Véhesse

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Billets qui ont 'Notes achriennes' comme livre de Renaud Camus.

dimanche 24 février 2008

Scies

Selon le beau titre de l'ouvrage de Mme la Comtesse de Paris, qui nous a servi de scie tout l'été: «Tout m'est bonheur!»
Flatters, lui, est obsédé par le titre d'Aragon, qui pour une raison ou pour une autre le met en joie, et il répète à tout propos: «Il ne m'est Paris que d'Yvon», «Il ne m'est Lisbonne que de Ruy», «Il ne m'est Tolède que de José». Jaune le soleil et Rauque la ville l'inspirent aussi et il dit volontiers «Ambrée la plage», «Denses les buissons», «Sombre la beauté», «Glauque le regard», ou bien, comme nous rentrons à neuf heures du matin, passablement défaits, après une nuit d'errances dans Lisbonne, de boîtes, de jardins, de saunas, et un auroral pèlerinage pessoan: «Durs les miroirs.» Quant à moi je suis poursuivi par cette formule verdurinesque: «Sont-ils assez choux, ces deux-là?» «Fait-il assez t'as un ami?», «Fallait-il que tu sois en rut!», «Plus ginette se conçoit-il seulement?» (Ma mère me disait: «Êtes-vous assez sot, mon pauvre enfant!»)

Renaud Camus, Notes achriennes, p.82

lundi 25 septembre 2006

Un coming-out désastreux

Mais ce n'est que plusieurs années plus tard qu'une lettre disparaît, et qu'on découvre son inversion. Il est alors fait appel à un psychanalyste marron — nommé Ech — qui entreprend l'investigation du passé enfoui de son involontaire patient.
Denis Duparc, Échange (1976), p.105

«Je raconterai un jour les séances de Marcel Eck. Cet art fulgurant de déprimer, déséquilibrer et pousser à la mort un gamin, parce qu'indocile et pédé irréductible. Je suis une défaite du docteur Eck; vous voyez ce qu'aurait été son succès, ou faut-il un dessin ?
Je dédie ce souvenir aux salauds du même acabit qui me prêchent aujourd'hui le «respect» du mineur. Moralistes borgnes, j'ai été ce mineur et je l'ai subi, ce respect. Je vous reconnaîtrai, violeurs, sous tous les déguisements que vous pourrez prendre : cette voix-là ne s'oublie jamais.»
L'Enfant au masculin de Tony Duvert.
Je suis passé moi aussi, quelques années plus tard, sur le divan de Marcel Eck. J'en garde moi aussi un souvenir épouvantable. [...] Le ton de Duvert n'est qu'à lui, je serais bien incapable de l'imiter, et de sa violence. Mais la longue note que j'ai citée réveille comme il convient mon indignation. Duvert a mille fois raison : c'est bien à une espèce de tortionnaire moral, sadique, profondément malhonnête, que la bourgeoisie catholique livrait en toute bonne conscience, «pour leur bien», ses enfants, à cette époque-là. Et peut-être en va-t-il encore ainsi aujourd'hui. je ne sais si l'horrible docteur Eck est encore en activité ou non, mais certainement il a ses émules, ses disciples, ses continuateurs et ses rivaux. Et l'on ne dénoncera jamais trop l'assassinat psychologique que perpétuent ces gens-là sur des adolescents qui n'ont pas tous la force de résistance de Duvert.
[...]
Nous eûmes tôt fait d'atteindre une impasse. J'en arrivai à déclarer tout net au docteur que mon homosexualité ne me posait aucun problème, mais seulement à ma famille, et ma famille à moi, et qu'en conséquence ce n'était pas moi qu'il fallait analyser. [...] Eck ne m'avait pas acculé au suicide, moi, mais du «cas» il y avait encore du malheur à tirer, et le malheur, pour ce parfait chrétien, c'était toujours bon à prendre.
[...]
Renaud Camus, Notes achriennes (1982), p.54

