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Billets qui ont 'malentendu' comme mot-clé.

mardi 22 novembre 2011

Wolfsbohne de Paul Celan

Traduction rapide de l'article de Michael Hamburger paru en le 1er septembre 1997 dans The American Poetry Review.
Je ne traduis pas l'allemand.
… o Ihr Bluten von Deutschland, o mein Herz wird Untrugbarer Kristall, an dem Das Licht sich prufet, wenn Deutschland
Holderlin, "Vom Abgrund namlich…"

… wie an den Hausern der Juden (zum Andenken des ruinirten Jerusalem's), immer etwas unvollendet gelassen werden muss…
Jean Paul, "Das Kampaner Thal"

Leg den Riegel vor: Es sind Rosen im Haus. Es sind sieben Rosen im Haus. Es ist der Siebenleuchter im Haus. Unser Kind weiss es und schlaft.

(Weit, in Michailowka, in der Ukraine, wo sie mir Vater und Mutter erschlugen: was bluhte dort, was bluht dort? Welche Blume, Mutter, tat dir dort weh mit ihrem Namen?

Mutter, dir, die du Wolfsbohne sagtest, nicht: Lupine.

Gestern kam einer von ihnen und totete dich zum andern Mal in meinem Gedicht.

Mutter. Mutter, wessen Hand hab ich gedruckt, da ich mit deinen Worten ging nach Deutschland?

In Aussig, sagtest du immer, in Aussig an der Elbe, auf der Flucht. Mutter, es wohnten dort Morder.

Mutter, ich habe Briefe geschrieben. Mutter, es kam keine Antwort. Mutter, es kam eine Antwort. Mutter, ich habe Briefe geschrieben an - Mutter, sie schreiben Gedichte. Mutter, sie schrieben sie nicht, war das Gedicht nicht, das ich geschrieben hab, um deinetwillen, um deines Gottes willen. Gelobt, sprachst du, sei der Ewige und gepriesen, dreimal Amen.

Mutter, sie schweigen. Mutter, sie dulden es, dass die Niedertracht reich verleumdet. Mutter, keiner fallt den Mordern ins Wort.

Mutter, sie schreiben Gedichte. O Mutter, wieviel fremdester Aacker tragt deine Frucht! Tragt sie und nahrt die da toten!

Mutter, ich bin verloren. Mutter, wir sind verloren. Mutter, mein Kind, das dir ahnlich sieht.)

Leg den Riegel vor: Es sind Rosen im Haus. Es sind sieben Rosen im Haus. Es ist der Siebenleuchter im Haus. Unser Kind weiss es und schlaft.

21. Oktober 1959.

Notes du traducteur

"Wolfsbohne" est l'un des poèmes exclus par Paul Celan de son recueil "Die Niemandsrose" paru en 1963. A ce titre il ne pouvait faire partie de mes autres traductions de Celan, puisque même en Allemagne il demeurait inédit. Cependant, quand une copie des manuscrits de Celan me parvint il y a quelques années, je fus aussitôt porté à traduire ce poème-là — et non les autres brouillons ou fragments que j'avais également lus ni les autres poèmes achevés exclus du même recueil. Puisqu'un livre des poèmes rejetés ou réservés par Celan est aujourd'hui sur le point de paraître en Allemagne, son fils Eric Celan et son éditeur allemand Suhrkamp m'ont autorisé à publier une édition bilingue séparée de "Wolfsbohne."

Il est nécessaire de dire ici qu'en principe, je n'aurais jamais souhaité publier un texte dont Celan — ou tout autre poète que des circonstances extérieures n'auraient pas empêché de contrôler son propre corpus — n'aurait pas autorisé la publication. A travers les années je n'ai pu traduire qu'une fraction de l'œuvre publiée de Celan. C'est l'impact immédiat que "Wolfsbohne" a eu sur moi qui dans ce cas particulier a bousculé le principe.

Un autre point à prendre en considération est que, loin de supprimer ou détruire le manuscrit de ce poème, Celan prit soin de le conserver, comme il conserva d'autre part des poèmes moins achevés ou jamais terminés, maintenant sur le point d'être accessibles aux lecteurs du volume Gedichte aus dem Nachlass1. Bien plus, en 1965 encore il reprenait "Wolfsbohne", ajoutant ces lignes:
Unverlorene, Mutter, mit uns, den Unverlorenen, siegst du. Gerecht und Und mit uns Wahr und Gerade, um der versohnenden Liebe willen.
Non égarée, Mère, avec nous, les non égarés, règnes tu. Juste et Et avec nous Vrai et Droit pour préserver l'amour qui réconcilie.

