Véhesse

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Billets qui ont 'Carte et le territoire (La)' comme oeuvre littéraire.

lundi 25 juin 2012

Witggenstein de livre en livre

Lu en juin.
Même s'il n'arrivait plus à la supporter, c'était sans conteste une bonne toile, l'impression de vie donnée par l'écrivain était stupéfiante, il aurait été stupide de jouer la modestie. De là à ce qu'elle vaille douze millions d'euros c'était une autre affaire, sur laquelle il avait toujours refusé de se prononcer, lâchant juste une fois, à un journaliste particulièrement insistant: «Il ne faut pas chercher de sens à ce qui n'en a aucun», retrouvant ainsi sans en être pleinement conscient la conclusion du Tractatus de Wiggenstein. «Sur ce dont je ne peux parler, j'ai l'obligation de me taire

Michel Houellebecq, La carte et le territoire, p.395



Il ne s'agit pas d'opposer d'une part la philosophie comme un discours philosophique théorique et d'autre part la sagesse comme le mode de vie silencieux, qui serait pratiqué à partir du moment où le discours aurait atteint son achèvement et sa perfection; c'est le schéma que propose E. Weil1 quand il écrit:
Le philosophe n'est pas «sage»: il n'a pas (ou n'est pas) la sagesse, il parle et quand bien même son discours n'aurait pour seul but que de se supprimer, n'empêche qu'il parlera jusqu'au moment où il aura abouti et en dehors des instants parfaits où il aura abouti.
Il y aurait là une situation analogue à celle du Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein, où le discours du Tractatus se dépasse finalement en une sagesse silencieuse.

Pierre Hadot, Quest-ce que la philosophie antique?, Folio, Paris, 1995, p.19



Ce que l'on ne peut tuer, il faut le laisser vivant.

Emmanuel Régniez, L'ABC du gothique, p.122


1 : E. Weil, Logique de la philosophie, Paris, 1950, p.13

mercredi 15 décembre 2010

Kråkmo, marginalia I

Une personne m'ayant dit que le dernier journal était très gentil avec moi, j'ai pris peur et l'ai commencé avec retard. J'en suis aux alentours de la page deux cents.

Je ne vais pas faire de compte rendu organisé, je ne vais pas faire de synthèse, je vais juste piquer des phrases et les commenter, du genre «C'est comme moi je...». Et faire les associations qui me chantent. Un exercice totalement égocentrique. Anti-littéraire? je ne sais pas, s'agissant d'un journal, qui m'a toujours paru être un tronc sur lequel enrouler nos réflexions et souvenirs, autour duquel faire vagabonder l'imagination. Une heure par jour, chronomètre en main (je parle de la présence au clavier, pas des heures de lecture, comptées à part, heureusement (sinon la lecture serait si atrocement hachée qu'elle en perdrait tout son charme)).

J'avais un peu peur que cela m'amène à recopier tout le livre, mais finalement, après un début très copieur, la pulsion s'est calmée. Je suis parvenue à la visite en Bretagne, peu après l'échec à l'Académie française, et je m'étonne de ce que j'ai pu lire chez les râleurs: quelle chose extraordinaire que lire de l'intérieur les impressions d'un candidat à l'Académie, quel reportage sur le vif. Je ne suis pas sûre que ce soit une très bonne idée pour la prochaine fois que Renaud Camus tentera le fauteuil, mais après tout, cela en fera peut-être rire certains (il n'aura pas la voix de Weyergans). Et le plus probable est que ce journal ne sera pas lu par les académiciens. Après tout, si Valéry Giscard d'Estaing ignorait l'"affaire"...

Si le fétichisme c'est aimer par morceaux, je suis définitivement fétichiste.

  • exergue

«J'ai replongé...
J'ai complétemet replongé au niveau charcuterie»
poursuivit sombrement Houellebecq.

Michel Houellebecq
La Carte et le Territoire
cité en exergue de Kråkmo par Renaud Camus

Le plus évident bien sûr est la référence aux orgies de jambon camusiennes quand le froid s'installe au château.
La deuxième référence concerne la plainte quant au manque d'humour des lecteurs, leur inébranlable premier degré (Au nom de Vancouver, p.433).
Ensuite vient la salutation à un auteur contemporain, et à ce titre, tellement camusien que j'en ai éprouvé un pincement au cœur la première fois que je l'ai entendu.
Sachant que le livre était en librairie le 8 septembre, il s'agit d'un exergue choisi tardivement. Ce n'est pas la première fois que Renaud Camus exprime son respect pour Houellebecq. «Ça existe», me semble que dit Marcheschi (mais est-ce bien ça?)

  • les devoirs familiaux

Cette sœur paraît avoir un caractère impossible et ne cesse de dire à Jeanne tout ce qu'elle peut trouver de plus désagréable. Néanmoins Jeanne refuse de rompre avec elle et supporte tout de sa part au motif que cette sœur, plus jeune qu'elle, est, dit-elle, «le seul héritage que j'ai reçu de nos parents». Ibid., p.12

En cela Jeanne se montre très proustienne et perpétue une règle française ancestrale: on ne rompt jamais complètement avec la famille.

Nos torts même font difficilement départir de ce qu’elles nous doivent ces natures dont ma grand'tante était le modèle, elle qui brouillée depuis des années avec une nièce à qui elle ne parlait jamais, ne modifia pas pour cela le testament où elle lui laissait toute sa fortune, parce que c’était sa plus proche parente et que cela «se devait».
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Pléiade (Clérac) t.I, p.92-93

  • Beidbeger

(porté aux nues par Beigbeder, tout de même...)
Kråkmo, p.13

porté aux nues par Beigbeder, tout de même ??? What? Je ne peux rêver pire recommandation (enfin si, sans doute, mais quand même). J'ai presque lu en son temps Dernier inventaire avant liquidation (un peu obligée, on me l'avait prêté avec confiance). Hum, je préfère San-Antonio. (Mais qu'est-ce que c'est que ce pseudo-argot et cet humour auto-satisfait à grosses ficelles dans une (sorte de) anthologie littéraire?)

  • du thé

Demain nous avons invité à prendre du thé et à tirer les rois les La Guéronnière, nos nouveaux voisins, petits-enfants et arrière-petits-enfants des Rigaud de jadis, ou plutôt de naguère.
Ibid., p.15

Comment ne pas penser à Larbaud et Amants, heureux amants: «De même qu' il convient de demander « du café » et non pas « un café »...
Cela me fait rire: à quelle heure ce (le) thé a-t-il été bu? Parce que prendre "du thé" n'indique rien, prendre "le thé" indique par défaut un moment entre quatre et cinq heures. Prendre le café indique une fin de repas (et l'apéritif l'inverse). Il ne s'agit plus de boisson (comme dirait Larbaud), mais d'heure approximative de rendez-vous. Le sens a sérieusement glissé.

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