Mercredi 24 décembre, neuf heures et demi du soir. Ma mère m'a apporté, comme s'il s'agissait d'un objet que j'aurais oublié lors de mon récent passage en Auvergne, une petite et élégante serviette de cuir jaune, qui m'a paru confusément familière. Elle pouvait l'être, car elle m'a appartenu voici quarante ans. Elle contient des lettres reçues à cette époque. La restitution ne va pas sans quelques aspects lourdement ombreux — qui bien entendu n'ont pas été évoqués —, car ces lettres ont été lues par mes parents, j'en suis à peu près sûr, et quelques-unes d'entre elles étaient aussi peu que possibles destinées à tomber sous de tels yeux. Celles-là sont responsables, je pense, du drame qui s'abattit sur moi un jour de... 1966, je pense, ou peut-être 1967, à Barbizon, il m'en souvient (je ne l'oublierai jamais), et s'ouvrit sur une apparition de mes parents au son de :
«Nous savons tout...»
Ces lettres-là, je n'ai pas le courage de les relire. Elles sont associées — très indirectement, certes — à trop d'épreuves. Et les plus amoureuses de leurs phrases, ou les plus explicites, m'embarrasseraient affreusement aujourd'hui encore, à la pensée qu'elles ont été lues par qui ne devait pas les lire. Aussitôt que je les ai repérées, je les ai abandonnées.
Renaud Camus, Rannoch Moor, journal 2003 (2006), p.738

mise à jour le 17 mai 2007

Au début de mon amour pour W. j'avais le même sentiment d'exaltation sourde, la même impression de cœur trop à l'étroit qu'aux jours sombres d'après Barbizon.
Renaud Camus, Journal de Travers (2007), p.611

ajout le 28 août 2007

Pour ma part je détestais immédiatement, et passionnément, le psychanalyste marron que mes parents m'avait imposé, et qui consentait à remplir les fonctions de gendarme. Mais je n'arrive pas à remettre la main sur le livre où Duvert, très légitimement, parle de ce médecin avec bien plus de violence que je n'aurais su en mettre moi-même.
Renaud Camus, L'Amour l'Automne (2007), p.81


(On notera la première phrase de ce billet, en droite ligne de Poe.)

vendredi 13 février 2004

Ses beaux promenoirs

Voilà, voilà, pleure pas, P.O.Lo: LISEZ AGUETS, JE NE SAURAIS TROP VOUS LE CONSEILLER: ON S'Y TIENT LES CÔTES DE BOUT EN BOUT. C'EST UN BLOC DE PUR GLAMOUR ET L'ON RESTE PANTOIS DE VOIR L'UNIVERS ENTIER AVEC SES PLAGES, SES BARS, SES BASILIQUES, SES CUISINES, SES CRITIQUES LITTERAIRES, SES TRAGEDIES ET SES BEAUX PROMENOIRS, TENIR A L'AISE DANS UNE SI MINCE PLAQUETTE.

Renaud Camus, quatrième de couverture de Aguets



cf. ces phrases admirables du père Surin, citées par Michel de Certeau: «L'amour divin a ses emplois sérieux, soit de paix, soit de guerre ; il a ses travaux et plusieurs dignes occupations, qui attachent les amis de Dieu et ses fidèles serviteurs. Mais, outre cela, il a ses jeux, ses comédies, ses grands plaisirs, ses beaux promenoirs, ses feux qui répondent aux feux artificiels des princes. Il a ses musiques ou cantiques en esprit. Il a ses bals, ses danses...»
indice fourni par Renaud Camus sur la SLRC le 28 juillet 2006.



source dans Notes achriennes

(Je suis obsédé, ces temps-ci, par les lignes de Sornin, je crois, que cite Michel de Certeau, je ne sais plus où. Il y a longtemps que je les ai rencontrées, elles m'ont plu d'emblée, mais c'est maintenant seulement qu'elles me reviennent dix ou douze fois par jour: «L'amour divin a ses emplois sérieux, soit de paix, soit de guerre; il a ses travaux et plusieurs dignes occupations qui attachent les amis de Dieu et ses fidèles serviteurs. Mais, outre cela, il a ses jeux, ses comédies, ses grands plaisirs, ses beaux promenoirs, ses feux qui répondent aux feux artificiels des princes. Il a ses musiques ou cantiques en esprit. Il a ses bals, ses danses...»
Ah, anche l'amore dei ragazzi...)

Renaud Camus, Notes achriennes, p.133

(Vérifier cette citation: est-ce bien noté "Sornin"? Si oui, c'est une erreur.)

source dans le Journal de Travers

(j'ai piqué les beaux promenoirs au R.P. Surin, cité par Michel de Certeau)

Renaud Camus, Journal de Travers, p.209

À retenir

Index

Catégories

Archives

Syndication



vehesse[chez]free.fr


del.icio.us

Library

Creative Commons : certains droits réservés

| Autres
Les billets et commentaires du blog vehesse.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.