achriens qui acceptent de vivre dans le secret: à l'égard de leurs parents, passe encore, mais de leurs amis? Comment peut-on avoir pour amis des gens dont on craint qu'ils ne vous rejettent s'ils connaissaient de vous un secret dont vous n'avez pas honte? Ou bien avez vous honte?

Renaud Camus, Journal d'un voyage en France, p.266

Pour ma part, j'ai honte. Ou du moins, je n'assume pas face à ma famille ou mes amis les engagements de mon écrivain favori. Comment supporter leur incompréhension, leur indignation? Il ne s'agit pas de défendre un choix de vie qui ne regarde que les intéressés, comme l'est l'homosexualité, il s'agit de ne pas protester contre un choix de société manquant totalement de générosité.

A l'extrait précédent j'opposerai ceci, toujours à développer par analogie :

J'ai souvent remarqué que les garçons qui se plaignent le plus que tels et tels endroits sont sinistres sont les plus tristes, que ceux qui déplorent le mieux le manque de chaleur dans les rapports sexuels sont les plus froids. Ils déprécient de toutes leurs forces ce qui dès lors ne peut plus être que ce qu'ils ont prédit. Leur amertume ni leur aigreur n'incite à l'affection, à l'abandon ni à la tendresse, et ils ont chaque fois le mélancolique bonheur de voir dûment vérifiées leurs sombres convictions.

Journal d'un voyage en France, p.302

La nouvelle me navre, oui, elle me fait de la peine, mais d'une certaine façon, sans plus.

Ce qui m'a le plus choquée, c'est que ne soit pas repris en 2006 dans Corée l'absente les excuses vaguement balbutiées par RC («Je suis bien conscient que cette position (ici très résumée, bien sûr) ne coïncide pas avec celle qu'a exprimée à cette époque, avec mon accord, la Société des lecteurs, etc» : ce ne sont pas des excuses, mais au moins la reconnaissance d'un silence trompeur) sur le site de la SLRC lorsqu'il y a dévoilé en 2004 ses réelles pensées de 2002, sans les avoir fait connaître en 2002 quand on lui demandait son avis sur un texte qui citait son nom en refrain. A mes yeux, c'est avoir trompé des "amis", ou tout au moins des soutiens fidèles dans l'adversité (j'en parle d'autant plus à mon aise que je n'en faisais pas partie, ne connaissant pas votre existence tandis que se déroulait "l'Affaire"). Eux auraient tout de même pu avoir droit à la franchise de Renaud Camus en mai 2002, sans devoir attendre l'automne 2004 pour découvrir sa véritable opinion.

Depuis cela, je ne me fais guère d'illusions.
Pour le reste, je vais me débrouiller avec mon propre inconfort qui consiste à défendre un auteur dont je ne partage pas les opinions.

Renaud Camus reste le seul à pouvoir m'émerveiller d'un mot (par le choix de ce mot, sa position, que sais-je), mais avouons que cela arrive bien rarement dans les textes politiques, qui présentent peu de pensée insaisissable et de fantaisie.

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