Parce que ces lignes ne sont pas intégrées à ce qui aurait pu devenir une version ultérieure du poème mais ne l'est pas devenue, j'ai circonscrit ma traduction au texte dactylographié d'un seul tenant qui m'avait été tout d'abord envoyé, texte qui omet également l'ajout du lieu "in Gaissin" après "in Michaelovka". En avril 1963 encore, "Wolfsbohne" était inclus dans la liste que Celan destinait à Die Niemandsrose. Il devait précéder "Zürich, zum Storchen" dans la section I du livre.

"Wolfsbohne" a dû se révéler impubliable pour et par Celan en ce que, plus brutalement qu'aucun autre poème de la maturité, il exposait la blessure causée par la mort de ses parents en camp d'internement. Aussi longtemps que Celan crut ou espéra que cette blessure pouvait guérir — même après la mort, peu après sa naissance, de son premier fils François — le poème était encore publiable; et les phrases insérées plus tard, qui contredisent le "je suis égaré, nous sommes égarés" de la version de 1959, était une dernière et vaine tentative non pas de l'améliorer en tant que poème, mais de l'utiliser pour guérir cette blessure.

Dans presque tous les autres poèmes de cette période et de ses dernières années, Celan conserva "ses oui et ses non indifférenciés", s'appuyant sur des polysémies ou des ambivalences insolubles ou extrêmes pour incarner sa vérité toute entière. Si une version postérieure de "Wolfsbohne" avait atteint un stade aussi arrêté que celle de 1959, les "égarés" et "non égarés" auraient très probablement été fusionnés ou ils auraient maintenu l'équivoque dans l'ensemble du texte. D'un autre côté, si Celan s'était résolu à inclure la version de 1959 dans son livre, chaque critique responsable et assumant sa parole aurait dû y penser à deux fois avant de définir Celan comme un poète "hermétique" — ainsi que Celan croyait que je l'avais qualifié dans un compte rendu anonyme du recueil publié par le TLS2, et ce, en dépit de mes assurances répétées que je n'étais pas l'auteur de cet article. Ce malentendu troubla nos relations, au grand jour tout d'abord, puis de façon larvée jusqu'à la mort de Celan par suicide. Dans mon exemplaire de ''Die Niemandsrose'' il écrivit les mots «ganz und gar nicht hermetisch» — «rien d'hermétique ici».

Je ne mentionnerais pas de nouveau cette anecdote personnelle ici si elle n'expliquait pas, concernant "Wolfsbohne" inconnu de moi à l'époque, l'empressement avec lequel je traduisis ce texte et l'importance exceptionnelle à mes yeux d'un poème qui rend raison de l'insistance de Celan à relever de ce je-ne-sais-quoi qui est l'opposé de l'hermétisme. (L'auteur de l'article du TLS s'est avéré être un étudiant, bien trop tard pour panser la blessure infiniment moins grave d'une méfiance insurmontable d'une part, de l'exaspération d'autre part, entre personnes qui n'étaient que des amis.)

La brutale franchise de ce poème me dispense de l'exercice d'élucidation que par ailleurs j'ai cessé depuis longtemps d'être en mesure d'offrir aux lecteurs de l'œuvre de Celan. Plus clairement qu'aucun autre poème de Celan, antérieur ou postérieur, "Wolfsbohne" rend compte de la dépendance de la vie et de la mort qui fut le prix qu'il dut payer comme survivant. Ici l'ombre enveloppante du passé — la parenthèse qui compose presque tout le poème — est encadrée par l'évocation dépouillée et réitérée du présent et du futur du survivant, incarné dans l'enfant qui dort — même si l'imagination, bien entendu, tend à parcourir l'espace-temps dans lequel "passé", "présent" et "futur" peuvent n'être rien d'autre qu'une commodité lexicale conventionnelle. Il est probable qu'un grand nombre de pages sera écrit sur les implications biographiques, psychologiques, sociales et historiques de ce poème, mais non sans diminuer ni faire oublier ce que le poème élabore par son utilisation avare des mots nécessaires, par ses rythmes de voix hâchées, le squelette à nu de l'art de Celan. Si ma traduction respecte ces procédés, le poème parlera de lui-même.

Michael Hamburger, Suffolk, mars 1997


Note
1 : Poèmes tirés des archives, proposition de traduction personnelle.
2 : NdT: Times Literary Supplement.

dimanche 24 octobre 2010

Non concerné

Je pense que si la réponse à ta question, c'était moi, c'est que tu ne t'es pas posée la bonne.

Hervé Le Tellier, Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable, p.35

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